
Le calme avant la tempête. A 16h en Péniche, heure de la “manifestation pacifique” contre la venue de Saint Just, l’ambiance est très calme. L’administration a fait arriver le candidat FN une demi-heure avant l’heure prévue, prenant de court les organisateurs de la mobilisation. Un groupe d’une trentaine de personne commence à reprendre en coeur les slogans “C’est pas les immigrés, c’est pas les sans papiers, c’est le FN qu’il faut virer”, “Pas de quartier pour les fachos, pas de fachos dans nos quartiers”,“Et F comme fasciste et N comme nazi, à mort le Front National”, ou encore “Racisme, sexisme, homophobie, le FN hors de nos vies.”, avec une banderole “Vos idées tuent, on oublie pas.”, devant les caméras de SciencesPo TV et d’autres médias. Quelques étudiants curieux s’attroupent, mais pas de quoi faire tanguer la Péniche.
L’élement perturbateur. Pourtant, vers 17 heures, une quinzaine d’”antifas” extérieurs à Sciences Po arrivent à forcer le passage : quelques empoignades et cris avec les appariteurs pendant que d’autres en profitent pour entrer. Majoritairement habillés en noir, portant capuche, gants noirs, lunettes de soleil ou visage camouflés, ils se joignent au groupe des manifestants le poing en l’air avec la banderole rouge et noire “Fachos, hors de nos vies!”. Il est vrai qu’une fois entrés, ils n’ont fait que chanter puis sont repartis d’eux-mêmes. Seulement, la manifestation censée être sciencespiste et pacifique a perdu sa nature à partir du moment où des éléments extérieurs, au comportement agressif, ont forcé l’entrée du 27 malgré le barrage des appariteurs.
Plusieurs mobilisés se sont d’ailleurs désolidarisés de la troupe en témoignant qu’ils ne cautionnaient pas ces actes. Paul Bernardet ajoute au nom de l’UNEF et de la majorité des acteurs mobilisés,“on regrette qu’ils soient venus, ça a clairement perturbé ce qu’on voulait faire et donné une mauvaise image du rassemblement alors que cela se passait très bien.” Une étudiante présente confirme ce diagnostic : “je trouve que le FN n’a pas sa place ici mais aujourd’hui, ce n’est pas eux qui ressemblent à des voyous anti-républicains.”
Comment-ont ils été prévenus et qui étaient-ils? Démosphère “agenda alternatif de la région parisienne” et Paris-luttes.info diffusaient depuis mercredi (le 12), un appel du “Collectif sciencespistes autonomes contre l’extrême droite”, donc de sciencespistes, plus virulent que le tract distribué en Péniche, ce qui expliquerait peut-être l’irruption musclée des perturbateurs. À l’aide de phrases telles que “Rassemblons-nous pour faire entendre notre voix, celle d’un projet de société débarrassé du capitalisme, du FN et de ses serviteurs”, ou encore “En s’essuyant les pieds à Sciences Po, fac où étudiait l’antifasciste et syndicaliste Clément Meric, c’est une insulte aux militant.e.s qui ont combattus, combattent et combattront demain tout ce qui fait le programme
réel du FN”, le communiqué exhortait les lecteurs à participer à un “rassemblement antifasciste pour bloquer le FN.”
Violence et lassitude. Comme à chaque fois que l’on prononce le mot “Front National” à Sciences Po les débats s’enflamment. Certains approuvent l’intervention, beaucoup la critiquent, d’autres défendent l’idée que l’extrême droite ressemble à l’extrême gauche et que boycotter un extrême devrait aller de pair avec le boycott de l’autre. Mais surtout, de nombreux sciencespistes sont lassés.
En effet, après l’irruption de ces antifas, la situation empire puisque plusieurs unités de CRS et la police arrivent, en nombre légèrement démesuré, rue St Guillaume. La rue bouillonne de monde, on entend des chants, on voit des poings se lever, mais surtout beaucoup de curieux. Les grilles de l’école sont fermées, les sorties se font au compte-goutte. Un antifa se fait violenter juste à côté d’étudiants de Sciences Po qui nous assurent l’avoir vu allongé par terre pendant un long moment avant de se relever. L’exaspération de nombreux étudiants est palpable dans les couloirs. La mobilisation pacifique est devenue violente, par l’action d’éléments extérieurs à Sciences Po mais appelés à se regrouper en Péniche par le “Collectif sciencespistes autonomes contre l’extrême droite”.

L’image que l’on en retiendra restera sans doute la horde de CRS, stoïque, devant le 27 et les cris. Wallerand de Saint-Just a été contraint de sortir par le 56 rue des Saint-Pères dont l’entrée était bloquée. Philippe Martel, tête de liste FN dans le XVIIIème arrondissement de lâcher “Ce sont des petits connards incultes qui ne savent rien de l’immigration.” C’est encore une fois le FN qui en sort renforcé.

Figure sulfureuse et typique du Front National, Wallerand de Saint-Just cumule les rôles. Avocat historique du parti, longtemps proche et défenseur de Jean-Marie le Pen et de Bruno Gollnisch, il a eu d’autres clients controversés. Il obtient la place de trésorier en 1989, puis celle de vice-président en novembre 2007. Il finit par devenir secrétaire départemental du parti à Paris puis candidat officiel à la mairie en mars 2013. Le 1er septembre 2013, un sondage IFOP Fiducial paru dans le JDD lui donne 8% d’intentions de vote aux municipales.
Une jeunesse engagée. Né dans une famille catholique traditionaliste, il est proche du mouvement “intégriste”. Il refusera cependant, comme Marine Le Pen, de prendre position publiquement sur la question du mariage pour tous, et affirmera avoir “évolué”. Il a étudié le droit à l’Université Panthéon-Assas, participant aux actions du GUD, Groupe Union Défense, organisation étudiante d’extrême droite.

Le but de la manifestation était de faire opposition au Front National et à ses idées. Elle devait être “pacifique”.“Un tel rassemblement ne fait que montrer qu’il y a des gens qui s’opposent au Front national à Sciences Po, qu’à Sciences Po le FN n’est pas accepté. (…) Sur le fond : nous avons fait un tract, ou nous déconstruisons le discours du FN.” expliquait Paul Bernardet.
Pourtant, les débordements ont relancé le débat sur la pertinence de telles actions. Pour Léo Castellote, à l’UMP Sciences Po, “la seule chose que les « antifas » ont montré aujourd’hui c’est que la proximité entre l’extrême gauche et l’extrême droite n’est pas seulement une question d’idées mais aussi de méthodes.” Ainsi, malgré leur oppositon aux idées du Front National qui “se rapprochent fortement de l’extrême gauche sur le plan économique”, pour Léo Castellote, “dans un pays démocratique, ce refus doit s’exprimer à travers un débat qui permettrait de mettre en avant le ridicule de leurs idées.”
A l’école des sciences politiques, on nous apprend la tolérance, l’esprit critique, et les valeurs de la République. Alors, comment se positionner face au paradoxe du FN, seul parti non représenté à Sciences Po ? Un vide encombrant, qui créé des tensions à chaque discussion. Un autre Saint-Just (Louis Antoine Léon, le révolutionnaire), expliquait à l’aube de la Terreur qu’il n’y avait “pas de liberté pour les ennemis de la liberté”. Force est de constater que cette affirmation semble séduire encore.
]]>
Les plateformes évènementielles : késako?

Le nom est peu sexy et pourtant ces plateformes sont des outils créés dans le but de nous séduire, nous, étudiants désordonnés et débordés, nous, sciences pistes curieux. Ce sont les tirelires-cochons en porcelaine et les tableaux de liège poussiéreux sur lesquels on punaisait les infos importantes à l’époque de nos parents. Leur but est simple : rassembler les évènements qui animent la vie étudiante. Avec certaines variantes.
Interactives ou non, dédiées à Sciences Po ou pas uniquement, les plateformes évènementielles, parfois aussi appelées communautaires cherchent à simplifier, à classer les informations et les évènements. Ainsi, plus possible d’oublier, de confondre. Et plus simple aussi de chercher l’information qui vous intéresse puisque tout est au même endroit. Leurs noms ? Pic’asso, Blackbird, Facebook, Buypacker… La liste n’est pas exhaustive.
Un défi de taille : s’intégrer dans les mœurs sciencespistes
Vous êtes perdus dans ces conférences auxquelles vous avez promis de participer? Vous cherchez désespérément un nouveau colloc depuis que le vôtre a tout plaqué pour aller planter du cannabis à Washington (oui, la légalisation, tout ça tout ça, ça met les choses en perspective)?
Blackbird ou Pic’asso sont là pour vous.
Leur challenge? Percer à Sciences Po, là où les étudiants, malgré leurs vingt heures de cours par semaine (bicus exceptés) arrivent à ne jamais avoir le temps. Vous ne fréquentez probablement pas (encore) Pic’asso, cette plateforme lancée par le BDE il y a trois ans et soutenue par l’administration en ce début d’année, avec pour ambition de regrouper sur une seule et unique interface l’ensemble des actualités relatives aux associations. Jordan Eustache, membre du BDE, ancien responsable de Pic’asso accorde que le nombre de vues de Pic’asso est très faible. Et c’est bien ça le problème.

Les sciencespistes sont-ils des égoïstes passifs et réfractaires au progrès ? Non (du moins pas en majorité). Alors comment expliquer les difficultés de Pic’asso, créé pour représenter dans toute sa diversité la vie associative (que chacun et chacune a vanté à son oral d’admission), à rentrer dans les mœurs ? “La vraie difficulté étant qu’aujourd’hui les gens et spécialement nous, étudiants qui manquons cruellement de temps, exigeons que l’information vienne à nous plutôt que l’on aille à elle.” explique Jordan. Et pourtant, ces plateformes pourraient vraiment être utiles pour dompter la vie étudiante foisonnante à Sciences Po. Mais comme l’explique Jordan, pour cela, il faudrait qu’elles rentrent dans les habitudes sciencespistes. Chaque matin, lorsqu’en amphi, les premiers décrochent et s’envolent vers La Péniche, les vidéos de la Minute Yep’ en un clic, le deuxième clic devrait être destiné aux nouvelles plateformes. Ce n’est pas encore le cas.
Quelles plateformes à Sciences Po ?
Il en existe plusieurs, chacune avec leurs spécificités. Buypacker, que les adeptes des cadeaux communs ou organisateurs de soirée connaissent déjà, se définit par exemple comme une billeterie en ligne, une tirelire commune. Pic’asso, dédiée aux associations. Et Blackbird (jeu de mot à noter : « blackboard », on en revient au tableau d’affichage de nos parents avec tous ces petits papiers sur lesquels étaient griffonnées des infos de la plus haute importance, illisiblement. Là, on met le « blackboard » dans son portable ou son ordinateur. Et c’est quand même bien plus pratique), le petit nouveau qui débarque à Sciences Po en cette rentrée 2014. “Petit”, ne vous y trompez pas. Blackbird a déjà son site internet, son appli (sur l’Apple Store, oui Messieurs Dames).
Le concept? “Put Sciences Po in your pocket.” annonce Marjolaine Grondin, une des fondatrices de Blackbird et ancienne sciencespiste. Chaque étudiant, en se connectant avec ses identifiants Sciences Po et uniquement ceux-ci (encore un truc qui nous fera paraître pour des connards prétentieux aux yeux des autres écoles) aura accès aux news publiées par l’administration, par les associations, aux bons plans dégotés par Blackbird pour lui. Déjà 1500 étudiants sont pré-inscrits et ont aidé à améliorer l’application avant son lancement prévu pour dimanche, et une trentaine d’associations dont le BDE ont déjà rejoint les rangs de Blackbird en se créant un compte. A vous les notifications pour chaque évènement qui vous intéresse, à chaque nouvelle soirée, puisque vous pouvez décider des associations auxquelles vous vous abonnez.
La nouveauté? L’interaction. A la façon de Facebook, l’étudiant peut publier un statut, liker, commenter, “flagger” (nouveau mot appris pendant l’interview, qui pour les aussi incultes que moi signifie “signaler comme indésirable”). Et qui sait si demain, on ne pourra pas partager vidéos et musiques. Marjolaine insiste sur l’évolution incessante de Blackbird.
Remplacer Facebook ?
Marre des notifications à tout va sur Facebook, des dizaines de demandes d’ajout d’associations aux passions aussi improbables que le tir à l’arc ou la confection de chapeaux? Ces plateformes sont là pour nous sauver et nous empêcher de fracasser notre ordinateur sur le sol blanc de la bibli du 27.
Alors, Facebook, la pieuvre bleue : ennemi n°1? Comment concurrencer le réseau social qui règne sur la vie sciencespiste? “Bah t’es con c’était sur le mur de la promo”, “mais abusé t’as vu le lien qu’il a partagé?”, “laisse tomber de toute façon pour lui, liker c’est automatique”, autant de phrases énigmatiques pour un grand père non adepte de Facebook. Et comment ces plateformes comptent -t-elles s’y prendre pour exister à côté du réseau social le plus utilisé en France chez les 18-25 ans?
Première mise au point : le but n’est pas de concurrencer Facebook, explique Marjolaine. “Nous ne sommes pas un réseau social, nous sommes l’appli de Sciences Po”. Facebook, c’est vos soirées, vos discussions, vos coups de coeur, votre week end. Blackbird, Pic’asso c’est Sciences Po, c’est votre vie étudiante, c’est votre semaine. C’est éviter « une bouteille à la mer dans Facebook » d’après les mots de Marjolaine. Et la tactique de séduction? La simplicité. Tout comme Pic’asso, l’interface de Blackbird paraitrait limpide même aux yeux d’un poisson rouge.
Défier le géant californien ? Voilà un joli défi.
Pic’asso : http://www.sciencespo.fr/evenements/picasso/
Blackbird : https://www.blackbird.co
]]>Trois contrôles de pièce d’identité, de places, de carte étudiante plus tard les colosses à l’entrée de Sciences Po s’écartaient pour laisser passer les heureux VIP. Il est à déplorer qu’une partie des fervents admirateurs de notre ministre s’est vu refuser l’accès à la salle… LaPéniche revient pour vous sur cet événement.
Parenthèse dans ce contexte difficile, Christiane Taubira est arrivée dans un amphi Boutmy bondé, sous un tonnerre d’applaudissements.
C’est un discours qui commence par nous toucher, nous. Un « idéalisme immense », un « pragmatisme un peu raide », teintés « d’inattendu » et vous avez le public de jeunes que la ministre prend plaisir à rencontrer. « C’est vous la force dynamique. C’est vous qui pouvez transformer ce monde. »
La formule à retenir c’est la « générosité du cœur mais l’exigence de l’esprit ». Et finalement, on se retrouve dans ces paroles teintées de douceur : « vous n’êtes pas encore pétris de préjugés, aigris d’amertume ». La ministre insiste sur l’importance de cette nouvelle génération qui n’est pas repliée sur elle même, qui est consciente d’appartenir à un ensemble européen et qui a compris cette capacité à « agir et à peser sur le monde ».
« Au final, ils passent leur temps à faire leur propre bilan ». Tacle. Christiane Taubira explique, non sans gravité, que la situation pénitencière actuelle tant décriée par la droite dépend des textes et de la politique pénale instaurés sous le quinquennat de Nicolas Sarkozy. Elle dénonce ainsi les critiques de personnes qui portent en eux « la responsabilité au sens de responsabilité d’Etat de ces lois ».
Le constat ? C’est l’inflation pénale et législative, manifestation de « l’irresponsabilité politique » suite au dernier quinquennat. Plus d’une centaine de lois ont modifié le code pénal. « Il est important que nous écrivions les lois avec sérieux ». Selon Madame Taubira, la loi doit être écrite avec de grandes précautions pour éviter d’être modifiée. C’est une règle qui s’imposera à tous.
L’Europe. Un espace « promoteur de libertés individuelles », « de liberté, de justice et de sécurité ». Selon Christiane Taubira, l’Europe représente l’avenir. Et l’Europe a été créée dans le respect des droits civiques. C’est pourquoi, notre ministre défend d’abord des conditions d’incarcération qui ne bafoueraient pas la dignité de l’individu. La prison est une institution républicaine qui doit fonctionner selon les règles de droit. Et les progrès sont nombreux à faire : surpopulation carcérale, abus, manque de sécurité, absence d’intimité…
De plus, elle insiste sur la « rupture sociale » que représente le passage en prison. Les chiffres pleuvent et font froid dans le dos. La conclusion ? Les anciens détenus, qu’ils aient passé un jour ou un an en prison ne sont pas armés pour la réinsertion. 25% des ex-prisonniers sont analphabètes, 30% seulement peuvent avoir un accès à la formation professionnelle. On appelle ça les « sorties sèches », sans le moindre encadrement, c’est ce que Christiane Taubira condamne avec ferveur et éloquence (après l’Assemblée Nationale nous ne devons pas faire si peur). Actuellement, 80% des détenus ne sont pas suivis après leur libération. Si l’on observe les chiffres à la sortie d’une maison d’arrêt, ce taux atteint les 98%. Tout sauf efficace selon la ministre. Voilà pour le côté pragmatique.
Redéfinir la notion de sanction ?
« Philosophiquement », Christiane Taubira nous explique que « la démocratie doit s’interroger sur le sens qu’elle donne à la peine. » La « sanction doit protéger la société ». Oui. Sauf que la ministre appuie sur la protection immédiate, mais surtout durable.
« Elle doit avoir un sens pour la personne qui est punie mais la victime doit aussi percevoir que la société la protège bien et vise à la réparation du préjudice connu. » En un sens, redéfinir de la sanction doit conduire le condamné à comprendre sa relation à la victime, à la société et à son avenir. L’individu est vu, même coupable comme responsable de ses actes.
Ainsi, le projet vise à « l’individualisation de la peine ». Faire du cas par cas, en essayant de saisir les motivations qui ont conduit l’individu au délit. Il faut garder à l’esprit dit la ministre que le détenu est un « citoyen qui conserve ses droits civiques ». Et par cette méthode, la « peine la plus juste, la plus adaptée », pourrait être trouvée dans l’objectif d’éviter la récidive. La personne ne doit pas être perdue pour la société.
« Il y a une responsabilité très forte et très lourde de sortir une personne de la route de la délinquance. Et c’est quand même un beau défi que se donne ce texte de loi. » Applaudissements, rideaux.
Se battre, toujours (et avec éloquence)
« Que signifie la justice au XXIème siècle ? Que signifie la sanction ? Est ce que nous sommes capables d’être au rendez-vous de ce défi, de nous élever au rang de notre histoire ? » La ministre a fait de belles envolées lyriques, pleines de passion et de détermination.
Malgré un budget faible qui handicape ce projet plus qu’ambitieux, Taubira n’en démord pas. « Nous avons des batailles sémantiques à livrer, des batailles politiques, des batailles culturelles. » Elle admet que trouver un consensus sur un sujet aussi épineux est une lutte de tous les jours (tour de France, conférence de consensus, cycle de conservation…). Un des reproches fréquent est de donner trop d’importance aux détenu aux dépends de la victime. Ce à quoi Christiane Taubira répond qu’éviter de nouvelles victimes est « quand même le moteur le plus stimulant de cette affaire ».
« Elle m’a souri et elle m’a dit bonjour. » Loin de la froideur d’ancien(ne)s invité(e)s, vendredi soir, Christiane Taubira a envoyé valser la distance formelle. A renfort de mots d’humour, d’une attitude des plus naturelles elle a su instaurer une proximité avec son public. « Moi je pourrais rester avec vous toute la nuit ! » Rires, sourires, elle venait ici parler d’un sujet grave, dans un contexte difficile, et elle en a fait un moment propice à la discussion, à l’échange. « Rien ne doit ni nous toucher ni nous effrayer. » répond elle, presque protectrice, à l’hommage fait par un sciencespiste à son « comportement exemplaire et admirable » à propos de l’affaire Minute. Que l’on soit de gauche ou de droite, on comprend finalement pourquoi Christiane Taubira, a été élue « Femme de l’année » par le journal Elle. Ne serait-ce que pour sa pugnacité, son charme incontestable, son rire, et sa disponibilité si naturelle.
]]>SciencesPo avait mis le paquet avec un décor digne des plus grands : caméras, photographes, projecteur, journalistes de Elle fébriles et live-tweeting #ScPoKL. Le gratin est là, allant jusqu’à la présence de Frédéric Mion. But where is Karl? L’ambiance en Boutmy était sans doute aussi survoltée qu’au Stade de France. Et le voilà, 10 minutes 48 après l’heure annoncée. L’entrée théâtrale se fait au son des applaudissements et des évanouissements. Quelques photos sur l’estrade et Mion entame son discours. “Chacun trouve en vous quelque chose qui peut lui parler”. Les premières larmes coulent. Et puis vient l’ultime phrase “C’est un peu comme si nous recevions simultanément Obama et le pape François, deux comparaison qui, j’espère, ne vous blesseront pas”. Karl réprime un sourire derrière ses lunettes noires.
Puis notre directeur laisse la parole à Françoise Marie Santucci, du magazine Next (Libération). L’idée de la conférence n’était pas tant une interview qu’une véritable conversation avec Karl Lagerfeld sur sa vision de la mode, son parcours hors-norme et sa personnalité. Un peu de fantaisie, de poésie et d’histoire
pour sortir de notre quotidien morose. Aux futurs critiques désabusés “euh désolée on a pas les mêmes valeurs moi je vais voir NKM/Taubira/le pape” on répond : ne jugez pas avant de l’avoir vu. Un magicien, voilà qui il est. Un soupçon d’humour parsemé d’une touche de snobisme et d’un rien délicieux d’ironie, mélangé avec beaucoup de talent, de passion et le don des punchlines : et vous avez Karl Largerfeld. OVNI de la planète mode au physique si reconnaissable, hier soir en Boutmy il était le roi. Que retenir de cette intervention – à part les coups de coude des photographes en herbes et fans hystériques cherchant LA photo avec le maestro ?
“Je n’ai pas fait d’études car je n’ai pas eu le temps”. A 16 ans, il obtient son premier prix dans la catégorie manteau et est engagée par Pierre Balmain. Il conte, en poète, une couture des années 50 “saupoudrée de poussière et d’ennui” avec cette comparaison parlante “à côté les coulisses de Chanel c’est Star Wars”. Karl Lagerfeld précise qu’à « l’époque, l’argent n’existait pas« , hélas aujourd’hui il est partout, notamment au sein même de cette école où les places en Boutmy se vendaient aux enchères. En 1959, il devient directeur artistique de la maison Patou. Puis il rentre chez Chloé et instaure le prêt à porter, c’est une révolution. Dans les années 80 tout s’accélère, c’est Fendi, puis la création de sa propre marque, et la renaissance de Chanel entre ses mains. Aujourd’hui, ce sont toujours ces trois marques, ces trois univers qui font son quotidien.
Comment expliquer cette réussite? “Dans la mode, si vous avez des positions fixes vous êtes foutus”. Ce qu’il faut? S’adapter en permanence. Le pire selon lui est de perdre le contact avec la modernité. A propos de son partenariat avec H&M pour une collection, il décrit de “l’élitisme de masse”. Quelle plus belle formule pour désigner cette collection?
“Je n’appelle pas ça un travail. C’est un plaisir. Mon métier est un loisir.” C’est un “job full-time”. Il dessine sans cesse et les heures deviennent des secondes. Il a surement des étoiles dans les yeux à ce moment là, mais on ne le saura jamais, ses lunettes de soleil les cachent. C’est simple, il ne s’arrêtera “qu’une fois dans la tombe”. Avec Chanel c’est six collections de prêt-à-porter par an, deux de haute-couture, et à chaque fois une nouvelle excitation. Un hyperactif de la mode, jamais à court d’imagination, qui oublie pour mieux renouveler. “Ce qui m’intéresse c’est ce que je n’ai pas encore fait.” Le regard toujours vers d’autres mondes à conquérir.
Karl Lagerfeld est un curieux insatiable, adepte du old-school pour travailler : ”Je n’utilise aucun computer”. C’est un rêveur qui aime son “monde imaginaire, la lecture, la poésie et la musique”. Les citations et les proverbes pleuvent si vite qu’on a pas le temps de les noter.
“Tout ce qui n’est pas de moi ne m’intéresse pas.”
“J’ai une bonne mémoire, surtout pour l’inutile.”
A propos de Coco Chanel et de sa vulnérabilité “J’ai un capital d’indifférence qu’elle n’avait pas. Je suis même surpris de moi.”
“Dieu sait que je suis athée!”
“Vous savez, c’est très difficile de discuter avec moi, donc non on ne m’a pas critiqué.”
Karl Lagerfeld en réunion? Jamais. “Le marketing, je ne sais pas ce que c’est.” (Bien pour le master com’ qui venait l’écouter). Il sait ce qu’il veut et n’en démord pas, et c’est peut être de cette façon qu’il a réussi à évoluer aussi bien. “J’ai une vision et pas deux”.
Le snobisme ? « c’est un mot qui, franchement, ne me concerne pas » dit-il, pour prononcer dans les dix minutes suivantes une belle tirade : « j’ai la chance d’avoir toutes les portes du monde entier ouvertes » suivi d’un « tout ce qui n’est pas de moi ne m’interesse pas, alors quelque fois je vois quelque chose et me dis ‘tiens c’est pas si mal ‘, j’avais juste oublié que c’était de moi« . Peut-être que la défintion du mot est à revoir Karl…
Mais on ne peut pas lui en vouloir. Parce qu’il joue sur cette ambiguïté entre le snobisme et l’autodérision, qu’il nous envoûte avec son accent allemand à couper au couteau et qu’il nous fait rire avec ses punchlines.
– le mot “embaucher”
– le mot “apprentissage”
– les anniversaires
– le mot “héritage”
– le mot “estime”
– les choses qui durent trop longtemps…
Karl Lagerfeld a surpris avec son naturel, ses sourires (OUI), et sa proximité avec nous autres Boutmysards, ce qui n’a fait que renforcer le culte qui lui était voué. A noter qu’au final Karl a prononcé 6 fois « je m’emmerdais », espérons qu’il ne se soit pas emmerdé tant que ça hier soir, en tout cas nous non.
Romane Jourdas et Raphaelle Samama
]]>

“Emmenez-moi au bout de la terre, emmez-moi au pays des merveilles”…
STOP&GO c’est d’abord le goût de l’aventure. Le rêve de voir défiler du pays, d’aller à la rencontre des gens, d’être autonome. Créée en 2012, l’association est jeune. Mais elle est déjà bien implantée à SciencesPo, autour d’un concept original qui titille les Lara Croft/Indiana Jones en chacun de nous. STOP&GO, c’est un voyage en janvier (Lisbonne cette année, tenez-vous au courant les sélections n’ont pas encore commencé!) et un en juin (Helsinki, 24 participants et plusieurs membres du staff). Tout au long de l’année, l’association propose aussi une odyssée de week-ends dans les campus délocalisés, et demande un investissement personnel et financier (le prix du voyage diminue au fur et à mesure des actions menées en groupe) pour le projet choisi. L’ambiance est détendue, simple, conviviale. C’est l’opportunité de mener une étude de marché sur la qualité des bières dans chacun des pays traversés. C’est aussi en apprendre sur l’autre, autant ceux qui vous prennent en stop que vos coéquipiers.
“Traînant un parfum poivré De pays inconnus Et d´éternels étés Où l´on vit presque nus Sur les plages”
Bon pas exactement. L’équipe nous raconte que l’année dernière, lors du périple vers Istanbul, la pluie a été au rendez-vous du moins au début. C’est donc aussi un moyen formidable de tester vos limites. Parce que comme certains le rappellent, le voyage n’est pas vraiment de tout repos. “Ne vous attendez-pas à dormir allongé toutes les nuits ni à prendre une douche tous les jours!”. Sous entendu, public sensible s’abstenir.
STOP&GO, c’est le goût de l’imprévu. Et l’imprévu n’est pas toujours dramatique, au contraire. « Il ne faut pas avoir peur . » Puisque pour l’instant, aucun problème grave n’est jamais arrivé à un des aventuriers, touchons du bois. Oui bien sûr, la sécurité est un point sur lequel les responsables insistent, mais elle ne doit pas effrayer les potentiels stoppeurs. L’équipe a surtout un paquet de belles surprises (et de gros fous rires) à nous raconter. Aider des moines kosovars à faire accoucher une chèvre en pleine nuit, voir le maire d’un petit village organiser une fête pour un binôme, rencontrer un croate qui a la tchatche et ne rien comprendre parce qu’il ne parle que croate, et fait des blagues auxquelles seul lui rigole tout en offrant à boire, à manger et encore à boire à deux chanceux binômes. Bref : des expériences inédites on vous dit.
« Moi qui n´ai connu toute ma vie Que le ciel du nord J´aimerais débarbouiller ce gris En virant de bord »
Pour qui ? Pour tous tant que la motivation est au rendez-vous. L’année dernière, beaucoup ont levé

leur pouce pour la première fois sur la route d’Istanbul. « Nous cherchons des profils différents, c’est comme ça que pourra fonctionner le groupe » nous dit l’équipe. Alors oui, on peut avoir un sens de l’orientation pas vraiment digne d’un chef scout, on peut aussi ne jamais avoir fait de camping et entrer dans l’aventure. Mais il faut un sens aigu de la débrouillardise. « Ceux qui avaient la tchatche n’ont presque jamais campé entre les villes étapes, se faisant à chaque fois inviter chez l’habitant ». Le défi est lancé.
Clara a fait son premier week-end en stop au début de l’année au Havre. Elle s’est inscrite seule et a adoré l’esprit de l’association. Elle s’y est fait un binôme pour la vie, Omar avec qui elle a battu tous les records de vitesse. « Les gens qui nous prenaient en stop étaient tous hyper sympas et tellement différents : un couple d’anglais en route pour leur maison à Honfleur, un groupe de métalleux, un car de rugbymen fous… » Ce car de rugbymen a pris deux binômes. L’ambiance ? « Fous rires, cabernouche et crevettes ». D’accord… « On est resté seulement un quart d’heure avec eux et heureusement ils commençaient à nous faire peur ! ». Ce qu’elle garde de ce voyage ce sont surtout de très bons souvenirs, de nouveaux amis et l’envie de continuer sa route avec Stop&Go.
“Un beau jour sur un rafiot craquant De la coque au pont Pour partir je travaillerai dans La soute à charbon”
Les projets nécessitent un investissement en amont. Ce n’est pas non plus la soute à charbon mais ce sont les papiers cadeaux dans un centre commercial (ce qui permet de faire baisser le budget des stoppeurs, situé entre 600 et 800 euros en moyenne l’année dernière pour le voyage à Istanbul), les campagnes de communication, la préparation. Parce qu’un voyage, même en stop ne s’improvise pas entièrement. Et c’est cette préparation qui permet à l’équipe de se souder et de ne savourer que mieux le périple.
« Je fuirais laissant là mon passé Sans aucun remords Sans bagage et le cœur libéré En chantant très fort. »
On dit bonjour à la tente, à la trousse de secours, et aux conserves et ciao au maquillage et aux dix paires de chaussures! Et finalement, on se sent plus léger. Parce que STOP&GO, permet de découvrir une nouvelle façon de voyager. Une énorme opportunité. Des rencontres, des découvertes, des quiproquos, des chants (le fameux hymne « Bouge ton boule à Istanbul »), de la motivation, des compagnons de galère, la fierté d’arriver au bout aussi bien au Havre qu’à Istanbul ou Helsinki.
GO : le départ à l’aventure, pouces levés, sourire au lèvres, chaussures de marche aux pieds, yeux plein de rêves.
(Merci à Charles Aznavour, Emmenez-moi)
]]>