Orilia Attlan – La Péniche https://www.lapeniche.net Le Journal Étudiant de Sciences Po Wed, 12 Feb 2025 22:02:51 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=6.9.9 https://www.lapeniche.net/wp-content/uploads/2022/08/cropped-Bitmap-32x32.png Orilia Attlan – La Péniche https://www.lapeniche.net 32 32 Globe-trotteurs en herbe : Les Sciences Pistes en troisième année à la conquête du monde #1 https://www.lapeniche.net/globe-trotteurs-en-herbe-les-sciences-pistes-en-troisieme-annee-a-la-conquete-du-monde/ Tue, 12 Nov 2024 10:28:06 +0000 https://www.lapeniche.net/?p=56541 A deux mois de la fatidique phase de candidature aux Masters, l’heure est à la détente pour les sciences pistes en échange. De l’Australie, à la Belgique en passant par la Chine ou l’Inde, les étudiants en troisième année vivent une expérience unique : celle de plonger dans une nouvelle culture, une nouvelle langue, une nouvelle formation académique ; en bref, une nouvelle vie. Ce premier article inaugure une série sur les destinations et expériences de 3A.


Qu’ils soient sous le beau soleil espagnol, ou le terrible froid canadien, ils vivent, pour beaucoup, un rêve éveillé : quel est leur bilan après leurs premiers mois d’échange ? Nous les avons interrogés pour vous ! Que vous soyez étudiant en deuxième année, à la recherche de la destination parfaite, en quatrième année, en pleine nostalgie de l’année à l’étranger, ou simplement un curieux avide d’aventures, bon voyage !

Avec un large éventail de choix, 480 universités partenaires réparties dans près de 85 pays du monde, il est difficile, si ce n’est impossible, de ne pas trouver son bonheur. Bonheur, c’est le mot qui a résumé l’état d’esprit de beaucoup de sciences pistes en deuxième année à la fin du semestre dernier : là où ils ont définitivement reçu une affectation pour leur année à l’étranger. Les interactions ne semblaient tourner qu’autour des destinations des uns et des autres : les cours étaient oubliés et les examens synonyme d’histoire ancienne, il était temps de papoter. « Et toi, tu vas où l’année prochaine ? » Et les expressions d’admiration, de surprise, de crainte ou de joie se faisaient aussitôt entendre et sentir. Mais alors quelles destinations ont-ils choisies ? Nous avons sélectionné quatre destinations insolites, qui conviennent à tous les goûts, autant aux aventureux qu’aux plus craintifs.

Pour certains, le mot d’ordre était : évasion. Ce fut le cas de Marie, qui a choisi un pays d’Asie centrale, peu peuplé par les sciences pistes : le Kirghizistan. Pleinement satisfaite de son choix, elle vit un rêve éveillé depuis son arrivée : son quotidien se résume à quelques heures de cours et beaucoup d’heures de bien-être et d’accomplissement personnel. Elle nous raconte faire très souvent des balades à cheval dans des paysages montagneux idylliques, bien loin de nos hauts bâtiments parisiens. Elle a aussi décidé de dédier son temps libre à l’apprentissage du russe, pour pouvoir encore plus s’imprégner de la culture du pays. En parallèle de ces moments solitaires nécessaires, Marie établit des liens sociaux uniques avec les étudiants locaux : « je me fais des amis que je pense ne jamais oublier » nous confie-t-elle. Seul point faible : le climat. Actuellement, le temps kirghize peut vaciller entre -2° et 7°, avec un peu de chance la température peut monter jusqu’à 14° : « ici il fait très froid, il neige depuis presque deux semaines maintenant… » Mais rien ne semble gâcher son aventure, elle est comblée. 

Marie n’est pas la seule à avoir choisi un pays lointain et aventureux : ce fut également le cas d’Emma, qui s’est évadée à Brisbane, en Australie. A près de 16 577 kilomètres de Paris, Emma est dépaysée. Contrairement au climat que doit subir Marie, Brisbane est sous la chaleur et le beau temps toute l’année, même en plein milieu de l’hiver, selon Emma. Elle profite de la légèreté des cours, moins intensifs qu’à Sciences Po, pour découvrir ce pays aux milles atouts, et pour se lier d’amitié avec les locaux qui « sont plutôt avenants et apprécient beaucoup les Français ». Elle souligne également la facilité qu’elle a rencontrée pour se rendre en Australie, au niveau de la délivrance du visa, ainsi que des démarches administratives. De quoi rassurer ceux qui craignent d’aller si loin ! « Cela fait bientôt 4 mois que je suis en Australie et je ne regrette pas ! » affirme Emma. Elle résume son échange en un mot : magique. Néanmoins, il est à noter que le système universitaire australien est bien différent : la rentrée débute en juillet. 

Pour d’autres sciences pistes, l’objectif était de ne pas se rendre à des dizaines de milliers de kilomètres tout en ayant accès à des paysages paradisiaques. Thomas a décidé le froid finlandais pour vivre un échange mémorable. « C’est le pays idéal pour les fans de randonnées, de beaux paysages et de nature ! Il y a énormément de lacs et certains sont justes magnifiques » nous dit-il avec passion. En à peine quelques mois, Thomas a pu visiter la terre du Père Noël : la Laponie, ainsi que de nombreuses autres villes finlandaises ou encore l’Estonie. Thomas est tellement émerveillé qu’il ne souligne pas le froid comme un point négatif : il fait pleinement partie de l’aventure. Sur le plan universitaire et pratique, il souligne l’efficacité du système de tutorat mis en place par son université, qui lui a permis de s’intégrer très facilement. La recherche d’un logement, normalement le casse-tête des sciences pistes hors des murs, a été paisible : il a obtenu un logement étudiant, sans difficulté, bien situé et bien entretenu. En quelques mois, Thomas n’a rencontré aucun point négatif. Il résume son début d’échange avec amusement en un mot : Sisu, le fameux film dans lequel nous sommes plongés dans la nature en Laponie occupée par les nazis, avec le personnage principal qui découvre un gisement d’or. Pour Thomas, cet échange est comme ce gisement d’or : il fait tout pour en profiter pleinement.

Après l’Asie, l’Océanie, et l’Europe, nous n’oublions pas les sciences pistes en échange en Amérique. Cette fois-ci, direction Sao Paulo, au Brésil. Lola a vu les choses en grand en choisissant le Brésil, avec sa superficie de 8,52 millions de kilomètres carrés. Étant à Sao Paulo, elle note directement que « la ville est gigantesque et [qu’] il y a toujours quelque chose à faire » et ce que Lola veut absolument faire, c’est réaliser son rêve de visiter l’Amazonie. Avec son millier de kilomètres carrés, la ville qu’elle a choisie est riche d’activités pour tous les goûts : musées, visites, expositions gratuites… De plus, elle peut  visiter les pays frontaliers, ainsi qu’admirer la nature sud-américaine. Comme les trois précédents témoignages, Lola connait une bonne intégration et tisse des liens forts avec les locaux, très accueillants et compréhensifs vis-à-vis du niveau de portugais : que vous le parliez couramment ou non, cela ne ternira pas votre capacité à avoir des amis sur place. Comme Emma en Australie, Lola souligne la longueur du cycle universitaire au Brésil : 11 mois, laissant peu de place au repos avant de partir, et encore moins en revenant… 

Ainsi, avec cette année à l’étranger, les étudiants de Sciences Po prouvent leur soif de nouvelles aventures : qu’ils soient à 15 000 kilomètres, ou à 1000, chacun d’entre eux a un tas d’expériences à partager. C’est d’ailleurs ce que certains, surtout ceux qui ont terminé leur échange et sont en master, font de vive voix avec la Radio Germaine (radio de Sciences Po) à travers la série de podcasts Abroad. Ces derniers leur donnent une voix pour partager tous les aspects de leur échange : difficultés administratives, difficile intégration, coût de la vie, barrière de la langue… Ces podcasts sont surtout destinés aux sciences pistes en deuxième année, perdus dans le flux infini des universités partenaires, ou simplement en quête d’inspiration ! N’attendez plus et plongez dans les contes de voyages des anciens sciences pistes hors des murs avec Radio Germaine ! Les podcasts sont disponibles sur Spotify et Apple Podcasts. 


Restez également à l’affût des prochains articles de La Péniche sur les destinations et expériences de 3A au cours des prochaines semaines.

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Conférence de Haïm Korsia à Sciences Po : d’un antijudaïsme clérical à une fraternité retrouvée https://www.lapeniche.net/conference-de-haim-korsia-a-sciences-po-dun-antijudaisme-clerical-a-une-fraternite-retrouvee/ Fri, 16 Feb 2024 10:51:06 +0000 https://www.lapeniche.net/?p=56180 Les murs du 27 rue Saint Guillaume portent une affiche promotionnelle ornée d’un visage bien connu dans l’actualité, celui du Grand rabbin de France, Haïm Korsia. Peu après la polémique de la bougie de Hanouka allumée à l’Elysée, il est l’invité d’honneur d’une conférence qui réunit l’aumônerie de Sciences Po (CSG, centre Saint Guillaume) et l’Union des Etudiants Juifs de France (UEJF) autour du thème de l’antijudaïsme chrétien.

Remplissant l’amphithéâtre Simone Weil, le représentant de la communauté juive a su réaffirmer le puissant lien entre ces deux religions, qui ont longtemps semblé antinomiques. À tort selon lui, qui affirme que les deux groupes religieux sont et seront toujours intrinsèquement liés.

Une conférence sous le signe du discours interreligieux

La conférence s’ouvre sur un court discours du président du CSG, Maxime Zbiden, qui n’hésite pas à dire sa joie face au partenariat avec l’UEJF autour d’un sujet qui lui semble capital. L’occasion pour lui également de réaffirmer la position ferme du CSG face à l’antisémitisme : « Nous disons non à l’antisémitisme et non à l’antijudaïsme de l’Eglise. » 

Après un discours aux mots forts et inspirants, la parole est donnée à Salomé Delarive, présidente de l’UEJF Sciences Po. Alors qu’elle présente le parcours de l’intervenant, celui-ci l’arrête directement : « je ne suis pas là pour chercher un boulot », lui réplique-t-il très ironiquement, provoquant le rire général et un sourire amusé de la présidente de l’UEJF Sciences Po. 

Le ton est lancé : accumulant les blagues, et les anecdotes qui détendent l’atmosphère, Haïm Korsia n’hésite pas à user d’un ton léger tout en exposant ses convictions puissantes. C’est ainsi que celui qui mêle humour, religion et histoire des relations entre juifs et chrétiens, retrace l’évolution de l’antijudaïsme dans l’Eglise.

Pour lui, l’antijudaïsme et l’antisémitisme ont beaucoup changé à travers le temps au sein du monde chrétien. D’abord basés sur l’accusation de peuple déicide, expression visant à pointer l’ensemble du peuple juif comme responsable de la mort de Jésus, l’Eglise s’en est imprégnée en menant des conciles aux conclusions antisémites. Ceux-ci ont notamment abouti à l’interdiction de pratiquer certaines fonctions, parfois même l’interdiction des mariages mixtes entre juifs et chrétiens, et bien d’autres discriminations anti-juives et antisémites. 

La Première Guerre mondiale aurait marqué un changement crucial dans le rapport des chrétiens aux juifs (et inversement). Pour Haïm Korsia, la Grande Guerre a marqué la rencontre entre tous les hommes Français engagés, dont des juifs et des chrétiens. Très attaché au monde littéraire, Monsieur Korsia évoque une pièce de théâtre la maison du bon Dieu, dans laquelle un curé, un pasteur, un rabbin et un imam se retrouvent après la guerre autour d’une réflexion commune : et si cette fraternité que nous avons ressentie pendant la guerre, on la vivait tous les jours ? 

Ces paroles de Haim Korsia résonnent particulièrement, d’autant que l’évènement est un partenariat entre deux entités religieuses à Sciences Po, un partenariat qui semble être bien plus qu’une formalité mais bien un signe d’amitié. Les deux associations ont d’ailleurs affirmé que cette conférence n’était que le début d’une longue série.

 De la Seconde Guerre mondiale à aujourd’hui : des liens inaliénables entre juifs et chrétiens.

La Seconde Guerre mondiale a, malgré elle, tracé au feutre indélébile la suite du chemin de cette fraternité interreligieuse, de nombreux chrétiens ayant caché des juifs menacés de déportation. Cette coexistence et cette fraternité ne se sont pas arrêtées en 1945 et sont plus que jamais d’actualité. Le Grand Rabbin mentionne un propos, fort et poignant, prononcé par Jean Paul II, ancien Pape, à l’attention des juifs, lors d’une visite à la synagogue de Rome : « vous êtes nos frères préférés et, d’une certaine manière, on pourrait dire nos frères aînés », message d’amour et d’espoir puissant, renouant les liens, quoique parfois fragilisés mais toujours présents, entre juifs et chrétiens.

Pour conclure son propos, l’invité a tenu à dire quelques mots sur l’antisémitisme actuel, et la vertigineuse hausse de près de 1000% des actes antisémites depuis le 7 octobre 2023. Il tenait à rappeler l’importance de l’indignation dans les luttes antiracistes : ne jamais s’habituer, voilà son mot d’ordre. S’habituer, pour lui, c’est déjà abandonner et arrêter la lutte, pourtant si importante pour la cohabitation et la paix.

Le temps accordé aux questions du public a ensuite permis de revenir sur la place des religions en France mais aussi sur la laïcité. Monsieur Korsia a tenu à réaffirmer le droit essentiel à l’athéisme tout en évoquant les dangers que peut provoquer l’interprétation athée de la laïcité. En plus d’avoir le droit d’être athée, droit qui lui tient à cœur, il affirme la nécessité d’un autre droit qui le prend aux tripes : celui de pratiquer librement sa religion.Cette conférence de Haïm Korsia a alors su et pu illustrer la force et la nécessité du discours interreligieux. Porteur d’espoir, de luttes acharnées, doté d’un sens de l’humour qui surprend de prime abord mais rend le propos fort agréable à écouter, Haïm Korsia fait résonner une voix que l’on entend trop peu : celle de la paix dans les relations interreligieuses. Sa dernière phrase résume, lors de sa réponse à la dernière question posée, son combat, le combat d’une vie : « ne laissez jamais personne définir qui vous êtes ».

© Crédits photo : J. DESCOUR / Centre Saint Guillaume
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Javier Milei : le cauchemar argentin ? https://www.lapeniche.net/javier-milei-le-cauchemar-argentin/ Fri, 24 Nov 2023 10:00:00 +0000 https://www.lapeniche.net/?p=56078 L’annonce de la victoire présidentielle de Javier Milei, ancien chanteur de rock argentin et à la tête du parti La libertad avanza (LLA), a retenti comme un coup de tonnerre : ce nouveau dirigeant anti-système, qui remet en cause tous les acquis et la structure institutionnelle argentine, promettant une “thérapie de choc”, affole le monde entier. Son slogan “Viva la libertad, carajo” (“Vive la liberté, putain”) révèle – encore une fois – son caractère provocateur.

« C’en est fini du modèle appauvrissant de la caste. Aujourd’hui nous adoptons le modèle de la liberté, pour redevenir une puissance mondiale », proclamait le nouveau président argentin Javier Milei, du parti La libertad avanza (LLA) à l’annonce de sa victoire. Plongé dans des polémiques récurrentes depuis des mois, sa victoire est d’autant plus surprenante qu’elle déjoue les résultats du premier tour dans lequel Sergio Massa, ministre de l’Economie et candidat péroniste, semblait bénéficier d’une tendance en sa faveur. 

Mais alors, qui est ce nouveau président qui fait débat ? Ultranationaliste, libertarien, ultra capitaliste, ultra-conservateur, anti-IVG, favorable à la vente d’organes : Javier Milei, qui se caractérise lui-même d’« anarcho-capitaliste » semble être le nouveau cauchemar de l’Argentine, qui l’a pourtant élu avec 55,6% des voix. Soutien inconditionnel d’Elon Musk, dont il se revendique héritier de la philosophie ultralibérale, il est aussi un grand admirateur de Donald Trump. L’ancien président américain s’est d’ailleurs rapidement emparé de son réseau social Truth Social pour le féliciter : “Je suis très fier de toi. Tu vas transformer ton pays et faire de l’Argentine un grand pays.” Si les deux figures politiques du continent américain s’entendent si bien, c’est sûrement du fait de leur personnalité extravagante, polémiste et volontairement provocatrice. Maria, jeune étudiante franco-argentine à Sciences Po, admet tout de même que « Ce n’est pas comparable à Trump ou à des gens que l’on connaît. Un anarcho-capitaliste on n’en voit pas tous les 4 matins…c’est dur de voir son pays tourner de cette manière ». 

Si l’ancien chanteur de rock profite de sa victoire et attend patiemment le 10 décembre, jour de prise officielle de ses fonctions, les Argentins, quant à eux, craignent d’affronter ces quatre prochaines années. Maria est certaine que les Argentins vont descendre dans la rue ; ce dont elle a peur, c’est de la réponse : « Les gens vont descendre dans la rue pour protester, ses réformes sont drastiques et violentes mais personnellement j’ai très peur de la réponse, la vice-présidente étant connue pour être proche des militaires qui ont servi la dictature…” La nouvelle vice-présidente, Victoria Villarruel, est en effet elle aussi plongée dans son lot de controverses. Avocate argentine et nièce d’un ancien militaire de la dernière dictature, elle a enchaîné les propos chocs sur la dictature de Videla, en légitimant toute sa politique répressive, et ne s’en est pas arrêtée là en accumulant les interventions jugées scandaleuses sur les thèmes de l’éducation et des droits de l’Homme. Trois ans après une grande victoire pour les femmes argentines, celle de la légalisation de l’IVG, la question des droits de l’Homme est d’autant plus actuelle que le programme du nouveau président anti-IVG envisage la fermeture de plusieurs ministères dont celui pour l’égalité entre les hommes et les femmes. Maria propose néanmoins un message d’espoir face à cette situation : “ J’essaye de garder espoir parce que je suis convaincue que les féministes argentines sont tellement déterminées et fortes qu’elles ne se laisseront pas faire”.

A l’origine de l’inquiétude des Argentins, nous retrouvons surtout la manière dont le président luttera contre l’inflation à trois chiffres (140%) et améliorera leur quotidien : pour Maria, « son élection est une question de vie ou de mort pour les argentins » qui ne disposent, pour la majeure partie, plus d’économies et croulent sous les dettes. Rappelons qu’en 2023, 40% des Argentins vivent sous le seuil de pauvreté : l’élection du président Milei est alors à replacer dans son contexte économique alarmant. Pour Maria,  « quand tu n’as plus d’argent et pas d’économies, tu te tournes vers la violence, la délinquance. » Il était alors impensable pour une partie des Argentins, notamment les plus précaires, de voter pour Sergio Massa, le ministre de l’Économie qui n’a pas su gérer l’inflation et qui est pris pour responsable de la situation économique effroyable. 

Ce qui est néanmoins actuellement peu certain, c’est que Javier Milei réussisse à faire prospérer économiquement l’Argentine : souhaitant le retour au dollar, la privatisation de presque tous les secteurs publics, le retrait des subventions sur les transports ou les musées, il semblerait que les Argentins tomberont encore plus dans la misère. C’est ce que nous affirme une science piste en année d’échange à Buenos Aires :  “ce qui est bien ici, c’est que le théâtre, les musées, les transports, c’est subventionné et il [Javier Milei] veut tout retirer…” Elle se dit “totalement déprimée” par son élection. 

Voulant l’abolition de l’Etat au profit de la propriété privée et de la liberté économique absolue, Javier Milei se présente alors comme le renouveau de l’Argentine. Il ne reste maintenant plus qu’à savoir si ce renouveau est synonyme de nouveau paradis argentin ou de retour de la force dans ce pays encore traversé par l’héritage des dictatures successives.

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La hausse des frais de scolarité : entre revendications et déceptions https://www.lapeniche.net/la-hausse-des-frais-de-scolarite-entre-revendications-et-deceptions/ Fri, 17 Mar 2023 14:40:14 +0000 https://www.lapeniche.net/?p=55576 Assez discrètement, une hausse des frais de scolarité a été discutée à la mi-décembre par la direction de Sciences Po Paris. Cette décision a soulevé une vague de contestations. Les syndicats étudiants, Nova, l’UNEF, l’UNI et Solidaires, ont transmis l’information aux étudiant.e.s et ont fait circuler des pétitions pour contrer cette hausse des frais de scolarité à la rentrée 2023. 

S’élevant à 7,5% d’après les organisations syndicales et s’inscrivant dans un contexte d’inflation, cette hausse des frais de scolarité pour le bachelor et le master provoque une indignation chez les étudiant.e.s, notamment les plus touché.e.s : les sciencespistes venant de pays hors de l’Union Européenne. Ces étudiant.e.s payaient déjà en 2022 le coût maximal des frais de scolarité, soit plus de 13 000€ pour le bachelor. En regardant de plus près le site officiel de Sciences Po Paris, pour la rentrée 2023-2024, les sciencespistes habitant hors de l’Union Européenne devront payer 14 210€ pour le bachelor et 19 670€ pour le master (à l’exception des étudiant.e.s déjà inscrits à Sciences Po en 2020-2021 ou antérieurement, qui paieront respectivement 11 780€ et 16 210€). 

« La hausse des frais maximaux n’est pas seulement imposée aux étudiants « aisés » mais aussi aux internationaux dont je fais partie et qui n’ont pas plus de moyens que des français. » « Pour les étudiants internationaux les frais de scolarité à plus de 13 000€ étaient déjà honteux, une hausse de 7% ou de quelconque somme serait inadmissible » nous confient des étudiants à Sciences Po, en première année.

Une hausse généralisée

Ce qu’il faut également noter, c’est le caractère généralisé de la hausse : elle ne touchera pas seulement les étudiant.e.s arrivant en première année de bachelor ou de master à Sciences Po en 2023 mais bien tous les élèves non boursiers, peu importe leur année d’étude. 

« Le problème que me pose cette hausse des frais de scolarité est qu’elle se fait au milieu de notre scolarité, en commençant nos études à Sciences Po nous ne pensions pas devoir payer plus pour une formation qui coûte déjà beaucoup. Elle serait plus justifiée si elle ne touchait que les primo arrivants en 2023 (en bachelor et master), » nous dit une étudiante en monocursus en première année de bachelor. 

Les syndicats se sont également emparés de cette cause pour la dénoncer. Emma, élue Solidaires au conseil de l’Institut nous explique son indignation face à cette “injustice” : “On se retrouve dans une situation où les étudiants sont condamnés à payer la tranche maximale, il ne peut pas y avoir de classe moyenne étrangère qui puisse aller à Sciences Po.”

Les étudiant.e.s du double diplôme Bachelor of arts and Sciences (BASC) sont également très touchée.e.s par cette réforme. Ces sciencespistes suivent un cursus à Sciences Po Paris exempté de certains cours : séminaire, sciences et sociétés en deuxième année, impossibilité de suivre l’étude d’une deuxième langue… En effet, leur cursus est double : une partie se déroule à Sciences Po, l’autre dans une université partenaire. Or, les frais de scolarité à Sciences Po sont pour eux les mêmes qu’un cursus complet, et ne font que s’accroître. 

La principale revendication de ces “BASC” est donc la réduction de leurs frais de scolarité, notamment lors de leur quatrième année (le Bachelor se déploie sur quatre ans pour ces étudiantes et étudiants) comme explicité dans une pétition à l’initiative de ces étudiants : “Sauvez les Basc,” écrivent-ils. “Les étudiant.e.s des 4 parcours du Bachelor of Arts and Sciences ont décidé d’alerter Mathias Vicherat au sujet des frais de scolarité de 4eme année de la formation. Ces derniers s’élèvent à 50% du tarif général, sans accès aux séminaires ou cours de langues. Ce montant nous semble injustifié et mettrait de nombreux.ses étudiant.e.s en difficulté financière.” Ni le Conseil de l’Institut, ni le Conseil d’Administration n’ont entendu leurs revendications.

Augmenter les frais de scolarité pour amortir les effets de l’inflation

Pour certain.e.s étudiant.e.s, cette hausse est justifiée en raison de l’inflation : « je pense que le contexte la justifie. On a la chance de disposer d’infrastructures et de services qualitatifs, et il faut soutenir l’effort que fait l’institution de manière collective », témoigne une étudiante en 1A. 

Pour d’autres, la pilule a plus de mal à passer. C’est pourquoi lors du Conseil de l’Institut du 13 décembre 2022, la vice-présidente (SPES) du Conseil de l’Institut, Inès Fontanelle, n’a pas hésité à prendre la parole sur ce sujet :  « il y a 10 ans, en 2012, le montant de la tranche supérieure des frais de scolarité était de 9 800€ pour le Bachelor, et de 13 500€ pour le master. » Alors que la précarité étudiante semble exploser, avec 107 000 étudiants plongés dans la précarité et 45 000 dans une extrême pauvreté en France selon le Secours Populaire, les frais de scolarité n’ont fait que s’accroître. 

L’administration de Sciences Po n’a pas donné suite à nos sollicitations dans les délais nécessaires mais la présidente du Conseil de l’Institut, Dina Waked, a tenu à mettre au courant les étudiantes et étudiants des thèmes abordés au conseil de l’Institut, à travers une lettre envoyée à la communauté étudiante par mail ce lundi 20 février. “Le 6 décembre et le 13 décembre 2022, nous nous sommes réunis pour deux séances consacrées au budget 2023 de Sciences Po […] notamment à propos des répercussions de l’inflation sur les droits de scolarité des étudiantes et des étudiants et, plus largement, sur la part que cette ressource dans le financement général de notre institution,” indique le message.

L’administration de Sciences Po invoque donc l’inflation comme l’une des justifications à la hausse des frais de scolarité pour la rentrée prochaine. Mais, que décide réellement le Conseil de l’Institut et comment ? 

Un vote serré 

Le site internet de Sciences Po indique que « les droits de scolarité sont votés chaque année par le Conseil d’Administration de la Fondation Nationale des Sciences Politiques (FNSP), pour l’année universitaire suivante. Leur évolution prend en compte l’inflation prévisionnelle en France pour l’année à venir, ainsi que l’écart entre l’inflation réellement constatée et l’inflation prévisionnelle retenue au titre de l’année précédente. » 

Que pouvons-nous retenir de ce conseil d’administration* 2022, qui s’est tenu en décembre dernier ? D’après l’UNEF et Nova, malgré une forte déception, des résolutions positives ont néanmoins été adoptées suite aux revendications : doubler le budget de la Commission de suivi social (la commission à saisir pour un ajustement ou une exonération des droits de scolarité), augmentation de 7% du budget des bourses Boutmy (bourses d’excellence attribué aux étudiant.e.s non européen.ne.s), augmentation de 4% du montant des compléments de bourse du CROUS. 

Malgré toutes ces résolutions contre la précarité étudiante et le vote défavorable des quatre grands syndicats étudiants (l’UNEF, NOVA, l’Uni et Solidaires), le conseil a voté favorablement à la hausse de 7,5% des frais de scolarité. Le vote a été plutôt serré au Conseil de l’institut **: 15 pour, 12 contre et 4 abstentions. 

Pour Emma, élue Solidaires au Conseil de l’Institut, les abstentionnistes auraient pu changer le résultat final : “J’ai été choquée par la position des professeurs : une partie d’entre eux s’est visiblement abstenue, en affirmant comprendre la position délicate de l’établissement suite à l’inflation mais en disant aussi que c’est assez dur pour les étudiants. Ils ont dit que cette fois-ci, ils s’abstiendraient mais que si la hausse continuait les prochaines années, ils voteraient contre. À qui vous voulez enseigner ? Dans une université fermée ? Je suis sûre que les professeurs aimeraient plus de diversité dans leur classe”. 

À  l’issue de ce conseil d’administration, certains y voient néanmoins une victoire partielle puisque la hausse devait initialement s’élever à 9,46% : “Nous avons également décroché la promesse que la hausse des frais de scolarité serait inférieure aux 9,46% originellement annoncés. Dès lors, nous restons pleinement mobilisés pour abaisser ce taux le plus possible,” a indiqué Nova sur Instagram.

Pour d’autres, l’heure est à la déception. “Les frais de scolarité sont tellement élevés, les étudiants galèrent. Il n’y a pas que Sciences Po qui subit l’inflation, les étudiants aussi”, nous explique Emma, élue Solidaires. “On est contre le principe des frais de scolarité mais effectivement, cette abolition des frais de scolarité est un idéal vers lequel on tend. Alors, aujourd’hui, on s’oppose et on se mobilise contre la hausse des frais de scolarité.” 

* D’après le site web de Sciences Po Paris : « La Fondation nationale des sciences politiques (FNSP) a la responsabilité des grandes orientations stratégiques et de la gestion administrative et financière de Sciences Po. Elle est administrée par un conseil d’administration. » 

** D’après le site web de Sciences Po Paris : « L’institut d’études politiques (IEP) a un rôle de formation, de recherche et de documentation, à l’instar de toutes les universités de recherche de rang international. Ses instances de gouvernance sont :

  • Le conseil de l’Institut, qui administre l’IEP (…) »
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Béate Klarsfeld, un témoignage entre courage et détermination https://www.lapeniche.net/mme-beate-klarsfeld-un-temoignage-bouleversant-entre-courage-et-determination-une-heroine-sans-cape/ Thu, 01 Sep 2022 17:23:33 +0000 http://www.lapeniche.net/?p=54799 Une rencontre sur un quai de métro. 11 mai 1960. Deux cœurs qui se rencontrent. Des centaines de nazis traqués. 

C’est l’histoire de Béate Klarsfeld, aussi appelée « la chasseuse de nazis ». Mais qui est-elle réellement ? C’est ce qu’elle a tenté d’expliquer lors d’une leçon inaugurale présentée aux étudiantes et étudiants de Sciences Po Paris ce mercredi 24 août 2022. Il n’y a plus un seul siège de disponible dans l’amphithéâtre Émile Boutmy, des centaines de cœurs en transe, prêts à écouter le témoignage de cette héroïne retransmis à travers toute la France. Après une longue introduction du directeur de Sciences Po Mathias VICHERAT, puis du directeur de recherche au CNRS et au CERI Jacques SEMELIN, nous retraçons avec Béate Klarsfeld son histoire.  

Une jeunesse à Berlin au temps de la seconde guerre mondiale. 

Béate Klarsfeld, née en 1939, grandit dans une Allemagne divisée. Née sous les bombardements et la peur, elle évolue dans les ruines de la première guerre mais surtout dans une capitale déchirée et séparée en deux. Cette jeune allemande, née Béate Auguste Künzel, n’acceptera jamais ce partage entre Berlin-Est : partie dirigée par les Allemands ; et Berlin-Ouest : dirigée par les Américains. Béate Klarsfeld se construira avec ce traumatisme de la violence inouïe et de la guerre. 

« Vous êtes tous issus d’une génération privilégiée, qui n’a connu ni privation de liberté, ni barrières pour voyager, ni service militaire, ni guerre » disait-elle aux étudiants et étudiantes qui l’écoutaient avec attention et admiration. 

Béate Klarsfeld a ainsi grandi dans une société à l’inverse de la nôtre et, selon ses mots, était victime de « privations de liberté, barrières pour voyager, service militaire, guerre ». Il s’agit ici d’un constat frappant d’une enfance difficile au milieu des bombardements constants et de l’omniprésence de la mort. 

Direction Paris à la rencontre de l’homme de sa vie.

À 16 ans, elle décide de changer de vie. Béate Klarsfeld se rend à Paris pour être jeune fille au pair. Le 11 mai 1960, sur un quai de métro, sa vie sera bouleversée : celui qui deviendra son mari, Serge Klarsfeld, est assis sur ce quai, direction Sciences Po Paris. D’après les mots de Béate Klarsfeld, cette rencontre relève du destin, de la magie : c’est précisément le 11 mai 1960 que le gouvernement israélien capture Adolf Eichmann. Symbole de son combat, cette capture est un signe. Ensemble, les époux Klarsfeld pourchasseront les nazis qui ont échappé au procès de Nuremberg, procès qui visait à juger les criminels de guerre nazis. 

Son combat se déploie sous plusieurs formes. Béate Klarsfeld nous explique dans un premier temps sa traque des nazis, qui lui a valu une inscription dans l’Histoire et a permis le jugement de certains criminels nazis s’étant enfuis en Amérique latine. Alors que son époque promeut plutôt l’oubli de la guerre, des crimes nazis, et manifeste une volonté de tourner la page ; Béate Klarsfeld ne baisse pas les bras et émerge en battante. Elle s’oppose aux lois d’amnistie qui régissaient le monde entier ; et consacre sa vie à faire ce que la justice internationale n’a pas su faire : traquer les nazis et les mener de force devant la justice. 

Lors d’une réunion du parti conservateur et libéral allemand, elle gifle le chancelier d’Allemagne fédérale Kurt Georg Kiesinger en le qualifiant de nazi. La force, le courage et le combat de Béate Klarsfeld ne s’arrêtent pas là : elle a permis le jugement de Kurt Lischka (ancien membre du parti nazi, très impliqué dans la solution finale et directement responsable de la rafle du Vel d’hiv). Elle avait prévu de le kidnapper à Cologne (Allemagne) afin de l’emmener de force vers la France. Kurt Lischka sera condamné à 10 ans de prison (dont il n’en exécutera que cinq). Les Klarsfeld seront sera condamnés à un mois de prison pour tentative d’enlèvement. 

La liste du couple de « traqueurs de nazis » s’allonge petit à petit : Herbert Hagen, chargé de la politique d’exécution des otages, condamné à douze ans de prison (dont il n’en effectuera que cinq). Enfin, Klaus Barbie : « le Boucher de Lyon » , connu pour avoir torturé et exécuté de nombreux résistants français, dont Jean Moulin ; est capturé par Béate Klarsfeld en Bolivie en 1983. Après quarante années de vie tranquille en Amérique latine, il sera condamné à la prison perpétuité (peine qu’il effectue en France), pour « crime contre l’humanité. » 

En parallèle, Béate Klarsfeld voue sa vie à la politique en se présentant aux élections présidentielles allemandes de 2012, qui seront malheureusement une défaite pour elle.

La jeunesse : un espoir grandissant pour Béate Klarsfeld.

« Qui guidera et protégera cette planète si ce n’est votre génération d’étudiants, élevés dans un monde libre et prospère ? »

Exprimant une confiance aveugle en la jeunesse, elle parlera brièvement du climat et de l’état de la planète que seule la jeunesse pourrait améliorer. Suite à son témoignage, une longue série de questions/réponses entre Béate Klarsfeld et les étudiants de Sciences Po Paris a lieu : preuve d’un intérêt très fort que la jeunesse porte pour la mémoire. Un jeune étudiant de première année posera d’ailleurs la question, avec inquiétude, de la mémoire et de sa fragilité suite aux décès progressifs des principales victimes qui perpétuaient la mémoire de la Shoah. Madame Klarsfeld n’a pas hésité à conter sa confiance aveugle en la jeunesse pour écouter les victimes encore aujourd’hui et faire vivre leur souvenir à travers les siècles. 

La question du regret, de la peur, du courage est également souvent revenue parmi les interrogations des étudiants : Béate Klarsfeld n’a jamais regretté ses choix, n’a jamais regretté ce qu’elle a fait, mais n’a surtout jamais regretté ce qu’elle n’a pas fait : les nazis qu’elle n’a pas pu traquer. 

Aujourd’hui, Béate Klarsfeld est une icône de l’Histoire et une héroïne : elle lutte en continu pour la mémoire de la Shoah, mais également contre l’antisémitisme encore fortement présent au sein de nos sociétés. Pour sa lutte exemplaire et sa défense continuelle envers Israël, elle reçoit la nationalité israélienne en 2012 qui s’ajoute aux nationalités française et allemande.

Exemple de courage, de force, de détermination, de volonté, de justice, et d’un amour éternel partagé avec Serge Klarsfeld ; elle ne peut être qu’une héroïne sans cape.

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