Nicolas Braud – La Péniche https://www.lapeniche.net Le Journal Étudiant de Sciences Po Wed, 17 Aug 2022 08:00:12 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=6.9.9 https://www.lapeniche.net/wp-content/uploads/2022/08/cropped-Bitmap-32x32.png Nicolas Braud – La Péniche https://www.lapeniche.net 32 32 LE MAG – Baron Noir, miroir du réel ? https://www.lapeniche.net/lemag_baronoir/ Fri, 19 Feb 2016 06:00:49 +0000 http://lapeniche.net/?p=33365 Jeudi dernier, le Bureau des Arts de Sciences Po organisait une projection de la nouvelle série politique de Canal, intitulée Baron Noir, en compagnie des scénaristes Eric Benzekrin, Jean-Baptiste Delafon et du producteur Thomas Bourguignon. Une belle occasion d’échanger sur un projet haut de gamme qui a nécessité près de six ans de travail. La Péniche revient sur une création qui s’impose déjà comme un espoir et un renouveau de la série française.

Rickwaert, le mouton noir du PS

Philippe Rickwaert, interprété par avec brio par Kad Merad, est député-maire PS de Dunkerque et issu du milieu ouvrier. La série débute au moment du second tour des élections présidentielles opposant Jean-Marc Auzanet, président sortant de droite, au candidat socialiste Francis Laugier (Niels Arestrup), ami de Rickwaert. Alors que les résultats s’annoncent serrés, une vieille magouille politique liée au financement de la campagne vient entacher l’amitié de Rickwaert et Laugier, élu président de la République, qui finit par le tuer politiquement. Cet accrochage bouleverse les plans du maire de Dunkerque. Mais Rickwaert n’est pas du genre à se laisser abattre et ne souhaite plus qu’une chose : transformer le quinquennat de son ancien allié en fiasco.

La série est un ovni pour le petit écran français : il semblerait que la télévision de l’Hexagone ne se soit jamais emparée de l’épineux univers politique pour l’utiliser comme terreau d’une intrigue. Baron Noir emprunte peu à House of Cards ou à d’autres créations européennes : logique puisqu’elle a été écrite bien avant le succès de la série danoise Borgen et du génial sociopathe Frank Underwood. Moins mentale, la série suit l’ascension d’un homme politique rongé par une soif acide du pouvoir sans pour autant surjouer des comportements. Baron Noir suit presque une vocation pédagogique : de la nomination du premier secrétaire de Solférino à l’organisation du travail en mairie, le spectateur assiste, médusé, au déploiement d’énergie que Rickwaert mobilise pour parvenir à ses fins.

 

Une regard fin et rigoureux de la vie politique française

L’œuvre de Eric Benzekrin et Jean-Baptiste Delafon ne se limite pas à une théâtralisation abjecte des scènes de pouvoir de la capitale. Elle devient multiscalaire en soulignant des moments clés de la vie politique locale puis nationale — militantisme, grève dans les usines, syndicalisme, clientélisme et affairisme — avec comme arrière-plan les paysages industriels du Nord, presque pittoresques dans la série. Elle passe également au crible l’importance des médias et leur interpénétration avec les barons des partis : de nombreuses scènes sont jouées sur les plateaux d’I-Télé, d’Europe 1 avec de vrais présentateurs et chroniqueurs — Elkabbach toujours derrière le micro et bien d’autres. On apprécie les pastiches des couvertures du Monde et du Point. Les scandales démantelés par l’investigation de Rue89  étoffent durablement la série et participent à l’idée d’un laboratoire de la politique hexagonale. Réforme de l’éducation, crise du milieu ouvrier et question de l’insertion professionnelle des jeunes issus de filières dévalorisées ; de nombreux sujets sociétaux et économiques sont évoqués. De ce point de vue là, les scénaristes ont réussi à cristalliser les maux du paysage français en plus de les rendre passionnants et pleins de suspense. Attendez l’épisode 4 pour une accélération réelle du rythme.

Lors de la projection, Eric Benzekri, fort de vingt années dans les cercles politiques, énonçait les parallèles intéressants entre le monde politique français et les réseaux mafieux : culte du chef, esprit de revanche, faux-semblant familial (les scénaristes s’avouent influencés par Les Sopranos), etc. La comparaison entre Rickwaert et Julien Dray semble d’ailleurs assumée : ce dernier confiait à Marianne les ressemblances avec son parcours. 

L’analyse de la vie politique actuelle est fine, sans longueur et peint un décorum peu éloigné de la réalité. Les scénaristes ne sont pas tombés dans le piège d’un délire romanesque dans lequel un homme politique fou couperait toutes les têtes pour sortir de sa petite circonscription. Kad Merad, dans un jeu sombre proche de celui de Je vais bien ne t’en fais pas, laisse de côté son caractère clownesque de son début de carrière pour incarner un homme dangereux, calculateur et habile marionnettiste.

L’après Baron Noir

Le public sera peut-être effrayé ou stupéfait de l’interprétation du monde politique bâtie par Baron Noir. Nul besoin de préciser que le trait reste grossi malgré de judicieuses correspondances. Par ailleurs, le démarrage en force de la création Canal s’appuie sur une capacité à confronter visions du monde, essences de la vocation politique, avec l’étroite réalité d’un parti gestionnaire de gouvernement. Un moyen de politiser davantage la jeunesse et en particulier celle de Sciences Po, maintes fois décriée car ne s’intéressant plus à la chose publique ? Dans un cadre purement scolaire, Baron Noir constituera un élégant complément pour vos cours d’institutions et de science politiques, en particulier ceux consacrés aux mouvements sociaux et à la typologie des partis. Elle étanchera sûrement un flot d’ignorance et de lieux communs touchant à la vie politique française. Enfin, elle servira de carte IGN du paysage politique pour ceux qui n’ont abandonné ni leur volonté de changement ni leur projet carriériste au sein des grands partis.

Deux épisodes de la série Baron Noir sont diffusés tous les lundis soirs à partir de 20h55 pour les abonnés.

La première saison (8 épisodes) est déjà disponible en intégralité sur la plate-forme Canal+ à la demande.

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Une ferme dans la ville : petit itinéraire de l’agriculture urbaine https://www.lapeniche.net/une-ferme-dans-la-ville-petit-itineraire-de-lagriculture-urbaine/ Tue, 31 Mar 2015 06:45:02 +0000 http://lapeniche.net/?p=27645 IMG_1057
Extrait du site Internet de V’île fertile

 

Le dimanche 22 mars, Sciences Po Environnement et l’association Pavés sont venus se joindre à V’île fertile, une ferme urbaine participative dans le Bois de Vincennes, pour initier de nombreux étudiants à l’agriculture en milieu urbain.

Dans le cadre de cette journée intitulée « La Fourmi parisienne », La Péniche revient sur le défi du projet V’île Fertile, le déroulement de la journée et quelques enjeux de l’agriculture urbaine.

 

L’agriculture urbaine, une solution d’avenir

À l’heure où la moitié de la population mondiale vit en ville, un phénomène de réappropriation de l’espace urbain est en marche aux quatre coins du globe pour concilier biodiversité cultivée et dalles de béton. Repoussée à l’extérieur de la ville au moment de l’industrialisation, l’agriculture s’engouffre de plus en plus dans l’espace urbain et à sa périphérie. Jardins partagés, vergers urbains, fermes dans la ville, … Des structures professionnelles de maraîchage urbain et périurbain côtoient des projets associatifs amateurs, qui visent eux aussi à relier l’univers de la cité à l’univers rural. L’enjeu est de taille pour faire de la ville un espace nourricier tandis que la densification galopante réduit de plus en plus les parcelles exploitables. Les premiers jardins communautaires sont fondés à New York dans les années 70 et s’inspirent des petits espaces cultivés par les ouvriers à la fin du XIXe siècle. Les jardins partagés sont de véritables lieux de mixité sociale : à Marseille comme à Berlin, les jardins prennent racine dans des quartiers aussi bien aisés que populaires.

Des green guerilleros du Bronx aux agriculteurs urbains de Toronto en passant par les jardins partagés du 18e à Paris, l’agriculture urbaine et ses différentes pratiques foisonnent pour former un large mouvement militant et politique.

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Fresh City Farms, une ferme urbaine biologique à la limite de la ville de Toronto (Crédit Photo : Fresh City Farms)

 Une ferme à Paris : le projet V’île Fertile

Dans cette perspective, l’association V’île Fertile a été créée en mai 2013 en réponse à un appel à projet de la mairie de Paris intitulé « Végétalisations innovantes ». Les membres de la jeune asso ont gagné le projet le 11 juillet 2013 après une remise de dossier et un oral dans le volet ‘agriculture urbaine’. Lauréate de l’appel à projet, V’île Fertile reçoit le lieu aux confins du jardin d’Agronomie Tropicale du Bois de Vincennes. Les membres disposent d’un pavillon, d’un jardin de 600m2 et d’une serre de 100 m2, dont l’aménagement continue aujourd’hui. « En mars de l’année 2014, nous avons commencé à déchaumer le terrain » retrace Vanessa Mariotto, cofondatrice du projet qui nous accueille à notre arrivée dans le jardin.

« J’étais dans les jardins partagés pendant quelques années », nous confie Raphaël Luce, archiviste audiovisuel au Musée d’Orsay et à l’INA, qui est à l’origine du projet. « Ce sont les rares lieux où tu peux passer la journée sans dépenser un euro, à poil, pieds nus. Des lieux précieux donc, dans une ville comme Paris. J’ai une sensibilité écologique depuis longtemps et j’avais envie de passer à la vraie production alimentaire car le jardin partagé reste avant tout un lieu de lien social : le jardinage est secondaire » explique-t-il. L’appel à projet de la mairie de Paris fait office de tremplin pour un projet auquel il tenait depuis plusieurs années. « Nous avons proposé la conception d’une micro-ferme urbaine participative qui valoriserait les déchets organiques urbains. On a constitué un premier groupe et on a lancé un appel au financement participatif sur Kisskissbankbank. On a levé 6000€ en un mois ».

Comme le souligne Raphaël, la ferme V’île Fertile n’est pas un simple jardin partagé mais un projet sérieux souhaitant devenir à terme rentable. « Nous ne venons pas ici pour faire notre petit carré de  jardin mais pour participer à une vraie ferme avec des objectifs à long terme », rappelle Vanessa au moment de la présentation de son association. Un projet professionnel donc qui compte bien pérenniser sa dimension pédagogique, d’apprentissage de l’écologie et sa dimension militante. « V’île Fertile est une démarche globale, nous voulons que notre ferme s’intègre dans l’environnement urbain », défend Vanessa.

Le recyclage et la proximité sont d’ailleurs au centre de la dynamique du projet : la valorisation des déchets par la collecte des invendus sur les marchés et l’utilisation de matériaux de proximité pour la restauration du pavillon sont autant d’actions qui s’inscrivent dans ce désir de rentabilité économique mais surtout de respect de l’environnement.

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Françoise Pennec, membre de Vîle Fertile devant le jardin (Crédit Photo : Nadim Bel Lallahom)

Raphaël, Vanessa et Françoise Pennec, infirmière scolaire qui a rejoint l’association à ses débuts, sont unanimes lorsqu’il est question de l’avenir plus lointain du projet. « Les subventions que nous avons obtenues sont consacrées à la réalisation de la serre et à la création d’un emploi, ce qui est une très grande fierté », nous apprend Françoise qui a passé son bac dans un lycée agricole avant de s’orienter vers un BTS de commerce fruits & légumes puis vers une école d’infirmière. « Je connaissais bien l’endroit. J’ai vu une annonce dans un journal local et je me suis dit que je voulais faire ça. Depuis, j’y passe beaucoup de temps ». Les adhérents de l’association se relaient tous les week-ends pour œuvrer dans l’espace du projet, également ouvert au public.

 

La “Fourmi parisienne”, une immersion étudiante dans le jardin d’Agronomie tropicale 

Pour la journée « La Fourmi Parisienne », l’idée de Sciences Po Environnement et de l’asso Pavés était de venir prêter main forte à la ferme urbaine, dans la bonne humeur, afin de continuer les travaux en tout genre et cuisiner une grande quantité d’invendus du marché.

C’est à l’initiative de Laurène Petit, en première année du master Environmental Policy et membre de l’asso Pavés, ainsi que Kerstin Mumme, également en 4A dans ce master et coordinatrice pour Sciences Po Environnement, que la journée « La Fourmi Parisienne » a vu le jour.

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À gauche, Kerstin Mumme, à droite, Laurène Petit, toutes deux en 4A dans le master Environmental Policy de la PSIA (Crédit Photo : Nadim Bel Lallahom)

« Je fais partie d’un projet collectif à Sciences Po qui est proposé dans le cadre du master nommé “ Alimentation responsable et promotion des systèmes alimentaires territorialisés “. On y réalise une typologie d’initiatives en France autour de l’alimentation responsable et V’île Fertile en faisait notamment partie » nous répond Laurène quand nous lui demandons par quels moyens elle est tombée sur le projet. « Ils ont à la base cette dimension pédagogique qui fait que nous pouvions nous insérer assez facilement dans le projet » complète Kerstin.

Motivés comme jamais, des étudiants de toutes années confondues ont trimé sur différents chantiers. Près du compost, Mathias en 1ère Année d’Affaires publiques et son frère ébéniste Jordan construisent un banc à partir de palettes récupérées à Rungis. Dans la serre, d’autres étudiants s’activent pour rempoter, trouer, percer et s’initier à la maçonnerie.

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Une fine équipe prépare un système d’irrigation pour la serre et ses tomates pendant que d’autres se consacrent à la réalisation du banc (image du haut) (Crédit Photo : Nadim Bel Lallahom et La Péniche)

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Disco’ Soupe, circuits courts, AMAP  : l’avenir de l’agriculture en milieu urbain et des solutions au gaspillage 

L’enjeu de l’indépendance alimentaire est capital pour une association comme V’île Fertile et la récupération des invendus fait partie de leur stratégie d’attaque. « C’est tout à fait possible et même nécessaire car il faut savoir que si le marché de Rungis n’est plus approvisionné, Paris n’a plus de nourriture en l’espace de trois jours : c’est très court. […] Une agriculture peut être productive sans utiliser beaucoup d’espace » ajoute Laurène. Pour pousser le challenge jusqu’au bout les deux organisatrices ont réalisé avec un grand nombre de volontaires une Disco Soupe en utilisant exclusivement des invendus.

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Une infographie du site Disco Soupe (www.discosoupe.org) et la confection de soupes et ratatouilles avec les invendus du marché (Crédit Photo : Nadim Bel Lallahom)

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« L’idée de Disco Soupe commence à être largement connue » nous raconte Kerstin. « Au niveau des invendus, nous avons fait un plan d’attaque : on s’est réparti sur trois marchés (Marché de la Place d’Aligre dans le 12ème, Marché Cours de Vincennes à Nation et un dernier marché à Vincennes). On a été surpris par la qualité des produits jetés à la poubelle mais aussi par leur quantité. On a pu nourrir 70 personnes et il y a encore des restes » ajoutent Laurène et Kerstin. À noter que de nombreux membres de V’île Fertile sont aussi originaires des AMAP (Associations pour le Maintien d’une Agriculture Paysanne – ndlr) et continuent à promouvoir le circuit court comme solution de distribution de denrées alimentaires.

V’île Fertile

Site internet : www.vilefertile.paris

Adresse : 45 Avenue de la Belle Gabrielle, 75012 Paris

S’y rendre : RER A, Arrêt Nogent sur Marne puis 5 min à pied jusqu’au jardin d’Agronomie Tropicale

Quand : Tous les weekends et jours fériés de 13h à 17h

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Rock’n’roll : le cocktail de Twin Peaks préparé aux petits oignons https://www.lapeniche.net/rocknroll-le-cocktail-de-twin-peaks-prepare-aux-petits-oignons/ Sat, 07 Mar 2015 15:03:35 +0000 http://lapeniche.net/?p=26941 Fraîchement rentrés de leur tournée européenne, les sales gosses de Twin Peaks, originaires de Chicago, nous offrent un joyeux mix de garage rock et de punk lo-fi, qui fait office d’une bonne décharge électrique. Leur secret pour l’album« Wild Onion »? Deux guitares, une basse, une batterie. N’enterrez pas le rock tout de suite, il a tout juste 20 ans. 

TP 1 « Wild Onion » de Twin Peaks : le nom de la ville de Chicago vient de la déformation d’un mot amérindien (« sikaakwa ») par les Français en « Chécagou », ce qui signifie « oignon sauvage ». Habile.

Le deuxième album « Wild Onion », sorti en novembre dernier aux États-Unis, et difficilement trouvable en Europe avant ce mois-ci, se présente comme un enchaînement de shots survitaminés en guitares fuzz et en lourdes batteries. Cette succession de bombes rock rappelle des groupes garage récents tels que Foxygen, The Black Lips, The Orwells ou encore des touches psyché qu’on entend chez Tame Impala. Les gars de Twin Peaks sont quand même plus convaincants et auraient très bien pu figurer sur la mythique compilation « Nuggets » qui recensait des titres garage rock des années 60, généralement de qualité.

Formé pendant leurs années high school, Twin Peaks nous délivre une énergique dose d’antidépresseurs. On reste assez pantois devant ce retour aux sources rock les plus évidentes mais qui continuent à fonctionner à merveille. Les titres très courts qui caractérisent « Wild Onion » (les morceaux dépassent rarement les 3 minutes) laissent présager que le quatuor ne se ménage pas en live.

Le clip de « Making Breakfast », chanté par Clay, qui nous fait un peu penser à l’artiste Mac DeMarco. Rappelez vous que le petit-déj, c’est le repas le plus important de la journée. On retrouve cette idée dans un morceau optimiste, sorte de rage de vivre matinale où on réalise enfin que tout est possible quand on a vingt ans.

Les rythmiques rock assez minimalistes et autres power chords bien saturés n’empêchent pas nos gaillards de surfer sur une vague de succès et de sueur avec des concerts tenus des deux côtés de l’Atlantique.

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De gauche à droite : Jack Dolan (basse et chant), Cadien James (guitare et chant), Clay Frankel (guitare et chant), Connor Brodner (batterie) tous entre 20 et 21 ans. Crédit Photo : Pooneh Ghana (tumblr).

Mais d’où peut bien venir leur nom ? Évitons tout de suite les hypothèses douteuses qui commencent à lasser les quatre membres. « Twin Peaks » est le titre d’une série policière américaine créée par Mark Frost et David Lynch qui fut diffusée au début des années 90. Le chanteur du groupe, Cadien, souligne pourtant que le choix du nom est le fruit d’une coïncidence (son frère regardait la série et Cadien trouvait le nom simplement cool en tombant sur la jaquette du DVD) dans une interview donnée pour l’émission « Minimal Talks ». Twin Peaks est malgré ce choix hasardeux l’invité en avril de la David Lynch Foundation à LA, ce qui montre que le réalisateur de la série culte n’a pas l’intention de poursuivre le jeune groupe pour usurpation des droits d’auteur mais qu’il leur donne plutôt sa bénédiction !

La vidéo un peu débile et juvénile du très bon titre « Flavor » sur l’album « Wild Onion » (Communion Records)

Dans plusieurs interviews, les membres du groupe affirment avoir profité d’un environnement plutôt prospère pour l’expression et la diffusion de leur musique. Ils décrivent la communauté de Chicago comme un large réseau d’amis qui ne souhaite qu’assister au succès de leurs confrères — par exemple le duo White Mystery ou The Funs. Twin Peaks commence à se produire dans des endroits Do It Yourself comme des garages, des bars et chez des amis lors de soirées (les fameuses « house parties » qu’ils ont réussi à exporter lors de leur tour au Royaume-Uni). Entré dans la cour des grands mais toujours attaché à la scène qui l’a enfanté, le quatuor ne laisse pas pour autant aux vestiaires ses chemises aux effluves pas très nettes ressemblant étrangement à celle du grunge de Seattle à ses débuts. On ne va pas se le cacher, le rock n’ roll de Twin Peaks est un peu crade, en sueur et finalement à l’image festive et insouciante des quatre garçons.

Le clip de la chanson d’intro « I Found A New Way », ode au futur heureux et insouciant des jeunes gens, légèrement assombri par l’entrée dans la vie adulte

Le design de leur album est pour eux comme « une cerise sur le gâteau », quelque chose de bien évidemment secondaire par rapport à leur musique mais qui a tout de même son importance vu l’ampleur que prend leur projet. Du côté des textes qu’ils écrivent à trois mains, n’allez pas vous méprendre. Ils dégagent simplement les préoccupations de jeunes hommes sur le chemin de la vie adulte, en bref quatre branleurs qui pensent tout le temps aux filles mais aussi à l’expérience de la défonce et aux joies de l’alcool. Le plus important semble que l’on reste bercé du début à la fin par les chants braillards de Jack, Clay et Cadien ainsi que par la chère disto que crachent leurs amplis.

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Twin Peaks dans le Cereal Killer Café (Brick Lane, à Londres) au moment de leur tournée au Royaume-Uni (photo de gauche) et le bassiste Jack à Glasgow (photo de droite). Crédit Photo : Pooneh Ghana (instagram).

Les gars de Twin Peaks revendiquent sincèrement leurs influences 60’s-70’s (The Rolling Stones, les Beatles pour les incontournables) aussi bien dans leurs solos endiablés que dans leur mélodie pop accrocheuse. Le titre quasi beatlesien « Mirror of Time » est un exemple de ce retour volontaire aux racines rock et punk qui permet de poser des notes et des mots sur le thème récurrent de la rupture amoureuse. Les paroles pleines de charme sur l’amour éternel à la fin de la chanson sont bien la preuve de ce déchirement qu’a connu la plupart d’entre nous. Le groupe cite parmi un des albums déclencheurs de leur aventure le fabuleux « Pet Sounds » (1966) des Beach Boys. Le morceau « Hold On » est également une pépite heavy pop aux guitares de Clay et Cadien mêlant chorus et effet flanger, très différente du reste de l’album certes varié. Il laisse à ses auditeurs le même doux souvenir que des groupes comme WU LYF ou Noah And The Whale.

Le morceau « Mirror of Time », retour dans le passé du rock

Affaire à suivre de très près et à écouter sans aucun respect pour vos tympans. En attendant, le nouveau titre écrit par Clay « In The Morning (In the Evening) », dispo sur SoundCloud, révèle tout leur talent, toute leur ambition et leur désir de composer davantage de morceaux sur bande analogique.

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LE MAG – La pop chromée de Chromatics https://www.lapeniche.net/la-pop-chromee-de-chromatics/ Wed, 04 Feb 2015 16:59:07 +0000 http://lapeniche.net/?p=26223 Pop-folk aérienne dès le titre d’ouverture « Phantom Power », ballades mélancoliques et généreuses pour la suite de l’album, le projet solo Diagrams, conduit par le talentueux Sam Genders, revient avec son deuxième album « Chromatics ».


« Phantom Power », extrait de l’album « Chromatics » de Diagrams (Full Time Hobby)

Produit par le Londonien Leo Abrahams (Wild Beasts, Brian Eno) et découvert chez le disquaire Rough Trade regorgeant de trésors, on doit dire qu’il nous faut peu de temps pour accrocher au projet Diagrams, qui nous rappelle dans certains titres The Leisure Society, autre groupe signé chez le label Full Time Hobby.

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Le deuxième album de Diagrams « Chromatics » sorti le 19 janvier 2015 : comment mieux commencer la nouvelle année ?
Crédit Photo : Full Time Hobby

Mariant textes sincères et arrangements musicaux qui confirment le talent de l’artiste, Sam Genders (ancien frontman du groupe folktronica Tuung) décrit une vie colorée, avec ses hauts et ses bas, comme l’illustre très bien le morceau « You Can Talk To Me » qui sonne déjà comme un classique. Il nous donne même l’impression de décrire l’atmosphère parisienne dans le titre « Brain » aux passages dissonants. Le musicien ne souhaite pas que vous vous morfondiez dans votre chambre de bonne pendant l’écoute de cet album aux paroles parfois déconcertantes et teintées de tristesse. Il espère simplement que vous vous sentirez aussi bien que lui comme il le répète à la fin du morceau « Shapes ». Pour lui, tous les petits aléas de la vie sont un tremplin pour trouver l’inspiration : sa musique lui sert d’exutoire pour les pensées et expériences néfastes qu’il s’empresse d’embellir par sa pop lumineuse. Il faut également rappeler que Diagrams est plutôt un projet collectif, car des voix et de nombreuses parties instrumentales furent enregistrées avec des amis et des artistes proches de Genders. Leo Abrahams, le producteur, joue notamment de la guitare et de la basse sur l’album et a réarrangé toute la structure des démos composées par Sam dans son home studio de Sheffield (nord de l’Angleterre).

 

 

Le vrai twist dans la manière de Sam Genders de composer des mélodies pop efficaces demeure sans aucun doute son usage parcimonieux de synthés vintage et de beats programmés, qui peuvent surprendre à la première écoute. Quant aux textures vocales imprégnées de reverb, elles se mêlent judicieusement avec les orgues, pianos groove et autres effets électro enregistrés sur un simple portable, sur un Luminist Garden ou même en code morse (c’est incongru mais ça ressemble à ça). Tous ces éléments bizarres, déroutants et rarement entendus dans des pop songs britanniques car très « Do It Yourself » (DIY pour les intimes) font toute la richesse des arrangements de Diagrams. Des passages expérimentaux avec leurs notes perchées succèdent à des vigoureuses rythmiques à la guitare évoquant les Beatles (« The Light And The Noise »), sans oublier les nombreux chœurs emprunts de mélancolie (le mystérieux titre « Serpent » semble être la traduction musicale du fog londonien) et les échos futuristes.

Sans titre Sam Genders, le gourou lumineux derrière le projet Diagrams
Crédit Photo : Full Time Hobby

Alors, prenez le temps d’écouter en profondeur chaque morceau car la prolifération d’idées de Diagrams a la fâcheuse tendance à cacher de petites pépites dans un album réussi et plein de charme. La comparaison avec l’électro pop de Metronomy, avec les ballades de The Divine Comedy ou encore avec les compositions si joliment construites de Sufjan Stevens est, pour le moins, justifiée et pertinente.

Si vous aussi vous vous êtes laissés bercer par la voix angélique et la géométrie musicale de Sam, vous êtes bien sûr conviés le 11 février au Point Ephémère (Paris) pour partager un instant de magie avec toute sa troupe de musiciens live. Ah oui, et pour nous dire que vous aimez la Péniche en morse, comme Diagrams qui l’utilise intelligemment dans le morceau « Chromatics», rendez-vous sur le site : http://morsecode.scphillips.com/translator.html.

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LE MAG – L’invitation au voyage de Natas Loves You https://www.lapeniche.net/linvitation-au-voyage-de-natas-loves-you/ https://www.lapeniche.net/linvitation-au-voyage-de-natas-loves-you/#comments Wed, 05 Nov 2014 18:44:34 +0000 http://lapeniche.net/?p=24254 Après une tournée estivale révélant le génie du groupe, Natas Loves You passe le cap et dévoile son premier album The 8th Continent. Sorte de passage obligé, les cinq compagnons nous emmènent dans un voyage initiatique bouleversant, trépidant et surtout très ensoleillé : l’histoire d’un personnage qui sort d’une ville de contre-utopie.

Le groupe Natas Loves You, pas tout à fait français par les différentes origines des membres, n’a rien d’une malédiction satanique (Natas = Satan à l’envers) : il tend même vers l’autre extrême, celui de la mélodie patiemment travaillée, des morceaux d’une grande maturité parfaitement en accord avec ses contemporains. Les textes, très profonds, sont le moyen de nous faire partager leur univers du rêve, leur terre promise, bref leur huitième continent.

 

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De gauche à droite, le batteur finlandais Jonas, le bassiste et chanteur franco-américain Virgile, le chanteur lead Alain, d’origine hispano-luxembourgeois, le claviériste et chanteur Pierre-Hadrien et le guitariste français Joachim. Crédits : Elliott Arndt

 

Mêlant rock psyché et indie pop, le multiculturalisme de Natas Loves You impose sa griffe mais rappelle la scène américaine autour de Passion Pit et de Grizzly Bear dans une moindre mesure. On découvre avec émerveillement un groupe mûr avec un avenir prometteur. L’aptitude à nous faire danser avec des mélodies entraînantes, vibrantes mais au combien efficaces comme on peut les entendre chez Foals. On retrouve bien le son de leurs voisins anglais dans le mystérieux morceau « Amazon ». Mais l’influence de Natas Loves You ne se limite pas là : il puise à la fois dans des répertoires de soul, de blues et cultive aussi les expérimentations électro, proches de celles de Metronomy.

La polyphonie est la couleur en plus des jeunes hommes unis par leur passion et leur amitié. Ces derniers sont aussi brillants en live qu’en studio, en jonglant avec des harmonies vocales et un côté 70’s assez décontracté. Dès le premier morceau « Horizons », la superposition des voix crée une véritable puissance sonore. On se déchaîne sur « Got to Belong », hymne à la mélodie captivante. On est ensorcelé par « Zeppelins », plus psyché, plus secret. On danse sous le soleil avec le merveilleux « Skip Stones », dont le clip et ses paysages indiens valent vivement le détour. Un brin électro-pop, « Go or Linger » nous réveille un bon coup et nous convainc de ne pas traîner. Le morceau « Sirens » renvoie-t-il à la poursuite de cet Odyssée moderne ? En tout cas, le riff de basse est aussi accrocheur, profond, hypnotisant que le chant des créatures évoquées dans le titre. Enfin, « Game of Tribes » nous invite à profiter de la jeunesse comme elle vient avant qu’il ne soit trop tard.

Si vous souhaitez poursuivre l’évasion un moment tout en restant dans la capitale, Natas Loves You vous donne rendez-vous pour un concert sûrement haut en couleur le 27 novembre à la Maroquinerie.

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