Liam Piorowicz – La Péniche https://www.lapeniche.net Le Journal Étudiant de Sciences Po Wed, 12 Feb 2025 22:01:39 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=6.9.9 https://www.lapeniche.net/wp-content/uploads/2022/08/cropped-Bitmap-32x32.png Liam Piorowicz – La Péniche https://www.lapeniche.net 32 32 En attendant le matin calme https://www.lapeniche.net/en-attendant-le-matin-calme/ Thu, 07 Nov 2024 22:14:38 +0000 https://www.lapeniche.net/?p=56524 Je suis Hyun Jung-hwa, championne Sud-Coréenne de tennis de table. En cette année 1991, pour la nouvelle édition à Chiba, au Japon, la fédération a pris la décision incompréhensible de nous réunir avec les Nord-Coréens, au sein d’une même délégation de « Corée ». Quelle folie ! Comment pourrais-je coopérer avec des joueuses si différentes ? Nous venons de deux mondes séparés par un mur infranchissable. Comment peut-on imaginer que nous pourrions jouer ensemble, comme si la ligne de démarcation n’existait pas ?

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Je suis Ri Bun-hui, championne Nord-Coréenne de tennis de table. On m’a annoncé que je devrais faire équipe avec ces filles du sud, au Japon en plus, cœur des souffrances de nos ancêtres. Jouer avec elles ? Ces gens-là n’ont rien à voir avec nous. Pourtant, on nous demande de nous unir, de fusionner nos forces comme si tout cela n’était qu’un jeu. Mais le ping-pong, ce n’est pas un jeu. C’est la guerre.

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Les premiers jours d’entraînement sont tendus. Chaque coup de raquette résonne comme une déclaration de guerre. Je sens un regard sur moi qui me jauge sans cesse : Ri, une montagne, une force implacable. Elle ne sourit jamais, ses mouvements sont précis, presque mécaniques, comme une machine programmée pour broyer tout sur son passage, et pourtant je me demande ce qui se cache derrière cette façade glaciale. Un sourire méprisant ? Nos entraîneurs nous regardent avec une inquiétude dissimulée. Ils savent que sans cohésion, notre équipe ne tiendra pas, et encore moins face aux chinoises.

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Elles n’ont pas la même rigueur que nous, pas la même discipline, et leur technique est si fragile. Une d’entre elles s’en sort un peu mieux : Hyun. Rapide, précise, mais un terrible manque de puissance. Elle veut jouer avec finesse, avec souplesse, trouver les angles impossibles, mais ce n’est pas en faisant danser la balle sur la table que l’on gagne un match. Nous échangeons des coups rapides, les balles fusent entre nous comme des projectiles.

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Le tournoi en simple, ordinairement le plus brutal, nous offre ici un cessez-le-feu, une parenthèse dans un conflit qui parasite le développement de notre équipe. Chaque coup est une lame, chaque point perdu est un morceau de ma fierté personnelle qui s’effrite. J’observe Ri affronter la chinoise Deng Yaping. Les chinoises, avec leur maîtrise impeccable, semblent invincibles. Ma bourrelle, Liu Wei, me le fait bien comprendre, dès les huitièmes de finale.

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Hyun est loin de mon niveau, elle tombe tôt dans le tournoi. Une partie de moi en est satisfaite. Mais ce n’est pas important. Je joue pour moi, pour prouver que je suis la meilleure. J’arrive en finale face au prodige : Deng Yaping. Elle est rapide comme une ombre, furtive et agressive. Non, pas possible, je ne peux pas m’arrêter en finale, pas une nouvelle fois. Défaite cinglante en trois sets.

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Le lendemain, je ne trouve pas Ri à l’entraînement, elle qui est pourtant toujours la première à arriver, prête à en découdre. Elle est alitée, la fièvre brûle son front, frappée par la défaite, une maladie à laquelle même les plus grands ne sont pas immunisés. Pour la première fois, je ne vois plus seulement un robot mais une championne qui lutte, contre ses propres démons, tout comme moi.

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C’est comme si j’avais reçu cent smashs en plein visage. Fièvre. Douleurs. Cette faiblesse… quelle honte. Pour moi, tout est fini. Arrive alors celle que je n’attendais pas, Hyun. Sa bouche reste muette, mais je reconnais le langage de son regard d’acier. Le tournoi double commence dès demain, hors de question de se laisser distancer par elle. 

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Quand Ri et moi entrons en scène pour le double, je sens le poids du monde sur nos épaules. En dépit de toute logique harmonique, nos styles semblaient peu à peu s’accorder, comme un violon et un trombone dans un Sibelius. Ri est un iceberg capable d’entrer dans la plus flamboyante des éruptions. Je joue aux côtés d’une partenaire extraordinaire !

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Pour la première fois, nous sommes sur la même ligne de front. Chaque coup que je porte, Hyun le suit avec précision. Son sang-froid et ses réflexions m’impressionnent. Mais en face de nous, dès les quarts de finale, nous retrouvons Deng Yaping et Qiao Hong. La forteresse imprenable. Nous perdons après une bataille acharnée en cinq sets. Seule, je me suis fait écraser. Mais avec elle, j’ai déjà envie de remonter sur le ring.

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C’est notre dernière chance : le tournoi par équipes. Quatre matchs simples et un match double par tour, trois points pour remporter la victoire. À l’annonce de ma sélection dans l’équipe, l’adrénaline me submerge, mes cinq sens se reconnectent au match d’hier. Quelle excitation de rejouer aux côtés de Ri !

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Deux Nord-Coréennes, deux Sud-Coréennes. Telle est la composition de notre nouvelle équipe. Ma jeune camarade Yu Sun-bok, également sélectionnée, est nerveuse. Elle a du potentiel, mais trop peu de confiance. Hyun nous invite à commencer l’entraînement. Pas un instant à perdre, je dois lui montrer que j’ai tout autant l’envie de gagner.

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Le début du tournoi par équipe est presque une promenade. Nous balayons le Danemark, l’URSS, la Hongrie… Les points s’enchaînent, les victoires aussi. Pourtant, je ne peux m’empêcher de ressentir l’ombre des chinoises qui continue de se rapprocher au fur et à mesure que nous progressons dans la compétition.

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Face à ces débutantes d’Europe, le seul objectif devient de remporter des victoires plus écrasantes que celles de Hyun. Mais rien n’est plus fort que les matchs de double avec elle. Il n’y a plus d’adversaire, plus de rivalité. C’est comme retrouver une partie de moi que l’on avait amputée. Avec elle, mon jeu est complet, mon style imparfait, mais parfaitement imparfait.

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Le moment est venu. Nous nous tenons face aux chinoises, ces championnes que le monde entier considère comme invincibles. Mais la grande muraille ne me fait plus peur. Le sol japonais sous nos pieds, où l’histoire a vu tant de batailles, devient l’arène de notre propre guerre, le combat de notre vie.

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Le premier match commence. Yu Sun-bok tremble, mais elle parvient à battre Deng Yaping, la meilleure joueuse du monde. Un exploit, une brèche inespérée. Hyun prend ensuite le relais, battant Gao Jun avec une passion inébranlable. Dans un élan d’orgueil, le dragon Yaping reprend son souffle et vient à bout de nous lors du double, avant de triompher de Hyun.

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Tout repose alors sur Yu. Elle ne tremble plus. L’enfant qu’elle était au début du tournoi s’est transformée en championne. Par un coup droit plus tranchant que la plus puissante des geom, elle abat Gao Jun et fait tomber la dernière pierre de la muraille que l’on prétendait invincible. C’est irréel, impossible, mais bien vrai : nous avons gagné.

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Hyun me prend dans les bras. Je ne peux retenir mes larmes qui viennent arroser la terre du soleil levant. Grâce à mes sœurs d’armes, j’ai réalisé mon rêve de toujours, devenir championne du monde. Mais plus qu’une fierté personnelle, je ressens une force inédite, bien plus puissante que la joie de deux États, celle d’un peuple tout entier.

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Le tournoi est fini. Pendant cinquante jours, nous nous sommes entraînées ensemble, nous avons vécu ensemble comme si nous ne faisions plus qu’une. Il est temps de nous séparer, de retourner chacune de notre côté de la frontière. Mais je sais que nous nous retrouverons dans deux ans, aux championnats suivants !

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Je me rappelle avoir vu Hyun de loin aux championnats de 1993. Elle est devenue championne du monde en simple. Je n’ai pas pu lui téléphoner, ni même lui envoyer un simple courriel pour la féliciter, la remercier. Elle me manque beaucoup. Notre légende s’est écrite il y a 23 ans, mais je continue d’attendre le matin calme, pour enfin refaire un match contre ma meilleure rivale.

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Sciences Po inaugure la Maison des Arts et de la Création https://www.lapeniche.net/sciences-po-inaugure-la-maison-des-arts-et-de-la-creation/ Fri, 21 Apr 2023 14:37:44 +0000 https://www.lapeniche.net/?p=55609 Le soir du 14 mars 2023, l’estrade de l’amphithéâtre Emile Boutmy s’est vue transformée en salon artistique à l’occasion du lancement officiel d’une nouvelle initiative, visant à intégrer davantage les arts dans l’identité de l’école. 

« C’est ça, la culture : c’est tout ce que l’homme a inventé pour rendre le monde vivable et la mort affrontable »  nous disait Aimé Césaire, à la fois homme politique, maire et député, mais également illustre écrivain, dramaturge et poète. Si la culture est un plaisir et une échappatoire vitale à l’homme, elle constitue également une argile d’inspiration et de créativité pour construire le monde de demain. 

Sciences Po semble partager ce point de vue. En effet, c’est au terme d’une soirée réunissant de nombreux invités remarquables, que l’institut âgé de désormais de plus de 150 ans lance sa toute nouvelle initiative, visant à faire entrer un peu plus l’art dans l’ADN de l’établissement. 

« Un retour aux sources »

Ce n’est en réalité pas la première pierre d’un édifice, tant s’en faut. Le fondateur Emile Boutmy était lui-même titulaire d’une Chaire d’histoire de l’art à l’École spéciale d’architecture, faisant dire au directeur Mathias Vicherat qu’il s’agit alors d’un réel « retour aux sources ». 

L’art a déjà pénétré les murs de l’institut de Saint-Guillaume, dans la sphère associative bien sûr, mais également dans les maquettes pédagogiques : des ateliers artistiques au Collège universitaire, des séminaires, une spécialité culture à l’École d’Affaires Publiques… notons de plus en 2010 la création par Bruno Latour du master en arts politiques dans l’École d’affaires publiques, le premier cursus de l’établissement mêlant à parité arts et sciences sociales.

En fait, l’empreinte artistique se fait sentir avant même l’admission, car rappelons que les candidats à l’oral d’admission en première année doivent notamment analyser une image (photographie, peinture) pendant 15 minutes. La capacité à tisser des liens entre arts et enjeux contemporains est donc une condition d’entrée !

Ce lancement s’intègre ainsi dans une histoire où arts et sciences sociales ont déjà été mis en relation. Il s’agit alors de renforcer cette démarche en intensifiant les passerelles par de nouveaux projets, enseignements et chaires.

 « Nous voulons une nouvelle Renaissance »

Cette volonté d’associer arts et sciences sociales est compréhensible. Non seulement l’art est fondamentalement diversifié et varié, tout comme le projet pédagogique interdisciplinaire de Sciences Po, mais il offre lui aussi un regard et une étude du monde, du passé comme du présent, et même du futur. 

Après tout, nombreux sont les chercheurs fondateurs dans leur discipline à avoir manifesté de grands talents artistiques, notamment dans la littérature. Laurence Bertrand Dorléac, présidente de la Fondation Nationale des Sciences Politiques, souligne ainsi l’importance de faire dialoguer artistes et chercheurs en sciences sociales : « Nous voulons une nouvelle Renaissance ». L’art a une connexion très forte avec le politique, pour comprendre le monde et le changer. 

« Les échanges entre pratiques artistiques et sciences humaines sont féconds », affirme Mathias Vicherat. Le Directeur de Sciences Po ajoute qu’il convient de ne pas seulement s’intéresser à la théorie, mais aussi développer la pratique artistique au sein de l’établissement. Les étudiants auront ainsi de grandes chances de davantage s’investir dans des projets artistiques au cours de leur cursus.

Cette direction parait d’autant plus souhaitable compte tenu des futurs parcours de la plupart des étudiants, qui pour beaucoup intégreront les corps de l’Etat et participeront à l’élaboration des politiques publiques. Il semble indispensable à n’importe quel politique de pouvoir recourir non seulement à l’intellect mais aussi aux émotions que peuvent véhiculer l’art.

Un vaste éventail d’actions et de projets

Un grand nombre de chantiers sont déjà entamés pour le lancement de la Maison des Arts et de la Création. Le projet comprend notamment de nombreux enjeux académiques, tels que l’approfondissement de partenariats universitaires, la signature de nouveaux partenariats avec des instances culturelles et l’invitation de nombreux artistes dans le cadre de conférences. En parallèle, trois nouvelles chaires viennent se rajouter à la chaire d’écrivain crée en 2019 : la chaire de cinéma (sous la direction de Claire Denis), la chaire de musique et de danse (avec Benjamin Millepied comme titulaire) et la chaire d’art plastique (menée par Jean de Loisy).

Les étudiants seront aussi impliqués, que cela soit dans le cadre de participations associations, ou dans des actions de sensibilisation. Mathias Vicherat a notamment annoncé la création prochaine du statut « artiste » pour les étudiants, en plus de celui de « sportif », pour permettre à de nombreux jeunes artistes de concilier leur passion et leurs études dans un rythme soutenable. 

Les perspectives sont ainsi nombreuses, et nul doute que le projet ouvrira ou éclairera de nouveaux horizons, non seulement pour Sciences Po mais aussi pour chaque étudiant. De cette initiative jailliront sûrement de nombreuses opportunités, probablement inattendues pour la plupart, qui peut-être pourront nous offrir passion et imagination. Pour reprendre les mots de Laurence Bertrand Dorléac, « nous se savons pas où nous allons mais nous savons d’où l’on part ».

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Ce que pensent les SciencesPistes du nouveau cours de « Culture écologique » https://www.lapeniche.net/ce-que-pensent-les-sciences-pistes-du-nouveau-cours-de-culture-ecologique/ Mon, 06 Feb 2023 08:40:30 +0000 http://www.lapeniche.net/?p=55512 Les 1 700 étudiants de première année de Sciences Po Paris (tous campus confondus) ont assisté à la première édition du très attendu cours de “Culture écologique” lors de la pré rentrée de janvier. De la très bonne surprise à la profonde déception, les avis des sciences pistes sont grandement partagés.    

A l’entame de cette nouvelle année, un vent de nouveauté souffle sur le Collège Universitaire. S’inscrivant dans la même démarche que la rebaptisation de l’« École du Management et de l’Innovation » en « École du Management et de l’Impact » ou que la production « Climatic Change » de l’Ecole de journalisme, Sciences Po affiche désormais clairement sa volonté de faire des problématiques environnementales une partie prenante du projet pédagogique.  

Le cours magistral était dispensé en format intensif, avec 18 heures de cours répartis sur les 5 jours de prérentrée. Chaque séance durait environ 4h et s’appuyait sur une discipline différente pour aborder la question de l’environnement. De l’histoire du climat à sa géopolitique en passant par des réflexions économiques, politiques et philosophiques ; l’approche de ce cours obligatoire se voulait multidisciplinaire. Cette initiative, inédite en France, a fait grand bruit, mais qu’en ont pensé les étudiants ?

« On est tous d’accord pour dire que c’est un enjeu crucial »

La création d’un tel cours était une demande formulée par les étudiants eux-mêmes. Après tout, c’est à leur génération qu’incombe la mission d’adapter la société aux enjeux et crises du changement climatique. Un consensus qui semble être partagé par tous les étudiants : « On est tous d’accord pour dire que c’est un enjeu crucial » déclare Clémence*, une étudiante, « L’écologie est un enjeu-clé de notre monde contemporain » affirme Antonin, étudiant de première année également. 

L’approche transdisciplinaire a aussi été saluée : les étudiants semblent avoir apprécié la variété des sujets proposés : « C’était vraiment intéressant d’étudier ce sujet par le truchement de d’autres matières comme l’économie ou l’histoire » défend un étudiant, « Tous les sujets couverts étaient variés et ont offert diverses approches à la question écologique. J’ai trouvé les dernières séances sur la géopolitique et l’économie particulièrement intéressantes » témoigne Capucine, étudiante de première année. « Cela m’a fait plaisir de voir que Sciences Po est à l’écoute » poursuit-elle. 

Des expériences et retours contrastés

Toutefois, les bilans sur cette semaine de cours intensifs sont très partagés. Si tous semblent avoir apprécié le concept initial, certains se montrent déçus du contenu des séances. Pour une autre étudiante, le cours donne une impression d’avoir été « un peu fait à la va-vite », et donne le sentiment à certains que le programme n’était pas encore clairement défini. « On se demande si c’est pas un peu pour se donner bonne conscience » s’interroge une étudiante.

De plus, plusieurs étudiants regrettent les redites de notions déjà apprises dans l’enseignement secondaire : « Je n’ai pas eu l’impression d’apprendre beaucoup de choses nouvelles par rapport au lycée », regrette Clémence. « Certains cours ne faisaient que répéter des connaissances de lycée et du coup perdaient leur intérêt, mais lorsque nous poussions le débat un peu plus loin, des anecdotes historiques ou d’autres manières de pensées se présentaient et étaient pertinentes. » estime Capucine. 

Il est important de noter que 6 heures d’enseignements complémentaires seront données par des spécialistes des sciences du vivant et de la nature au cours du deuxième semestre.

Mais des étudiants sont aussi très satisfaits de cette semaine de cours, à l’image d’Antonin : « J’ai beaucoup aimé ce cours, qui nous aide à cerner les enjeux sous-jacents à la crise écologique en ne se limitant pas à une analyse purement scientifique », témoigne-t-il, « En dehors de quelques redites, j’ai appris énormément de concepts et de notions que j’ignorais totalement, me donnant envie de m’y intéresser davantage ! » déclare un autre étudiant. 

Des pistes d’améliorations

Malgré des avis hétérogènes, tous sont friands de propositions pour améliorer ce nouvel enseignement, probablement destiné à être peaufiné au fur et à mesure des années. 

Les étudiants semblent unanimes sur la nécessité de modifier le format : « Le format intensif était vraiment pénible, c’est presque impossible de rester concentré les 3h30 ou 4h de cours » affirme Clémence. « Il serait judicieux, selon moi, de lisser le cours sur le semestre » confirme également Antonin. 

Concernant le contenu : la question environnementale a été plus appréciée quand elle a été traitée sous le prisme des sciences humaines et sociales que des sciences dures : « Il était clair que l’amphithéâtre Boutmy était beaucoup plus attentif et silencieux lorsque nous avons abordé les questions économiques et géopolitiques plutôt que celles purement scientifiques » témoigne Capucine. « Ça aurait été génial d’aller explorer un peu plus la question de la représentation des enjeux climatiques dans la fiction et la culture, ou d’étudier l’aspect psychologique qu’ils impliquent » ajoute un autre étudiant. 

Quoiqu’il en soit, le cours « Culture écologique » se verra sûrement retouché pour les promotions suivantes. S’il n’est pas exempt de tout défaut, l’enseignement proposé par Sciences Po a le mérite d’être novateur et formateur, et pourrait indiquer la marche à suivre pour les autres écoles et facultés françaises. 

*Le prénom a été modifié

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« Il faut réformer l’ordre international », la leçon géopolitique de Dominique de Villepin aux étudiants de Sciences Po https://www.lapeniche.net/il-faut-reformer-lordre-international-la-lecon-geopolitique-de-dominique-de-villepin-aux-etudiants-de-sciences-po/ Sat, 29 Oct 2022 08:31:21 +0000 http://www.lapeniche.net/?p=55327 Le lundi 24 octobre 2022 se tenait dans l’amphithéâtre Émile Boutmy, la première conférence organisée cette année par le Parlement des étudiants avec comme invité, l’ancien Premier ministre Dominique de Villepin.

M. de Villepin et Marie Mauron, présidente du Parlement des Étudiants

Il suffit parfois d’un seul discours, dans des circonstances historiques particulières, pour entrer dans l’Histoire. Celui prononcé par Dominique de Villepin, alors ministre des Affaires étrangères, devant le Conseil de Sécurité de l’ONU le 14 février 2003, est encore aujourd’hui considéré comme l’un des plus mémorables de la politique étrangère française, faisant passer son orateur à la postérité. Dominique de Villepin, diplomate de carrière, Secrétaire général de la présidence, Ministre au Quai d’Orsay puis à l’hôtel de Beauvau avant de devenir Premier ministre de Jacques Chirac, a incarné un véritable tournant diplomatique pour la France au début des années 2000, marqué par ce fameux « non » à la guerre en Irak. 

À l’heure d’une grande période d’incertitude mondiale, l’ancien homme d’état a accepté de délivrer aux étudiants de Sciences Po une véritable leçon de géopolitique, mais aussi historique et philosophique, avant de répondre aux questions du Parlement des étudiants (organisateur de l’évènement) et du public. 

Le « piège » de la guerre en Ukraine

Pour l’ancien Premier ministre, la définition de bornes chronologiques d’un siècle ou d’une époque indique une certaine perception de cette-dernière, la défense d’une trame historique particulière. À une ère où les évènements se bousculent, nous sommes déjà tentés d’y trouver un fil conducteur, qui nous permettrait de justifier le déroulement de l’histoire, avec un début et une fin. Pour Dominique de Villepin, ce phénomène s’observe avec la guerre russo-ukrainienne. L’ancien diplomate lui-même la perçoit comme le résultant d’une accumulation de rivalités historiques et de puissances, entre des états, des systèmes politiques, des blocs, mais également « l’illustration d’une situation sans précédent ». 

C’est pour cela que la guerre en Ukraine, à la fois « accélérateur et masque », peut être un piège pour notre pensée et notre analyse selon l’ancien ministre des Affaires étrangères. Elle marque certes un point de rupture,  mais cela peut nous masquer une certaine continuité historique. Il convient ainsi de garder une certaine prudence dans notre manière de l’étudier. 

De plus, il est important pour M. De Villepin de ne pas occulter les multiples dimensions de ce conflit : militaire mais aussi économique et idéologique, afin d’en tirer la perspective la plus globale et riche possible.

Dominique de Villepin déclare ainsi qu’il est nécessaire de comprendre ces différentes perceptions du monde, ces « différentes vérités », pour comprendre d’où nous venons et avoir pleine conscience des chantiers restant à mener, dans le but de finalement « réformer  l’ordre international » poursuit-il.

Des clés de résolution : entre intégration européenne et ouverture outre-Atlantique

Mais quels leviers employer pour parvenir à un tel dessein ? L’ancien Premier ministre apporte des pistes de réflexion. 

Pour M. De Villepin, l’Union européenne peut être une solution, bien qu’il souligne « un risque de dérive en appendice des Etats-Unis », pouvant entraîner une « perte de l’héritage culturel européen ».  À ce sujet, l’ancien ministre des Affaires étrangères déplore le basculement complet de la France dans le camp occidental et son rapprochement avec les Etats-Unis, avec notamment la réintégration dans le commandement intégré de l’OTAN en 2009, « une erreur diplomatique majeure » pour Dominique de Villepin. 

Par ailleurs, M. De Villepin estime nécessaire de s’interroger sur la représentation des nouvelles grandes puissances, à l’instar du Japon, du Brésil ou de l’Inde, et qui n’ont pourtant pas de siège permanent au Conseil de Sécurité de l’ONU, en dépit des grandes populations qu’ils représentent. L’ancien ministre des Affaires étrangères juge cette situation « profondément inégalitaire », et affirme que la réforme de cet ordre est urgente.

« Retrouver le goût du monde »

Au cours des réponses aux questions qui suivirent cette conférence, Dominique de Villepin se montre critique de l’état d’esprit diplomatique français de ces dernières années. Il regrette un « manque d’ambition de la France […] et de connaissance sur le monde ». L’ancien Premier ministre affirme que depuis maintenant longtemps la diplomatie française n’a pas rencontré de réels succès à l’international,  faisant écho notamment à certains de ses revers, à l’instar de la crise des sous-marins australiens de septembre 2021.  M. De Villepin affirme ainsi que la diplomatie française doit pouvoir faire respecter sa voix et remporter des succès d’estime pour retrouver un réel prestige et poids international, concluant qu’une « bonne diplomatie, c’est une diplomatie qui marque des points ».

Devant une perte d’influence et d’exemplarité de la posture française, l’ancien homme d’État préconise la reprise de de contact avec les pays émergeants, et déplore les interventions militaires françaises des années 2010, défendant que « le chaos n’est pas forcément une solution et surtout pas une réponse ». De manière générale, l’ancien Premier ministre regrette la rupture avec un positionnement géopolitique realpolitik aux accents gaullistes qu’il considère « incompris » par les prédécesseurs de Jacques Chirac. 

Dominique de Villepin déclare nécessaire que la diplomatie française retrouve « le goût du monde ». La diplomatie nous renvoie à la vie des autres, et la communication avec ces derniers nous rend plus humain, à « une ère de dématérialisation d’un monde qui perd sa chair. ». « Il faut reconnecter la politique au réel » conclut-il.

Face aux étudiants assis sur les bancs du légendaire amphithéâtre, Dominique De Villepin, ancien étudiant de Sciences Po Paris au sein de la section « Service Public » de 1975, souligne enfin  l’immense privilège d’étudier au sein de l’Institut de Saint-Guillaume, et la grande responsabilité qui en découle, incombant désormais à de nombreux futurs administrateurs de l’Etat, et peut-être diplomates.

Crédit images : Siméon Brand

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« Je ne suis pas mort en 1981 ! », Robert Badinter face aux étudiants de Sciences Po-Sorbonne Université https://www.lapeniche.net/je-ne-suis-pas-mort-en-1981-robertbadinter-face-aux-etudiants-de-sciencespo-sorbonne-universite/ Thu, 13 Oct 2022 17:30:00 +0000 http://www.lapeniche.net/?p=55066 Le jeudi 29 septembre, l’amphithéâtre Emile Boutmy a accueilli l’ancien Garde des Sceaux de François Mitterrand, dans le cadre d’une conférence exclusive accordée aux étudiants en double- diplôme avec Sciences Po Paris et Sorbonne Université.

Rares sont les hommes dont le simple nom évoque un combat tout entier. Plus rares encore sont ceux à l’avoir emporté. Robert Badinter fait sans aucun doute partie de ces hommes-là. Avocat, professeur de droit, sénateur, ancien ministre de la Justice et Président du Conseil constitutionnel, l’ancien proche de François Mitterrand est indissociable de son engagement contre la peine de mort en France, qu’il parvint à abolir en 1981. Robert Badinter, désormais âgé de 94 ans,  a accepté de participer à une conférence exclusive organisée par SPIV, l’association des bi-cursus Sciences Po-Paris IV et l’association Lire pour en sortir, dans l’amphithéâtre Emile Boutmy, toujours dans ce désir de transmission qu’il n’a jamais perdu durant sa longue carrière.

Naturellement, les étudiants ont été très curieux de connaître les ressentis et anecdotes que M. Badinter a pu leur livrer sur son combat contre la peine capitale. L’ancien professeur de droit a ainsi narré les coulisses de ces évènements historiques, évoquant notamment ses dialogues avec le Président de la République François Mitterrand, et sa surprise devant la célèbre réplique de ce-dernier à la télévision : « Je suis contre la peine de mort ».

Ne pas vivre dans le passé

Mais après plusieurs questions, concernant notamment le fonctionnement de la Prison de la Santé, où furent guillotinés les derniers condamnés français, l’ancien Garde des Sceaux n’a pu s’empêcher de réagir avec humour :

« Je ne suis pas mort en 1981 ! ».

Robert Badinter a tenu à souligner que ce combat fait désormais partie d’un passé lointain, de maintenant plus de quarante ans ! Bien qu’il comprenne cette fascination pour cette lutte emblématique, l’ancien ministre défend que l’homme, en particulier lorsqu’il est engagé, ne doit pas vivre dans le passé avec le souvenir de causes dépassées, mais désormais se tourner vers l’avenir et ses nouveaux enjeux, car « le passé est mort, mais le présent est vivant », poursuit-il. 

De nouveaux combats à mener

Si l’abolition de la peine de mort est acquise pour Robert Badinter, ce-denier a également confié aux étudiants les combats qu’il continue encore aujourd’hui de mener. 

Si en France, la peine capitale est « un lointain passé », elle demeure une réalité dans de nombreux pays à travers le monde, y compris dans des états démocratiques. Faisant déjà partie des animateurs du premier Congrès mondial contre la peine de mort de Strasbourg en juin 2001, M. Badinter continue sa lutte pour une abolition universelle. 

Néanmoins, il a souligné aux étudiants que persistent bon nombre d’imperfections dans le système judiciaire français, en particulier carcéral. « Une honte », pour l’ancien Garde des Sceaux. Engagé pour la réinsertion des détenus, il défend désormais la nécessité d’une profonde réforme du système carcéral, qui oublierait le droit le plus fondamental de l’homme, celui « de devenir meilleur » selon ses mots.

« Vous ne manquerez pas de causes justes »

Si le poids de l’histoire et de ses accomplissements peut apparaître écrasant, Robert Badinter a invité les étudiants à s’engager dans le milieu associatif pour défendre ce qui leur tient à cœur. « Vous ne manquerez pas de cause juste », déclare-t-il avec bienveillance mais aussi une pointe d’inquiétude. Au sujet de l’Ukraine, il admet qu’il ne pensait pas connaître le retour de la guerre en Europe. 

Nul doute que son intervention et son témoignage marqueront cette promotion Sciences Po-Sorbonne, et sa cohorte 2021-2022 : “Badinter”.  Après une photo collective, celui qui laissera une empreinte indélébile dans l’histoire de France se retourne une dernière fois face aux étudiants de l’amphithéâtre, concluant sur ces mots teintés d’espoir et de confiance et peut-être aussi de défi : « Allez, bonne chance les enfants ».

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