Revue en papier, revue à succès
Cette année encore, le choix du format papier s’est imposé à toute l’équipe éditoriale. « Quand bien même l’association dispose par ailleurs d’un site Internet, nous avons voulu créer une revue qui permettait mieux de mettre en avant le fait que nos travaux étaient reliés et constituaient une œuvre collective », explique Armande Delage, la rédactrice en chef. Il faut dire aussi que ce caractère matériel de la revue lui donne également un petit côté « rétro » qui, l’année dernière, a semble-t-il séduit les nostalgiques de l’ère pré-numérique. Le 1er numéro s’est en effet vendu comme des petits pains en 2013. En seulement deux mois, les 1000 exemplaires imprimés avaient été vendus. Et quand bien même l’argent récolté grâce à ces ventes n’a pas été suffisant pour pour financer l’édition du 2e numéro, les créateurs de la revue, lucides, ne s’étaient pas fixé un tel objectif. L’autofinancement de la revue, ils le savent bien, ne sera envisageable qu’à long terme. C’est pourquoi en attendant, en 2014, l’association a une fois de plus fait appel à la générosité des étudiants sur la plateforme de financement participatif kisskissbankbank – laquelle permet d’ailleurs aux potentiels acheteurs de la revue de réserver celle-ci à distance s’ils n’habitent pas à Paris. Mais cette année, elle s’est jurée de ne pas se laisser surprendre par l’incroyable succès de la revue. Non moins de 2500 exemplaires seront donc mis en vente à 5€ sur les campus et à 8,90€ en librairie.
Une revue à contre-courant ?
Si le prix peut sembler conséquent, il reste en fait très raisonnable, surtout comparé au prix des autres modèles du genre. Une fois achetée, la revue Opium Philosophie est en effet quelque chose qui se garde. Et pour cause, la qualité du contenu est tout à fait louable (les contributions ont été soigneusement choisies), les réflexions philosophiques proposées, quoique ancrées dans l’actualité, demeurent intemporelles puisque la revue, annuelle, s’inscrit dans le temps long de l’écriture. Par ailleurs et pour finir, le nombre de pages de la revue est plutôt conséquent. Les apprentis philosophes qui en ont rédigé les textes ont en effet eu tout le loisir de déployer leur pensée philosophique dans des articles fleuves ou des poèmes en prose. A l’heure des Tweets, de l’instantané, de l’éphémère et du jetable, à l’heure aussi où la perte de sens de l’actualité semble toujours plus patente, la revue Opium Philosophie, pour le plaisir de tous, s’est donc affirmée comme une revue à contre-courant…

Opium Philo : la Revue XXI des étudiants
Du moins était-ce l’impression que l’on pouvait avoir à première vue, car à n’en pas douter, Opium Philosophie surfe en réalité sur la nouvelle vague des « mooks ». La revue étudiante a en effet délibérément repris les codes de ces « magazines-books », qui connaissent actuellement un succès florissant. Son attachement au format papier, la diversité de ses contenus, mais aussi sa volonté de porter un regard décalé sur l’actualité, concourent effectivement à inscrire Opium Philosophie dans la lignée de la Revue XXI ou même de France Culture Papiers. S’inspirant de ces nouvelles revues, le comité éditorial d’Opium Philosophie a par ailleurs choisi, pour son 2e numéro, de conserver la même maquette que l’année dernière. Les rubriques phares du périodique (y compris les plus humoristiques) sont amenées à se pérenniser, de même que l’alternance entre récits de quelques lignes et textes analytiques de plusieurs pages. En outre, plusieurs éléments qui constituent désormais la marque de fabrique de la revue Opium Philosophie, mais que l’on ne s’attendrait pas forcément à trouver dans une revue de philosophie classique, seront au menu de ce 2e numéro : illustrations à foison, mise en page soignée et graphisme impeccable. Au diable l’austérité des vieux grimoires. Ce que l’association cherche à démontrer en égrenant dessins et photographies au fil des pages de sa publication, c’est qu’il n’y a pas qu’une seule manière d’aborder la philosophie. Et d’affirmer, dans le manifeste du 1er numéro : « la philosophie envisage avant toute chose son statut comme espace d’interactions et de partage de la pensée ». Tout discours, qu’il soit écrit, peint ou chanté, peut être porteur d’une réflexion philosophique féconde.
« Nous défendons l’absolue fécondité de la philosophie » (Manifeste d’Opium Philosophie)
Féconde, la réflexion des contributeurs d’Opium Philosophie l’est assurément, puisqu’elle se veut avant tout utile pour ceux qui vont la lire. Loin de s’en tenir à des considérations purement conceptuelles, creuses et éthérées, les étudiants d’Opium Philosophie cherchent plutôt à inscrire leurs raisonnements dans l’actualité, car si la philosophie vise avant tout à appréhender le monde avec distance, elle n’en est pas moins ancrée dans la réalité. En réfléchissant, dans cette revue, de manière philosophique, éthique et même psychologique sur un objet tout à fait concret voire trivial – la nourriture –, les étudiants d’Opium Philosophie ont ainsi fait un formidable pied de nez à tous ceux qui, aujourd’hui comme à l’époque de Socrate, seraient tentés d’assimiler les philosophes à de piètres moralistes bavards, lunatiques et fous.

« Mais brisons-la : car le pain doit être dans notre bouche moins objet de respect que de consommation » (Francis Ponge, « Le Pain »)
L’association au nom baudelairien a d’ailleurs organisé des ateliers de philosophie avec des lycéens de ZEP en 2013 et même avec des prisonniers au cours de cette année. « La philosophie pour tous ! » Tel est le mot d’ordre qu’elle souhaite promouvoir. L’on se surprend alors à penser que cette joyeuse incitation à philosopher sonnerait presque comme une invitation rabelaisienne à boire un verre, comme une exhortation pongienne à partager les textes qui ont nourri nos esprits de leur pain. D’ailleurs, pour fêter dignement la publication du 2e numéro de sa revue, l’association Opium Philosophie a décidé d’organiser une soirée de lancement gratuite et libre d’entrée le jeudi 17 avril. Elle se tiendra au Dandy Club dans le 9e arrondissement à partir de 20h30. Au menu de cet événement festif : concert, musique avec DJ, vernissage, sans oublier bien sûr, la vente de l’opus tant attendu. Et parce qu’Opium Philosophie a mis les petits plats dans les grands, elle s’est associée avec l’association Le Banquet afin d’organiser un buffet pour l’occasion.
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Chartes des langues et système de paliers : une organisation à revoir
Et pour cause, dès l’inscription aux cours, un premier obstacle se présente aux aspirants polyglottes du 27, rue Saint-Guillaume : « l’accès à la troisième langue est réservé aux étudiants ayant validé un niveau 5 dans une langue et suivi une autre langue en niveau 4 pendant au moins un semestre ». Mais où donc est passée « l’ouverture à l’international » dans tout cela ? Hélas, elle a succombé, victime collatérale de la lutte que mène Sciences Po contre le « tourisme linguistique ». Pourtant, c’est justement avec l’impression de débarquer, comme des touristes, en terre inconnue, que les étudiants de Sciences Po découvrent en 1ère année les chartes censées les aider à s’inscrire seuls dans le bon niveau de langue. Ces chartes, l’UNI-MET en a proposé la refonte. En fait, c’est tout le principe qui serait à revoir car, on en conviendra, l’autoévaluation n’est pas ce qu’il y a de plus objectif : les grands timides se sous estiment ; les « challengers », eux, misent d’emblée sur le plus haut niveau. Quant aux étudiants les moins motivés, ils peuvent tout à fait céder à la tentation du confort, et choisir de s’inscrire en niveau 2, quand bien même ils auraient atteint un niveau plus élevé à la fin du lycée. En résumé, dans la pratique, la division en paliers se révèle très artificielle. Aussi, même si le but n’est pas, bien sûr, d’opérer un classement entre des étudiants « bons » en langues et d’autres qui seraient « mauvais », Sciences Po n’aurait pas à rougir de proposer des cours de langues bien plus riches et intensifs à ses étudiants – notamment en niveau 4. Les enseignements, qui sont actuellement dispensés à l’IEP par des professeurs souvent vacataires et (peu) payés pour assurer deux ou quatre heures de cours par semaine, font en effet pâle figure face aux cours des classes préparatoires. Le programme qu’ils proposent aux étudiants ? Écouter passivement les exposés, revues de presse et autres exercices que présentent les Sciences Pistes de leur conférence. Constater, entre deux interrogations de grammaire, que la leçon censée avoir été apprise la semaine précédente est passée aux oubliettes à la fin du week-end.
La préparation à l’IELTS : une tragédie indigne de Shakespeare ?
L
e constat est sévère, mais la même critique vaut d’ailleurs pour les cours d’anglais en e-learning (supposés, rappelons-le, pouvoir remplacer un cours en présentiel !). Or, la valeur pédagogique de ces cours en e-learning reste largement à démontrer car, ce n’est un scoop pour personne, nombreux sont les étudiants qui savent déjouer la vigilance du logiciel retors et qui n’hésitent pas à tricher pour obtenir les meilleurs scores. Flemmards les étudiants de Sciences Po ? D’après un sondage réalisé sur Internet par l’UNEF fin 2013 auprès des étudiants de Collège Universitaire et de Master, les Sciences pistes souffriraient surtout d’un manque d’entraînement. Sur près de 1000 répondants au sondage, 56% estimaient avoir reçu une mauvaise préparation à l’IELTS à Sciences Po. Il n’y a là rien d’étonnant puisque chacun des professeurs choisit librement d’entraîner ou non ses étudiants pour les épreuves. Pour apporter un début de réponse à ce problème, l’UNI-MET souhaite « rendre plus accessible l’information sur les tutorats du labo des langues ». Il est vrai qu’en toute franchise, on ne peut qu’inciter les étudiants à courir au 306 du 56 rue des Saints-Pères pour réviser une fois pour toute, avec l’aide d’un professeur, les différents points de grammaire qui leur donnent du fil à retordre. Mais parallèlement, même si l’obtention de l’IELTS ne doit pas devenir l’alpha et l’oméga des cours d’anglais, il serait utile d’harmoniser d’emblée les conférences au niveau de la préparation à l’IELTS, notamment parce que les étudiants doivent tous payer 175€ pour s’inscrire à l’examen, Sciences Po remboursant uniquement l’IELTS des étudiants de Master. L’UNEF, qui s’insurge régulièrement contre cela, propose d’ailleurs « la mise en place d’un système à coût nul pour Sciences Po. Chaque étudiant aurait un droit de tirage » et pourrait, comme aujourd’hui, se faire rembourser une fois son IELTS au cours de sa scolarité, mais il choisirait à quel moment.
Des formats de cours inadaptés

La liste des doléances pourrait encore s’allonger. Effectivement, le format des cours de langues est lui aussi sujet à débat. Ainsi, d’après le même sondage UNEF que celui cité précédemment, 60% des étudiants préféreraient que les cours de langues ne durent que 1h-1h30 au lieu de 2h. À l’opposé, plusieurs professeurs notent que les étudiants ne sont véritablement impliqués dans le cours qu’à l’issue du premier quart d’heure environ et qu’il serait donc dommage de réduire le format des séances. De même, plusieurs étudiants voudraient bénéficier d’un plus grand nombre d’heures de cours de langues par semaine, notamment pour l’étude des langues orientales – tel cet étudiant qui s’est résolu à « stagner au niveau 2 plutôt que de passer en 3 » afin de ne pas réduire de moitié son nombre d’heures d’arabe. Curieuse logique en effet que celle de Sciences Po : l’acquisition d’un bon niveau en langues dispenserait de s’entraîner régulièrement avec un professeur. Dans l’idéal, il est certain que les séances devraient être plus nombreuses et aussi plus régulières. Pourquoi ne pas passer à trois voire quatre heures d’anglais par semaine par exemple ? Surtout, pourquoi ne pas augmenter le nombre d’heures de cours en LV2 puisque c’est en LV2 que les constats de régression sont les plus amers ? Certes, dans la pratique, des problèmes d’organisation se posent nécessairement car l’augmentation du nombre d’heures ou simplement la fragmentation du bloc de 2h sont peu compatibles avec l’emploi du temps de nombreux étudiants – surtout celui des étudiants en double cursus. Pourtant, s’il faisait un petit effort, l’IEP pourrait sans nul doute réussir à résoudre ce « casse-tête chinois ».
Devenu un poncif dans le programme de tout syndicat étudiant qui se respecte à l’IEP, le sempiternel débat sur la réforme des cours de langues est loin d’être résolu. Espérons cependant qu’il le sera de manière démocratique puisque comme on l’a dit, en matière de politique, Sciences Po a une réputation à tenir.
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Si le lancement des MOOC n’a pas eu grand retentissement à Sciences Po, c’est sûrement parce ce que ce qu’on nous présentait comme une « innovation pédagogique » ne témoigne pas vraiment d’une révolution copernicienne des méthodes d’enseignement. Étonnamment, les MOOC restent attachés à un format pédagogique extrêmement traditionnel. Comme l’indique le descriptif du MOOC « Espace Mondial » ce n’est « pas […] un cours en direct mais plutôt la captation du cours du premier semestre de Sciences Po, séquencé, repris et enrichi ». Seulement, les montages finaux n’ont rien de spectaculaire, leur design déçoit par son manque de modernité, et les vidéos gagneraient en clarté si elles étaient centrées sur l’utilisation d’animations.

Malgré tout, pour les étudiants de Sciences Po qui n’ont pas suivi le Cours Magistral de Bertrand Badie et pour les autres internautes, ce MOOC est l’occasion rêvée de s’offrir une petite session de rattrapage.
Aux commandes de l’expédition, une équipe pédagogique (notamment l’atelier de cartographie) s’occupe du contenu des cours et du forum. Ses membres n’ont pas été recrutés pour l’occasion puisque le cours existe depuis près de vingt ans. L’équipe technique est interne au Pôle audiovisuel du service numérique de Sciences Po. En outre les professeurs et maîtres de conférence vacataires sollicités pour le MOOC n’ont pas reçu d’augmentation de salaire puisque la gestion du MOOC fait partie intégrante de leur service d’enseignement, et que la plateforme est financée par l’État. Sciences Po ne devrait donc pas augmenter les frais de scolarité des étudiants pour financer ses MOOC. Du moins, normalement…
Peu onéreux et apparemment très influents, les MOOC seraient donc de véritables mannes pour tout établissement d’enseignement supérieur ambitieux. En effet, l’« espace mondial » n’est pas seulement le titre d’un des MOOC proposés par l’IEP de Paris : c’est aussi la scène sur laquelle ce dernier compte rayonner, en partie grâce à ses MOOC.

Certes, les concepteurs de MOOC revendiquent publiquement la gratuité d’accès à l’enseignement comme garantie d’une « démocratisation du savoir ». Pourtant, si la formule est belle et le concept séduisant, l’idéal pédagogique ainsi promu cache à peine une réalité bien différente : les enjeux des MOOC sont au moins autant économiques. Plusieurs universités utilisent déjà FUN comme une vitrine sur le monde pour augmenter leur visibilité et renforcer leur image de marque. Dans cette perspective publicitaire et commerciale, le choix des professeurs qui représenteront l’école est éminemment symbolique. C’est donc Frédéric Mion lui même qui a choisi quels MOOC porteront aux nues les couleurs de l’école. D’autres poids lourds entendent jouer les gros bras aux côtés de Sciences Po : l’École Polytechnique, l’Institut Mines – Télécom, ou encore l’Université Panthéon-Assas – Paris II.
Seulement, parce qu’elle fonctionne sur le mode de l’Open source, la plateforme FUN soulève de sérieuses questions d’ordre juridique, relatives au droit de propriété intellectuelle. En effet, le code source de ce logiciel étant libre d’accès (open source), il est facile d’en redistribuer le contenu (les MOOC en l’occurrence), afin, notamment, de créer des produits dérivés. Ainsi, les professeurs ne sont pas à l’abri d’une captation de leurs cours par d’autres internautes, quand bien même, pendant un an, Sciences Po détient une exclusivité sur les droits d’auteur, et rend donc inutilisable le contenu de ses MOOC par d’autres sites que celui de FUN. Par ailleurs, le contenu des MOOC risque d’être aspiré par le trou noir de la plateforme elle-même. Celle-ci fonctionne effectivement selon une logique oligopolistique c’est-à-dire qu’elle agrège au sein d’une même structure les MOOC de différentes universités – malheureusement au détriment de leur visibilité propre.
D’ailleurs, Bruno Latour semble avoir bien cerné les limites de la plateforme FUN, puisque avec Dominique Boullier, il participe par ailleurs au projet Forccast. Il s’agit d’un consortium international de treize partenaires, mené par Sciences Po, qui forme les étudiants à la « cartographie des controverses » et à l’analyse des sciences et des techniques, en leur proposant de créer eux-mêmes leur site Internet et de participer à des débats. Plus innovants et interactifs que les MOOC, les cours de Forccast seraient-ils donc déjà une alternative à ceux de FUN ?
La question se pose d’autant plus que la postérité des MOOC est loin d’être assurée, puisque, sans diplôme à la clef, ces formations en ligne ne sont pas reconnues par les entreprises.
Mais le but des MOOC n’est pas uniquement de délivrer un cours magistral made in Sciences Po à une classe virtuelle surdimensionnée. D’après la charte des utilisateurs de la plateforme FUN « en vous inscrivant à un cours en ligne sur FUN, vous rejoignez une communauté mondiale d’apprenants ». À l’heure des réseaux sociaux, rien de plus in que la plateforme FUN et son forum de discussion permettant de partager des documents et de poser des questions à l’équipe pédagogique. Seulement, l’ouverture volontairement « massive » des MOOC risque de se faire au prix de leur standardisation, et leur gratuité est maintenue au détriment d’une amélioration technique des montages vidéos. Comment alors ne pas sacrifier la qualité pédagogique de l’enseignement sur l’autel de la commercialisation et de la vulgarisation du savoir ? C’est ce défi que doit relever l’équipe pédagogique du MOOC « Espace Mondial », dirigée et coordonnée par Marie-Françoise Durand. Le plus déroutant, avoue cette dernière, c’est qu’« il faut déjà penser à la version deux » alors même que l’« on ignore tout du public inscrit ». Les questions posées sur le forum reflètent de criantes inégalités d’accès à l’éducation, et l’ironie du sort c’est que « nous nous confrontons là directement à l’un des problèmes soulevés dans le cours d’ « Espace Mondial » ». Espérons donc que le développement des MOOC permettra, sinon de remédier à ces problèmes, au moins de leur donner une visibilité pour qu’ils soient un jour résolus. Si tel est le cas, Sciences Po et toutes les universités présentes sur la plateforme FUN pourront se prévaloir d’avoir fait là « un grand pas pour l’humanité ».
Mais avant de viser ainsi la Lune, et pour se démarquer au sein du gratin des universités françaises, Sciences Po doit sans cesse innover, sans pour autant tirer des plans sur la comète. Les projets ne manquent pas, puisqu’un partenariat avec l’université de Brasilia est envisagé, de même que la mise en place de déclinaisons payantes, un sous-titrage et une traduction anglaise des MOOC. Bref, la compétition est bel et bien lancée. Au profit de la qualité pédagogique ? A voir. Mais, comme le précisait Marie-François Durand, « tout reste encore à inventer ».
]]>Aussi, La Péniche a essayé de reconstituer la genèse de ces cours qui font la réputation de l’école. Un précédent article expliquait quelles étaient les premières étapes administratives de l’élaboration des maquettes pédagogiques. Voyons maintenant plus en détail qui détermine le déroulement des cours.
Dès lors que l’administration de Sciences Po avalise un projet, l’envie qu’a le professeur de partager un savoir devient alors idée. Idée de cours, d’enseignement, de méthode pédagogique. Rien de véritablement défini encore, mais déjà se posent des questions très concrètes. Quels effectifs étudiants fixer pour un cours ? Dans quelle langue le dispenser : français ou anglais ? Pour répondre à cette dernière question, sont pris en compte deux facteurs principaux : le bilinguisme des professeurs, bien sûr ; mais aussi, pour les cours des étudiants de deuxième année de Collège Universitaire et pour ceux des étudiants internationaux, la nécessité de proposer des enseignements en français et en anglais. Mathématiquement (quand bien même aucun pourcentage ni quota n’a été fixé), il faut donc proposer une certaine offre de cours dans chacune des deux langues. Inutile de dire que le recrutement des intervenants est orienté en conséquence. Cela conduit alors certains professeurs à ne pas enseigner dans leur langue maternelle, et parfois, quoique rarement, à s’exprimer avec moins d’aisance qu’ils le pourraient.
En ce qui concerne les effectifs moyens d’étudiants inscrits à un cours, ils sont plus ou moins déterminés à l’avance par l’administration, avant même les Inscriptions Pédagogiques. Par exemple, un cours séminaire n’est ouvert que si une vingtaine d’étudiants au moins s’y inscrivent. Bien sûr, ce seuil varie en fonction du format des cours (conférence, cours magistral…), mais il est déjà arrivé – très exceptionnellement – de fermer un cours où trop peu d’étudiants s’étaient inscrits. Inversement, quand des questions de sécurité imposent de n’ouvrir un cours (ou surtout un atelier) qu’à 12 étudiants, ce nombre ne saurait être dépassé malgré toute la bonne volonté des responsables pédagogiques. En tout cas, les professeurs à qui l’on attribue un cours séminaire sont immédiatement prévenus qu’ils feront cours à 50, 70, voire 100 étudiants. Ils n’interviennent donc pas du tout dans la détermination du nombre maximal d’étudiants pouvant assister à leur cours.

Tous ces éléments contraignent alors les professeurs quant au contenu et à la forme à donner à leur enseignement, en déterminant en partie les modalités d’évaluation. Plus les effectifs sont élevés, moins il est possible aux professeurs d’exiger des exposés à l’oral dans leur syllabus. Surtout, la forme du cours magistral ou du cours séminaire les astreint souvent à endosser le rôle traditionnel du professeur délivrant son cours du haut de sa chaire, rôle dans lequel ils ont parfois du mal à se reconnaître. Là se trouve en fait, pour les professeurs, l’aspect véritablement contraignant du cours magistral, qui les empêche de faire circuler la parole et de communiquer avec les étudiants comme ils le voudraient. Pour pallier cela, chacun trouve rapidement sa méthode : certains interrompent le cours pendant quelques minutes entre les deux heures de cours magistral, comme le fait Jean Picq en « Histoire et Droit des États » ; d’autres, comme Marie-Anne Frison-Roche, professeur en « Grandes Questions du droit », ouvrent un forum destiné aux étudiants ; d’autres encore préfèrent réitérer les invitations au dialogue, comme Andrew Diamond, qui enseigne le cours d’approfondissement Histoire « Race, Immigration, and Political Culture in the US, France and Great Britain », et qui regrette que les salles de cours soient si grandes : « Come on in, and sit in the front row ! », encourage-t-il les étudiants. Un tel problème ne se rencontre normalement pas en atelier artistique, puisque l’équipe pédagogique veille à ce que les effectifs y soient réduits pour permettre le suivi individuel des étudiants et favoriser le travail collectif et le partage.
Dès lors que les questions d’ordre purement administratif sont réglées, l’idée de donner un cours devient projet. Projet de forme, projet de fond, et en cela, les professeurs ont pleine liberté – dans la mesure par contre où il s’inscrivent dans la perspective propre à celle de Sciences Po : celle d’un enseignement en politique, histoire et sciences sociales ; et sous la condition également qu’ils respectent les modalités d’évaluations des étudiants établies par la charte pédagogique de Sciences Po.
Or, c’est bien là que se pose la question « toute matière est-elle politique à Sciences Po ? », en particulier pour les ateliers artistiques. Est-il vraiment pertinent de proposer un cours sur la joaillerie (« Le bijou : usages et techniques ») aux étudiants de deuxième année dans la maquette pédagogique du deuxième semestre 2013-2014 ? Interrogée à ce propos, Astrid Ténière, chargée de mission et responsable pédagogique des ateliers artistiques du Collège Universitaire, répond par l’affirmative. Elle considère en effet que l‘objectif fondamental des ateliers est de dispenser un savoir tant pratique que théorique aux étudiants, afin d’attiser leur curiosité et de les ouvrir à « d’autres modes de pensée ». Dans ce cas, oui, la broderie et la joaillerie valent d’être étudiées à Sciences Po, en tant que métiers d’art et de tradition qui requièrent des aptitudes telles que la précision du geste ou la concentration. De plus, à Sciences Po, les artistes et autres intervenants organisant des ateliers doivent respecter un cahier des charges, qui leur impose notamment d’articuler leur expertise technique avec une réflexion sur les enjeux sociétaux contemporains (identité, frontières, territoire, engagement politique). Autrement, ils peuvent modifier à leur guise le contenu d’un cours d’une année sur l’autre, car après tout, en la matière, ce sont eux les spécialistes. D’ailleurs, une réactualisation des maquettes pédagogiques est toujours nécessaire – comme l’indiquait notre précédent article.
D’autre part, dans les cours magistraux et les cours séminaires, les assistants (chercheurs et doctorants) jouent souvent un grand rôle au côté des professeurs. Ils interviennent surtout dans la gestion des modalités administratives, mais aussi dans la détermination des supports pédagogiques utilisés (vidéos et illustrations, Power Points, textes complémentaires…). Mathilde Villechevrolle, doctorante qui assistait François Dosse pendant le cours de French Theory en sa qualité d’historienne et de philosophe de la médecine, témoigne ainsi : « mon travail est de rendre le propos « humain », d’incarner au maximum les livres, les concepts, les polémiques, dans des images, des chaires et des voix ».
Faire en sorte qu’un cours soit vivant requiert effectivement beaucoup de préparation de la part du professeur, même si au final, ses interactions avec les étudiants lui ouvriront largement la voie à l’improvisation.
]]> De même, le corps enseignant de l’école peut se prévaloir d’une grande pluralité. Avec près de 3 500 membres, il réunit professeurs des universités, chercheurs, maîtres de conférence, et professionnels d’organisations privées et publiques (institutions judiciaires, administrations publiques, entreprises, ONG…). À l’évidence, la diversité des formations qu’ont reçues tous ces professeurs influe sur l’organisation de leurs cours, et détermine grandement le choix de tout Sciences Piste au moment de procéder aux Inscriptions Pédagogiques tant redoutées.
Aussi, c’est pour percer le mystère des maquettes pédagogiques que La Péniche a reconstitué pour vous la genèse de ces cours qui font la réputation de Sciences Po.
Tout commence dans les bureaux de la Direction du Collège Universitaire, où Jean-Luc Pouthier (Doyen du Collège Universitaire), Sylvie Herlicq (Directrice exécutive du Collège universitaire) ainsi que tous les chargés de mission sont en charge de proposer les enseignements. Là, ils étudient en détail les candidatures spontanées qu’ils reçoivent de quiconque projette de donner un cours à Sciences Po. Mais surtout, les responsables pédagogiques cherchent incessamment de nouvelles idées de cours et de nouveaux professeurs. L’objectif est de taille : il faut proposer des enseignements dans différentes matières qui correspondent notamment aux « majeures » des étudiants internationaux (économie, science politique et relations internationales, histoire, droit, humanités…) et, comme l’explique Sylvie Herlicq, « il faut trouver les meilleurs », spécialistes capables d’enseigner chacune de ces disciplines. Pour ce faire, les responsables pédagogiques assistent à des colloques, épluchent les CV, décortiquent la presse, engloutissent des kilogrammes de livres écrits par les chercheurs les plus en pointe, hachent menu ce qu’ils peuvent trouver à leur propos sur les sites Internet pour trouver les professeurs qui conviennent le mieux, et livrer aux étudiants (animés d’une soif gargantuesque de savoir) une maquette pédagogique aux petits oignons. En ce qui concerne particulièrement les enseignants des ateliers artistiques, qu’ils proposent un cours d’écriture, un enseignement d’arts visuels (photographie, cinéma, bande-dessinée, architecture…) ou bien une introduction au spectacle vivant (musique, danse, théâtre…), Sciences Po les sélectionne souvent sur la base de collaborations universitaires avec les écoles d’art de la ville de Paris, le Conservatoire National Supérieur de Musique et de Danse de Paris, ou encore le Bal.
Ensuite, la conception d’un cours magistral, comme celle d’un cours séminaire ou d’une conférence, est toujours pour le professeur le résultat d’un compromis – d’aucuns diront, d’une alchimie – entre ses propres attentes, celle des étudiants, et celle de l’administration de Sciences Po. En effet, les enseignants doivent eux aussi apprendre à s’adapter, et sont astreints à respecter certaines consignes pour élaborer leurs cours.Pour le professeur sur le point de donner un cours à Sciences Po, tout part d’une envie. Une envie de partager ses connaissances : sur l’État, les relations internationales, l’art du roman, le droit européen…

François Dosse, historien, épistémologue et professeur des Universités, a choisi pour sa part l’histoire intellectuelle de la France de 1945 à nos jours, qu’il s’est essayé à retracer dans un cours sur la French Theory au semestre d’automne 2013. En 1994-1995 Sciences Po faisait appel à lui pour la première fois, afin d’accompagner Pierre Nora pour son cours sur les Lieux de mémoire, à la fois en cours magistral et en conférences de méthode. Jusqu’en 2013, M. Dosse donnait donc un cours sur les mutations de l’historiographie contemporaine, et même s’il proposait chaque année quelques renouvellements de l’enseignement, il restait malgré tout dans la logique du cours magistral de Pierre Nora. Son cours de 2013 sur la French Theory a donc été un inédit. Il en a fait spontanément la proposition à la direction de Sciences Po, et s’est alors vu accorder le droit de le dispenser, non pas en tant que cours d’histoire, mais en tant que cours d’humanités littéraires, après intercession de Sylvie Herlicq (responsable pédagogique des Humanités).
Ainsi, les cours dispensés à Sciences Po changent sans cesse, afin de s’adapter à l’évolution de la recherche, et afin de faire de l’école un lieu précurseur dans l’enseignement de certaines disciplines. Tel a été le cas des cours donnés sur le Développement Durable par exemple. Ceux-ci ont été mis en place il y a près de dix ans à Sciences Po, à une époque où parler d’un tel sujet aux étudiants n’allait pas forcément de soi. Ainsi, avant d’attribuer un cours à un professeur, les chargés de mission vérifient d’abord qu’il permette à ce dernier d’aborder l’objet d’étude sur lequel il désire actuellement faire des recherches. « Nous ne choisissons pas les professeurs qui nous disent qu’ils peuvent faire tel ou tel cours, mais plutôt ceux qui en éprouvent l’envie », explique Mme Herlicq. De même, les maquettes pédagogiques doivent se réactualiser au fil des années, afin de rester en phase avec les attentes des étudiants. Surtout, elles sont conçues pour permettre à ceux-ci d’acquérir les compétences qu’exigeront de leur part les entreprises sur le marché de l’emploi (maîtrise des outils multimedia par exemple).
Sympathiques, donc, les maquettes pédagogiques ? Il semblerait que oui. Quant à savoir si elles sont logiques, c’est ce que vous apprendrez en lisant la suite de cet article, publiée demain !
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