The Grandmaster retrace la vie d’Ip Man, grand maître du Kung Fu des années 1930 aux années 1950 dans une Chine qui enchaîne les bouleversements. Tony Leung Chiu Wai, acteur fétiche de Wong Kar Wai (et sosie chinois d’Obama), toujours aussi charmant, incarne le personnage virtuose qui fut le maître de Bruce Lee. Le film est structuré autour des combats de Kung Fu, véritables morceaux de bravoure du film, superbement chorégraphiés et filmés dans des scènes hypnotiques où les corps se frôlent et les coups fusent, et où les hommes ont huit pieds et les femmes soixante-quatre mains. On peut regretter cependant que les plans soient parfois trop rapides, trop serrés, et que le réalisateur nous perde parfois dans ces scènes survoltées. Tout du long l’image est extrêmement travaillée, les noirs très profonds et Wong Kar Wai flirte avec le kitsch sans jamais y verser. Il fonctionne par tableaux avec chacun son ambiance, qu’elle soit enfumée, pluvieuse ou moite, allant jusqu’à reconstituer des photos de groupe en noir et blanc, procédé qui s’insère naturellement dans un film visuellement grandiose.
Mais The Grandmaster souffre de sa construction. L’arrière-plan historique de la République, de l’arrivée des Japonais, de la guerre civile, de la division entre Hong Kong et la Chine continentale communiste, très joliment évoqué par des images d’archives et des reconstitutions des rues et des intérieurs, ne suffit pas à faire un récit. Ce que veut montrer le film à propos des personnages et de leurs frustrations et leurs désirs, on ne le voit pas vraiment. En définitive on se retrouve à chercher ce qui lie vraiment ces trois personnages, à tenter de comprendre l’enjeu de leurs relations, et à échouer à ressentir ce qu’ils pourraient ressentir. Et à quitter le film avec le curieux sentiment de sa contingence.
Julie Henches.
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Des gens qui s'embrassent, de Danièle Thompson avec Eric Elmosnino, Lou de Laâge, Kad Merad.C’est l’histoire de Noga, une blonde vraiment très jolie (Lou de Laâge), presque trop jolie pour le rôle d’ailleurs, qui tombe inexplicablement amoureuse dans un train de Sam (Max Boublil) qui n’est lui pas assez bon pour le rôle, mais ça c’est autre chose. Le problème est que la cousine de Noga se marie avec lui le lendemain même, pendant que Noga enterre sa mère. En toile de fond, leurs deux pères ne s’aiment pas, ce qui chagrine leur père à eux. Le film est un nanar mais un nanar doux, qui ne donne pas violemment envie de quitter la salle comme Sublimes créatures pas plus tard qu’il y a un mois par exemple.
Deux problèmes essentiels.
1) Le film se fonde sur une opposition lourde, malhabile et complètement assumée entre la famille cool (yacht à Saint Tropez + mariage + Monica Bellucci + gnocchis au saumon) et la famille chiante (récital à New York + enterrement + costume noir + Torah). Les lieux comme les personnes sont stéréotypés, sans intérêt. Les ficelles sont très grosses et le comique très rare.
2) Voir Max Boublil (l’interprète de « J’ai vu ta mère sur Chatroulette ») au cinéma c’est comme voir Nabilla au Grand Journal, ça met mal à l’aise et on s’attend à chaque moment à ce qu’il dise une connerie. Le comble du lol est atteint quand Noga et Sam s’embrassent devant une fontaine parisienne dans ce qui ressemble à une parodie de publicité pour parfum. On n’y croit pas deux minutes, ce qui est quand même embêtant pour ce qui est l’histoire centrale du film, ce qui doit lui donner sa cohérence. Et en plus il y a Kad Merad qui exaspère tout le monde à la fois dans le film et dans la salle. Des gens qui s’embrassent, ok. Et alors ? Que faire ? Que sauver ? Eric Elmosnino et Lou de Laâge. L’idée d’un Alzheimer sympa, option good vibes et blagues salaces. Et peut-être aussi le fait que les Français tentent, dans la douleur, de faire du Woody Allen.
Julie Henches.
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Les Amants Passagers, de Pedro Almodóvar avec Javier Cámara, Carlos Areces, Raúl Aréval.
Un équipage gay défoncé et alcoolisé jusqu’à la moelle, une voyante vierge de 35 ans, une escort dominatrice vieillissante, un couple à la fois en gueule de bois et en lune de miel, un type louche à l’air clean, un type perdu à l’air louche, un type louche à l’air louche, tout ce beau monde à bord d’un vol pour Mexico qui ne peut pas atterrir, voilà le pitch vendeur des Amants Passagers. Le générique annonce la couleur : l’ambiance, sensuelle, pop, débridée, est toujours à la movida. Imaginez. Y a-t-il un pilote dans l’avion mais à la sauce Almodóvar, c’est-à-dire passé par un filtre pastel, sexy, clinquant ; le tout bien arrosé de champagne et saupoudré de drogues en tous genres.

Tordus, drôles, désinhibés, libres et un peu concons, les Amants passagers n’ont rien à perdre. Tous partent à Mexico pour fuir leurs problèmes ou pour en créer ailleurs. Dans ce temps suspendu, chacun cherche à tirer son épingle du jeu, et chacun y arrive, car il faut dire que tout le monde joue avec joie. On admet un gros faible pour le steward en chef, parfait exemple des personnages que l’on rencontre, les yeux brûlants, superficiel, charmeur même après avoir vomi, et incapable de tenir sa langue.
Complètement à l’aise, Almodóvar s’attache à montrer les rides, le maquillage, les manières des personnages, et s’en moque avec affection. Tout cela toujours en donnant un coup de vieux à tous les autres cinéastes qui traitent de mœurs, de genre, de sexe, d’amour. On sourit d’aise tout du long, même si on a parfois le sentiment de pas bien savoir où l’on va. Film mineur d’une carrière majeure, il est à voir comme une parenthèse, un apéritif après le très beau La Piel que habito et avant le prochain grand cru. On sort les verres.
Julie Henches.
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