Réputation généraliste oblige, SciencesPo amène ses étudiants à toucher à tout – et parfois, un peu à n’importe quoi. C’est ce que certains étudiants ont appris à leurs dépens dans des ateliers artistiques pour le moins inattendus.
Car si l’administration voit en eux l’occasion de « stimuler les capacités créatives des étudiants et de les amener à une réflexion sur des enjeux de société », certains étudiants restent sceptiques . Zoom sur un enseignement un peu à part, l’atelier artistique.
C’est en 2011 que les ateliers artistiques font leur entrée dans la formation du Collège universitaire aux côtés des humanités et des cours de civilisations latines et grecques. Répondant à la suppression de la sacro-sainte épreuve de culture générale, ces innovations pédagogiques sont venu revaloriser et réaffirmer le caractère généraliste du premier cycle.
À Paris, c’est donc 160 ateliers aux intitulés plus ou moins explicites qui sont proposés chaque année aux étudiants, allant de l’écriture à la danse, en passant par la photographie, le théâtre ou la création numérique.
Obligatoires, d’une durée de deux heures par semaine, et ce, pour trois semestres consécutifs, ce sont d’après la responsable pédagogique de ces enseignements, Astrid Ténière “ des outils différents pour comprendre les enjeux du monde contemporain, via une démarche artistique”.

Objectifs louables, certes, mais qui ne semblent pas être au coeur des préoccupations de tous ces ateliers. Alors que pour certains le cours d’atelier artistique est synonyme d’un cours classique où rançon de la validation rime avec papers et exposés, pour d’autres elle est le siège d’expériences pour le moins atypiques.
Après “ratage complet des IP”, Alexandre, étudiant de 2A, raconte comment lui et sa conf ont dû se mettre à faire deux heures par semaine “ des impros ou des petites chorégraphies où l’on jugeait les autres pour savoir si leur danse était plutôt Air (genre aérienne comme un yaourt allégé), Feu (rapide et brusque) ou Terre (plus sur les jambes et le lien avec le sol) ”.
On devait faire des impros ou des petites chorégraphies où l’on jugeait les autres pour savoir si leur danse était plutôt Air, Feu ou Terre”. (…)
Une étudiante qui a préféré rester anonyme, a elle aussi suivi en 1A un cours d’art chorégraphique. Elle nous raconte comment à l’occasion de sa dernière séance elle s’est retrouvée avec ses compagnons d’infortune dans le jardin du 27 à “utiliser l’espace” et à “se rouler dans l’herbe, s’allonger par terre et danser” devant des étudiants passant justement par là.
Aurélie étudiante en 2A qui a également suivi le semestre dernier un cours d’art chorégraphique – reconnaît que si son atelier a eu le mérite de lui faire “ découvrir certaines notions de la danse”, il faut souligner “ que c’était quand même un peu bullshit à des moments, ou du moins un peu chéper, un peu abstrait, et difficile parfois d’en faire un lien avec la réalité. ”
« On apprenait à utiliser l’espace en se roulant dans l’herbe, en s’allongeant à terre et en dansant »
De même, lorsque Alexandre revient sur les exercices demandés il raconte que “les premières séances, les exercices étaient très basiques du genre s’allonger par terre, fermer les yeux, puis bouger un par un ses membres. Je me suis endormi deux fois dans la même séance en faisant ça, l’horaire 19h-21h n’aide pas.”
Au delà de l’aspect pédagogique stricto sensu, ces ateliers un peu à la marge se sont également révélés être d’authentiques havres de paix. Pour Marie étudiante en 2A, son cours d’art chorégraphique “proposait une véritable pause dans la semaine, et faisait oublier le stress ambiant lors des périodes de galops ou de November Nervous Breakdown.”
Si les anecdotes vont bon train sur ces enseignements, et que nombre d’entre elles font sourire, n’est ce pas finalement le propre de ces ateliers que de sortir des sentiers battus ? Dans une école où le plan en 2 parties est érigé en modèle quasi-incontestable et où le trio exposé – fiche de lecture – dissertation rythme sans exception les différents cours, ces ateliers sont l’occasion de sortir du tant décrié carcan pipo.
Que les étudiants invoquent la disgrâce des IP ou le choix délibéré, ces ateliers où réticence et gêne sont de mise aux premiers cours laissent très vite place à la dérision. C’est ce que l’étudiante anonyme nous confie : “ quand tu vois que tout ton groupe est dans la même merde, que tout le monde joue le jeu, tu relativises et tu le fais même en rigolant !”
« Quand tu vois que tout ton groupe est dans la même merde, que tout le monde joue le jeu, tu relativises et tu le fais même en rigolant ! »
Esther, une étudiante de 2A qui a suivi au premier semestre un atelier de théâtre retrace “l’aspect le plus perché du cours” : “monter une mini scène par groupe à partir d’un fait divers : au choix l’affaire Merah ou le départ d’une jeune fille pour retrouver son mari djihadiste”. Elle reconnaît d’ailleurs que “ ça a été très intéressant […] c’est vraiment étrange, mais ça fait réfléchir. ”
Idem pour Marie, étudiante de 2A, qui grâce à son cours d’art chorégraphique a “appris beaucoup de chose sur la relaxation” mais qui ajoute tout de même avec ironie : “c’était clairement le genre de truc que l’on retrouve à quatre heures et demie du matin en semaine sur Arte !”
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.Alors que la population mondiale venait tout juste de franchir le cap des cinq milliards d’habitants, que Macgyver devenait LA série incontournable du moment et que Joe le Taxi déferlait sur toutes les ondes radios, l’année 1987 voyait aussi naître à SciencesPo le journal étudiant historique de notre école qu’est « L’Indépendant de la rue Saint-Guillaume ».
Mardi 26 août, rendez-vous était donc pris avec David Colon (que l’on ne présente plus), l’ancien directeur de publication du journal, pour parler de cet Indépendant aujourd’hui disparu. L’occasion de nous plonger dans le SciencesPo des années 90 à travers photos (en noir et blanc, s’il vous plaît), archives et anecdotes inédites.
L’Indépendant de la Rue Saint-Guillaume. En sept mots, voilà comment treize étudiants de SciencesPo baptisent l’hebdomadaire qui voit le jour à la rentrée 1987. Dans l’Institut d’Etudes Politiques de Paris des années 90, où la communication entre la direction et les étudiants n’était pas optimale, l’Indépendant s’est d’emblée posé comme la nouvelle mais aussi unique source d’informations à la destination des étudiants de SciencesPo.
Editorial du directeur de publication, sujets au cœur de la vie étudiante, agenda, tribunes libres à l’usage des lecteurs et citations de professeurs – de préférence avec lapsus – c’est sur ce credo que « l’Indép » a fidélisé des lecteurs toujours plus assidus. Fort d’un tirage hebdomadaire s’élevant entre 400 et 500 exemplaires avec un étudiant lecteur sur trois, l’Indépendant pouvait se prévaloir d’occuper une place clé au coeur du SciencesPo des eighties.
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Mais loin de se cantonner à sa fonction purement informative qui avait largement justifié le choix de sa création, le journal n’a cessé durant son existence de se distinguer par ses papiers très critiques vis à vis de la direction, au gré des différentes lignes éditoriales. « Selon la personnalité du directeur de publication on se prenait plus ou moins au sérieux » affirme David Colon à ce sujet.
Il faut par ailleurs garder en mémoire que cet hebdomadaire de deux pages vendu 2 francs tous les mercredi matins en péniche voit le jour dans un SciencesPo tout autre. Alors sous la direction de Alain Lancelot, l’IEP de Paris était le sanctuaire du « guindé » où l’ouverture internationale était « mal vue ». Dans ces circonstances, difficile pour un journal étudiant d’évoluer sereinement et de transgresser les lignes du politiquement correct que la direction s’efforce de délimiter.
Des dessins humoristiques dont Alain Lancelot était le protagoniste de prédilection aux enquêtes sur la direction – gestion du budget, rapports de force au sein de la hiérarchie – ajouté au fait que très vite, d’anciens rédacteurs de l’Indépendant devenus journalistes reprenaient des articles du journal étudiant dans leurs propres parutions, l’hebdomadaire est vite devenu un des tourments de la direction.
David Colon, directeur de la publication de 1994 à 1995 nous confie à ce propos : « Lancelot me convoquait chaque jour. Toutes les publications devaient être remises à l’administration ». Ainsi, chaque mercredi, une copie de l’Indépendant était soigneusement déposée sur le bureau de la secrétaire du directeur. Et comme une vieille rengaine, chaque mercredi, David Colon, voyait au loin cette même secrétaire chargée de l’accompagner à sa convocation chez Monsieur le Directeur.
Mais loin de n’agacer que l’administration, l’Indépendant irritait particulièrement les syndicats de l’époque qui n’ont pas manqué d’être virulents à son encontre. A l’origine, l’étiquette d’indépendant clairement revendiquée aussi bien dans son intitulé que dans ses articles – les rédacteurs encartés dans des partis politiques ou dans des syndicats étaient interdits – était suspectée de n’être qu’un subterfuge pour occulter la nature réelle de l’hebdomadaire : « un organe de l’administration », nous explique David Colon. Le syndicat étudiant Sud (l’ancêtre de Solidaires) a même un temps publié une parodie de l’hebdomadaire si joliment intitulée « L’Indépendant des chiottes ».
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Mais au-delà du contenu éditorial à proprement parler, l’Indépendant de la Rue St Guillaume s’est aussi avéré être un véritable organe de mobilisation des sciencepistes. En janvier 1995, les étudiants de SciencesPo votèrent la grève générale et occupèrent trois nuits de suite les locaux de l’école suite à une action soutenue par l’hebdomadaire.
La direction avait en effet annoncé sa décision de supprimer le complément de bourse d’étude alloué par l’IEP et de le remplacer par des prêts bancaires. L’hebdomadaire va alors contribuer à une redoutable mobilisation. Durant cette semaine particulière, l’Indép devient un quotidien certes synonyme de nuits blanches pour ses rédacteurs mais aussi de tirages records. Efforts récompensés car le projet sera finalement abandonné par l’administration. Soldé par un succès, ce mouvement n’a sans doute pas manqué de ternir les relations déjà électriques entre la hiérarchie et le journal.
Si l’Indépendant est parvenu à épargner les poches de ses étudiants lecteurs, il n’a pas manqué non plus de s’atteler à préserver leur havre de paix post-cours, le Basile pour les habitués. Sur le point de se faire racheter par un magasin de vêtements, le journal s’est mobilisé. Résultat, une lettre à Édouard Balladur plus tard, le dossier s’est retrouvé sur la pile du Ministère de la Culture lequel a sorti le Basile de la faillite.
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L’année 1998 sonne le glas de l’hebdomadaire. Après avoir tenté de transformer l’hebdomadaire en mensuel, le succès n’est tout de même plus au rendez-vous. Selon David Colon, la recette n’a plus fonctionné pour deux motifs principaux. La première trouve sa raison d’être dans ce qui avait justifié dès le départ la création du journal : « la rareté de l’information ». L’année 1995 annonce en effet à SciencesPo de nouveaux horizons avec la mise en service d’une connexion internet, et plus tard de la création d’un outil informatif, sciencespoinfo. La seconde raison, sur laquelle David Colon insiste car cruciale selon lui, tient à « la personnalité de Richard Descoings (arrivé aux commandes de l’IEP en 1996, nldr) tout à fait différente de celle de son prédecesseur ». « Bienveillant à l’égard des initiatives étudiantes », le ton contestataire de l’hebdomadaire n’avait de facto plus lieu d’être.

« Grand quotidien de la désinformation » pour reprendre la formule de Richard Descoings, même si étudiant, le journal de l’Indépendant avait déjà tout d’un grand. Longévité extraordinaire pour un journal à SciencesPo, régularité de la publication, et plumes devenues plus tard des grands noms du journalisme – à l’instar de Pascale Krief ou de David Abiker – l’hebdomadaire a même été salué dans les tribunes de Libération pour la qualité de ses articles et son professionnalisme. Quoi qu’il en soit, l’Indépendant de la Rue Saint-Guillaume – dont les archives ont même trouvé leur place à la Bibliothèque de France – reste la référence en terme de journalisme étudiant à SciencesPo.
Mais que tous les nostalgiques de « l’indép » sèchent leurs larmes car si l’aventure appartient bel et bien au passé, il sommeille un peu partout de l’âme du journal : dans la cafet du 27 où l’équipe éditoriale se réunissait, à la librairie tenue par Nicole et Jeannette où les votes de la rédaction étaient organisés, mais aussi peut-être – et c’est David Colon qui le mentionne – dans notre journal. Lecteur fréquent de nos colonnes, il relève que les articles de Lapéniche « ressemblent à ce que l’on pouvait faire : de la dérision vis à vis des professeurs, de l’administration », avant d’ajouter, « … et vis à vis de moi-même : ce n’est pas désagréable ». À bon entendeur !
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Un programme qui bouge

Plus qu’un intitulé insignifiant pour les moins anglophiles d’entre nous, le Buddy Program est un organe géré par le BDE dont la formule pourrait se résumer à « pour un étudiant en échange fraichement arrivé, un buddy sciencepiste offert ». L’idée est, par l’attribution d’un « pote » sciencepiste, d’aider les étudiants en échange à s’intégrer aussi bien à l’univers du 27 qu’à la riche vie parisienne. Et c’est suivant ce concept, coordonné à des événements dont les thèmes ont vocation à intégrer la communauté internationale, que le Buddy Program rayonne. Outre le pique-nique de l’Integration Day qui a rassemblé près de 550 étudiants français et internationaux cette année, les grands moments du semestre dernier se sont organisés autour d’un triptyque bien précis : le « A bar, a day » et sa tournée des bars parisiens, le « Walk your sunday » et sa visite des principaux sites historiques parisiens, et la grande nouveauté, le week-end aux Châteaux de la Loire qui se dotait pour mission principale de prouver que la dolce vita, en France, on connait aussi.
Retour sur la création
Fort de ses 40% d’étudiants étrangers, l’IEP peut se targuer d’une réputation résolument internationale. Mais à l’échelle étudiante, avant 2011, un constat s’imposait à tous : les étudiants internationaux – à leur grand dam comme à celui de leurs homologues sciencespistes – « ne se rencontraient pas » nous explique Mbaye-Yacine, un des coordinateurs du programme. L’ambition était donc d’assimiler une communauté internationale souvent scellée lors du traditionnel Welcome Program. Ce projet, ce sont la DAIE (Direction des Affaires Internationales et des Échanges) et le BDE à travers son Buddy Program, qui en sont à l’origine. Tous deux en étroite collaboration gèrent l’attribution des buddies internationaux, estimés entre 200 et 300 par semestre.
Aider son prochain … et soi-même aussi
Souvent, les motivations oscillent entre altruisme et volonté de préparer le terrain pour sa 3A. C’est ce que traduit en partie le témoignage de Victor : « Ce qui m’a motivé était de faire découvrir ma ville à des étudiants étrangers ». Parallèlement, une étudiante de 1A, comme l’essentiel des participants, a choisit la nationalité de ses buddies selon son projet de 3A :« Mon deuxième choix était l’Argentine car c’est une idée pour ma 3A ».
Et les Internationaux, dans l’histoire ?

Alors que certains ont été « enthousiasmé par l’idée » comme nous l’a confié une étudiante sénégalaise du programme Europe-Afrique, pour d’autres, l’attribution arbitraire d’un pote peut paraître saugrenue. C’est ce que Inês, une ancienne étudiante internationale passée par le 27 raconte : « Ça me paraissait tellement étrange […] : quelqu’un dont je n’avais jamais entendu parler me contactait et voulait me rencontrer pour aucune raison apparente ». Et cette frilosité, l’étudiante en a d’ailleurs fait l’expérience et explique à propos de sa buddy canadienne : « je ne l’ai jamais rencontrée car elle a repoussé tous nos rdv », tout comme Rémy : « J’ai eu 3 buddies, dont un […] qui ne m’a jamais répondu, que je n’ai jamais rencontré et sur lequel je n’ai aucune info ».
Des demandes pas toujours satisfaites
Ce sont en effet les étudiants de Sciences Po qui font la démarche de parrainer un étudiant et qui en choisissent le profil. À cet effet, un questionnaire leur permet de choisir, entre autres, une information qui a de son importance : la nationalité. Parmi les plus demandées figurent les Américains, les Canadiens tandis que Chinois et Hispanophones, bien que nombreux, sont visiblement moins prisés. Face à ce déséquilibre, il est fréquent que la nationalité du buddy ne corresponde pas à la demande émise. Rémy confie d’ailleurs, après s’être vu attribué deux buddies, un Chinois et une Taiwanaise : « moi-même j’admets que je ne suis pas aussi curieux que s’ils avaient été Australien ou Norvégien». Au delà de ça, pris dans la tourmente du semestre et de son dur labeur, beaucoup ne se voient quasiment plus.
Le Buddy, un référent à SciencesPo
Mais ce n’est pas pour autant que le Buddy Program ne remplit pas sa fonction première, car comme le relève Rémy à propos des étudiants en échange, « J’ai l’impression qu’ils se sont très bien intégrés avec les autres étudiants étrangers ». Mbaye-Yacine explique que l’enjeu du programme est avant tout d’intégrer les étudiants au système propre à Sciences Po « dans lequel ils arrivent avec beaucoup d’appréhension » et où leur parrain joue le rôle de référent. Ensuite, l’idée principale était qu’étudiants internationaux et pensionnaires se rencontrent, objectif clairement satisfait par le Buddy Program.
Rémy et la jeune étudiante poursuivent ce semestre l’aventure qu’ils ont, à bien des égards, trouvée enrichissante. Mais lorsque l’on demande à Victor de conclure sur son expérience, voilà ce qu’il nous dit : « Il s’agit bien là de ma première fois. On n’oublie pas sa première fois, et je ne le ferai pas. Mais je pense que pour l’instant j’ai eu ma dose. Je vais préférer le repos pour me donner l’énergie et l’envie de le refaire. C’est une expérience excitante, mais dont j’ai vu les limites ».