Mais parce qu’on sait qu’il n’est pas toujours évident de communiquer avec des êtres dont on ne maîtrise pas la langue, La Péniche, ton journal étudiant, s’est chargé pour toi de décoder certains mots et expressions que tu entendras (puis emploiera) entre douze et quatre-vingt dix fois par jour.
La péniche : les sciencepistes sont des créatures qui pensent la complexité inhérente à leur condition, c’est pourquoi beaucoup de mots qu’ils utilisent ont un double sens. Tu remarqueras rapidement que la « péniche » est à la fois le hall principal de Sciences Po, à cause du banc éponyme et vaguement ovale situé en son centre. Mais également le nom de ton journal préféré qui rythmera toute l’année ton quotidien étudiant à Sciences Po, par la publication d’articles variés traitant aussi bien de l’actualité du campus, que porteurs de messages plus subjectifs type billets d’humeur, tribunes, etc… La Péniche (journal) sera la voix qui relayera et synthétisera pour toi les évènements se déroulant à Sciences Po. Une conférence intéressante à laquelle tu n’a pas pu participer s’est déroulée en Boutmy ? Pas de panique, file sur la page Facebook de La Péniche, un article traitant du sujet est sûrement paru !
13U, 27, 28, et 56 : pour se donner un genre « cool », le sciencepiste adore donner des surnoms aux bâtiments dans lesquels il étudie. Cela peut lui permettre d’atténuer la douleur d’aller à un cours d’économie à 8h du matin par exemple, voire même d’y simuler une joie pour les plus rugueux d’entres-eux. Le 27 est donc une adorable manière de nommer le 27 rue Saint Guillaume, où tu passeras bientôt plus de temps que chez ta mère … idem pour le 13U (13, rue de l’Université), le 56 (56, rue des Saints Pères), le 28 (28, rue des Saints Pères). Les plus fantasques d’entres tous gazouillent « 9chaise » pour désigner le 9, rue de la Chaise, autre bâtiment particulièrement apprécié pour (re)passer tes cours non validés en vue du.des rattrapage.s.
“En” : tu le sais maintenant, le sciencepiste adore s’investir d’un vocabulaire travaillé. Tu observeras que cette locution prépositionnelle précède systématiquement le nom d’un lieu qu’un sciencepiste t’indiquera. Tu n’iras plus à la bibli, mais « en bibli », plus en amphi mais « en Boutmy » … Les puristes pousseront jusqu’à dire « en jardin » ou « en cafet’ ». NB : n’est pas utilisé pour désigner un nom de bâtiment.
La cafet du 27: situé sous l’amphithéâtre Emile Boutmy, la cafét’ sera ton oasis dédiée à la consommation de chocosuisses, sandwichs tomate-mozzarella et autres thés à la menthe servis par les gracieuses « dames de la cafét’ ». Elle dispose également de nombreuses tables où tu feras semblant de travailler quand tu ne trouveras plus de place en bibliothèque. Voir également « local » et « cafet du 56 ».
La cafet du 56 : quand la queue pour choisir ton jambon-avocat-pomme de terre à la cafet du 27 atteindra une longueur faramineuse, n’hésites pas à traverser le jardin et à aller te restaurer à celle du 56. Les dames de la cafet du 56 sont les personnes les plus bienveillantes que tu rencontreras en ces lieux, aussi adorables et délicieuses que le prix du double-chocolat chaud dont elles ont le secret (par ailleurs moins cher qu’aux distributeurs automatiques).
Le local : dans le fond de la cafet se trouve le local (ou bocal, personne ne sait vraiment). C’est un espace clef de ta vie étudiante puisqu’il regroupe les espaces de gestion des quatre associations permanentes de Sciences Po : le BDE (Bureau des Elèves), l’AS (Association Sportive), SPE (Sciences Po Environnement), et le BDA (Bureau des Arts). Voir également « abréviations d’assos ».
Marcel : tout le monde le connaît, mais lui se fiche de tout le monde. Véritable icône du 13U, Marcel est l’âme, la personnification de la paresse qui s’emparera de toi lorsque tu auras 15 dm à finir mais une série à commencer. Maître-Félin, tu le reconnaîtras à sa fourrure gris-tigré. S’il ne te dédaigne pas autant que le commun des sciencepistes, il se peut qu’il vienne s’allonger mollement sur ta table en plein cours d’anglais.
Syllabus : personne ne les lit mais tout le monde fait semblant ; les syllabus sont les (trop longs) textes qui accompagnent presque chacun des CM.
CM : Cours Magistral est le doux prénom de ton date du lundi matin à 9h, puis à d’autres moments de la semaine, en amphi Boutmy bien évidement ! C’est une sorte de cours où la classe est constituée de 600 élèves, à savoir l’ensemble de la promotion (NB : au départ).
Confs : les Conférences de Méthode sont les cours que tu suivras avec ta triplette. Chaque CM est couplé d’une conf.
Triplette : ce mot désigne les vingt autres étudiants en première année avec qui tu partageras tes cours fondamentaux (autrement dit : l’Histoire, l’Economie et l’Institution Politique au S1 et la Sociologie et la Science Politique au S2).
Afterwork : étant donné que le sciencepiste a-dore se prendre pour un adulte débordé, il attribue à son quotidien un vocabulaire qui lui sied peu … Toi qui voyais en l’afterwork une institution établie dans les entreprises de cadres dynamiques qui se retrouvent pour un verre dans un espace de qualité après une dure journée de travail, mets-toi à jour ! Chez-nous, l’afterwork n’est autre qu’une pinte de mauvaise bière partagée en fin de journée, avec le motif de « présenter une association aux nouveaux arrivants ». En tout cas, on te conseille sincèrement d’aller faire un tour à ceux organisés par les associations qui te plaisent, ou d’y rejoindre des amis, car c’est une bonne excuse pour se voir et siroter ensemble.
Dîner de conf : aussi réel que la licorne pour certaines triplettes, mais rendez-vous habituel pour d’autres, le dîner de conf’, comme son nom l’indique, est un repas partagé avec l’ensemble des membres de ta classe et un ou plusieurs professeurs.
Abréviations d’assos : parce qu’il est déjà assez compliqué de s’y retrouver au début parmi cette multitude de belles assos, les sciencepistes se prêtent à compliquer un peu plus la tâche en nommant celles-ci par des sigles et acronymes farfelus. Tu reconnaitras Sciences Polémique à l’acronyme SPK, RVT pour Révolte-Toi, BTK pour la Batuka, SCPOTV pour SciencesPo TV, SPRH pour Sciences Po Refugee Help, SFS pour le SciencesPo Fashion Show, ASPA pour l’Association de SciencesPo pour l’Afrique, HP pour Hauts Parleurs, sans oublier LPN pour la Péniche !
Galop d’essai : tu ne veux pas savoir ce que c’est.
Papers : ceux d’entre nous qui se préparent déjà à partir outremer pour leur 3A, se familiarisent, à raison, avec la langue de Shakespeare. Toutefois, une grande majorité des sciencepistes te déblatèrerons leur meilleur et irrésistible franglais, car c’est « tellement plus rapide pour se faire comprendre ! ». Paper désigne donc un devoir maison à rendre. Tu vois ? C’est si naturel !
WEI : Week-End d’Intégration, ou belle occasion de rencontrer plein d’autres membres de ta promo, de te faire tes (meilleurs) potes, sous le signe du soleil et des jeux organisés par ton BDE.
Appariteur : ces mesdames et messieurs consciencieux sont reconnaissables à l’élégante cravate rouge qu’ils arborent. Ils connaissent l’ensemble des bâtiments de l’école mieux que tu ne te connais. N’hésites pas à leur demander de l’aide si tu es perdu, ces âmes généreuses sauront te guider.
Arcueil : des immeubles gris, aux hautes façades cernées de grilles et percées de meurtrières vitrées, le tout rempli de tables symétriquement installées ; voici un portrait aussi fidèle que charmant de l’élégante Maison des Examens, petite sœur de Villepinte, dans laquelle tu auras la belle occasion de faire glisser ta plume sur quelques feuille (nombreuses on l’espère !), à l’occasion des galops et partiels.
CRIT : Compétition Rsystématiquement Igagnée TparParis. Le CRIT, cheval de bataille de l’AS, est une sorte d’olympiades qui réunit sur les terrains de sport tous les IEP de France et Sciences Po, et où on gagne toujours. Variante du CRIT : le mini-crit, avec les campus, qui se déroule en fin d’année après les partiels, et que tu ne veux pas rater…
Frédéric Mion : un homme au charisme inestimable, à l’élégance calibrée et à l’éloquence abasourdissante. On sait que tu veux le rencontrer, prendre une photo avec lui, et tutti quanti …
Inscriptions Pédagogiques : affectueusement raccourcies à « IP », on sait que tu ne veux plus en entendre parler et que tu sais désormais ce que c’est, mais on te le met quand même pour enfoncer le clou.
Recrutement : le fait d’accueillir des nouveaux membres dans les associations. La Péniche t’ouvres d’ores et déjà ses portes si tu veux prêter tes mots aux prochains articles publiés pour l’école ! Envoie nous un message ou viens nous voir si tu es intéressé, mais fais attention : nous essayer, c’est nous adopter !!
]]>Martha – la véhémente Fée des mots
S’il est un cheval de course sur lequel tout le monde misait dès les sélections, c’est bien Martha. Saluée pour sa présence certaine au sein de Sciences Polémiques, sa présence en finale reste une surprise pour l’intéressée, qui nous confie que ses amis ont « plus fantasmé sur [sa] capacité à aller en finale [qu’elle-même] ». Elle voulait qu’on l’apparente à Tortipouss, pourtant c’est bien à l’Elément Métal qu’on l’a associée ; sa maîtrise solide des ficelles du jeu du discours la caractérisent tout autant que sa franchise. Grande lectrice, Martha puise depuis peu son inspiration dans le rap francophone ou les textes de grands lyricistes.
Elle aurait bien aimé avoir Christiane Taubira dans le jury, mais son admiration pour la politicienne est telle qu’elle nous confie « qu’elle aurait eut beaucoup trop de pression pour réussir l’exercice sereinement » si cette dernière avait été présente. Son objectif ? Proposer à son auditoire quelque chose qui lui fasse plaisir à elle avant tout. L’émotion risque d’être de la partie pour cette oratrice qui nous livre que « c’est peut être là [son] dernier discours » avant son départ à Londres pour la 3A.
Antoine – l’inattendu et absurde Luron
Antoine aime surprendre et faire rire. Proposer dès les sélections, et encore plus en demi-finale, des discours qui renversent les codes de l’éloquence s’est donc imposé comme une évidence pour ce talent de première année. Pour lui, « la liberté d’écriture, dans le cadre d’un discours, est immense, infinie… ce qui permet à l’orateur de participer à un mouvement de parole par l’assemblage de mots qui n’auraient pas forcément grand-chose à voir au début, mais qui finalement provoquent le rire ! ».
C’est parce qu’il s’est livré à cet exercice même au cours de son entretien avec La Péniche, dissertant sur l’objet de la Plante, que nous l’avons associé à cet Elément ; d’apparence tranquille, Antoine se révélera pourtant sur scène, en vous démontrant que les mots du sujets ne traduisent pas forcément ce qu’on attend d’eux, le tout à travers un format atypique : un véritable Bulbizarre.
Elyon – l’Artiste à la grande voix
En digne descendant de Brel, c’est sa voix qui vous marquera dès les premières phrases qu’il prononcera. Son timbre coulera dans vos oreilles comme l’eau vive d’un ruisseau, ou le bruit chaud des rouleaux d’une marée d’été. C’est un peu le poète de cette finale. Lecteur de Zweig ou Kundera, ce qu’il apprécie surtout dans les romans qu’il lit, c’est « quand l’auteur met autant l’Homme à nu qu’il peut le tourner en dérision ». Elyon, c’est aussi celui qui se présentait tout le temps aux élections des délégués sans jamais être élu ; « à force de faire des discours galvanisants en bougeant les mains et en parlant avec animation, les autres choisissent parfois de se tourner vers un élève qui semble plus sain d’esprit », nous confie-t-il.
Il trouve dans l’art oratoire un plaisir qui rejoint sa passion pour le rap. Pour lui, la maîtrise de la parole poétique, l’envie de se soucier au fond aussi bien qu’à la forme, qu’à la manière de dire les choses, est inhérent aux deux formes de parole. C’est pour cette raison qu’il serait heureux de voir dans le jury quelqu’un proche du monde de la musique. On ne peut qu’attendre de lui qu’il donne corps à ses mots comme le chant des grenouilles une nuit d’été. A cet effet, Ptititard, c’est lui !
Clément – le Penseur aux multiples visages
Sa moustache et ses lunettes suffisent à elles seules pour décrire le personnage à l’allure de philosophe. Orateur à ses heures perdues, Clément est avant tout un grand lecteur. Lui-même le dira : il ne peut passer un jour sans avoir lu quelques lignes, que ce soit un article de journal, un page de roman ou une recette de cuisine ! « Camus, c’est ma came », nous avoue-t-il au détour de notre conversation, elle-même digne des Chemins de la philosophie sur France Culture. Le travail de l’écriture pour cet étudiant en deuxième année, est une véritable phase d’introspection. S’il se dit de nature assez réservée, Clément n’hésite pas, au moment de discourir, à empoigner le pupitre fermement, et à s’accaparer son texte. Pour lui, « c’est similaire au théâtre ; le rôle de l’orateur est de donner un visage à ses mots, on n’est pas vraiment soit. On présente les idées portées par notre discours plus que l’on ne se présente au public ».
Son autre atout, que pointent du doigt ses camarades finalistes, c’est sa capacité à délivrer un discours à la teneur certainement sociale, sans pour autant verser dans la moralisation. Il vient plus partager une réflexion, quelque chose d’injuste ou de paradoxale, dont il a envie de discuter avec son auditoire. Sa facilité à donner des imitations de n’importe quel politicien ou personnalité publique sur demande, autant que son approche intelligente des mots, se couple à une grande humilité. C’est un peu la flamme bleue de la gazinière : discrète, mais efficacement ardente. C’est le Pyroli de notre finale.
Romane – la Fougue au galop
Romane est vraiment inspirée par son sujet de discours ; vraiment beaucoup. Les mots de la poétesse argentine Alejandra Pizarnik trouvent un écho en notre finaliste, qui apporte à cette finale une franche fraîcheur poitevine. Sa rencontre avec l’art oratoire se produisit durant ses premiers jours à Sciences Po. Pour s’introduire auprès des premières années durant la semaine d’inté, SPK Poitiers leur projetta le discours de Simon Hervé, (vainqueur du PPS 2016). Romane fut immédiatement charmée ; depuis, de l’eau a coulé sous les ponts et elle occupe la coprésidence de l’antenne poitevine de Sciences Polémique avec Noé (qu’on salue pour sa performance en demi-finale 2019). Pour Romane, tout le monde doit pouvoir s’exprimer ; c’est d’ailleurs un des ses chevaux de bataille à Sciences Polémique Poitiers. En organisant le Descoings 2019, l’association a effectivement choisi de sujets qui puissent être porteurs d’engagements. Romane est pareillement pleine d’engouement pour cette course à l’émancipation de la parole féminine à Sciences Po. Elle veut apporter la lumière sur des réalités tues, avec autant d’étincelles que la crinière de Ponyta.
Elle déplore une chose en revanche ; elle dit ne « pas réussir à faire rire dans [ses] discours. Mais justement, la finale n’est pas le moment de s’inventer une nouvelle identité dans l’éloquence ». Si provoquer le rire du public lui semble un défi de trop grande taille, elle peut toutefois compter sur son sens de l’engagement qu’elle a déjà réussi à exprimer en demi-finale. Elle aurait bien aimé voir Florence Foresti siéger parmi les jurés, elle qui « a su prendre la parole dans un monde d’hommes ». Pour l’avoir vue performer en demi-finale, on ne peut qu’avoir confiance en sa capacité à partager ses doutes et convictions, avec une esthétique proche du sentimental.
Hicham – le Cadet rayonnant
On ne vous le présentera plus… Tout le monde le connaît… En fait non. Ce n’est pas parce qu’on remporte avec brio les triplétades et qu’on s’impose rapidement comme un bon orateur qu’on peut se passer de présentation. Hicham est en première année, et son sourire communicatif et son sens de l’humour ne masquent pas un réel talent, à l’image du reste des finalistes. Pour lui, « c’est toujours un plaisir de faire des discours avec des sujets drôles. Si j’écris peu d’habitude parce que je n’en ressens pas le besoin, cela me plaît d’interpréter, de me mettre en scène derrière les mots. ». En vue de la finale, il se dresse toutefois un autre challenge, celui d’écrire un discours qui « change de d’habitude ». Il se prépare à la finale avec l’idée de ne pas rester dans un moule, et de s’accommoder à la formalité de l’exercice.
Hicham vient d’une famille où on parle beaucoup ; pas surprenant que « trop bavard » soit la mention que l’on retrouve sur tous ses bulletins ! Parler donc, oui, mais blaguer, encore plus. On retient en tout cas pour le moment des discours d’Hicham un contraste recherché par rapport aux codes préétablis. Un parti est pris, quand il nous fait voyager dans notre enfance, en colorant ses textes de références à nos bêtises et autres questionnements d’écolier. Et c’est avec la diction « inconsciemment empruntée » à Nora Hamzaoui – qu’il verrait bien dans le jury – qu’il nous délivre des paroles d’un parfait angélisme, avec le regard de Psykokwak.
Une chose nous est garantie : chacun de ces finalistes a un style différent, propre à lui-même, qu’il ne manquera pas de mobiliser pour vous transporter dans son discours et vous faire vibrer de sa parole. Tous les six ont un message à vous faire passer, il ne leur manque qu’un auditoire – vous – pour que mercredi soit mémorable. Vous êtes donc attendu pour passer la soirée en bonne compagnie, que ce soit pour admirer le talent de nos éloquents camarades, ou découvrir les membres d’un jury de qualité qui les attend de pied ferme.
Etienne de Metz
Photos de Louise Raillard
NB : La Péniche ne se tient pas responsable de l’outrageuse méconnaissance des Pokémon de ses rédacteurs.
]]>En amont de la demie, La Péniche est donc partie à la rencontre de Salomé Lecroc (Présidente de Sciences Polémique et ancienne finaliste 2016), et Manon de Cabarrus (Vice-présidente organisatrice du Prix 2019, et ancienne finaliste 2018). La troisième organisatrice, Lucie Truchet, n’était pas présente, mais ses deux collègues ont tenu à rendre hommage à son travail.
La Péniche : Un PPS, ça prend combien de temps à organiser ?
Manon : Ça se prépare toute l’année, mais le gros du travail commence en janvier. Il y a toute une partie administrative à faire, puis il reste à contacter les jurés, créer les formulaires… A partir du moment où on lance les événements, le boulot s’intensifie : il faut répartir, donner un sujet à chacun, trouver un créneau pour chaque personne… On ne réutilise (presque) jamais les mêmes sujets.
Salomé : Le PPS, ça occupe ton esprit tout le temps parce que tu sais que ça va être la plus grosse douille de ton année associative ! Concrètement, on commence en janvier pour le calendrier et les partenaires. Dès début février, ça devient plus intense encore, avec le contact des campus pour organiser les sélections, il faut réfléchir aux visuels, programmer la communication sur Facebook… Je dirais que ça prend trois mois, et un an de charge mentale. Nos partenaires sont Vae Solis et La Française qui nous accompagnent depuis maintenant 7 ans, et EY depuis 2 ans. Ces partenaires promeuvent eux-mêmes au sein de leurs entreprises la prise de parole ; soutenir le Prix Philippe Séguin est un moyen concret de le faire à l’extérieur. Ils sont absolument essentiels, parce que sans eux on ne pourrait rien faire, on a besoin d’eux pour envoyer nos jurys dans les campus, faire venir les étudiants en région à Paris pour la demie et la finale, pour financer le trophée… Ce dernier est réalisé par Bernard Venet, et gravé chaque année avec une phrase en hommage à l’éloquence. C’est un objet assez prestigieux !
LPN : Et les sujets, où les dénichez-vous ?
M : Pour les qualifications, ils sont issus de la conférence du Barreau, et ont été utilisés par des apprentis avocats. Ça nous permet d’avoir de bons sujets, sachant que c’est compliqué d’en trouver 150 différents ! Pour la demie et la finale, on prend chaque année un thème qui nous tient à cœur. Cette fois, nous avons choisi la Poésie. Pour la demie, les candidats étaient confrontés à des poètes, et la finale, ce seront des poétesses…
LPN : Justement, on a ouï dire que les sujets de la finale sont inspirés de femmes célèbres, pourtant on constate qu’il y a toujours plus de candidats que de candidates, même si on connaît l’existence des formations l’Oratrice, ces modules mis en place par Sciences Polémiques… Quel est votre message à toutes ces talentueuses étudiantes qui s’auto-censurent ? Et encore plus, en tant qu’anciennes finalistes ?
M : C’est vraiment dommage, parce qu’on a eu des soirées de sélections avec très peu de filles… et beaucoup de garçons qui prenaient vraiment de la place. C’est regrettable parce que je pense qu’il y a derrière un vrai problème : une fille va se sentir moins légitime de prendre la parole devant une assemblée, de se dire « je mérite d’être écoutée ». C’est quelque chose que je déplore énormément, surtout quand on voit le ratio homme/femmes à Sciences Po : plus de femmes que d’hommes dans l’école […]. D’ailleurs on n’a jamais eu de finale paritaire. Chères candidates, vous n’êtes pas moins légitimes que vos confrères ; votre parole compte, votre parole sera écoutée, et vous avez un message à faire passer. Chaque expérience vécue va nourrir votre pensée, votre discours, et vous servira toute votre vie. Si je m’étais pour ma part posé trop de questions, ça m’aurait freinée : aujourd’hui encore j’ai une sorte de réflexe d’autocensure, et je dois me répéter que si je me suis retrouvée en finale, c’est que ma parole avait autant de valeur que celle d’une autre personne. Tout le monde mérite d’être écouté.
S : Je leur dirais qu’il faut faire un pas dans le vide, parce qu’un pas dans le vide, c’est déjà un pas en avant ! On aura beau faire preuve d’exemplarité, essayer nous même de nous montrer en tant que femmes qui prennent la parole en public, c’est aussi à elles de le faire. On a été à leur place : moi-même en première année j’étais extrêmement inhibée, je ne voyais que des références masculines en tant qu’orateurs, et c’est vrai qu’il faut quand même parler. Commencez par choisir un domaine qui vous est cher et dans lequel vous vous sentez à l’aise ; par exemple faites un premier discours engagé, très sérieux si c’est là que vous trouvez votre confort. C’est à mesure que vous vous sentirez à l’aise que la poésie et l’humour viendront. Mais il faut que vous vous lanciez parce que c’est en montrant que vous parlez que vous encouragerez d’autres femmes à parler à leur tour. C’est pour ça justement que le thème de la finale est bien « les poétesses d’ici et d’ailleurs ». Pour nous, c’est un moyen de mettre la parole féminine en exergue.
LPN : On parle beaucoup du PPS en ce moment. Selon vous quelle place occupe-t-il déjà à l’école, et quelle place voudriez-vous lui donner cette année, en tant qu’organisatrices ?
M : Cette année c’est la neuvième édition du prix, et je crois que c’est la première fois qu’il est organisé par trois femmes. C’est quelque chose que je trouve vraiment beau. Au sein de l’école, le PPS est déjà une Institution ; je me souviens l’avoir vu la première fois en 5e ! Et quand j’ai rencontré Fatoumata (deuxième prix en 2017), j’ai totalement paniqué, j’étais super intimidée ! Je pense que ce PPS 2019, je vais tout autant l’aimer, même si il aura forcément une saveur différente : l’année dernière j’étais dans la course, j’étais candidate, je ne dormais plus, je révisais mon discours jusqu’à point d’heure… Cette fois-ci, je pense avoir gagné en maturité, je vois les choses différemment. Ce que j’aime particulièrement cette année, c’est le coaching ! Chaque demi-finaliste a un coach, et hier soir par exemple, on a fait une répétition sur les quais de Seine jusqu’à minuit… Cela me permet de garder les pieds sur terre, sur ce que c’est le PPS, et ne pas de me perdre dans l’organisation. Le PPS était extrêmement bien géré l’année dernière, cette année on veut faire au moins aussi bien, et j’espère que ça sera mieux encore ! Pour moi de toute façon, ces deux éditions sont très différentes, mais les deux auront été exceptionnelles.
S : Pour moi, le Prix a une importance profonde. J’aimerais qu’il symbolise la démocratisation de la prise de parole. Comme on peut le voir dans les résultats de la demi-finale, il y a beaucoup plus de personnes du Collège Universitaire qu’auparavant, il y a un peu plus de filles… ça fait plaisir de voir que l’art oratoire, ça plaît aux gens, et que ce Prix est une plateforme pour s’exprimer de différentes manières. C’est-à-dire qu’on n’attendra pas un type de discours ou une forme d’éloquence en particulier. Pour Sciences Po, c’est LE concours d’éloquence de l’année, c’est quelque chose d’officiel, d’instauré, et l’école attend un certain standing que nous nous efforçons d’atteindre chaque année.
LPN : Si le PPS était une chanson, qu’est ce que ça serait ? Ou un animal ? Une couleur ?
M [réflexions et reformulation de la question à voix haute, puis] : Extrêmement mauvais ça, si un candidat commence à répéter la question, c’est que ça va pas ahah ! Je ne trouve rien !
LPN : Et pourquoi pas Paroles, Paroles, Paroles ?
M : Justement pas ! J’y ai pensé, mais moi je veux arrêter avec Paroles, Paroles, Parole. Je pense qu’il y a plus que ça derrière : je préfèrerais Paroles, Réflexions, Femmes ! Et pour la couleur, rouge évidemment.
S : Pour moi, ça serait Je ne mâche pas mes mots de Camille. Pour l’animal, ça serait une panthère noire, et pour la couleur comme Manon, rouge passion.
LPN : Même si vous connaissez déjà la composition du jury de la finale, quelle personnalité aimeriez vous voir trôner parmi les jurés ?
M : J’aimerais énormément qu’il y ait Michelle Obama.
S : J’ai une femme et deux hommes en tête. Premièrement j’aimerais bien Fabrice Luchini : on le sait, c’est un virtuose des mots. Après ça n’est peut-être pas le genre de spectacle auquel il voudrait se prêter, il y a un côté un peut trop trivial à son goût la dedans sûrement. La deuxième personne c’est Gaël Faye, une personnalité engagée, qui a pareillement une maîtrise absolument époustouflante des lettres. Et enfin Virginie Despentes. C’est une grande figure, une femme qui a de la gueule, qui a de la force, une grande autrice que j’admire énormément… Mais de même, je ne sais pas si le contexte se prêterait à elle et à ce qu’elle porte.
LPN : Pourquoi avez-vous accepté cette mission d’organisation du Prix ?
M : On m’a beaucoup donné l’année dernière, et ce prix m’a énormément apporté. Ça me tenait à cœur de donner aux autres ce qu’on m’avait transmis.
S : Cette mission, elle est un peu inhérente au poste de Présidente ; ce que j’en attends c’est un bel événement avant tout, auquel les gens prennent plaisir à participer. Je veux que tout le monde le tente. S’essayer aux sélections, c’est une belle opportunité de prendre la parole en public, puis en demie et en finale, c’est l’occasion de venir voir des camarades qu’on ne s’attend pas forcément à voir sur l’estrade. Je souhaite aussi à chacun de venir entendre les textes des discoureurs, parce qu’ils ont une dimension profonde qui peut faire écho en nous. J’ai personnellement été marquée, alors que je préparais Sciences Po, par le discours d’une ancienne finaliste, discours que je n’oublierai pas !
LPN : Dernière question, avez-vous un petit conseil à donner aux six finalistes ?
M : C’est un des meilleurs moments de votre scolarité, alors profitez-en vraiment !
S : No limit ! No limit dans le respect des uns et des autres !
La Péniche : Et PS ?
Manon et Salomé : PS ? PPS !
Propos recueillis par Etienne de Metz
]]>La finale du PPS risque d’être, une fois de plus, l’un des événements majeurs de l’année. Rassemblant orateurs de talents et jury d’exception, elle promet une soirée enflammée par les mots mercredi 17 avril au soir. Mais avant de s’asseoir dans l’amphi emblématique de l’école pour se délecter des paroles de six élus parmi plus de trois cents participants aux sélections, intéressons nous d’abord à la demi-finale, qui se tiendra ce soir. Pour l’occasion, nous avons fait appel à d’anciens finalistes des précédentes éditions, qui ont accepté de nous délivrer d’éloquents témoignages, gages d’une nouvelle édition du Prix de qualité.
Tous nous ont prévenus : le PPS est un événement de « longue haleine » : écrire un discours par semaine pendant près d’un mois tout en conservant sa verve insolente, son ingénieuse répartie et son sens de la séduction, n’est pas chose que toutes et tous sont capables de réaliser. Lola, finaliste en première et deuxième année au Collège U et ancienne Présidente de SPK, parle de l’expérience de l’écriture en amont comme de « quelque chose de chaotique », en insistant sur le fait « qu’un bon discours est un discours bien préparé ». Avec un regard différent sur la forme mais similaire sur le fond, Simon (finaliste de l’édition 2016) nous confie que pour lui, « la phase d’écriture comporte une première phase très personnelle à base de nuit blanche et de scepticisme, suivie d’une phase de relecture et de partage à base d’alcools blancs et d’altruisme avec les potes ». Gabriel pense, quant à lui, qu’il est important de laisser une belle place au jeu, et de « s’amuser au sein des consignes auxquelles on répond ».
Il ajoute en effet, en guise de conseil pour nos demi-finalistes, qu’il leur faut « se faire plaisir sur leurs sujets sans se tracasser et chercher à plaire à tout prix, ou à coller à un discours-type, car au PPS, ce n’est pas ce qui est attendu. Ce que les gens retiennent, c’est la manière dont on s’affirme, nous et notre style ». Ainsi, autant ne « pas avoir de regrets et bien rigoler ». Pour Simon, le mieux à faire est de « ne demander aucun avis extérieur mais de tous les écouter. Ou l’inverse, [il] ne sai[t] toujours pas ! ». Il préconise aussi aux demi-finalistes d’ « inviter leurs amis s’ils en ont! Dans le cas contraire, ne pas hésiter à louer des figurants ». Lola conseille par ailleurs de rester, durant son discours, à l’écoute de son public, et de s’adapter à ses réactions : en somme, le dorloter pour se le mettre dans la poche. Car lors de sa deuxième performance en finale, c’est grâce au soutien du public qu’elle est sortie la tête haute d’une joute verbale l’opposant au journaliste Aymeric Caron, alors membre du jury.
Cette finale amena Simon pour la première fois sur le campus de Paris, et force fut pour lui d’admettre que « lorsque l’on vient de la mégalopole poitevine, l’amphithéâtre vous apparaît petit et sans envergure aucune mais convivial ». Lola ajoute malicieusement à propos des lieux, que « Boutmy c’est comme le reste, ça passe beaucoup mieux la deuxième fois », que comme deux chances d’aller en finale à la suite ne se présentent pas à tout le monde, il faut donner le plus possible dès la première fois.
Si nous savons que la tradition est généralement de discourir sur une phrase plutôt métaphysique, ou une citation de personnalité célèbre, nous ne savons pas encore des mots de qui les six finalistes devront faire l’apologie – ou la calomnie. Lola eut pour sa part à traiter des sujets tels que « Faut-il mener la Dolce Vita ? » et « Le passé est un pays étranger, on y fait les choses autrement qu’ici » (références respectives au film éponyme et au livre Le Messager), quand Gabriel a dû partir d’une citation de Sartre, et Simon d’un extrait de Voyage au bout de la nuit.
Pour les trois vieux loups du Prix, une chose est sûre, cette expérience s’impose comme une pierre angulaire de leur parcours d’étudiant au Collège U, un des « plus beaux moments de leur scolarité à Sciences Po », une soirée « marquante » dont ils gardent un souvenir heureux. Le PPS, du reste, c’est l’opportunité de récolter à la fois un baiser et un numéro de Michèle Alliot-Marie pour Simon, de se mesurer impunément à son jury pour Lola, ou encore de manquer de craquer sa cravate pour Gabriel, dans une tentative de simulacre de pendaison en guise de réponse à la question d’un juré.
Ainsi, le risque que vous ne vouliez pas assister à la finale est, nous en conviendrons, minime. Mais d’ici mercredi prochain, il y a la demi-finale ce soir, qui n’attend que vos yeux de spectateurs et vos oreilles d’amateurs de beaux mots, pour vous nourrir de rimes, de métaphores, de jeux de mots, et parfois d’humour.
Etienne de Metz
]]>Ce qui nous a marqué aujourd’hui, c’est avant tout l’inventivité des délégations-invitées dans leur manière de chercher à s’imposer face à Paris. Entre « Paris capitule à Grenoble Capitale », et « Pastis dans les veines, parigot dans la Seine », on ne peut que saluer la maîtrise du Mot de la part des supporters qui arborent des bandanas gribouillés de slogans. « T’es dans ta sakristie, j’suis dans ma porcherie » revient beaucoup du côté toulousain, tandis que la métropole nargue ses invités avec son fameux « votre peine sera capitale », inscrit sur tous les sweats, shorts, chaussettes, torses, lunettes de soleil … On différencie facilement le jeune criteux du vieux loup qui, en ce 32e CRIT, n’accorde guère d’importance à ses apparats, mélangeant du même coup accessoires des éditions précédentes ou des ex-minicrits, transformant son corps en véritable mosaïque constituée des vestiges des manifestations passées.
L’épreuve de danse a grandement été appréciée ; cette année encore, la compétition a été rude, et les performances vraiment réussies. L’originalité de la prestation de Grenoble et le choix musical plus qu’audacieux de Lille ont beaucoup séduit, mais c’est Bordeaux qui s’est érigé au sommet du podium au grand dam d’Art’Core qui, malgré une chorégraphie parfaitement calibrée et une entrée en scène majestueuse, s’est vue classée deuxième.
Ce samedi a aussi été un grand jour dans l’Histoire de la mixité inter-IEP. Les masques de fierté parisienne peinent toujours à se dérider, mais la fraîcheur des jeunes cousins provinciaux s’est emparée du CDFAS ce matin : oser adresser la parole à quelqu’un d’externe à sa délégation n’est plus un péché Capital. On a même aperçu deux Bordelaises et une Strasbourgeoise rire ensemble. Pour ce qui est de Rennes, on ne peut rien vous dire, puisqu’en cette fin de deuxième jour de CRIT, force est de constater qu’on ne les a pas encore vus…
Il est 18h, et depuis le départ de la délégation parisienne dans les premiers bus pour le RU, on remarque que l’ambiance s’est encore réchauffée.
Les ultras fleurissent sur l’herbe de tous les terrains ; deux d’entre eux, des Strasbourgeois, n’ont d’ailleurs pas hésité à faire tomber le maillot et tout le reste, avant de faire un tour du stade de foot en courant, sans que personne ne semble s’en soucier. Les Aixois, plus poussiéreux que l’étendue de terre battue sur laquelle s’est déroulé le tournoi de pétanque, n’ont pas résisté longtemps à la tentation de craquer des fumigènes, et la fanfare bordelaise s’est vue engraissée de quelques cuivres grenoblois.
Tout compte fait, on retiendra que ce deuxième jour aura porté un joli nom : « multiculturalisme ».
Etienne de Metz
]]>