Corentin Bonnet – La Péniche https://www.lapeniche.net Le Journal Étudiant de Sciences Po Mon, 14 Mar 2022 22:06:09 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=6.9.9 https://www.lapeniche.net/wp-content/uploads/2022/08/cropped-Bitmap-32x32.png Corentin Bonnet – La Péniche https://www.lapeniche.net 32 32 Le projet de loi de transition énergétique est-il satisfaisant ? https://www.lapeniche.net/le-projet-de-transition-energetique-est-il-satisfaisant/ Tue, 26 May 2015 04:59:39 +0000 http://lapeniche.net/?p=29192 panneau transition énergétique

Présenté par Ségolène Royal, ministre de l’écologie, comme « un texte majeur pour l’avènement non seulement d’un nouveau modèle énergétique mais, plus largement, d’un nouveau modèle de développement et de société », le projet de transition énergétique fixe une série d’objectifs pour une meilleure efficacité énergétique.

Citons alors une réduction à l’horizon 2050 de 50% de la consommation énergétique finale par rapport à 2012, une rénovation énergétique de 500 000 logements par an à partir de 2017, un plan de transports dits « propres », des déchets mieux recyclés, une valorisation des filières renouvelables etc.

Mais ce projet de transition énergétique est-il véritablement satisfaisant ? Pour y répondre, Paul Bonmartin, membre du PS Sciences Po et Lucas W., membre de EELV Sciences Po.

 

« Un projet de loi magistral »

par Paul Bonmartin du PS Sciences Po

Le projet de loi porté par Ségolène Royal est d’abord un texte qui rassemble. Il a été voté en première lecture par l’ensemble de la majorité présidentielle, notamment par tou.te.s les député.e.s EELV sans exception, et sans opposition des centristes.

Ce texte est fondamental pour au moins trois raisons.

Premièrement parce qu’il est à la hauteur des enjeux en fixant des objectifs ambitieux de réduction des émissions de gaz à effet de serre (40% en 2030, 75% en 2050), de consommation d’énergie (20% en 2030, 50% en 2050), et de part des énergies renouvelables dans la consommation (23% en 2020, 32% en 2030).

Deuxièmement car c’est un texte de justice environnementale. Des mesures d’aide aux particuliers sont instaurées (écoprêts à taux zéro, chèques énergie…etc) et la rénovation énergétique des logements, notamment des logements sociaux, est fortement soutenue. Ce sont des questions de pouvoir d’achat des plus démuni.e.s : un.e Français.e sur cinq souffre de précarité énergétique (plus de 10% de leurs revenus passent dans la facture énergétique). Si nous voulons réussir la transition énergétique, il faut qu’elle soit comprise et engage une dynamique ; c’est pourquoi nous avons élaboré un texte de liberté, qui donne la possibilité de faire des choix vertueux plutôt que de punir celles et ceux qui sont victimes de leur précarité.

Troisièmement car il réconcilie emploi et écologie. Des secteurs comme l’économie circulaire, les énergies renouvelables ou la rénovation thermique des bâtiments permettront à terme la création de 100 000 emplois.

Le-projet-de-loi-sur-la-transition-energetique-adopte-a-l-Assemblee

Le Gouvernement se donne les moyens de ses ambitions en débloquant 10 milliards d’euros sur trois ans ; ce qui dans le contexte actuel ne peut pas être balayé d’un revers de main.

Ce projet est un projet d’équilibre dont on peut dénoncer les imperfections mais qui s’inscrit dans la durée. Sur le nucléaire, le plafonnement de la capacité qui nous obligera à fermer des centrales, le renforcement de la sécurité, et l’objectif à moyen-terme de diversification (50% en 2025 dans la consommation d’énergie au lieu de 75% actuellement) sont un premier pas fondamental. Ce premier pas permet d’affirmer un modèle de développement fondé sur la diversification du mix énergétique et la sobriété plutôt que le règne du toujours plus. Cette vision est la seule permettant d’atteindre la division des émissions par quatre en 2050, nécessaire au maintien de la hausse des températures sous les 2°C.

Porté par une Ministre qui a pesé de tout son poids, ce projet de loi prouve l’exemplarité de la France sans prendre de dispositions inapplicables ! Il engage la Nation dans la dynamique qui doit nous permettre de garder une planète vivable grâce à un accord planétaire à la COP 21.

Nous pouvons grâce à ce texte et à la mobilisation nationale pour le climat, devenir la première puissance écologique d’Europe et le phare de l’espoir pour les habitant.e.s des pays les plus pauvres qui subissent les conséquences d’un réchauffement qu’ils n’ont pas causé ! Pour cela, ce texte est largement à la hauteur, et ne peut souffrir les divisions ni les critiques, des jusqu’au-boutistes comme des rétrogrades !

« Un texte encore trop limité »

par Lucas W. de EELV Sciences Po

Ménageons tout d’abord la chèvre et le chou, pour rester dans l’esprit « écolo » : le projet de Loi de Transition énergétique est un pas en avant face aux grands enjeux énergétiques et climatiques de notre siècle. Comment ne pas se réjouir des objectifs affichés ? Une réduction de la consommation énergétique de 50% d’ici 2050, une part des énergies renouvelables portée à 32% en 2030, une réduction de 75 à 50% de la part du nucléaire dans le mix énergétique français, ou encore des mesures d’aide aux travaux d’isolation, notamment pour les ménages les plus modestes. Le travail de concertation avec la société civile en amont et le travail approfondi d’amendement et d’amélioration du texte en Commission mené par les députés socialistes et écologistes sont également à saluer.

Toutefois, force est de constater que le projet de loi demeure limité sur certains points. Celui-ci érige d’abord la voiture électrique comme la solution miracle aux questions de mobilité. Or, avec une consommation d’énergie importante, une utilisation de batteries très polluantes et une faible autonomie ne répondant pas aux problèmes de mobilité dans les zones rurales ou péri-urbaines, on semble bien loin d’un remède idéal.

Plutôt que de développer les transports en commun ou les initiatives d’auto-partage ou de covoiturage, on préfère rester cloîtré dans la dépendance au tout nucléaire. C’est également sur ce point que le texte manque clairement d’ambition. Car s’il limite la production moyenne du parc nucléaire français à 63 MW d’ici 2050, aucune feuille de route claire n’est établie concernant la fermeture des centrales en fin de vie, alors que les accidents récents d’étanchéité à Fessenheim nous montrent le danger qu’elles représentent.

nucléaire

Notre crainte se porte d’autre part sur le détricotage de la loi mené au Sénat, qui l’éloigne largement de ses objectifs initiaux tant en terme d’économie d’énergie, que de réduction de notre dépendance aux énergies fossiles et nucléaires. L’adoption d’un amendement rétablissant les coupures d’eau immédiates en cas d’impayés rajoute en outre l’abjection sociale à une loi qui n’en avait pas besoin. Espérons que la commission mixte paritaire tranchera dans le bon sens ! 

Pour porter un jugement sur la politique énergétique menée par le gouvernement, il ne faut finalement pas tomber dans le piège de s’arrêter à la Loi Royal. Que penser de l’ambition politique et de cohérence du gouvernement sur les questions écologiques face au « bulldozer » que représente la Loi Macron, encourageant les industries polluantes et détricotant le code de l’environnement, modifiable par voie d’ordonnance ? Face à l’impératif climatique et au risque nucléaire, il est au contraire temps de faire preuve de cohérence et d’ambition politique.

À quelque mois de la Conférence sur le climat qui se tiendra à Paris fin 2015, François Hollande a annoncé vouloir être exemplaire sur la question écologique. Il devra pour cela rompre avec le dogme court-termiste et la logique productiviste, pour ne pas faire de l’écologie un vain mot, relégué dans les oubliettes du marketing politique ! 

]]>
Le marché est-il la solution ? https://www.lapeniche.net/le-marche-est-il-la-solution/ https://www.lapeniche.net/le-marche-est-il-la-solution/#comments Tue, 04 Nov 2014 05:04:55 +0000 http://lapeniche.net/?p=23964 bourse

 

Le terme « marché » peut être entendu comme « un mécanisme par lequel des acheteurs et des vendeurs interagissent pour déterminer le prix et la quantité d’un bien ou d’un service » selon Paul Samuelson et William D. Nordhaus. De là, émerge le modèle de l’économie de marché, désormais universel, système économique fondé sur la confrontation de l’offre et de la demande établie par le libre jeu du marché.

Inversement, le modèle de l’économie planifiée a été progressivement abandonné, comme en témoigne l’éclatement du bloc soviétique ou encore la transformation par le Parti communiste chinois de son système d’économie planifiée en « économie de marché socialiste » en 1978 ; distinction faite avec l’économie sociale de marché, héritière de l’ordolibéralisme allemand, prônée par les socialistes français.

Si économie de marché et capitalisme sont à distinguer selon Braudel et si économie de marché et libéralisme sont à dissocier pour Monti, l’économie de marché reste critiquée, notamment par Polanyi qui dénonce l’encastration de la société dans l’économie. Développement des marchés (financiers, monétaires, des travails, droit de polluer voire de l’humain), dérives capitalistiques associées, perte de la puissance publique, subordination de la société civile, sont autant de points sur lesquels l’interrogation est légitime. Alors, le marché est-il la solution ?

 

.

Le marché, c’est nous 

par Louis Rouanet de L Think Liberal

 

L’échec du XXème siècle est celui des économies planifiées et dirigistes. Quand le bloc communiste implosa, les socialistes opérèrent, selon l’expression de Jean François Revel, une « grande parade » pour sauver les meubles de leur idéologie en pleine déliquescence. Paradoxalement, leur position devint plus confortable. Ils n’avaient plus à expliquer les résultats déplorables et les atrocités du « socialisme réel ».

À travers le prisme de l’idéal socialiste, ils pouvaient désormais s’indigner contre le système capitaliste. En soulignant ses imperfections, ils croyaient remettre en cause son principe même et justifier l’intervention (plus imparfaite encore) du gouvernement. Mais qui a prétendu que les marchés étaient parfaits ? Personne.

Les libéraux montrent juste que pour certaines activités, le marché (les moyens volontaires) sont plus efficaces que l’intervention gouvernementale (les moyens coercitifs) et il faut bien l’admettre, sur nombre de sujets, l’expérience leur a rendu justice.

.

Le triomphe du marché

Clarifions certains points. Le marché n’est pas une institution désincarnée qui agit par elle-même. Le marché est une institution sociale, polymorphe selon les cultures et les époques. Nous participons tous au marché et donc dans un sens, le marché, c’est nous. Quand nous parlons du triomphe du marché, nous voulons simplement constater que dans la majorité des situations les individus résolvent plus facilement leurs problèmes et ceux de leurs congénères quand ils sont libres de leurs choix et libre de disposer de leur propriété.

La réussite des économies de marché est incontestable. Il fallut attendre l’arrivée du capitalisme pour que la condition des plus pauvres commence à s’améliorer. Après la deuxième guerre mondiale, l’Italie et l’Allemagne qui acceptèrent l’économie de marché dans sa forme la plus aboutie en réaction au planisme des dictatures fascistes connurent un miracle économique. Parmi les pays en voie de développement, ceux qui réussissent le mieux sont ceux qui maintinrent un gouvernement limité laissant faire leurs citoyens. Pensez au cas de Hong Kong ou encore à celui du Botswana dont le PIB est passé de 70$ à 16 400$ par habitant entre 1966 et 2011.

Une multitude de libéralisations furent des succès éclatants. En 2001, quand l’Irlande libéralisa le secteur des taxis, leur nombre tripla et les prix baissèrent. Quand Reagan libéralisa le marché du gaz, nombre d’intellectuels annoncèrent la hausse des prix et l’engraissement des géants pétrolier. Résultat : les prix baissèrent de 40%. Mais les détracteurs des libéralisations se protègent derrière l’exemple d’une finance qui serait soit disant un symbole du libéralisme contemporain. Cela ne les gêne pas du tout d’omettre que la gestion de la monnaie n’est pas soumise au marché mais à des institutions planificatrices : les banques centrales. Ils omettent également le fait que le secteur bancaire est l’un des secteurs les plus règlementés par les gouvernements.

.

Le renard compte sur l’Etat pour construire le poulailler

Il est largement admis que le marché, c’est la loi de la jungle. Le ministre de l’économie Emmanuel Macron a lui-même écrit sur son compte twitter que « le libéralisme, c’est la loi du plus fort, l’esprit des réformes que nous proposons, c’est tout l’inverse ». La loi du plus fort, c’est quand la coercition est utilisée par des criminels ou par l’Etat pour violer son droit à être libre et à posséder sa propriété.

Dénoncer la loi du plus fort c’est ignorer la question : le plus fort à quoi ? Sur le marché, ceux qui sont récompensés sont ceux qui servent le mieux les consommateurs, sur le « marché politique », le plus fort est celui qui obtient faveurs et privilèges de la part de la puissance publique. Les aides aux banques, les subventions aux entreprises… ceci n’est pas le résultat du marché, c’est le résultat de l’étatisme sans limite.

.

La moralité du marché

Adam Smith l’avait compris, le capitalisme développe le sentiment d’empathie. Le commerce ne se résume pas à l’intérêt. Le commerce, c’est aussi des sourires, des poignées de main et de nouvelles amitiés. L’amicalité est une caractéristique des sociétés de marché.

Chacun, dans une société libre, doit se mettre à la place de l’autre pour comprendre ses besoins et les satisfaire au mieux. Le progrès matériel a pour origine l’intelligence d’entrepreneurs souhaitant servir le mieux possible leurs consommateurs et non des monopoleurs cherchant à soustraire des profits indus grâce à l’obtention de privilèges.

.

ldman

.

Le marché, généralement injuste et inefficace 

par Oscar Bockel de Contre-Courant SciencesPo 

Non, malgré les prétentions libérales, l’unique solution à l’ensemble des problèmes du monde n’est pas l’extension sans fin de la sphère marchande à tous les domaines de l’inanimé et du vivant. Il ne s’agit aucunement de nier les bénéfices que peut procurer le marché dans certains secteurs; une économie pleinement planifiée, entièrement contrôlée par une administration bureaucratique n’est probablement pas un modèle d’optimalité, l’initiative privée a du bon, mais non, le marché seul ne peut pas tout faire, il ne sait pas tout faire !

L’inanité du modèle fantasmé d’un marché concurrentiel pur et parfait n’est plus guère à démontrer. Le marché, laissé en autonomie, aboutit généralement à une situation d’oligopole ou de monopole, l’opposé d’une concurrence pure et parfaite. De pléthoriques externalités, naturelles dans une société faite non pas d’individus hors-sol mais de liens et d’interdépendances, ne peuvent que s’y accumuler, faussant tout mécanisme de prix. Comme Keynes l’a théorisé, la nature du marché n’est pas l’équilibre mais le déséquilibre, c’est d’autant plus juste pour les marchés financiers, par nature irratiques et instables. La concurrence libre n’est jamais parfaite, le marché pleinement autonome n’est qu’un fantasme, il faut qu’une force de régulation veille, ne serait-ce que pour pallier aux imperfections inhérentes au marché, dans l’optique d’approcher un tant soit peut un modèle de concurrence parfaite.

Mais cela n’est pas suffisant, le marché, et qui plus est son déploiement libre et sans limites, est source d’injustices criantes, comme suffit à le prouver une simple partie de Monopoly. En effet, par essence, les mécanismes de marchés sont ajustes et amoraux, ils ne prennent pas en considération les efforts effectués mais uniquement le résultat, obtenu par les facteurs contingents de l’offre et de la demande. Le salaire très élevé du trader par rapport au médecin n’est ni le témoignage du mérite supérieur de ce dernier, ni la reconnaissance d’une utilité sociale plus importante, mais résulte de la mobilité très forte des opérateurs de marché et de l’exploitation financière qu’ils font d’actes par nature collectifs de créations de richesses.

Si le marché est généralement injuste, dans certains domaines il est même inefficace. On peut citer l’exemple criant de la santé. Aux Etats Unis, le système de santé, grandement privatisé et soumis aux règles de la concurrence, représente 18 à 19% du PIB, contre 13% seulement en France, pour une espérance de vie inférieure de deux ans, et un mortalité infantile supérieure d’un tiers. La concurrence acharnée, résultat mécanique de tout système de libre marché, n’aboutit pas nécessairement à plus d’efficacité : elle multiplie les dépenses improductives de marketing, déstructure les liens sociaux et accroit la pression sur les employés, sans même préciser que les inégalités qui en sont le produit endommagent la croissance économique (cf. Le Prix de l’Inégalité, Stiglitz).

Il est nécessaire que des forces publiques et démocratiques interviennent pour réguler le marché, circonscrire sa sphère d’influence et canaliser la concurrence. Tout n’a pas vocation a être rentable, la démarchandalisation, et l’accès libre universel et gratuit garanti par l’idée de service publique, est nécessaire dans des sphères aussi cruciales que l’éducation, la santé ou la culture, or ce sont les domaines d’avenir. La seule solution aujourd’hui, c’est de se diriger vers une économie mixte comme celle défendue par Polanyi : une économie composée de marchés sévèrement régulés, d’entreprises démocratiques enracinées dans des tissus locaux de production, avec un Etat

Providence et des services publics efficaces, mais également une solide économie sociale et solidaire. Pour parvenir à cela, il nous faut non pas accroitre la sphère d’influence du marché et son pendant prédateur, mais casser son arrogance en réencastrant les marchés, les soumettant aux besoins sociaux réels, à la démocratie.

.

[poll id= »18″]

]]>
https://www.lapeniche.net/le-marche-est-il-la-solution/feed/ 4
Nicolas Sarkozy parviendra-t-il à être candidat en 2017 ? https://www.lapeniche.net/nicolas-sarkozy-parviendra-t-il-a-etre-candidat-en-2017/ https://www.lapeniche.net/nicolas-sarkozy-parviendra-t-il-a-etre-candidat-en-2017/#comments Tue, 07 Oct 2014 11:58:37 +0000 http://lapeniche.net/?p=22915 maxfaf
Alex Baptiste Joubert et Camille Chevalier, vice-président de l’UMP SciencesPo. Photographie : Maximilien Bouchet

« Le patron ». Voilà comment les militants et sympathisants sarkozystes surnomment parfois leur grand gourou, a mi-chemin entre fascination et culte de la personnalité. Pour autant, si une part importante des sympathisants UMP désire actuellement voir Nicolas Sarkozy gouverner le parti et se positionner en candidat pour la présidentielle de 2017, quelques poids ralentissent son fameux coup de pédale.

A commencer par les conflits à répétition entre juppéistes, coppéistes et fillonnistes, détériorant véritablement le climat stable si nécessaire à l’UMP ; en cause, notamment, la polémique sur la primaire ouverte en 2017 qui pourrait se voir abandonnée. De plus, les bien nombreuses « affaires » jalonnent le chemin parcouru par l’ancien président : l’affaire des écoutes, le supposé financement libyen de la campagne de 2007, l’affaire Bygmalion, l’affaire Tapie, Karachi etc. Pour l’heure, la reconquête que convoite ardemment Nicolas Sarkozy devra nécessairement passer par un renforcement de sa crédibilité. Alors, Nicolas Sarkozy parviendra-t-il à être candidat en 2017 ?

 

Sarkozy a raté son retour et son avance va s’effondrer

par Alex Baptiste Joubert, rédac’ chef de La Péniche

.

Avant toute chose, précisons que la question qui est posée ici n’est pas de savoir si le retour de Nicolas Sarkozy est une bonne ou une mauvaise chose. La question nous invite à nous prononcer objectivement, au-delà de tout préférence partisane, sur la probabilité de voir Nicolas Sarkozy être le  candidat de la droite républicaine au premier tour des prochaines élections présidentielles.

Or, contrairement à Camille Chevalier, je ne pense pas que l’ancien président de la républicaine soit en position d’obtenir cette investiture aujourd’hui. Je pense même que cette position va se dégrader d’ici la tenue des primaires qui auront lieu en 2016, c’est à dire dans deux ans.

 

Sarkozy a raté son retour et se retrouve dans une position délicate

Deux ans, c’est un siècle. Dans deux ans, l’UMP n’existera d’ailleurs peut-être plus. Il serait ainsi bien malaisé d’avoir des certitudes trop affirmées sur l’état du paysage politique français à l’horizon 2016. A une exception près : pour être investi candidat, pour battre François Fillon et Alain Juppé, Nicolas Sarkozy devra très certainement remporter des primaires ouvertes.

Son retour n’ayant pas été le vol d’Aigle espéré et les grognards fillonistes et juppéistes ne s’étant pas soumis comme le 5ème régime d’infanterie à Laffrey, Nicolas Sarkozy n’aura pas le droit à un retour triomphal de l’île d’Elbe. Il n’a pas réussi à revenir en messie, et de ce point de vue là, c’est un retour qui a le goût de l’échec.

Nicolas Sarkozy sera très probablement élu président de l’UMP, certes. Mais au vu de son retour décevant, de la dynamique de campagne de Bruno Le Maire et de la résistance de bon nombre de barons, son avance risque d’être insuffisante pour avoir la stature lui permettant d’annuler les primaires comme François Baroin l’a suggéré la semaine passée.

Or, dans la perspective de ces primaires de l’opposition ouvertes à tous les sympathisants de droite, Nicolas Sarkozy n’est pas en bonne position. Selon un sondage Harris Interactive pour LCP publié le 11 septembre, il est crédité de 37% d’intentions de vote chez les sympathisants de droite. 37%, c’est autant qu’Alain Juppé.

 

Il ne peut que s’effondrer d’ici 2016

Nicolas Sarkozy ferait donc aujourd’hui jeu égal avec Alain Juppé en vue de la primaire de l’opposition. On est loin de la position du candidat naturel et pour le prétendu messie Sarkozy, la campagne des primaires risque d’être avant tout un long chemin de croix. Il y a tout d’abord la question des affaires dans lesquelles Nicolas Sarkozy est impliqué et qui ne manqueront pas de plomber sa campagne.

Par ailleurs, Nicolas Sarkozy ne bénéficiera plus de l’effet d’attente et d’éloignement dont il a savamment pu profiter depuis mai 2012. La présidence de l’UMP va lui imposer un retour aux réalités de la politique politicienne qui peut lui porter préjudice. L’ancien président de la république qui prend soin de distiller ses interventions et dont la parole se fait rare était nettement plus populaire que le futur chef de parti d’opposition.

Enfin, pour palier ces deux failles, pour éviter de perdre du terrain sur Alain Juppé, Nicolas Sarkozy pourrait théoriquement compter sur son meilleur atout, c’est à dire lui-même et son énergie. D’aucuns me diront qu’il saura bénéficier de l’incroyable engouement charismatique qu’il sait susciter et qu’on lui reconnaît à gauche comme à droite.

Mais le monstre de campagne qui est passé près d’une “remontada” hors du commun en 2012 est-il l’ancien président de la république aux cheveux grisonnants que l’on a vu s’adresser sans beaucoup de verve à Laurent Delahousse il y a quinze jours ? “« Le «tigre» Nicolas Sarkozy prépare son retour », titrait il y a peu Le Figaro. C’est un chat d’appartement, les griffes coupées, que nous avons vu.”. C’est Laurent de Boissieu qui le dit, et on ne peut pas faire meilleur constat.

.

brasse
Crédits : Paris Match

 

Sarkozy prêt pour les trois nages qui l’attendent

par Camille Chevalier, vice-président de l’UMP SciencesPo

.

Oui, Nicolas Sarkozy sera candidat en 2017, parce qu’il est un politicien/sportif surentraîné, habitué aux compétitions.

Après son retour en politique annoncé sur Facebook et par interview télévisée sur France 2, Nicolas Sarkozy se présente à la tête de notre famille politique. La question de sa candidature en 2017 fait peu de doute mais elle mérite qu’on s’y intéresse. Plusieurs obstacles pourraient en effet bloquer son accession à l’élection présidentielle mais il se prépare depuis l’été 2012 à trois grandes épreuves :

 

Les 50 mètres brasse ou l’obstacle des élections internes en 2014

C’est la première épreuve à surmonter. Il doit se plier aux règles établies et dispose de peu de temps. Alors que ses deux adversaires s’y préparent depuis quelques mois, l’ancien Président entre dans la course sans échauffement. Pourtant, 8,5 millions de téléspectateurs étaient présents dimanche 22 septembre au 20h de Laurent Delahousse pour regarder son départ en live.

C’est une course éprouvante et à enjeu très important puisqu’il doit convaincre les militants UMP qu’il est la bonne personne pour diriger notre mouvement. Il connaît les campagnes politiques et les meetings : il s’est entouré d’une équipe de jeunes et apparaît comme renouvelé.

De plus, il jouit d’une médiatisation plus importante que ses deux adversaires. Nicolas Sarkozy est de loin la personnalité que les sympathisants UMP (68%) souhaitent pour diriger le parti, devant Bruno Le Maire (18%) et Hervé Mariton (1%) selon un sondage publié par le Journal du dimanche (Ifop – dimanche 5 octobre).  Il a deux fois plus de parrainages d’adhérents et de parlementaires que les autres et devrait remporter cette petite course haut la main.

 

Les 10 km en eau libre ou l’obstacle de la crédibilité entre 2014 et 2016

Le plus grand risque dans cette longue période de deux ans est l’essoufflement. Il doit utiliser ses atouts pour réussir sa présidence de l’UMP. D’abord, grâce à sa victoire éclatante à la première course il aura l’autorité nécessaire pour placer ses fidèles aux postes de commande, moderniser les structures de notre parti et taire les voix discordantes. L’UMP paraîtra véritablement rassemblée. Cette union contrastera avec les clivages grandissants de la Gauche divisée entre socio-démocrates et Frondeurs.

A côté, l’ancien Président pourra s’appuyer sur des intellectuels divers, des jeunes, des think-tanks : il proposera aux primaires ouvertes de 2016 un programme novateur et convaincant aux yeux des Français. D’ailleurs, Nicolas Sarkozy a déjà commencé à développer des thématiques nouvelles lors de ses meetings (sur le gaz de schiste par exemple).

Enfin, l’omniprésence médiatique montre bien que sa parole présidentielle est toujours écoutée (plus que celle de tous ses concurrents) : il restera la seule voix qui porte au niveau national et mondial. Les affaires judiciaires qui le poursuivent relayées (à tort, exemple du faux document de Médiapart sur le financement libyen) par tous les médias ne l’empêcheront pas de se présenter  aux élections successives.

 

Le relais 4×100 mètres nage libre ou l’obstacle des primaires ouvertes en 2016

C’est l’épreuve la plus dangereuse pour Nicolas Sarkozy avant l’accès à la candidature présidentielle. Mais il réussira à rassembler autour de lui les principaux ténors de l’UMP. Il proposera son programme original aux Français et réussira à s’imposer en principal adversaire de la Gauche et du Front national. Il gardera une portée médiatique supérieure de très loin à celle de ses futurs concurrents Alain Juppé, Bruno Le Maire ou François Fillon. De plus, ce sera le seul à pouvoir réconcilier les différentes ailes de notre parti (de la Droite populaire à la France Droite de NKM) comme il réussit à le faire depuis 2004.

Auréolé des victoires dans ces trois courses différentes, Nicolas Sarkozy pourra mettre le cap vers les élections présidentielles de 2017.

. [poll id= »15″] . [poll id= »16″]

]]>
https://www.lapeniche.net/nicolas-sarkozy-parviendra-t-il-a-etre-candidat-en-2017/feed/ 3
Faut-il sortir de la zone euro ? https://www.lapeniche.net/faut-il-sortir-de-la-zone-euro/ https://www.lapeniche.net/faut-il-sortir-de-la-zone-euro/#comments Tue, 30 Sep 2014 15:06:35 +0000 http://lapeniche.net/?p=22713 Originellement, l’euro fut créé dans l’unique but de protéger l’Europe de l’hégémonie américaine du billet vert que traduisait John Connally, secrétaire au Trésor de Richard Nixon au début des années 1970, en ces termes : « le dollar est notre monnaie et c’est votre problème ». Ainsi naquit en 1979 un mécanisme de stabilisation des devises nationales, autrement appelé Système monétaire, que l’euro remplaça le 1er janvier 1999.

Si les politiques, à l’image de Dominique Strauss-Kahn, ne cachaient pas leur enthousiasme pour l’euro – « l’euro constitue pour l’Europe un bouclier qui a bien tenu dans cette crise, la monnaie unique », 1998 – l’euroscepticisme demeure fort au sein de la population puisqu’en 2010, 60% de la population française pensait que l’euro n’était pas une bonne chose pour l’économie (German Marshall Fund).

Derrière l’idéal de l’ « Union fait la force » et ses avantages en terme d’intégration économique de stabilité et d’harmonisation, la compétitivité intra-européenne, la politique monétaire unique , la politique libérale, l’inflation perçue élevée, ou encore l’« euro cher » sont autant d’arguments mis en avant par les eurosceptiques. Une sortie de l’euro, fausse bonne idée ?

Non à la fin de l’euro, oui à l’Euro-franc

par Jourdain Vaillant, président de Nouvelle Donne SciencesPo

.

Faut-il sortir de l’Euro ? La réponse est non. Nous pensons qu’une crise de nerfs (« Y en a marre, on se barre ») ne règle rien. Nous montrons comment il est possible de reprendre la main sur la monnaie sans tout envoyer valser. La création d’une monnaie supplémentaire, l’Euro-Franc, serait un des plus puissants leviers en terme de pouvoir d’achat pour les ménages français et d’activité pour les entreprises.

Le Royaume-Uni n’a pas l’Euro, et c’est pire !

Dans bien des domaines, l’absence d’union politique, notamment sur le plan fiscal et social, nuit terriblement à l’efficacité de l’action européenne. C’est en grande partie pour cela que la défiance envers l’Europe perce dans les débats. Mais quand les souverainistes disent que c’est « la faute de l’Euro », ils se trompent de diagnostic. Quel est leur objectif ? Améliorer la compétitivité grâce à la dévaluation, pour réduire le déficit commercial.

Or un pays qui n’a pas l’Euro et qui n’est pas sous la coupe de la BCE, il y en a un juste à côté de nous : le Royaume-Uni. Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il fait bien pire sans l’Euro que nous avec l’Euro. En 2013, son déficit commercial est de 6,6% du PIB contre 2,8% en France. C’est donc plus de deux fois pire au Royaume-Uni, sans l’Euro, et avec la souveraineté monétaire. Il n’y a donc aucune baguette magique dans la main des souverainistes ou du FN. Et pas besoin d’insister sur les risques d’affaiblissement politique, diplomatique et financier d’une sortie unilatérale de l’Euro.

L’avantage de l’Euro-Franc est d’être rapide, efficace et constructif

La dévaluation n’est pas une politique durable. La faiblesse de la demande des ménages et celle des investissements des entreprises pèsent lourd sur notre économie. Le but de l’Euro-Franc est d’être une monnaie supplémentaire crée par la Banque de France. Il sera à parité fixe (1€-fr = 1€) et inconvertible en Euro.150€-fr mensuels seront versés sur les comptes en banque de tous les résidents sur le territoire français, et seront impropres aux achats immobiliers ou d’actifs financiers.

Ce sera donc une sur-couche monétaire supplémentaire à l’euro, alimentant l’économie réelle, et posant les bases d’un revenu inconditionnel (déjà proposé par des personnalités aussi diverses qu’Arnaud Montebourg, Dominique de Villepin, Yves Cochet, Christine Boutin, Jacques Marseille, etc). L’Euro-Franc serait effectif pour 5 ans. À charge du gouvernement de le reconduire en fonction de l’état de l’inflation -aujourd’hui nécessaire en cette période de déflation imminente.

L’Euro-Franc ne porte pas préjudice aux acquis de l’Euro, puisque l’Euro-Franc ne serait qu’une monnaie supplémentaire à l’échelle nationale. Il y aujourd’hui une urgence de soutenir la demande et l’investissement. Aucun traité européen n’empêche ce dispositif qui pourrait être mis en place très rapidement et pourrait même inspirer d’autres pays de la zone euro. Nul besoin de se lever pour faire une bonne proposition. Keep calm. And vote Nouvelle Donne Sciences Po.

sortie

Sortir de l’Euro monnaie unique, une option rationnelle

par un adhérent à Débout la République

.

Prix Nobel, économistes et professeurs de grandes écoles préconisant la sortie de l’Euro constituent une liste plus conséquente que le leitmotiv martelé dans le crâne des Français, prétendant que sortir de l’Euro est absurde. Est-ce la faute des médias ayant pris l’habitude de dénigrer toute sortie de l’Euro en montrant celle-ci comme une vision archaïque ?

Loin de d’obéir à la logique de l’élément polluant qu’est le Front National dans ce débat, la vision préconisée de l’Europe ici n’a en fait rien de nationaliste. Il faut donc voir la sortie de la zone euro comme une option tout comme celle d’y rester. Mais c’est tout d’abord une direction qui mériterait une attention plus sérieuse de la part de l’inquisition pro-européene, qui n’oublie pas de vous rappeler que la pensée économique se doit d’être aussi unique que la monnaie.

Le rôle néfaste de l’Euro 

Tout d’abord si le cours d’un euro faible a aidé les pays européens à ses débuts, le problème de sa surévaluation a pénalisé les économies européennes ces dix dernières années. Les économistes estiment que son cours normal devrait être entre 1 et 1,15 dollar à parité de pouvoir d’achat, soit une surévaluation de 10 à 20% aujourd’hui (atteignant même 50% mi-2006 a 1,6 dollar).

Cette surévaluation encourage les délocalisations, responsable de la perte de 36 000 emplois par an. Par exemple, une partie des Airbus sera maintenant produit aux Etats-Unis, comble pour un projet européen ! De plus, elle nous jette dans la mondialisation sauvage, où les pays européens sont maintenant livrés à acheter là où c’est le moins cher, creusant encore plus le déficit commercial européen (13,2 milliards d’euros en 2011).

Si l’Allemagne s’en sort dans cette bataille commerciale, c’est grâce à leur politique de désinflation compétitive, austérité à l’Allemande. Mais la France accepterait-elle de compresser ses salaires, de limiter ses dépenses publiques voire de remettre en cause son modèle social aujourd’hui ? La France n’est pas l’Allemagne, et si 70 ans d’histoire commune entre la République tchèque et la Slovaquie n’en n’ont pas fait une Zone Monétaire Optimale, (malgré un budget central et un Etat de type autoritaire mais où les mobilités des travailleurs sont restées faibles et où il n’y a pas eu la moindre convergence), comment serait-ce possible avec l’Europe et à son échelle ?

Quelles solutions alternatives ?

Faire de l’euro la monnaie commune et non la monnaie unique, en réintroduisant les monnaies nationales, qui permettrait de faire des ajustements de parités et à chacun de mener des politiques économiques indépendantes, mais fortement lié entre elles sans mettre de côté les grands projets scientifiques ou industriels qu’a impulsé l’Europe, voilà la solution. Mieux encore, selon la fondation Res Publica, la sortie de l’Euro pourrait apporter jusqu’à 20% de croissance à la France, et une possibilité de monétariser sa dette comme l’ont fait les Etats-Unis et le Royaume Uni pour empêcher le désastre d’une dette ingérable après dévaluation.

La sortie de l’Euro en tant que monnaie unique serait-elle donc plutôt une bonne fausse idée ? Il y a de toutes façons une nécessitée absolue de changer de politique européenne aujourd’hui, c’est une évidence, car nous ne pouvons continuer à foncer dans le mur avec le poids qu’est l’Euro pour notre économie et notre souveraineté. Et comme l’a si bien dit un de nos anciens présidents de la République en Mai 2014 : « Depuis Maastricht en 1991, l’Europe a dérapé ».

.   

[poll id= »14″]

]]>
https://www.lapeniche.net/faut-il-sortir-de-la-zone-euro/feed/ 7
Le mandat Hollande est-il le signe de l’impossible social-démocratie en France ? https://www.lapeniche.net/le-mandat-hollande-est-il-le-signe-de-limpossible-social-democratie-en-france/ https://www.lapeniche.net/le-mandat-hollande-est-il-le-signe-de-limpossible-social-democratie-en-france/#comments Tue, 16 Sep 2014 10:17:50 +0000 http://lapeniche.net/?p=21792 « Je n’accepterai jamais la division ». C’est par ces termes que Manuel Valls a clos l’Université d’été du PS de La Rochelle le 31 août 2014, rappelant l’importance de la cohésion pour la majorité afin de gouverner. En ce sens, dans une optique de légitimité, Manuel Valls sollicite la confiance des parlementaires par un vote de confiance aujourd’hui à partir de 15 heures.

Épreuve risquée puisque le groupe socialiste ne compte plus désormais que 289 membres, soit la majorité absolue des 577 députés ; cependant parmi les élus, les « frondeurs » ont annoncé une abstention collective de leur mouvement, obligeant Manuel Valls a compter sur les alliés du Parti socialiste, radicaux et écologistes. Ces frondeurs – au nombre inconstant – dénoncent en effet la ligne politique du gouvernement trop social-démocrate, voire social-libéral.

La social-démocratie moderne, comme revendiquée par François Hollande, pourrait se traduire comme une ligne réformiste du socialisme, mettant en avant la volonté de réformer la société de manière pragmatique : reconnaissance de l’économie de marché et renoncement idéologique au collectivisme ; c’est une théorie du compromis, opposée aux théories révolutionnaires de la lutte des classes. Cette idéologie là n’est pas forcément au goût du Parti Socialiste. Les clivages entre la « gauche de gauche » et la « gauche de droite » trahissent-t-ils une impossible social-démocratie en France ?

macron hollande
Emmanuel Macron et François Hollande sur le parvis de l’Elysée

.

.

rose

.

La « méthode » sociale-démocrate du gouvernement 

par Manon Chonavel du PS SciencesPo

.

Depuis la conférence de presse de François Hollande, le 14 janvier 2014, dans laquelle il se dit « social-démocrate », et plus encore depuis la nomination de Manuel Valls en tant que Premier Ministre, il semblerait que la presse n’ait qu’une question à la bouche : le gouvernement est-il social-démocrate ou social-libéral ?

La vacuité de ce débat sémantique se révèle rapidement fondée sur l’impossibilité pour les journalistes et intervenant.e.s interrogé.e.s de s’accorder sur les termes mêmes du débat. Surtout, les définition – très – diverses et souvent contradictoires de la social-démocratie et du social-libéralisme sont jugées uniquement à l’aune de la politique économique du gouvernement. Une telle focale détourne l’attention des méthodes employées et des politiques non économiques mises en place. Ainsi, qui a entendu parler de mesures de justice sociale comme le projet de loi sur l’adaptation au vieillissement présenté en ce moment même au Parlement ? Il est grand temps d’arrêter de généraliser les débats internes au Parti Socialiste sur les questions économiques à la majorité des lois votées sans difficulté à l’Assemblée. 

Alors non, la social-démocratie n’est pas un socialisme de l’offre – à l’inverse, peut-être, du social-libéralisme. Là où le social-libéralisme est une ligne politique, la social-démocratie est une méthode. Elle est pour moi une branche pleine et entière du socialisme et en partage donc les objectifs principaux ; à savoir, entre autres, la justice sociale, la protection de l’environnement, l’égalité, etc. La particularité de la social-démocratie ou plutôt sa philosophie, est de promouvoir le dialogue social, de croire en la capacité des partenaires sociaux à parvenir à un consensus au sein d’un cadre politique mis en place par l’Etat. Cet encadrement gouvernemental est absolument indispensable pour s’assurer que syndicats et patronats peuvent discuter sur un pied d’égalité, pour affranchir enfin le dialogue social de la rhétorique marxiste de la lutte des classes.

Cette méthode sociale-démocrate trouve sûrement sa meilleure expression dans l’Accord National Interprofessionnel (ANI) du 11 janvier 2013 signé par une majorité de syndicats représentatifs et transcrit par le Parlement à travers la loi sur la sécurisation de l’emploi. Un tel accord est bien la preuve de la possibilité d’une social-démocratie à la française. Encadrement du temps partiel, création obligatoire d’une complémentaire santé par l’employeur, droits rechargeables à l’assurance chômage sont autant de mesures sociales qui ont été rendues possibles grâce à ce dialogue. Si certaines mesures, comme la possibilité pour l’entreprise d’avoir recours au chômage partiel pendant une durée limitée en cas de graves difficultés conjoncturelles, ont pu être contestées, peut-être est-il nécessaire de rappeler que cela n’est possible qu’en cas d’accord majoritaire avec les syndicats de l’établissement concerné : social-démocratie là encore. Rejeter l’ANI – ou tout autre accord signé par une majorité des syndicats représentatifs – au motif qu’il ne serait pas en accord avec les intérêts des salariés serait tout aussi illogique que de promouvoir la démocratie participative sans accepter d’écouter les conclusions des citoyen.ne.s.

En juin puis en août dernier, François Hollande a rassemblé à l’Elysée les dirigeant.e.s politiques et leaders de l’opposition sociale-démocrate en Europe. Une telle coalition prend tout son sens aujourd’hui : la social-démocratie à la française, parce qu’elle est d’abord socialiste, requiert des inflexions au niveau européen afin d’aboutir pleinement en France.

.

[poll id= »10″]

.

[poll id= »11″]

]]>
https://www.lapeniche.net/le-mandat-hollande-est-il-le-signe-de-limpossible-social-democratie-en-france/feed/ 3