Collectif – La Péniche https://www.lapeniche.net Le Journal Étudiant de Sciences Po Fri, 30 Jun 2023 12:45:14 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=6.9.9 https://www.lapeniche.net/wp-content/uploads/2022/08/cropped-Bitmap-32x32.png Collectif – La Péniche https://www.lapeniche.net 32 32 Un dimanche dans tous ses états https://www.lapeniche.net/un-dimanche-dans-tous-ses-etats/ Wed, 10 Jun 2020 10:19:54 +0000 http://www.lapeniche.net/?p=40694

“Il y a toujours des gens qui trouvent des choses à ne rien dire.”

Raymond Queneau

Si les bons artistes copient et les grands artistes volent, aujourd’hui nous nous contenterons d’essayer d’être de bons artistes. La lecture des Exercices de style de Raymond Queneau a été pour nous une révélation ; nous y avons découvert une manière d’écrire fulgurante, libre et innovante. Alors, que Raymond nous le pardonne, nous nous sommes librement inspirés de son concept pour nous lancer dans l’écriture d’Un dimanche dans tous ses états. Vous allez le comprendre, le principe est très simple : nous avons réécrit une scène, en apparence anodine, de trente-et-unes façons différentes.

Ce projet a été mené par quatre mains (soit vingt doigts) appartenant aux corps de Camille et Ralph ; éloignés géographiquement mais rapprochés par les lettres (et surtout google doc). Jouant des sens, des sonorités et des styles, les quatre mains se sont bien amusées et espèrent qu’elles vous amuseront aussi !

Bonne lecture !

Camille et Ralph


Original

Dans la salle à manger de notre appartement, comme à notre habitude, nous partagions le petit-déjeuner en famille un dimanche matin ensoleillé. Ma mère lisait le journal en fumant sa pipe, tandis que mon frère et mon père discutaient de politique. Moi, je mangeais une tartine au beurre.

Plus tard, dans l’après-midi, alors que je promenais mon chien je tombe nez-à-nez avec madame Dupont notre voisine qui me parle de la mort de son mari.


Minutieux

Dans la salle à manger, situé entre la cuisine et la chambre de mes parents, dans notre appartement de 70m2 situé au quatrième étage (sans ascenseur) du 9 rue de Crimée dans le 19 arrondissement de la ville de Paris; comme à notre habitude, le dimanche 18 avril 2018 à 8h56 par un matin ensoleillé où il faisait 18 degrés Celsius, nous partagions un petit-déjeuner composé de café, de baguette, de beurre, de confiture et de céréales en famille. Ma mère, Véronique Jécris, née le 25 octobre 1972 dans la ville de Marseille en France, blonde, mesurant 1 mètre 76, passionnée de cinéma et de littérature, diplômée en droit de l’université de la Sorbonne en 1994, avocate retraitée lisait le journal Libération, fondé le 18 avril 1973 sous la protection de l’écrivain et philosophe français Jean-Paul Sartre, né le 21 juin 1905 à Paris et mort le 15 avril 1970 dans la même ville, en fumant sa pipe dont elle avait fait l’acquisition lors de la brocante du 17 mai de l’année dernière. Pendant ce temps-là, mon frère Antoine Jécris, né le 17 janvier 2000 à Paris, brun, mesurant 1m75, étudiant en licence d’économie à l’université Paris 1 Panthéon Sorbonne fondée en 1971 et dont la devise est « hic et ubique » et mon père, Pascal Jécris né le 14 février 1968, brun, mesurant 1m87, diplômé de l’université de Paris Nanterre en 1989, et actuellement à la retraite discutaient. Moi, Damien Jécris, né le 15 mai 2002, brun comme mon frère et mon père, mesurant 1m72, passionné de photographie et voulant devenir astronaute plus tard, je mangeais une tartine au beurre bio, achetée la veille au supermarché du coin.

Plus tard, à 16h18 de l’après-midi, alors que je promenais mon labrador Igor, né en 2012 et que nous avons adopté en 2016, je tombe nez-à-nez, au coin de la rue de Belleville et de la rue Compans, situées toutes deux dans le 19e arrondissement de Paris, avec madame Ginette Dupont notre voisine âgée de 75 ans, cheveux blancs, mesurant 1m68 et qui a emménagé dans l’immeuble le 17 août 1999, qui me parle de la mort de son mari, Maurice Dupont, né le 25 août 1940 près d’Albi d’un père, Alexandre Dupont, facteur et d’une mère Lucie Dupont née Clergue, femme au foyer ; la semaine dernière à l’hôpital Cochin situé dans la rue du Faubourg Saint-Jacques dans le 14e arrondissement de Paris.


Couleur

Dans la salle à manger de notre appartement, fraîchement repeinte en bleu clair, nous partagions un petit déjeuner composé de fraises rouges, de yaourt blanc et de café noir en famille. Ma mère, habillé de sa robe de nuit jaune, lisait le journal imprimé en noir sur blanc tout en fumant. Mon père était rouge en entendant ce que mon frère, habillé tout en blanc à l’occasion, lui disait. Moi, qui portait mon bonnet vert, je profitais d’une tartine dorée.

L’après-midi, alors que le soleil jaune faisait tâche dans le ciel bleu, alors que je promenais mon chien noir, je tombe nez-à-nez avec notre voisine, Madame Dupont, qui était habillée tout en noir de deuil.


Noms Propres

Dans la Georges à manger de notre Lucie, comme à notre habitude, nous partagions le Cicéron en famille un Gaston ensoleillé. Véronique lisait le Pierre en fumant sa Valentine, tandis que Pascal et Antoine discutaient de Josette. Moi, Robert, je mangeais une Céline.

Plus tard, dans l’Alice, alors que je promenais mon Joêl je tombe nez-à-nez avec Hortense Dupont notre voisine qui me parle de la Louis de son Patrick.



Exclamations

Tiens! Neuf heures! Déjà! Ouah qu’est-ce qu’il fait beau! Bonjour tout le monde! J’ai faim! Tiens c’est maman! Maman! Libération! Tu fumes déjà! Encore! Toujours en train de se chamailler! Encore et toujours! La politique! Mmmh! Délicieuse! J’adore les tartines!

Tiens! Seize heures! Médor! Allons faire un tour! Viens-là! Oh non! Pas elle! Oh non! C’est pas possible! Ça ne peut! Pas encore elle! Tiens donc Madame Dupont! Ça va! C’est horrible! Toutes mes condoléances!


Exclamations

Tiens! Neuf heures! Déjà! Ouah qu’est-ce qu’il fait beau! Bonjour tout le monde! J’ai faim! Tiens c’est maman! Maman! Libération! Tu fumes déjà! Encore! Toujours en train de se chamailler! Encore et toujours! La politique! Mmmh! Délicieuse! J’adore les tartines!

Tiens! Seize heures! Médor! Allons faire un tour! Viens-là! Oh non! Pas elle! Oh non! C’est pas possible! Ça ne peut! Pas encore elle! Tiens donc Madame Dupont! Ça va! C’est horrible! Toutes mes condoléances!


Hésitations

J’ai l’impression qu’il fait beau. M’ont-ils attendu pour le petit-déjeuner ? Pourtant on est dimanche … en principe ils devraient m’avoir attendu. Je crois que ma mère a déjà mangé, elle fume sa pipe. Elle lit un journal. Est-ce le Monde ? Le Figaro ? Libération ? Ca ressemble à la police du Monde. Non c’est peu probable. Connaissant ma mère je pense qu’il y a plus de chances pour que ce soit Libération, (mais rien n’est sûr). 

Je prends un tartine avec ce qu’il reste dans le beurrier. Est-ce du beurre doux ? J’ai horreur du beurre demi-sel. Pire encore, ça pourrait être de la margarine. Qu’y a-t-il de mieux entre manger une tartine nature et une tartine de margarine ?

Mon Père et mon frère discutent. Mon père paraît agacé. Est-ce à cause du comportement de Nicolas ? Des propos de Nicolas ? De sa semaine difficile ? Est-ce à cause de moi ? Que me veut-il ? Mais qu’ai-je pu bien faire de mal ?

Mon chien remue la queue sans doute pour me témoigner de l’affection. Ou plutôt pour m’amadouer ? Pour que je le sorte ?

Ma voisine semble me remarquer de l’autre côté de la rue. Elle vient me parler mais rien n’est clair. Me raconte-t-elle une histoire ? Me raconte-t-elle son histoire ? Celle de ses enfants ? De ses petits-enfants ?

Pourquoi me raconte-t-elle ça ? Mais pourquoi ?


Métaphorique

Dans notre cocon familial, nous partagions notre pain, nous gardant de boire du vin dès le matin. Ma mère lisait le débat public en laissant des nuages cancéreux s’échapper de sa bouche, tandis que mon père et mon frère refaisaient le monde.

L’horloge ayant tourné, je vais promener le meilleur ami de l’Homme. Je tombe alors sur notre voisine Madame Dupont qui me parle de ses malheurs.




En partie double

Dans la salle manger et dans la cuisine de notre appartement et logis familial, toute ma famille et mon clan prenaient le petit-déjeuner et une collation matinale. Maman et ma génitrice fumait la pipe et son casse-gueule tout en lisant et feuilletant le journal et hebdomadaire ; pendant que mon père et créateur discutait avec son fils et mon frère de politique et d’affaires publiques. Je mangeais et dégustais une tartine de beurre et un en-cas beurré.

Dans l’après-midi et après le déjeuner, alors que je promenais et sortais mon chien et canidé, je rencontre et tombe sur ma voisine et vieille dame. Elle me parle et discourt de la mort et du décès de son mari et conjoint.


Un sur deux

Comme j’aimerais
Partager plus de moments avec ma famille
Me débarrasser
De tous les maux quotidiens
Pour respirer un peu
Se ressourcer des paroles
De mon frère
Aux mots toujours encourageants
Je n’aime pas tellement
L’odeur du tabac de
Ma mère
Mais sa présence excuse ce désagrément
Mes tartines de beurre
Viennent agrémenter ces temps de partage familiaux
Seuls réconforts de semaines arides
Seul mon chien est
En trop dans cet univers d’alchimie familiale
Aboyant sans cesse
M’obligeant à sortir encore mal éveillé
Je croise du regard ma voisine qui va encore me raconter sa vie
Je prends mes jambes à mon cou et m’enfuie











Anglicismes

Un seunedai morningue, ma familie et mi itions un brèquefaste dans notre daïningue roume, où le seune chaïnait. Ma meume ridait le niouzpèpeur et smoquait. Mon fazeur toquait avec mon brozeur tandis que j’itais un toast avec du beutteur.

L’aftèrenoune, je woquais mon dogue et j’ai mètte Madame Dupont, ma neïbeur qui m’a tolde abaout son euzband qui est dède.


Méli-mélo

Dalle la sans à nanger de motre appartement, cotre à nomme habudeti, nons partagious le détit-pejeuner en famanche un dimille ensatin moleillé. Ma mère lisal le journait en pimant sa fupe, tandon que mis fron et mère père politaient de discutique. Moi, je tarteais une mangeine au beurre.

Tus plard, dans l’apri-midès, alors que je chomenais mon prien je tombe nez-à-nez avec Dudame mapont votre noisine qui me port de la marle de si maron.


Croissant alphabétique

à à de en la le un dans nous comme manger matin notre notre salle famille famille dimanche habitude ensoleillé partagions appartement petit-déjeuner. au de en et je le ma sa mon mon  moi que une mère père pipe frère lisait  tandis fumant journal politique discutaient. au je moi une beurre tartine mangeais.

L’ de de je je la me mon que qui son avec dans mari mort plus tard alors chien notre parte tombe dupont madame nez-à-nez voisine après-midi promenais.






Haïku

Repas partagé
Famille réconfortante
Voisine chiante


Médor

Ouaf ! Ouaf !


Passant

J’adore les dimanches, d’autant plus lorsqu’ils sont ensoleillés. C’est le moment ou jamais de sortir, profiter du soleil, de se balader dans les rues de Paris. Dimanche dernier en début d’après-midi, après avoir déjeuné chez Céleste, un vieil ami qui tient un restaurant dans le coin de ma rue ; je décide de faire un petit tour dans mon quartier. Alors que je me suis assis quelques instants sur un banc du parc Monseigneur-Maillet, en face de la préfecture de police du 19e, j’aperçois un jeune homme qui balade son chien. C’est un magnifique chien, et sans vraiment réfléchir, je me lève de mon banc et décide de suivre le jeune homme pour lui demander si je peux caresser son chien. Alors que je me rapproche de lui, je le vois sourire et dire “Bonjour Madame Dupont” en s’adressant à une vieille femme sur le trottoir d’en face. Ils commencent alors à discuter d’un certain Thierry qui serait mort. Comme ils ont l’air de vouloir poursuivre cette discussion pour un moment encore, je décide de m’en aller.


Mod(u)la(tion) fin(ale)

Alors que nous voulions nous essayer à moduler notre style sur un sujet anodin, nous avons inconsciemment raconté notre quotidien.

S’émancipant des trente-et-unes nuances de Queneau, nos mots en sont venus à refléter nos jours en vase clos. Un jour sans fin.

Un jour sans fin certes, mais qui est égayé par le plaisir d’écrire, qui nous arrache au quotidien.

Entre les quatre murs du jour sans fin, comme l’a dit Jacqueline Saint-Jean, “la main ivre poursuit ses vendanges d’image son voyage fragile à travers le vif du temps”.

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Tribune inter-IEP : Pour des Sciences Po à la hauteur des enjeux écologiques https://www.lapeniche.net/tribune-inter-iep-pour-des-sciences-po-a-la-hauteur-des-enjeux-ecologiques/ Fri, 22 May 2020 08:00:00 +0000 http://www.lapeniche.net/?p=40633 La crise sanitaire que nous vivons rappelle la vulnérabilité de notre modèle de civilisation, déjà fragilisé par la crise écologique et sociale. Au vu de l’urgence, les Sciences Po doivent s’engager dans une transition écologique concrète, ambitieuse et collective. Les Sciences Po, qui aspirent à former leurs étudiant.e.s aux grands enjeux contemporains, doivent prendre en compte les enjeux écologiques, sociaux et démocratiques. Ils ont la responsabilité d’agir, dès aujourd’hui, pour engager, au sein de l’enseignement supérieur, une transition écologique concrète et planifiée. Depuis des décennies, la communauté scientifique, relayée par la société civile, nous alerte. Plus que jamais, nous devons engager un changement conséquent de nos modes de vie. Or, jusqu’ici, les efforts faits à la marge ne sont pas suffisants pour atteindre les objectifs des accords internationaux et rectifier la trajectoire écocidaire sur laquelle nous nous sommes engagé·e·s. Le temps des petits pas est désormais révolu.

Artificialisation des sols, réchauffement climatique, effondrement de la biodiversité, inégalités climatiques : la crise écologique et sociale fait désormais partie de notre quotidien. Il est temps d’agir. Collectivement. Face à la mesure du changement à atteindre, nous appelons nos établissements à prendre leurs responsabilités et à agir de manière participative et concrète.

Avec le concours d’associations et de collectifs, les étudiant·e·s s’activent déjà depuis de nombreuses années afin de faire évoluer les pratiques de leurs écoles respectives, sensibiliser à la crise écologique et sociale mais, surtout, montrer qu’une autre voie est possible.

 Nous souhaitons aujourd’hui répondre à l’appel lancé par les étudiant.e.s de Sciences Po Saint-Germain-en-Laye pour une convergence des mouvements écologistes dans tous les Sciences Po. Pour ce faire, nous avons constitué un collectif composé de l’ensemble des associations écologistes des Sciences Po. De manière concertée, nous avons donc établi une liste de 10 propositions à mettre en œuvre d’urgence. 10 propositions pour une transition écologique concrète et planifiée. 10 propositions pour que les Sciences Po soient enfin à la hauteur des enjeux écologiques.

Pour une gouvernance écologique, inclusive et éthique

1. Écrire une Charte contraignante et commune à tous les Sciences Po, faisant des enjeux écologiques et sociaux une de leurs priorités. Conditionnée à la participation de la communauté étudiante, enseignante et des membres du personnel ; la rédaction de la Charte doit être précédée de la réalisation d’un « Grand Baromètre » de l’établissement (créé par le collectif Pour un réveil écologique).

2. Rédiger, ou mettre à jour, le « Plan Vert » (loi Grenelle I, 2009). Celui-ci doit être rédigé ou mis à jour par le Comité mentionné dans la proposition 4, et reprendre les éléments déjà établis par le Référentiel et le Canevas de « Plan Vert » en établissant des objectifs précis. Il doit faire l’objet d’une révision régulière, adaptée aux spécificités de chaque campus.

3. Créer dans chaque campus des Sciences Po, selon le mode de gouvernance correspondant, un poste de chargé·e de mission de la transition écologique, aux compétences décisives. Accompagné·e du comité mentionné dans la proposition 4, iel sera chargé·e de mettre en œuvre le « Plan Vert » (loi Grenelle 1, 2009) de l’établissement. Membre du Conseil d’Administration, iel veillera à ce que toutes les décisions soient désormais pensées à travers le prisme des enjeux écologiques et sociaux.

4. Créer un comité de planification de la transition écologique et sociale, chargé d’élaborer le « Plan Vert » de l’établissement et de contrôler sa mise en œuvre. Il serait composé à ⅓ d’étudiant·e·s, ⅓ de membres de l’administration (direction, équipe pédagogique, équipe administrative, membres du personnel) et ⅓ de scientifiques extérieur·e·s à l’établissement.

Pour un enseignement et une recherche à la hauteur des enjeux écologiques

5. Intégrer les enjeux écologiques et sociaux à tous les enseignements. Il s’agit également d’inclure dans les maquettes fondamentales, de manière obligatoire, des enseignements sur les enjeux actuels afin de nous préparer aux défis du XXIème siècle. Nous attendons un corpus sur les limites planétaires et l’écologie scientifique, sur les humanités environnementales, sur l’histoire, l’économie et les pensées écologiques ; avec une attention particulière portée aux problématiques sociales. Il serait établi sur l’ensemble des années de formation des étudiant·e·s. Ouvrir le champ des projets professionnels en relation avec la transition écologique et sociale aux étudiant·e·s dès la 1ère année.

6. Créer un pôle de recherche liant les sciences sociales et l’écologie, qui serait commun aux Sciences Po et à des établissements de recherche dans le domaine des sciences de la Terre et du vivant.

7. Développer des partenariats avec des établissements de l’enseignement professionnel, technologique et d’ingénierie afin d’adopter une approche pluridisciplinaire dans une démarche écologiste et sociale, notamment dans les domaines suivants : rénovation thermique, conservation de la nature, paysages, gestion de l’eau et méthodes de recyclage.

Pour des campus éco-responsables

8. Décarboner les activités des Sciences Po, en réalisant notamment dans chaque campus un bilan carbone annuel public qui ne reste pas lettre morte, ainsi qu’une réduction des déplacements obligatoires polluants (mobilité internationale des étudiant·e·s, déplacements obligatoires des salarié·e·s, professeur·e·s et intervenant·e·s).

9. Eco-responsabiliser les campus, en mettant en place des solutions spécifiques à la situation de chacun d’entre eux. Il s’agit, entre autres, d’établir un plan végétalisation et biodiversité, de réduire les déchets, mais aussi de mettre à disposition des étudiant·e·s une restauration soutenable, éthique et locale en collaboration avec les acteurs concernés.

10. Conditionner les partenariats financiers, logistiques et professionnels à un cahier des charges public établi par le comité de planification de la transition écologique et sociale.

Nous exigeons la mise au vote d’une déclaration de principes reprenant nos propositions lors du prochain conseil d’administration de nos écoles respectives. Notre collectif s’est rassemblé pour faire résonner la voix de l’écologie dans les Sciences Po et interpeller nos directions dans une démarche publique et transparente.

Nous nous sommes nourri·e·s des travaux menés par nos associations respectives ainsi que d’initiatives inspirantes telles que les Fridays For Future, les « Plans verts » mis en place par certaines écoles et universités, ainsi que la proposition de loi sur l’intégration des enjeux écologiques à l’enseignement supérieur (2019). Nous espérons ainsi contribuer, comme d’autres étudiant·e·s l’ont fait auparavant, à la transformation écologique de l’enseignement supérieur français.

Pour signer l’appel du Collectif Ecologiste Inter-IEP: https://framaforms.org/pour-des-sciences-po-a-la-hauteur-des-enjeux-ecologiques-1589971713

Liste des premiers signataires :

Associations écologistes des Sciences Po de France

Association pour la Protection de la Nature et des Animaux (APNA) et Sekoïa de Sciences Po Aix ;
Echo’logik de Sciences Po Bordeaux ;
Agir Alternatif de Sciences Po Grenoble ;
La Ruche de Sciences Po Lille ;
Volonterre de Sciences Po Lyon ;
Collectif pour la Décroissance, Ecophilia, Sciences Po Environnement et Sciences Po Zéro Fossile de Sciences Po Paris ;
Les Décaenté·e·s et Révol’vert de Sciences Po Rennes ;
le Comité d’Action pour le Système-Terre (CAST) et Solidarités de Sciences Po Saint-Germain-en-Laye;
Alter’bureau de Sciences Po Strasbourg ;
et Gaïa de Sciences Po Toulouse.

Personnalités

Yann AGUILA – Juriste, avocat et professeur de droit public ;
Manon AUBRY – Eurodéputée La France Insoumise et co-présidente du groupe parlementaire confédéral GUE/NGL ;
Dominique BOURG – Philosophe et directeur de la rédaction de la revue La Pensée écologique ;
Valérie CABANES – Juriste internationaliste et présidente d’honneur de Notre Affaire à tous ;
Marine CALMET – Juriste, présidente et co-fondatrice de Wild Legal ;
Alain GRANDJEAN – Économiste et président de la Fondation  pour la Nature et l’Homme ;
Jean JOUZEL – Climatologue et directeur de recherche émérite au CEA ;
Arthur KELLER – Expert et consultant des vulnérabilités systémiques et de la résilience ;
Corinne LEPAGE – Avocate et ancienne Ministre de l’Environnement ;
et Marie TOUSSAINT – Eurodéputée Europe-Ecologie – Les Verts.

Associations et organisations de jeunesse

CliMates, Pour un Réveil Écologique, RÉseau Français des Etudiants pour le Développement Durable (REFEDD), Together For Earth, Youth For Climate France.

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Abécédaire LGBTQIA+ https://www.lapeniche.net/abecedaire-lgbtqia/ Mon, 13 Apr 2020 15:09:59 +0000 http://www.lapeniche.net/?p=40585 Article écrit par Emma Lambert et Sarah Miansoni, en partenariat avec Equal. Cet article a également été complété suite aux retours très constructifs de nos lecteurs, que nous remercions!

Vous avez peut-être entendu parler du mot queer sans vraiment savoir le définir, ou avez déjà dû vous débattre avec le concept d’hétéronormativité. Avec cet abécédaire, réalisé en collaboration avec Equal, La Péniche est là pour vous aider à y voir plus clair ! De plus, nous sommes revenues sur quelques termes qui sont relatif à la santé sexuelle en général, car, cela nous semblait important d’en parler.  Précisons que les définitions proposées ici ne sont pas fixes et peuvent varier selon le ressenti et l’expérience de chacun : il y a bien plus au fait d’appartenir à la communauté LGBTQIA+ que ce que l’on définit dans cet article, et il n’y a aucune obligation de s’associer à quelconque étiquette. Sans plus attendre, voici quelques repères qui, nous l’espérons, pourront t’aider!

Abstinence (sexuelle): absence volontaire de toute pratique sexuelle. À ne pas confondre avec l’asexualité (cf. plus bas). L’abstinence est en effet caractérisée par l’absence de relations sexuelles mais pas nécessairement par l’absence de désir sexuel.

Agenre : adjectif désignant une personne qui se considère sans identité de genre, qui ne se reconnaît dans aucune identité de genre.

Ally: personne hétérosexuelle, cisgenre, qui semble donc étrangère à la communauté LGBTQIA+, mais qui soutient les différents mouvements, et lutte contre les discriminations. 

Asexualité: orientation sexuelle caractérisée par une absence d’attirance sexuelle. Il s’agit bien d’une orientation sexuelle et pas d’une orientation romantique, l’asexualité ne doit donc pas être systématiquement associée à une absence de sentiments amoureux (= aromantisme) Une personne peut par exemple être asexuelle et homoromantique, c’est-à-dire ne pas avoir d’attirance sexuelle et ressentir une attraction romantique pour les personnes du même genre qu’elle. L’asexualité peut être considérée comme un spectre : on peut parler de grey asexuality ou de grey-sexuality pour désigner ce spectre (notamment le fait de ressentir de l’attirance sexuelle dans certaines occasions) et les personnes qui s’y reconnaissent. Dedans, on peut notamment inclure la demisexualité (cf. plus bas). Enfin, il ne faut pas confondre asexualité et abstinence.

Bisexualité: il n’existe pas de réel consensus autour de la définition de cette orientation sexuelle. Selon les individus, elle peut se caractériser par le fait d’être attiré.e sexuellement par deux genres ou alors par plus d’un genre. Voir pansexualité.

Cisgenre : adjectif qui désigne une personne dont l’identité de genre correspond au genre qu’on lui a assigné à la naissance. 

Coming-out: action volontaire consistant à divulguer son orientation sexuelle ou son identité de genre. Ne pas confondre avec l’outing (voir plus bas).

Demisexualité:  sexualité, qui se trouve sur le spectre de l’asexualité, et qui se caractérise par le fait d’avoir du désir seulement pour les personnes avec lesquelles on a un lien affectif. 

Digue dentaire: carré de latex qui permet de se protéger des IST lors de pratiques de sexe oral (rapports buccaux-génitaux ou buccaux-anaux). 

Gay : personne, souvent de genre masculin, qui éprouve une attirance pour les individus du même genre. En français, ce mot s’applique principalement aux personnes homosexuelles de genre masculin mais l’utilisation anglo-saxonne peut également faire référence à d’autres orientations sexuelles (prise en compte des personnes lesbiennes et bisexuelles par exemple)

Gender-fluid: personne dont l’identité de genre est fluide, et dont l’identité de genre n’est pas fixée dans le temps. 

Gender-neutral: se dit de quelque chose, comme les vêtements par exemple, qui ne s’apparente à aucun genre, et se veut accessible à toutes les identités de genre. 

Genre: en sciences sociales, concept qui désigne les caractéristiques, relevant de la construction sociale, qui font qu’un individu est considéré et perçu comme un homme ou une femme, ou autre. Dans la société, la dynamique du genre est traditionnellement binaire : on est homme ou femme. En réalité, on peut considérer le genre comme un spectre. Bien que le genre d’un individu soit initialement déterminé à sa naissance sans son consentement, la véritable nature du genre d’une personne est influencée par des éléments psychologiques, comportementaux, sociaux et culturels faisant partie de son vécu personnel et ce, indépendamment de son sexe ou de son genre assigné à la naissance. Voir cisgenre et transgenre.

Hétéronormativité: concept qui fait de l’hétérosexualité la norme et qui se reflète dans la vie quotidienne notamment dans la présomption de l’hétérosexualité d’une personne. 

Homosexualité: orientation sexuelle caractérisée par une attirance pour les personnes du même genre et/ou du même sexe.

Inclusivité:  se dit de quelque chose qui inclut la communauté LGBTQIA+

Intersectionnalité :  mouvement de lutte né aux Etats-Unis, qui rappelle que les inégalités sont cumulatives et que certaines personnes sont à l’intersection de certaines discriminations, comme les discriminations de genre, d’orientation sexuelle ou encore de couleur de peau. D’un point de vue militant, cette conception des inégalités prône l’inclusion, dans la lutte contre les discriminations, des luttes spécifiques aux personnes cumulant les inégalités. Par exemple, l’inclusion des problématiques spécifiques aux femmes noires dans le féminisme.

Intersexe : adjectif désignant une personne dont les caractéristiques sexuelles, d’un point de vue hormonal chromosomique, anatomique ou encore gonadique (=organes reproducteurs) ne correspondent pas aux définitions usuelles du “mâle” et de la femelle”.

IST : sigle signifiant infection sexuellement transmissible. Une infection sexuellement transmissible se transmet lors de rapports sexuels d’un individu porteur de l’infection vers l’individu sain. Il peut s’agir de virus, de bactéries et de champignons. Toutefois, le risque d’infection peut être réduit par l’utilisation de préservatifs externes ou internes. Le terme IST a peu à peu remplacé le terme MST (maladie sexuellement transmissible) car il décrit mieux le fait que certaines infections peuvent être asymptomatiques. (https://www.futura-sciences.com/sante/definitions/medecine-ist-7031/ consulté le 28/02/2020 : définition légèrement modifiée).

Lesbienne : femme qui éprouve une attirance pour les individus du même genre.

LGBT-friendly : se dit d’un espace qui est ouvert, bienveillant et accueillant envers les personnes LGBT.

Marche des fiertés :  marches qui sont les héritières des protestations des années 60 et 70, et notamment des protestations à New York en 1969, qui démarrent au Stonewall Inn. Les marches sont ouvertes à tous, et se veulent un lieu de bienveillance et de célébration des différences, ainsi qu’un espace de militantisme et de protestation. 

Non-binarité : le fait de n’appartenir ni au genre masculin ni au genre féminin, ou aux deux voir genre

Etre out : fait de vivre ouvertement son orientation sexuelle ou son identité de genre.

“outing” : action de révéler l’orientation sexuelle ou l’identité de genre d’une personne sans son consentement. Par son caractère forcé et non consenti, l’outing diffère du coming out (voir plus haut).

Pansexualité : orientation sexuelle caractérisée par le fait de pouvoir éprouver une attirance sexuelle pour toute personne indépendamment de son genre.

Préservatif interne : préservatif muni d’un anneau souple qui se place dans le vagin (avec anneau) ou dans l’anus (sans anneau) avant le rapport sexuel.On peut le garder maximum 8 heures avant un rapport sexuel, et tout comme le préservatif externe (aka la capote) il permet de se prémunir des grossesses indésirées mais surtout des IST ( infections sexuellement transmissibles). 

Queer : il n’y a pas de consensus autour du terme queer. Celui-ci est à la base une insulte à l’encontre de toutes personnes non hétérosexuelles. Aujourd’hui, ce terme peut regrouper toutes les personnes qui se sentent appartenir à la communauté LGBTQIA+, sans pour autant se définir par un mot en particulier. L’utilisation du mot queer varie selon les individus et peut constituer une identité à part entière ou se conjuguer avec une identité précise (ex  queer et lesbienne).

Thérapie de conversion sexuelle : “thérapies”, qui ont pour but de changer la sexualité d’une personne à l’aide de méthodes qui sont souvent violentes (physiquement et psychologiquement) et dangereuses, en plus d’être complètement discriminatoires et inefficaces. Interdites dans certains pays, elles sont encore en place dans d’autres. 

Transgenre : adjectif qui désigne une personne dont l’identité de genre ne correspond pas au genre qu’on lui a assigné à la naissance. 

Transidentité : fait, pour une personne, d’avoir une identité de genre qui ne correspond pas à celle qui lui a été assignée à la naissance. La transidentité peut s’accompagner chez les personnes transgenres d’une dysphorie de genre, c’est-à-dire l’inconfort voire la détresse provoquée par une inadéquation entre identité de genre et genre assigné à la naissance. À la notion de transidentité est associée celle de passing, c’est-à-dire le fait pour une personne transgenre d’être perçue comme correspondant au genre auquel elle s’identifie.

Transition : processus par lequel une personne transgenre entreprend de faire correspondre son expression de genre à son identité de genre. Il s’accompagne souvent ( mais pas nécessairement) de changements physiques ou sociaux (changement de nom, de vêtements, modifications physiques).

Bien d’autres termes en lien avec les identités LGBTQIA+ existent et il est difficile d’en établir une liste exhaustive. Nous espérons vous avoir donné envie de compléter cet abécédaire, et surtout, peut-être, si vous en ressentiez le besoin, vous avoir aidé un petit peu. Surtout, vive l’amour, vive la sexualité et vive le consentement. 

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Tribune – La gouvernance de Sciences Po : simulacre de démocratie et pots de fleurs https://www.lapeniche.net/tribune-la-gouvernance-de-sciences-po-simulacre-de-democratie-et-pots-de-fleurs/ Tue, 10 Mar 2020 10:00:00 +0000 http://www.lapeniche.net/?p=40494 Fort de deux ans d’expérience dans les instances représentatives, plusieurs élus étudiants ont décidé à l’approche des élections étudiantes de partager dans les colonnes de La Péniche leur vision de la gouvernance de Sciences Po. La Péniche leur accorde une tribune.

Nous, élu-e-s étudiant-e-s, voyons nos mandats s’achever. Ayant choisi de ne pas nous représenter à nos fonctions, nous pouvons parler en toute liberté et objectivité. Après deux années passées à vous représenter avec fierté, nous tenons à vous décrire la réalité de cette fonction. Nous nous sommes, en effet, rendu compte de l’incompréhension que suscite ce rôle auprès de nombre d’étudiant-e-s. Nous souhaitons le mettre en lumière dans cette tribune, sous tous ses aspects, malheureusement bien souvent négatifs. 

Une connaissance élargie des sujets touchant à l’administration, acquise par nos propres moyens.

Dire à ses camarades de cours “je suis élu-e étudiant-e”, c’est s’exposer à une avalanche de questions. Quelles sont les démarches à suivre pour demander une exonération exceptionnelle des frais d’inscription ? Quelles sont les aides financières disponibles propre à Sciences Po ? Où pouvons-nous consulter sans avancer de frais médicaux…? Nous nous sommes formé-e-s, collectivement à ces problématiques et à d’autres encore. Cela nous a permis d’accompagner un nombre d’étudiant-e-s très important dans leurs démarches administratives, financières ou médicales. Les besoins étudiants sont nombreux, nous avons appris à chercher une réponse à chacun d’entre eux. La force et la structure d’un syndicat derrière nous nous a permis de gagner un temps précieux. Cependant, l’absence de formation des nouveaux-lles élu-e-s demeure un problème majeur. On attend de nous un sérieux, une connaissance et une maîtrise de sujets allant des problématiques relatives à la recherche (alors que nous sommes parfois en première année) aux frais d’inscriptions en passant par les commissions et acronymes obscurs de l’enseignement supérieur parisien. Semblant se satisfaire de l’absence d’une opposition étudiante formée et compétente, l’administration n’a jamais proposé de formations, sur aucun sujet.

Être élu-e étudiant-e et remplir cette fonction correctement est un travail à plein temps. Nous ne souhaitons et ne recevons aucune récompense, gratitude ou crédit universitaire de la part de la communauté et de l’administration. Notre objectif est de rendre compte de la réalité d’un engagement quotidien, qui peut demander un sacrifice sur nos santés et nos études. Pourtant, l’amélioration des conditions d’études et vies des étudiant-e-s de Sciences Po reste notre priorité absolue. C’est au nom de cette résolution que nous avons consenti à nombre de sacrifices et que nous ne regrettons pas notre engagement.

Malgré cette volonté de fer et l’intensité de notre travail, nous avons été confronté-e-s à quelques embûches, nous empêchant d’accomplir pleinement nos missions de représentations et d’actions pour les intérêts de nos promotions. Nous sommes convaincu-e-s que les prochain-e-s élu-e-s devront faire face aux même problématiques.

L’absence totale d’écoute et de transparence des conseils

           En tant que représentant-e-s de la communauté étudiante, nous sommes amené-e-s à nous entretenir régulièrement avec l’administration, lors des réunions des différents conseils, de rendez-vous avec des membres de la direction ou de groupes de travail thématiques[1]. Nos interventions sont nombreuses, réfléchies et entendues par l’administration. Elles ne sont, en revanche, pas écoutées. Nous, élu-e-s étudiant-e-s, avons amené dans nos discussions avec la direction de notre École plusieurs sujets primordiaux pour les conditions de chacun et de chacune : santé mentale, protections périodiques, égalités, réforme des frais d’inscriptions… L’administration nous écoute, hoche la tête, nous félicite pour nos propositions et ne fait rien.

Le Conseil d’Administration de la FNSP, où sont décidées, rappelons le, des “grandes orientations stratégiques et de la gestion administrative et financière de Sciences Po”, n’est composé que de 7 élu-e-s (dont seulement 2 représentant-e-s des étudiant-e-s) pour 25 membres. L’administration de Sciences Po fixe les ordres du jour des Conseils de la Vie Étudiante et de la Formation (CVEF) et des Conseils de l’Institut (CI) lors de réunion de bureau, dans lesquelles un-e seul-e étudiant-e est présent-e. Cet-te étudiant-e se confronte souvent à la confidentialité exigée par le bureau fixant l’ordre du jour et au manque de temps pour étudier les dossiers lorsque ceux-ci sont envoyés quelques jours avant seulement.

L’initiative de propositions vient donc essentiellement de l’administration. Lorsque nous tentons de produire des motions à voter, l’administration nous met des bâtons dans les roues, nous forçant à venir en discuter avec elle et ne pas faire l’acte, considéré comme “trop violent”, de déposer une motion en conseil. Nous n’obtenons alors qu’un simple engagement verbal, sans aucune garantie qu’il soit respecté, voire même un refus clair, et des moqueries à demi-mot.

Malgré l’opposition, parfois unie, des élu-e-s, nous sommes trop peu nombreux-ses pour avoir une chance d’obtenir la majorité, empêchant ainsi l’adoption d’une proposition. L’administration s’est constituée, en effet, par l’intermédiaire de membres de droit et de personnalités extérieures une garde rapprochée. Ces membres ne sont pas représentatif-ves. La plupart ne siègent pas, se contentant de donner procuration aux membres de l’administration. Celles et ceux qui viennent n’ont aucune connaissance des dossiers. Mais l’administration maintient ces “représentant-e-s”, qui ne représentent rien du tout.

En effet, ce système lui assure d’obtenir, toujours, la majorité dès qu’un vote, qui peut s’annoncer difficile, est mis à l’ordre du jour. Encore faut-il qu’un vote soit mis à l’ordre du jour ! Il est certain qu’il nous arrive de nous sentir inutiles, en particulier lorsque l’administration multiplie les points d’informations et les points d’étape, ne prenant même pas la peine d’entretenir l’illusion de démocratie, préférant uniquement nous informer de ce qu’elle compte faire. Les conseils deviennent des “chambres d’enregistrement”, et nous nous retrouvons spectateurs-ices, notre rôle se limitant à la prise d’interventions de principe pour marquer nos désaccords. Lors des groupes de travail,  l’impression d’être écouté-e-s est plus forte, puisque le cadre y est plus égalitaire. Cependant, leur utilité est très limitée : d’une durée de seulement deux heures, ils ne sont pas propices à un vrai cadre de réflexion et sont plus une opportunité de présentation de projet et de réponses à des questions.

Les élu-e-s étudiant-e-s ne sont pas les seul-e-s à souffrir de ce manque de démocratie. L’absence de règlement clair et complet des conseils, et la difficulté à se le procurer, rendent compliquée toute critique formelle des conseils tout comme la perception de nos marges de manœuvre. Notre revendication pour un règlement intérieur des conseils, partagée par de nombreux-ses membres, s’est heurtée à un mur.

Face à cette mascarade, la communauté étudiante doit se mobiliser

            Les élu-e-s étudiant-e-s ont donc un rôle proche de celui de pots de fleurs dans cette mascarade de démocratie. Notre présence permet à l’administration de Sciences Po de s’éviter toutes critiques, en assurant que sa gouvernance est démocratique. C’est un procédé très fin que nous dénonçons aujourd’hui. Nous tenons à souligner que penser que les élu-e-s étudiant-e-s ont du pouvoir revient à jouer le jeu antidémocratique de Sciences Po.

            Les élu-e-s étudiant-e-s permettent cependant aux organisations syndicales d’être informées des réformes de Sciences Po, futures et actuelles. L’information n’a cependant de valeur que si elle sert une structure forte. N’oublions pas également qu’un des intérêts d’avoir des représentant-e-s étudiants est de toucher des subventions par élu-e, indispensables pour mener une action syndicale efficace.

            Dans ce contexte, les élu-e-s ne peuvent obtenir de résultats que lorsqu’ils et elles bénéficient de l’appui d’une force militante, permettant de mettre en place des actions et de gérer des cas individuels d’étudiant-e-s nécessitant un accompagnement. Cependant, notre expérience nous prouve que, même avec une force militante importante et le soutien de la communauté étudiante, nous n’arrivons que rarement à nos fins. Rappelons que la pétition sur l’Acte II du Collège Universitaire, que nous avons portée en conseil après la mobilisation des étudiant-e-s, a été balayée d’un revers de main par l’administration, en dépit de ses 500 signatures, et nous n’avons pu faire adopter que quelques points mineurs sur ce dossier.

            Malgré l’actualité brûlante de Sciences Po : réforme du concours d’entrée, réforme des frais d’inscriptions, nouveau site à l’Hôtel de l’Artillerie, urgence climatique… aucune réforme ambitieuse n’est envisagée des statuts de Sciences Po pour faire, cette fois, véritablement entendre la voix des étudiant-e-s. Malgré les élections aux conseils centraux la semaine prochaine, aucun syndicat ne s’est saisi de la question. Il est temps que les choses changent. Or, nous ne pensons pas que ce changements puissent venir de l’intérieur de ces instances sclérosées.

            L’histoire de Sciences Po nous montre que les réformes permettant plus de démocratie étudiante n’ont été votées que lorsque que les étudiant-e-s et les syndicats se sont mobilisé-e-s largement pour plus de démocratie. Nous vous invitons donc à secouer l’ordre établi et à agir.


Tribune rédigée et signée par sept élu-e-s et ancien-ne-s élu-e-s étudiant-e-s


[1] Les groupes de travail sont des cadres de réunion moins formel que les conseils sur des sujets thématiques choisis par les CVEF et le CI.

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Tribune : La fin d’un tabou https://www.lapeniche.net/tribune-la-fin-dun-tabou/ Sat, 01 Jun 2019 10:00:13 +0000 http://lapeniche.net/?p=39470

   S’il suffisait d’être bon au lycée pour entrer à Sciences Po, pourquoi débourser des centaines, voire des milliers d’euros dans des préparations aux épreuves d’admission ? C’est pourtant le choix que font chaque année de nombreux étudiant.e.s pour combler le fossé qui existe entre les attentes de Sciences Po et celles de l’éducation nationale. C’est hélas une possibilité qui n’est pas accessible à tou.te.s.

   Fort de ce constat, nous nous sommes interrogé.e.s pour savoir quel était réellement le poids de ces organismes inégalitaires et opaques. A partir du 5 avril, nous avons donc fait passer un questionnaire destiné uniquement aux élèves de première année à Sciences Po, composé d’une quinzaine de questions, pour mesurer l’ampleur de ce système. Voici, brièvement résumé, les résultats de l’enquête (pour en savoir plus nous vous invitons à consulter la synthèse complète via le lien en fin d’article).

   Nous souhaitions répondre à trois questionnements principaux : quelle part des étudiant.e.s sont passés par les prépas, dans quelle mesure ces organismes génèrent ils des inégalités, et existe-t-il d’éventuelles collusions entraînant entre autres des fuites de sujets ? La dernière question, ouverte et facultative, portait sur les propositions des étudiant.e.s pour favoriser l’égalité des chances, afin d’envisager des solutions aux problèmes soulevés. Beaucoup d’étudiant.e.s ont pris le temps d’y répondre et ont proposé des idées intéressantes que nous relaieront plus bas. Afin d’assurer une meilleure représentativité et pour toucher le plus d’étudiant.e.s possibles, des étudiant.e.s « relais » dans chaque triplette sur le campus de Paris et dans chaque campus de province ont diffusé notre questionnaire. Nous les remercions chaleureusement ! Pour inclure les élèves admi.e.s par toutes les procédures (internationale, CEP, double diplôme), le questionnaire a été traduit en anglais, espagnol et allemand par les relais, pour permettre au plus grand nombre de répondre.

   Au terme de l’enquête, 758 personnes ont répondu, sur tous les campus. Cela représente environ 45% de la promotion : nous estimons que ce nombre est suffisant pour publier nos résultats et entamer une discussion avec l’administration.

   Plus de la moitié des sciencespistes (52%) sont passé.e.s par une prépa (par le terme « prépa » nous désignons quatre types d’organismes : les prépas payantes dans les lycées et hors lycée, et leur contrepartie gratuite). Parmi ces prépas, les prépas payantes hors lycée (que nous appellerons prépas privées) sont les plus importantes, elles représentent à elles seules 31% des étudiant.e.s. Le recours à ces prépas est plus important pour la Procédure par Examen : il concerne 66% des élèves admi.se.s par cette procédure. C’est également parmi les admi.se.s de la Procédure par Examen que la part d’étudiant.e.s ayant suivi les cours d’une prépa payante est la plus élevée puisqu’elle est de 56%. Cependant, une part non négligeable des élèves admi.e.s par les autres procédures ont également eu recours à des prépas. Ainsi, 19% des étudiant.e.s admi.se.s en double-diplôme international, 14% des admi.e.s en Bicursus et 26% des élèves entrés par la Procédure Internationale sont passés par des prépas.

   Ces classes se révèlent souvent d’une aide précieuse aux élèves. Ainsi, 81% de ces dernier.ère.s indiquent que la prépa a joué un rôle important ou très important dans leur admission à Sciences Po. Elles ne sont pourtant pas accessibles à tous.

   40% des étudiant.e.s sont passé.e.s par une prépa payante. Selon nos résultats, le coût moyen de ces prépas est de 1874 euros par élève. En plus de ces frais déjà très importants, il faut aussi ajouter des surcoûts liés au lieu d’habitation, s’élevant à 879 euros en moyenne pour les élèves concerné.e.s. Aux inégalités économiques s’ajoutent ainsi des inégalités géographiques, liées à la structure du marché des prépas, fortement concentré dans les grandes villes.

   Le marché des prépas privées est clairement oligopolistique. A elle seule, IPESUP concentre 30% des étudiant.e.s ayant recours à une prépa payante. C’est donc, selon notre sondage, près d’un cinquième de la promotion qui a eu recours à IPESUP (17% des répondants). Derrière cette entreprise, on retrouve quatre autres organismes qui se partagent un autre tiers du marché : les Cours du Parnasse (9%), Tremplin (9%), ELEAD (7%) et le CNED (5%).

   La deuxième partie de l’enquête portait sur les interrogations soulevées par la présence de professeur.e.s de Sciences Po dans le personnel enseignant des prépas. Selon nos résultats, un tiers des étudiant.e.s ayant fait une prépa (toutes prépas confondues : payante ou pas, à distance ou dans leur lycée) savaient avoir au moins un.e professeur.e de Sciences Po dans le cadre de leur prépa. Ce problème est d’autant plus grave dans certains établissements : par exemple, ce sont 45% des élèves passé.e.s par IPESUP qui avaient conscience du fait que certain.e.s de leurs enseignant.e.s venaient de Sciences Po. Cela pourrait s’avérer réellement problématique si cela conduisait à des fuites de sujets. Dans cette perspective, 13 élèves ont témoigné d’expériences pouvant correspondre à des fuites de sujets. Ainsi le « Sujet d’éco du concours blanc était exactement le même mot pour mot que celui du concours » à IPESUP, un professeur de la prépa Euroforce aurait « entendu les tendances de la part de ses collègues », ou encore un professeur de la prépa Optimum aurait prévu à l’avance « les sujets d’histoire ».

   Enfin, la dernière question permettait aux élèves de faire des propositions pour favoriser l’égalité des chances dans l’admission à Sciences Po. Même si la question était facultative, plus de 330 élèves ont répondu, ce qui témoigne de la préoccupation des étudiant.e.s pour ce sujet. Ces propositions s’articulaient autour de trois grandes idées : la création d’une prépa gratuite organisée par Sciences Po, la lutte contre l’autocensure en informant davantage (notamment dans les territoires ruraux) et la modification, voire la suppression, des épreuves écrites.

   Nous voulions mettre fin au tabou des prépas à Sciences Po ; nous espérons que notre enquête aura participé à mettre le sujet sur la table pour que l’administration et la communauté étudiante s’y confrontent. Mais savoir est la première étape. Agir doit être la seconde. Nous sommes convaincu.e.s que travailler avec l’administration est la meilleure manière de mettre fin au système des prépas, c’est pourquoi nous leur avons présenté notre démarche avant de lancer l’enquête, ainsi que nos résultats. La réforme des procédures d’admission au Collège Universitaire prévue pour 2021 est une opportunité formidable pour porter un grand coup au système des prépas. Les représentant.e.s de l’administration nous ont confié que c’était un des objectifs majeurs de la réforme. Ils nous ont assuré que nos résultats seraient pris en compte et ont évoqué la possibilité de nous associer à la réflexion. Nous ferons tout pour que cette enquête ne reste pas lettre morte. Nous leur avons aussi proposé de faire remonter les nombreuses propositions des étudiant.e.s.  Désormais, la balle est dans leur camp !

Pour accéder à la synthèse complète, cliquez ici

Tribune rédigée par Martin Emelien, Salomé Massart, Faye Vermorel et Adam Galametz

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