Clémence Dietz – La Péniche https://www.lapeniche.net Le Journal Étudiant de Sciences Po Mon, 30 Mar 2026 13:30:44 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=6.9.9 https://www.lapeniche.net/wp-content/uploads/2022/08/cropped-Bitmap-32x32.png Clémence Dietz – La Péniche https://www.lapeniche.net 32 32 Voir l’exil climatique : quand l’art raconte les migrations climatiques https://www.lapeniche.net/voir-lexil-climatique-quand-lart-raconte-les-migrations-climatiques/ Mon, 30 Mar 2026 13:30:04 +0000 https://www.lapeniche.net/?p=57242 Au Palais de la Porte Dorée, l’exposition Migrations & climat explore les liens entre dérèglement climatique et déplacements humains. À travers œuvres d’art, témoignages et films, elle donne un visage aux migrations forcées et interroge une question brûlante : comment comprendre ces bouleversements dans un monde où les frontières se ferment ?

Photo : œuvre Marée rouge de Ghazel (Clémence Dietz).


À l’entrée de l’exposition, une arche évoque le mythe du déluge. Sur les murs, des œuvres catastrophistes plongent immédiatement dans un monde où la question de survie est en jeu. Une interrogation s’impose au fur et à mesure de la visite : comment habiter notre monde alors que certaines de ses terres deviennent déjà inhabitables ? L’exposition s’attaque ici aux migrations liées au dérèglement climatique.

Dans ce parcours mêlant œuvres d’art, témoignages et données scientifiques, les statistiques prennent corps : photographies, installations, films donnent un visage aux populations contraintes de partir.

Migrer pour survivre n’a rien de nouveau. Depuis des millénaires, les humains se déplacent pour s’adapter aux bouleversements de leur environnement. L’exposition rappelle ainsi les migrations provoquées par la famine irlandaise au XIXe siècle ou celle du Dust Bowl – cette sécheresse dévastatrice qui frappe les grandes plaines américaines dans les années 1930. Les célèbres photographies de Dorothea Lange montrent des familles contraintes d’abandonner leurs terres pour rejoindre la Californie, un exode popularisé par le roman Les Raisins de la colère de John Steinbeck. 

Devant la force de transmission de ces images en noir et blanc, Claire, venue visiter l’exposition avec une amie, s’attarde quelques instants. « On connaît l’histoire du Dust Bowl, mais voir les visages, les regards… ça change tout », confie-t-elle. « On se rend compte que derrière toutes les catastrophes, il y a toujours des familles qui doivent tout quitter avec peu. »

Dans une autre salle, un film raconte la disparition progressive de l’île de Jean Charles, en Louisiane. Rongée par la montée des eaux et les ouragans, la terre disparaît peu à peu sous l’océan. L’unique route reliant l’île au continent est amenée à être submergée laissant les habitants face à l’incertitude. La petite communauté autochtone doit quitter ses maisons et terres ancestrales. Mais partir n’est pas une décision facile. Les images projettent des témoignages poignants : « Nous n’aurons plus d’île d’ici peut-être deux ans. » Impuissants, ils dénoncent l’exclusion de leur territoire pour des conséquences dont ils ne sont pas responsables. 

Mais pour d’autres populations, partir est également une nécessité, sans que cela soit toutefois réellement possible. Les frontières, les politiques migratoires ou le manque de ressources rendent ces déplacements extrêmement difficiles. 

« Pendant des millénaires, les humains ont suivi les saisons ou les animaux », explique Arthur, 23 ans. « Les chasseurs cueilleurs se déplaçaient naturellement. Aujourd’hui, avec le changement climatique, certaines populations n’ont plus le choix que de bouger. Mais il y a les problèmes des frontières étanches qu’il n’y avait pas dans le néolithique. Maintenant tu ne peux plus migrer librement vers les côtes. » 

Dans le débat public, migrations et changement climatique sont souvent racontés à travers des images spectaculaires : terres submergées, populations en fuite, embarcations surchargées. Ces représentations frappent les esprits et suscitent l’émotion, mais elles simplifient souvent des réalités bien plus complexes. En réduisant ces phénomènes à des vagues menaçantes, elles alimentent la peur et rendent plus difficile la compréhension de leurs causes profondes. Un nouveau discours appelé « éco frontiérisme » décrit les personnes migrantes comme une menace écologique, oubliant qu’elles sont souvent elles-mêmes victimes du changement climatique. Vivant dans des régions pauvres ou déjà fragilisées, leur empreinte environnementale reste pourtant bien inférieure à celle des sociétés les plus riches et industrialisées. 

Au fil de l’exposition, l’œuvre Marée rouge de l’artiste franco-iranienne Ghazel interroge justement ces représentations. Elle déconstruit des cartes du monde qu’elle recouvre d’un rouge intense. Les frontières disparaissent, les territoires se brouillent et une nouvelle géographie apparaît. Par cette couleur, symbole de vie et de mort, l’artiste évoque les bouleversements provoqués par l’homme : conflits, pollution, mais aussi les exodes et migrations qui en découlent, y compris celles liées aux catastrophes climatiques.

Devant l’installation, Mathieu, un visiteur, s’arrête quelques instants. « Ce rouge partout, ça donne l’impression que les frontières se dissolvent, ou que c’est du sang. On comprend que les migrations ne sont pas juste des cartes, mais des vies. »

Face à la complexité du phénomène, l’exposition tente d’éveiller les consciences. Car derrière les statistiques sur les migrations climatiques se cachent des vies déplacées et des territoires qui disparaissent. Dans les salles du musée, ces migrations sont dessinées par les œuvres.

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32 millions d’euros pour Dora Maar : un morceau de patrimoine envolé https://www.lapeniche.net/32-millions-deuros-pour-dora-maar-un-morceau-de-patrimoine-envole/ Mon, 17 Nov 2025 09:34:58 +0000 https://www.lapeniche.net/?p=57123 Vendredi 24 octobre, à l’Hôtel Drouot à Paris, le tableau de Pablo Picasso Buste de femme au chapeau à fleurs (Dora Maar) s’envole pour 32 millions d’euros (frais compris) sous le marteau du commissaire-priseur Christophe Lucien. Une vente record pour l’année, qui relance le débat sur la place du patrimoine artistique face à la logique financière d’un marché de l’art toujours plus mondialisé.


Dans la salle sombre, l’ambiance est électrique. Une foule compacte tente d’apercevoir le chef-d’œuvre, mais peu y parviennent. « On ne peut même pas voir un tableau qui va disparaître ! C’est le patrimoine ! » s’exclame un spectateur alors que les portes se referment sur lui. La frustration est palpable : la vente commence à 17 heures, la file d’attente est déjà longue dans les couloirs et dehors une heure plus tôt.

Beaucoup de personnes restées dehors n’ont pu suivre la vente que via leur portable.

La toile, peinte par Picasso en 1943 et jamais exposée, représente Dora Maar, photographe et égérie des surréalistes. Elle part vers un enchérisseur étranger dont l’identité reste secrète. La spéculation court : Émirats, Liban, États-Unis… Une chose est sûre l’œuvre retourne dans l’ombre.

Marie, 43 ans, venue par curiosité, confie : « J’espère au moins pouvoir l’apercevoir, puisqu’il ne sera jamais accessible au public ». La bataille d’enchères, retransmise en direct fait grimper le prix de huit à vingt-sept millions d’euros en moins de trente minutes.

Pour le commissaire-priseur Christophe Lucien, c’est « le rêve après vingt mois de préparation, toute la récompense d’un travail colossal ». Il souligne la circulation naturelle des œuvres : « La plupart des objets qui sont dans les musées aujourd’hui sont passés par des mains privées. Cet objet vit sa vie d’objet. »

Mais derrière l’excitation et la rareté de la découverte, une toile cachée du public depuis plus de 80 ans, se pose la question de l’accès à l’art. Cette vente record met en lumière un débat récurrent : comment concilier la libre circulation des œuvres, principe fondateur du marché de l’art, avec la notion de patrimoine culturel, entendue comme un bien qui devrait, idéalement, rester visible et partagé ?

Depuis toujours, les grands chefs-d’œuvre de l’art suscitent l’intérêt d’investisseurs internationaux capables de mobiliser en quelques minutes des sommes colossales. En 2023, La Femme à la montre de Picasso est adjugé 139,4 millions de dollars à New York. En septembre 2024, un autre portrait de Dora Maar de 1944 est vendu à Hong Kong plus de 21 millions d’euros. Le marché de l’art français est justement très loin d’être en reste et d’autres belles ventes sont à venir, dont un Renoir à Drouot le 25 novembre prochain.

Mais alors, quel message envoie une vente comme celle-ci sur la valeur de l’art aujourd’hui ? La valorisation financière éclipse-t-elle le rôle de l’art comme bien collectif ? À 17h36, sous le marteau du commissaire-priseur, le Dora Maar change de main. Avec lui, un morceau de patrimoine s’envole.

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