Cédric Villani a grandi en Corrèze, où il a été scolarisé jusqu’au lycée. Il a obtenu un bac S à Toulon avant d’intégrer une prépa scientifique au lycée Louis-le-Grand. En 1992, il arrive quatrième du concours d’entrée à l’École Normale Supérieure. Reçu à l’agrégation de mathématiques deux ans plus tard, il enseigne à l’ENS de Lyon jusqu’en 2010, puis à l’université Claude Bernard Lyon 1. Il a également été directeur de l’Institut Henri-Poincaré jusqu’à son élection à l’Assemblée nationale en 2017.
En 1999, il est professeur invité à la Georgia Tech, université de recherche publique américaine, puis au Miller Institute de l’Université de Californie à Berkeley cinq ans plus tard. En 2009, c’est l’Institute for Advanced Study, l’un des plus prestigieux laboratoires de recherche au monde, situé à Princeton, qui l’invite à enseigner. L’année suivante, il devient lauréat de la médaille Fields, l’une des plus prestigieuses récompenses en mathématiques.
Il soutient Emmanuel Macron lors de l’élection présidentielle de 2017 et obtient l’investiture LREM dans la cinquième circonscription de l’Essonne, où il habite depuis 2009. Il est élu face à une candidate des Républicains avec près de 70% des voix. Dès le début de son mandat, le Premier ministre Édouard Philippe le charge d’une mission parlementaire sur l’intelligence artificielle. Six mois plus tard, le mathématicien présente son rapport intitulé : « Donner un sens à l’intelligence artificielle », pour lequel il se fait de plus en plus présent sur la scène médiatique.
Lorsqu’il prend de l’ampleur sur la scène politique en 2017, c’est l’occasion pour le grand public de découvrir son image singulière. Lavallière autour du cou et broche en forme d’araignée sur la veste, Cédric Villani apparaît comme un personnage excentrique. En 2017, il explique qu’il a choisi ce style lorsqu’il était étudiant pour se distinguer de ses camarades. Bien qu’il refuse d’expliquer pourquoi il porte une broche araignée, il précise en posséder une soixantaine, achetées dans de nombreux pays.
Lors des élections municipales de 2014, il soutenait Anne Hidalgo, président même son comité de soutien.
En juillet 2019, il échoue à obtenir l’investiture LREM pour les municipales parisiennes de 2020 face à Benjamin Griveaux. Le 4 septembre, il annonce sa candidature, dépourvu de soutien partisan. Il reste pour l’instant député et membre de LREM malgré les menaces d’exclusion après qu’il ait refusé de soutenir Benjamin Griveaux. Celui qui souhaite être « le premier maire véritablement écologiste de Paris » est crédité, selon un sondage Ipsos avant la déclaration de candidature de Rachida Dati, de 15% des intentions de vote, juste derrière le candidat officiel de LREM.
Mathématicien et professeur reconnu mondialement, Cédric Villani pourrait devenir le prochain maire de la capitale sans être soutenu par aucun parti. Il sera ce soir en Boutmy pour répondre à vos questions informées. Rendez-vous à 19h15 !
Dessin : Leila Tnitan
]]>1 – La quintessence de la haute fonction publique française
Elle-même fille de haut.e.s fonctionnaires, Emmanuelle Wargon sort diplômée de HEC en 1992, et de Sciences Po deux ans plus tard, après être passée par la section Service Public (équivalent de l’actuelle préparation aux concours administratifs). Comme sa mère, elle a aussi été formée à l’ENA, où elle faisait partie de la promotion Marc-Bloch, dont est également issu l’actuel Premier ministre, Édouard Philippe.
2 – Sa carrière professionnelle
A sa sortie de l’ENA en 1997, elle devient auditrice à la Cour des Comptes, puis rapporteuse devant les Commissions de déontologie en 1999.
Entre 2001 et 2015, elle a tour à tour travaillé pour l’Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé, l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP), au Haut-Commissariat aux Solidarités actives contre les pauvretés dans le gouvernement Fillon, au Secrétariat général des ministères sociaux, et enfin au ministère du Travail de 2012 à 2015.
En septembre de cette année-là, elle est embauchée par Danone en tant que Directrice générale des affaires publiques et de la communication, chargée des relations du groupe agroalimentaire avec les pouvoirs publics, domaine qu’elle connaît par cœur puisqu’elle en est issue.
3 – Le retour à la fonction publique
Après 3 ans au sein du groupe Danone, Emmanuelle Wargon le quitte en octobre 2018 pour rejoindre le gouvernement Philippe II suite au remaniement ministériel. Elle est nommée Secrétaire d’État auprès du ministre d’État, ministre de la Transition écologique et solidaire avec Brune Poirson, au ministère de François de Rugy, qui a succédé à Nicolas Hulot en tant que ministre de l’Écologie.
Son passage par l’ENA en même temps qu’Édouard Philippe alimente pour certain.e.s le soupçon selon lequel le Premier ministre souhaiterait conserver un œil sur l’Hôtel de Roquelaure après la démission surprise de Nicolas Hulot et les critiques qu’il a émises contre le gouvernement.
4 – Une nomination controversée
Sa nomination au ministère de l’Écologie fait polémique à cause de son activité précédente : un prestigieux poste de lobbyiste pour Danone. Ironiquement, l’ancien ministre de l’Écologie Nicolas Hulot avait évoqué la « présence des lobbys dans les cercles du pouvoir » dans l’interview notoire lors de laquelle il a annoncé sa démission.
Les journaux avaient à l’époque relevé d’anciennes déclarations d’Emmanuelle Wargon, notamment à propos de l’huile de palme, dont elle affirmait qu’elle était « essentielle » dans la production des laits infantiles. Ces propos ont inquiété les écologistes à cause de la déforestation massive provoquée par sa production : les plantations de palmier à huile sont à l’origine de 40% de la déforestation liée à l’agriculture intensive, avec des conséquences catastrophiques pour la biodiversité et menaçant la disparition de certaines espèces.
5 – En tant que Secrétaire d’État
Depuis son arrivée au gouvernement, Emmanuelle Wargon a notamment agi pour la préservation des littoraux et milieux marins et l’application des Accords de Paris sur le climat, en passant par exemple par le retour de la taxe carbone – qui est à l’origine du mouvement des gilets jaunes – dont elle estime qu’elle est légitime et qu’elle doit être à nouveau envisagée.
Elle a d’ailleurs été désignée le 14 janvier dernier pour animer le Grand Débat National au côté de Sébastien Lecornu, son prédécesseur au ministère. Cette récente nomination lui a valu des questions insistantes sur son patrimoine et son salaire lorsqu’elle travaillait pour Danone.
Énarque, haute fonctionnaire, ancienne lobbyiste privée accusée de rétro-pantouflage, Emmanuelle Wargon prend une place grandissante dans le paysage politique français à cause de l’actualité alarmante de l’importance du ministère dont elle fait partie, et de sa mission pour le Grand Débat National.
Emmanuelle Wargon sera donc ce soir en Boutmy pour répondre aux questions affûtées de Sciencespistes informé.e.s : rendez-vous est donné à 19 heures 15 !
Astrid-Edda Caux
]]>Mardi soir, 6 témoins, 4 avocats, 1 accusé.
Le plus célèbre espion français passait à la casserole juridique pour tenter de justifier les siennes, de casseroles. Parce qu’attention, ce n’était pas le OSS 117 des romans d’espionnage qui était jugé en Cour de Boutmy ; c’était le OSS 117 de Jean Dujardin que Révolte-toi Sciences Po présentait. Il avait déjà sauvé le monde deux fois ; ce soir, c’est sa peau qu’il devait sauver.
C’est ainsi que l’accusé du soir se présente, tour à tour, alors que la présidente et le président du jury, Capucine Delattre et Joseph Thomas, le prient de délivrer sa véritable identité et non ses multiples couvertures. Pour Larmina (Lisa Cophignon), tous ces avatars ne forment « qu’une seule et même personne ». Qualifié de beaucoup de choses par l’accusation, du « carnage » au traître selon Bill (Hugo Valentin), il est accablé de tous les maux mais garde toujours la nonchalance qui fait son charme. Pourtant, cela ne veut pas dire que les critiques qui lui sont faites le laissent de marbre, puisqu’il appelle Jack le « pire ami d’Égypte » au début de son monologue tant attendu, et très applaudi.
Ce qui marque surtout, c’est son attitude, et c’est ce sur quoi Maître Goldman s’est concentrée : « Il est à la délicatesse ce qu’Éric Zemmour est au féminisme. ». Mais jamais l’agent ne s’excusera pour son comportement, tout aussi déplacé qu’il soit.
Jack Jefferson (Jérémy Poivre d’Arvor) le lui a lancé avec regret et conviction : « Tu ne sais faire que ça, Hubert : rire, humilier, et te moquer. » Et pourtant ; comme toujours, OSS 117 conquis son public, et plus que jamais, les sciencepistes sont pendus à ses lèvres.
Ce n’est pas le premier accusé à passer par la Cour de Boutmy ; en revanche, c’est le premier à susciter tant d’admiration, de moqueries et d’enthousiasme de la part des étudiant.e.s qui en occupaient les bancs, et ce depuis bien longtemps. A défaut de pouvoir le citer dans les copies d’histoire, c’est à la télévision que l’on reprenait ses répliques sans complexe, comme en avril 2018, juste devant l’école.
(On ne s’en lassera jamais)
Il va de soi que ce procès n’aurait pu se faire sans jeux de mots douteux, punchlines bien placées et étudiant.e.s passionné.e.s, mais surtout, actualités enflammées. Pour Maître Deroude, premier avocat de la défense, son client est en effet non seulement « 50 ans après son passage, toujours considéré comme un grand symbole de liberté par les Brésiliens », mais surtout la légende à qui se résume « toute la résistance à Monsieur Bolsonaro ».
Mais celui qui s’en est le plus délecté, c’est l’accusé lui-même (Eliott Kozma) : fini le temps où Emmanuel Macron imitait OSS 117 ; mardi, c’était OSS qui imitait Emmanuel Macron. Dans un discours qui réunissait déjà les répliques les plus cultes du célèbre agent, il y a mêlé les déclarations les plus marquantes de ces 18 derniers mois de quinquennat. Plaidant la liberté d’expression et le culot à la française, il s’est ainsi exclamé : « Jamais vous ne me volerez ma verve ! Sachez bien, Messieurs les censeurs, que je ne céderai rien : ni aux fainéants, ni aux cyniques. ».
Fidèle à lui-même, il se permet de faire la leçon au jury, et pas n’importe laquelle : « Savez-vous au moins ce que c’est qu’un coupable ? Un coupable, c’est quand les gens sont jeunes, déjà, qu’ils ont froid avec des capuches grises et des survêtements à fermeture éclair. ».
L’accusation n’a pas pesé ses mots : derrière le procès d’un agent inoffensif – ou du moins involontairement offensif – se cache un enjeu bien plus grand : le genre de personnes qu’il représente et l’image qu’il véhicule. Hier symbole de l’hégémonie occidentale, blanche et masculine, Hubert Bonisseur de La Bath est aujourd’hui tout ce qui se rapproche de trop près de l’« ancien monde », et l’accusation l’a bien compris : « Faire le procès de OSS 117 en incompétence, c’est faire le procès de Pétain en collaboration, c’est faire le procès de Trump en mégalomanie, c’est faire le procès de Ben Laden en pilotage ; ça a l’air évident, mais ça révèle des choses bien plus profondes. ».
Maître Coester, premier avocat de l’accusation, l’a en effet blâmé au motif qu’il affiche « une posture de supériorité culturelle, une méconnaissance crasse des enjeux extérieurs, et l’absence totale de volonté de comprendre ». Se plaçant en défenseur de la modernité et de la tolérance, il a affirmé : « Lorsque l’on fait le procès d’OSS 117, c’est le procès de tout l’Occident colonial que l’on doit faire. ». L’erreur de l’accusation aura été, peut-être, de vouloir trop le charger. C’est pourquoi OSS 117 a été acquitté par le jury, qui a tenu cependant à récompenser l’accusation pour sa plaidoirie contre le racisme, l’homophobie, l’antisémitisme et le sexisme, du prix du meilleur orateur.
OSS 117 est à Sciences Po ce que Kanye West est aux États-Unis : un artiste incompris, un génie complexe et tourmenté, une idole inavouable. Cependant, mardi soir, son seul crime aura été, comme l’a si bien dit Dolores (Clara Menet), de n’être « pas sortable ».
Astrid-Edda Caux
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