Lorsqu’un projet de loi controversé apparaît dans le débat public, les médias ont tendance à opposer deux discours. D’un côté, le discours des experts, économistes, qui défendent le projet de loi, car il permettrait de créer de la croissance, de réduire le déficit, de flexibiliser le marché du travail : bref, tout ce dont nous rêvons tous et qui sauvera le monde. De l’autre côté, on voit les syndicalistes, travailleurs, étudiants, qui défendent leurs droits et leur dignité, mais qui exagèrent tout de même d’empêcher l’économie de tourner et la société de se moderniser.
Manque de chance, ce récit traditionnel ne semble pas prendre pour cette fois. Le 8 mars, un collectif d’économistes fait s’écrouler le discours du gouvernement sur la Loi Travail portée par Myriam El Khomri. « La loi travail ne réduira pas le chômage », titrent-il dans Le Monde. Diantre, les bolchéviques auraient pris le contrôle de La Voix du Patronat ? Absolument, pas, puisque la contestation vient de l’antre même de l’élite, EHESS, Sciences Po, CNRS, ENS et autres. Force est de constater, quoi que l’on pense du projet, que la tribune est bien mieux argumentée et étoffée que le médiocre papier signé quelques jours plus tôt par Etienne Wasmer et Yann Algan.
Quand les plus extrémistes des libéraux, enfermés dans leur tour d’ivoire, ne voient dans cette loi qu’un début, tout ceux qui ont un pied dans le monde réel se sont rendus compte de la dangerosité de ce projet. Que contient ce projet ? Non-indemnisation des heures supplémentaires, des astreintes, fractionnement des heures de repos, plafonnement des indemnités de licenciement, etc, etc. On voit qu’il s’agit clairement de mesures qui vont nuire concrètement et immédiatement au porte-monnaie de millions de salariés. Les chômeurs voient d’ailleurs s’amenuiser les possibilités de retrouver du travail : un employeur embauchera-t-il s’il peut faire faire des heures supplémentaires à ses salariés déjà en poste ?
Au-delà de l’effet directement financier, les salariés sont même attaqués physiquement. Ainsi, la possibilité de fractionner les heures de repos s’attaque directement à la santé de travailleurs : la plage de repos quotidienne obligatoire pourra être coupée en deux, empêchant les employés d’avoir une vrai nuit de sommeil : impensable !
En rabaissant les salariés ainsi, en réduisant leurs droits, Hollande et ses ministres s’attaquent à la dignité même de millions d’hommes et de femmes. Quel est le projet de société défendu par un gouvernement quand il permet la pauvreté, l’épuisement, et l’insécurité au travail ? Ce projet semble tout ce qu’il y a de plus aberrant à l’heure actuelle. Il fait en tout cas un gagnant, qui s’est empressé de jubiler : le Medef, représentant du grand patronat. Alors ce gouvernement travaille-t-il pour le Medef ? On peut s’interroger sur la pertinence qu’aurait un tel choix. La Loi Travail semble en réalité simplement découler d’une idéologie datée et déconnectée de la réalité. Il est particulièrement intéressant de constater que les Loi El Khomri, Macron, et autres, se drapent toujours des habits du progrès, face aux syndicats blâmés comme conservateurs. Les hommes politiques tentent d’incarner le progrès, en alliant en réalité les progrès du capitalisme à la régression sociale.
Qui reste-t-il, pour soutenir cette loi ? Des politiciens, enfermés dans le dogmatisme, ou peut-être la seule volonté de conserver leur poste par fidélité à un gouvernement qui va à vau-l’eau. Il y avait déjà bien longtemps que les politiques des gouvernements PS et RPR-UMP-LR ne se distinguaient plus par une différence de nature, mais seulement de degré, il semblerait que même celle-ci se soit effacée. Les réactions suite à ce projet illustrent bien le décalage entre une classe politique, qui croit à tort maîtriser les enjeux économiques, et le reste du pays.
Au delà de l’aspect économique et social, cette loi pose un important problème de laïcité. Si cette question apparaît éloignée des enjeux de la loi Travail, elle surgit pourtant dans son article 6 : « La liberté du salarié de manifester ses convictions, y compris religieuses, ne peut connaître de restrictions que si elles sont justifiées par l’exercice d’autres libertés et droits fondamentaux ou par les nécessités du bon fonctionnement de l’entreprise et si elles sont proportionnées au but recherché. » Il s’agit là d’une conception au rabais de la laïcité, qui cède aux revendications intégristes de plus en plus nombreuses.
En conclusion, la loi semble à jeter, du premier au dernier article. La large mobilisation populaire qui s’y oppose peut avoir les moyens de forcer la main du gouvernement. Ce serait, en quelque sorte, remettre la souveraineté entre les mains du peuple français.
Il faut avant tout penser le contexte dans lequel s’inscrit la loi. Au-delà d’une réflexion quant à l’efficience économique d’un tel projet, il y a une réflexion à mener sur son adéquation avec les aspirations de la société d’aujourd’hui. Le gouvernement, au travers de cette loi pense être en mesure de répondre à l’impasse économique, institutionnelle et morale dans laquelle notre pays se trouve.
Certes, il y a aujourd’hui besoin de réformer notre code du travail pour faire face aux nécessités économiques. Aussi nous faut-il définir quelles sont ces nécessités économiques ! Elles sont de deux ordres, conjoncturel et structurel : à moyen terme, relancer l’activité économique française, et plus profondément, construire l’économie de demain.
Le marché de l’emploi français est marqué par un manque de flexibilité et par la faiblesse du dialogue entre employeurs et employés. Entre deux, il y a l’Etat, il y a les syndicats, des syndicats auxquels n’adhèrent qu’une faible minorité des travailleurs (7.745 % en 20131) mais qui restent des acteurs très puissants de la négociation salariale (avec un taux de couverture salariale qui avoisine les 90 %).
Le marché du travail français est un marché aléatoire dans lequel les chocs rencontrés se révèlent permanents. Une augmentation importante du taux de chômage a du mal à diminuer. A contrario, un marché plus flexible comme celui des Etats-Unis est marqué par une variable stationnaire, et les chocs sont temporaires, le taux de chômage revient toujours à une moyenne.
Avec cette loi, le gouvernement a décidé de demeurer dans un modèle économique archaïque, tout en essayant d’en améliorer « l’efficience ».
La réforme se dirige ainsi timidement vers l’idée d’un contrat unique, en taxant le CDD, tout en facilitant les licenciements, afin d’inciter les entreprises à embaucher en CDI, ce qui pourrait toucher l’emploi jeune (le CDD représente 58.58 % de l’emploi salarié des 15-24 ans en 2013, et 53.51 % en 2007)2. L’idée générale vise la « flexibilisation » de l’emploi. Les propositions sont diverses, et il faut en trouver la cohérence générale. Si le licenciement est rendu plus aisé, le pouvoir de l’employeur sur l’employé augmente pour, dans le cadre des 35 heures, travailler plus sous couvert d’heures supplémentaires (dont les majorations seront revues).
Un autre aspect soulevé par cette loi est le changement d’échelle de la négociation salariale. Une plus grande voix est donnée à l’échelle de l’entreprise, et aux salariés, aux dépens des syndicats, par le rôle plus important donné au référendum d’entreprise.
Il est difficile de donner une appréciation générale du projet dont les orientations demeurent éclectiques.
Répondant à la peur du risque, de l’insécurité économique, les opposants à cette loi agissent seulement au profit des insiders, aux dépens des outsiders. En effet, le manque de flexibilité de notre marché du travail actuel favorise une situation stable des insiders protégés par un emploi stable et les privilèges qui y sont attachés… et des outsiders, pour qui l’extrême précarité et/ou le chômage de longue durée sont de rigueur.
De plus, jusqu’à quel point est-il moral de défendre la seule stabilité des salariés et non des indépendants, livrés au risque ? La figure du salarié et celle de l’indépendant ne se confondent-elles pas dans certaines conditions (avec Uber, le statut d’auto-entrepreneur)? Cette situation nous amène à repenser la moralité du marché3. Jusqu’à quel point est-il moral de défendre un modèle qui favorise les privilèges des travailleurs les plus favorisés ? L’Etat et les syndicats sont-ils encore les meilleurs gérants de la protection sociale des individus dans leur diversité et leur universalité?
Pour nous, le problème est tout autre. Il ne s’agit pas de rendre un salariat à la merci des employeurs, par l’entremise de l’Etat. L’avenir est dans l’autonomie que l’on donnera aux travailleurs. L’attractivité auprès des jeunes (et moins jeunes) portée par l’économie du partage, l’entrepreneuriat, et ce que l’on rassemble autour de « l’ubérisation de la société » est à prendre en compte.
Dans l’ancien monde, dans le vieux monde industriel, on distinguait employeurs et salariés en fonction de leurs moyens de production. Aujourd’hui, de nouvelles structures économiques apparaissent et il faut en prendre compte : le numérique, l’écologique en sont des formes, et ils s’accompagnent d’une évolution des valeurs. Le travail en soi connaît une évolution. Il n’est plus dicté par l’unité de temps, de lieu et d’action. Ces réflexions nous amènent à repenser le contexte économique et social dans lequel nous sommes aujourd’hui.
L’homme est homme avant d’être travailleur, et c’est le travailleur qui a changé, non l’homme.
La loi El-Khomri tente de répondre à certains aspects de cette évolution. Le droit à la déconnexion dans l’utilisation des outils numériques est un droit qui répond à la réalité de nombreux travailleurs aujourd’hui, asservis au smartphone que leurs employeurs leur ont confié, même en période de repos ou de congé.
Néanmoins, de nombreux aspects abordés par cette nouvelle loi ne font que s’ancrer plus profondément dans la réalité des temps anciens, dans la réalité de la subordination du salarié à l’employeur. Il s’agit seulement de moduler le code du travail vers une plus grande flexibilité au profit de l’entreprise. La peur du risque ne doit pas empêcher la société d’avancer. L’épée de Damoclès ne se situe pas seulement au-dessus de la tête des salariés, mais aussi sur celle de chaque actif, de notre économie, et de notre société ; il est urgent de modifier nos schémas de pensée.
A ceux qui nous pensent idéalistes nous rétorquons que nous tenons compte de la société du futur. Une société se construit en s’affranchissant des vieilles idéologies qui ne sont plus adaptées au temps présent.
Finissons-en avec les interventions des syndicats représentants de petites minorités, finissons-en avec la dichotomie « bourgeois-prolétariat », libérez le travailleur !
]]>Pourquoi avoir souhaité créer une section de l’UEC, ici et maintenant, alors qu’il existe une antenne du Front de gauche à Sciences Po dans laquelle vous pourriez vous sentir représentés ?
En effet, jusqu’à présent je pense qu’il n’y avait tout simplement pas assez de communistes à Sciences Po pour récolter les 120 voix de la procédure de reconnaissance. Pour revenir un petit peu en arrière, les effectifs de l’UEC comme ceux du mouvement communiste dans son ensemble se sont effondrés dans les années 1990. Ce n’est que depuis les années 2000 que le mouvement se rebâtit. Chaque année de nouveaux secteurs s’ouvrent et cette année c’est Sciences Po. Cela me semble d’autant plus important qu’il y a en ce moment beaucoup de crispations que ce soit au niveau des frais de scolarité ou des problèmes de gestion comme le montre la condamnation de Monsieur Casanova. De façon plus générale je pense qu’il y a pas mal de gens à Sciences Po qui ne sont pas issus de la bourgeoisie et qui ont envie de se reconnaître dans des mouvements progressistes. Contrairement à la section du Front de gauche qui est une organisation politique ayant vocation à inviter Jean-Luc Mélenchon ou d’autres, nous cherchons vraiment à militer pour les étudiants sur les questions estudiantines propres à Sciences Po. Et d’autre part bien sur, à faire vivre la pensée marxiste à Sciences Po, à casser, avec nos outils, le carcan idéologique qui règne ici, en invitant des chercheurs, des syndicalistes, des gens que l’on ne voit pas beaucoup dans cette école comme les kurdes.
Vous partagez quelques combats avec l’UNEF…
Nous avons bien sur de forts liens avec l’UNEF. Beaucoup de militants communistes ont des doubles cartes avec l’UNEF et Sud, voire même avec L’UEC et le Front de gauche. Notre rôle n’est pour autant pas le même. L’UNEF est un syndicat qui a vocation à siéger aux conseils, alors que nous sommes plutôt une force de proposition. Notre objectif est de peser dans le mouvement étudiant, d’agir à la manière d’un lobby.
Récemment diverses associations se sont mobilisées pour protester contre la hausse des frais de scolarité, vous y avez participé : quelles sont vos revendications sur ce sujet ?
Cette mobilisation est portée par l’Unef, en réaction au projet de Sciences Po. En revanche de notre côté nous avons travaillé depuis l’été dernier sur ce sujet en lien avec tous les autres IEP puisque l’UEC est maintenant présente dans tous les IEP de France. Donc nous avons mis en place une coordination nationale pour réfléchir aux solutions à proposer pour une autre réforme des frais de scolarité à Sciences Po. Nous avons abouti à des propositions simples. Tout d’abord supprimer la Fondation Nationale de Sciences Politiques qui gère le financement de l’école : c’est une fondation privée et nous considérons que l’enseignement supérieur est un bien public dans lequel les intérêts privés ne peuvent interférer. D’autant plus qu’au sein de cette fondation on retrouve de nombreux membres du patronat et du Medef, qui selon nous n’ont pas vocation à représenter les étudiants et les professionnels de l’enseignement supérieur. Enfin l’objectif est bien sûr de tendre vers la gratuité de la formation pour les étudiants, comme dans toutes les facs.
Avez-vous milité pour la campagne des élections régionales ?
En effet nous avons pris part à la campagne pour les régionales en militant pour Pierre Laurent, candidat PCF-Front de gauche, avec le Front de gauche.
Dans le milieu étudiant j’ai l’impression que le discours Front National et le discours très à droite de Valérie Pécresse en Ile-de-France rencontrent peu de succès. Je pense qu’il n’y a pas non plus beaucoup de crédibilité au PS. Les gens ont vraiment envie de quelque chose qui change. C’est pour cette raison qu’ils peuvent adhérer au programme de Pierre Laurent, qui comprend beaucoup de propositions ambitieuses: la gratuité des transports en commun, la construction de 50 000 logements étudiants, mais aussi de nombreux projets culturels orientés vers la jeunesse.
Comment voyez-vous l’entrée du FN à Sciences Po ?
Nous avons évidemment regretté leur arrivée, mais plus encore le battage médiatique qui a eu lieu autour. Cela m’a paru démesuré ! De simples étudiants de Sciences Po invités au Grand Journal, c’est assez dingue ! Nous avons de notre côté quelques articles sur notre reconnaissance, mais c’est en grande partie parce que le FN était reconnu. Je trouve ça assez intriguant. Ca nous interroge sur la manière dont fonctionnent les médias aujourd’hui. On voit arriver des journalistes qui cherchent à montrer une forte mobilisation étudiante derrière le FN à Sciences Po et dans la réalité ce ne sont que quatre opportunistes issus de formation politiques diverses qui sont allés là où ils pouvaient faire carrière. Lorsque le FN Sciences Po a organisé sa première réunion après avoir été reconnu, des camarades de l’UEC et de l’UNEF sont allés voir, et en tout il n’y avait que 7 personnes, si vous comptez leur bureau, vous n’arrivez pas loin du compte ! Sans vouloir faire de comparaison, quand l’UEC a fait une conférence, la salle était pleine.
La prolongation de l’état d’urgence : pour, ou contre ?
C’est une question qui a beaucoup divisé le PCF et le FDG. Un gouvernement qui sous prétexte de pragmatisme a demandé à ce que la politique nationale s’arrête, tout en avançant dans le même temps des réformes extrêmement importantes comme une révision de la Constitution. Il est très dur de savoir comment réagir à ça. Tout cela alors que les médias tournaient en boucle et que les gens n’étaient pas aptes émotionnellemment à réfléchir. La grosse difficulté a été de trouver comment mettre un peu de réflexion au milieu de tant d’émotion.
Juste après les attentats le gouvernement a eu raison de prendre des mesures d’exception car le danger était réel. En ce qui concerne la prolongation de l’état d’urgence, qui a été votée par les députés communistes, je pense que c’est une dramatique erreur ! Cela renforce énormément l’exécutif alors même que devant l’islamisme radical et l’extrême droite qui montent, il nous faut réconcilier les Français avec la démocratie. Les assignations à résidence de militants écologistes, les interdictions de manifestations et les gardes à vue sans fondements ne me paraissent pas être le bon moyen de le faire. La solution, et je pense parler au nom de tout les communistes de Sciences Po en disant cela, c’est plus d’intégration : sans faire de misérabilisme il faut reconnaître que l’essentiel des terroristes qui ont frappé notre pays sont des gens qui viennent des quartiers populaires, des quartiers qui sont mis au ban de la société, frappés par le chômage et la misère, particulièrement la jeunesse. Cette jeunesse désabusée et sans repères fait le lit d’entrepreneurs identitaires qui se nourrissent des humiliations des uns et des autres. Plus d’intégration passe par des politiques éducatives, par la culture, tout simplement par de l’argent qui doit être investi dans ces zones, pour sortir de ce système qui met en compétition les aires urbaines : ghetto de riches versus ghetto de pauvre, pour toujours plus de malaise social.
Avez-vous personnellement pris part aux manifestations de la COP21 ?
Oui, nous avons participé à la chaîne humaine pour protester contre les mesures prises contre les militants écologistes durant l”état d’urgence. Certains de nos camarades ont d’ailleurs été placés en garde à vue. Une telle instrumentalisation de l’état d’urgence par le gouvernement, dans une analyse communiste, c’est le signe d’un capitalisme qui ne sait plus où il va et qui détruit jusqu’à la Terre sur laquelle on vit. Ce que l’on croit c’est que l’écologie ce n’est pas simplement demander aux particuliers de faire de petits efforts mais aussi contrôler les entreprises pour qu’elles prennent en compte la contrainte écologique.
Revenons à Sciences Po. Le président de la FNSP, Jean-Claude Casanova, a récemment été condamné par la Cour de discipline budgétaire et financière. Qu’est-ce que c’est décision dit de Sciences Po ?
C’est une décision très juste, très symptomatique de la gestion de Sciences Po qui a déjà été éclaboussé par des scandales de ce genre par le passé. Cette gestion, épinglée par la Cour des Comptes, est rendue possible par le régime d’exception, opaque, qui entoure Sciences Po contrairement aux autres universités. Cette affaire renforce d’autant plus la nécessité de la réformer: l’existence de dérives financières, alors même que les étudiants sont saignés pour financer leurs études, cela me semble simplement révoltant. Il faut que l’administration cesse d’infantiliser les étudiants qu’elle s’entête à appeler élèves, et les associe vraiment à la gestion de Sciences Po.
Quel bilan pour l’UEC à la fin du premier semestre ?
Je dresserai un bilan mitigé de ce premier semestre. Nous avons été très heureux d’être reconnus, ce n’était pas gagné d’avance! D’autant plus heureux que, même si je n’en fais pas une gloire, nous avons été reconnus avant d’autres associations politiques implantées ici depuis bien longtemps. Il y a donc eu un départ très prometteur, surtout que de nombreux étudiants nous ont rapidement rejoint, pour apprendre à nous connaître et apprendre à connaître les théories communistes, qui ne sont pas des choses que l’on apprend beaucoup à Sciences Po. Le point négatif est que nous n’avons pas pu organiser beaucoup de conférences à cause de blocages de l’administration, mais également du fait des attentats. Heureusement, le second semestre se présente bien, des militants motivés sont déjà en train de prévoir les conférences que nous organiserons : notre évènement majeur sera la semaine de la pensée marxiste, un cycle de conférence sur le thème du progrès qui se déroulera à la fin du mois de mars.
]]>La COP21 est présentée par la classe politique comme un enjeu fondamental, est-ce que la couverture médiatique est à la hauteur?
Claire : La couverture médiatique est présente, mais trop faible. Plus de 50% des Français ne savent même pas ce que signifie COP21. Les partis politiques commencent à se mobiliser sur cette question, un travail en amont a été fait, dans tous les partis politiques. Notamment chez les Républicains de nombreux projets sont mis en place pour sensibiliser à ces questions.
Aurélien : On voit aujourd’hui une couverture médiatique clairement insuffisante par rapport à l’enjeu. C’est l’avenir de l’humanité qui se joue là, la plupart des scientifiques estiment que 2025 est la date irréversible, donc il faut agir très vite. Mais c’est aussi toute la mobilisation citoyenne autour de cet évènement qui est insuffisamment médiatisée. Il y a peine deux semaines, place de la République, le village mondial des alternatives, organisé par Alternativa, réunissait 50 000 personnes, ce qui est énorme pour un évènement ayant pour thème le climat. Et pourtant il n’y a eu quasiment aucune couverture médiatique sur cet évènement. Des gens agissent, des politiques agissent, des institutions même, et pourtant les médias en parlent toujours comme d’un sujet secondaire.
Concernant les politiques, s’ils se saisissent du sujet, c’est bien souvent un discours de façade. Chez les Républicains par exemple, je me suis demandé ce que faisaient les Républicains pour la COP21 et je n’ai tout simplement trouvé aucun article dessus! Quant au gouvernement actuel qui cherche à faire de la COP21 son grand enjeu, les engagements ne suivent pas derrière. Il conditionne la fermeture de la centrale nucléaire de Fessenheim à l’ouverture de l’EPR de Flamanville, il est revenu sur l’écotaxe… Il y a un clair manque d’ambition en matière écologique, au niveau européen aussi, avec le TAFTA qui revient sur de nombreuses normes environnementales qui ont été décidées démocratiquement ! Par ailleurs, le fait que les sponsors de le COP21, qui la financent à plus de 20%, soient les plus gros pollueurs français, dont EDF et GDF, n’est pas du meilleur augure. Il y a une hypocrisie généralisée sur ce sujet. Et si les médias mettaient plus l’accent sur la mobilisation citoyenne, il est probable que les politiques auraient moins peur de s’engager sur ce sujet.
C. : Je suis d’accord sur ce point, les mobilisations autour de la COP21 ne sont pas assez mises en avant par les médias. Aujourd’hui la numéro deux des Républicains, Nathalie Kosciusko-Morizet, est extrêmement impliquée dans les questions climatiques: son métier d’origine est d’ailleurs de participer à ces conférences climatiques (N.D.L.R : elle fut notamment conseillère technique en Écologie et Développement durable auprès du Premier ministre Jean-Pierre Raffarin). Elle porte dans les médias le sujet de la COP21, et ceux-ci cherchent toujours à l’en écarter en abordant les primaires…
Sur la COP21 tous les partis se mobilisent, la société civile aussi, et pourtant les médias ne relaient rien. Je pense que pour eux ce n’est tout simplement pas une priorité : la COP21 n’est pas le sujet primordial pour les Français, donc ils ne le traitent pas beaucoup. Mais cette couverture médiatique va arriver à mesure que l’échéance se rapproche. La mobilisation se renforce : la Fondapol, avec qui les Républicains Sciences Po ont un partenariat va publier deux notes à ce sujet. Les Républicains ont mis en place une série de concertations publiques au niveau national qui concernent l’environnement… Donc, il y a un défaut de couverture médiatique certes, mais de manière générale je pense qu’il y a un défaut d’intérêt de la part des Français pour l’instant.
Vous dites que la mobilisation va monter, que le sujet va venir, mais nous sommes aujourd’hui très proches du début de la conférence et pourtant le sujet ne semble toujours pas occuper l’espace médiatique, ne va-t-il pas y avoir un problème?
C. : Bien sur, aujourd’hui si vous parlez d’actualité avec quelqu’un, il va y avoir beaucoup de sujets qui vont le préoccuper, et pas forcement la COP21. Les gens aujourd’hui en France sont plus attristés par la montée du terrorisme et par le chômage que par les enjeux de la COP21. Ils pensent que ça les touche moins, alors que ça les touche vraiment! Il y a un manque d’information à ce sujet je pense. De manière générale des accords climatiques sont pris au niveau international depuis maintenant deux décennies et je pense que les populations ne sont pas assez incluses dans ces négociations. Beaucoup de gens laissent les Etats réfléchir pour eux sur ces sujets là.
A. : Il y a tout de même eu 200 000 personnes qui ont participé au tour de France d’Alternativa! Donc il y a au moins 200 000 personnes en France qui se sentent concernées par le sujet et ont envie d’agir pour lui. Alors bien sûr ce chiffre peu paraître faible. Les gens se sentent plus concernés par le chômage et la crise migratoire que par le climat. Mais ils ignorent que ces sujets sont liés! Actuellement 20 millions de personnes dans le monde migrent à cause des dérèglements climatiques : assèchement des terres ou montée des eaux. Concernant le chômage un rapport de 2014 montre que baisser les émissions de C02 de 84% créerait 1 million d’emplois en Grande-Bretagne et en France: dans les BTP par la rénovation des batiments, dans l’agriculture, dans les transports, dans l’énergie…
Donc la question climatique est une question dont tout le monde, à tous les niveaux, peut se saisir, car elle touche les préoccupations directes de tous les Français. Avec un peu de bonne volonté une vrai mobilisation peut-être faite pour montrer aux politiques qu’ils ne sont pas seuls et qu’ils sont soutenus par les citoyens.
L’accord contraignant, vous y croyez ?
C. : Sur 196 États, 146 ont déjà rendu un rapport sur les objectifs d’émissions d’ici 2025. Mais un accord contraignant me parait compliqué à obtenir dans la mesure où les économies nationales sont à des niveaux de développement très différents, il parait difficile de contraindre les pays émergents. De grosses négociations sont en perspectives : le Brésil et la Chine ne souhaitent pas ralentir leur croissance au nom d’un réchauffement climatique causé en grande partie par les pays du Nord lors de leur propre développement. Un fond de 100 milliards mis en place en 2020 pourrait justement être la clé pour pallier à ces problèmes, encore faudrait-il que certains Etats soient d’accord pour le financer. Pourtant la prise de conscience a eu lieu, elle doit aboutir à un accord.
A. : Au point où on en est, les engagements pris par les Etats ne limiteraient la hausse des températures qu’à 3 ou 4 degrés d’ici 2100, donc l’objectif ne serait pas atteint. D’où la nécessité d’une action citoyenne, pour pousser les négociations, empêtrées dans le lobbying. Pour l’instant pays du Nord et du Sud se renvoient la balle sur la question de la responsabilité du réchauffement climatique, cela n’est pas encourageant. Le problème ne se résoudra pas sans prendre en compte la justice climatique : les pays les plus riches doivent montrer la voie à ceux qui ont le moins de capacité d’action. Et laisser une plus grande place aux BRICS dans les négociations.
C. : Je suis tout de même un peu plus optimiste. Il y a de bons indicateurs, notamment la Chine qui a annoncé vouloir réduire de moins 60 à moins 70% par unité de PIB ses émissions des gaz à effet de serre en 2030 par rapport à 2005.
Concernant les BRICS, je pense quant à moi qu’ils sont déjà énormément présents dans les négociations. Mais il est vrai que les pays les moins développés, les pays africains notamment, ne sont pas assez inclus dans les négociations, toutefois ce ne sont pas eux qui polluent le plus. Ce sont eux qui sont les plus touchés, ce n’est donc pas à eux que l’on doit demander des efforts en matière de politique climatique mais plutôt ceux qui doivent bénéficier des aides pour les protéger des effets pervers du réchauffement climatique.
A. : Il est justement important qu’ils soient dans les négociations, les victimes du réchauffement climatique sont les plus susceptibles d’être investies dans la défense de l’environnement. De manière plus générale, oui, de nombreux pays ont pris des engagements, mais ils sont insuffisants ! Il faut pousser les pays à faire le plus d’efforts possibles, à mettre en place le plus de mesures concrètes.
C. : En effet des mesures concrètes peuvent être prises au niveau national. Ce qu’avait fait le gouvernement précédent avec l’écotaxe de NKM, la Charte de l’environnement, alors que le gouvernement actuel ne fait rien. Avec l’entrée des ecologistes au gouvernement en 2012, on pouvait s’attendre à ce que ce chemin soit poursuivi, et cela n’a pas été le cas. L’écotaxe a été retirée, et rien n’est venu la remplacer.
A. : C’est normal nous n’y sommes plus ! Quant au gouvernement précédent, N.Sarkozy ne disait-il pas que « l’environnement ça commence à bien faire » ? Le gouvernement écologiste a tout de même mis en place l’encadrement des loyers qui est un immense pas en faveur de la justice climatique. L’écotaxe a été rejeté par le gouvernement Valls alors qu’il n’y avait plus d’écologistes au gouvernement. Le gouvernement actuel est maintenant en train de revenir sur l’interdiction des forages de gaz de schiste et de favoriser le transport en cars… Donc quel que soit le gouvernement, les mesures prises ne sont pas les bonnes ou pas suffisantes. De manière plus générale il faut remettre totalement en cause le paradigme économique actuel. Penser un nouveau modèle de consommation et de production pour re-localiser et diminuer le transport.
La limitation à deux degrés est un objectif affiché, mais concrètement par quoi cela passe ? Quels changements pour en arriver là ?
A. : Cet objectif ne pourra être atteint sans un changement total de paradigme économique comme je l’ai déjà dit : il faut sortir du système capitaliste pour former un système bien plus respectueux de l’environnement, des hommes et des territoires. Il faut arriver à une autre gouvernance mondiale. C’est pour cela que l’écologie ce n’est pas simplement planter des arbres. C’est toute une réflexion sur l’agriculture, l’énergie, sur nos façons de consommer et de produire et nos façons d’échanger. Ce n’est qu’en prenant en compte tout ces critères que nous résoudrons la crise actuelle.
C. : Tout cela me semble très idéaliste. On a déjà du mal à obtenir un accord international pour limiter le réchauffement à deux degrés, chaque pays a son propre système politique… Si on rajoute des considérations sociales, aussi louables soient elles, on n’arrivera à rien. L’accord qui résulte de la COP21 doit être contraignant, mais par la suite chaque Etat doit avoir la liberté de mettre en place la politique qu’il veut pour tenir ces objectifs en matière de limitation des émissions. Chaque Etat doit garder sa souveraineté tout en accomplissant sa responsabilité. Il y doit y avoir des sanctions contre un Etat qui ne respecterait pas ses engagements.
A. : Cela reviendrait à maintenir le statut quo et à risquer une disparition de l’humanité d’ici 2100 ! Je le répète, ces engagements ne pourront être tenus sans une refonte totale du système.
C. : Tu auras du mal à changer tout le système libéral…
A. : La question n’est pas de savoir si on peut, mais de savoir si l’on doit. C’est une question primordiale, qui menace notre avenir à nous et la survie de nos enfants ! On ne peut pas se contenter de ‘mesurettes’, qui n’engagent pas les Etats, et c’est actuellement ce à quoi se destine la COP21. Notre survie n’est pas compatible avec la recherche de la croissance à tout prix.
]]>C’est seulement 6 mois après sa dernière conférence à Sciences Po qu’Henri Guaino s’apprête à remettre le couvert pour un Grand Oral dans l’amphithéâtre Boutmy. Visiblement, le diplômé de la promo 1978 de Sciences Po Paris aime revenir sur les bancs du 27 rue Saint Guillaume.
Invité en avril dernier par Critique de la Raison Européenne (CRE) en partenariat avec l’UMP Sciences Po sur le thème « Quel avenir européen pour la France ? », le député des Yvelines avait alors rempli l’amphithéâtre Caquot … moins d’une semaine seulement après sa présence dans l’amphi Boutmy en tant que juré du Prix Philippe Séguin 2015 !

Jeudi, il arrivera donc en terrain connu. Au moment d’entamer la séquence de l’interview politique de Benjamin Duhamel, ce sera d’ailleurs la troisième fois qu’il se confrontera aux questions de Sciences Po TV puisqu’en 2011, Henri Guaino avait déjà répondu aux questions de la télévision étudiante depuis les bureaux du Palais de l’Elysée, et en 2013 dans l’interview Yahoo-Sciences Po TV.
Entre le peut-être-futur-président-de-la-République et Henri Guaino, le moins que l’on puisse dire est que les relations n’ont jamais été très cordiales. D’ailleurs, dès l’ouverture de la conférence de CRE pour sa dernière venue à Sciences Po, le député des Yvelines n’avait pas manqué d’égratigner avec une ironie cinglante le maire de Bordeaux : « je suis presque gêné d’arriver devant tant de personnalités tellement éminentes [NDLR : référence à la venue d’Alain Juppé à Sciences Po en mars dernier]… Elles incarnent toutes … disons quelque chose, qui résume assez bien d’ailleurs l’histoire de notre pays de ces 30 et 40 dernières années et des nos élites dirigeantes qui ont façonné cette société merveilleuse, cette Europe extraordinaire et ce monde fantastique dans lequel nous vivons aujourd’hui. »
Depuis un peu plus d’un an, les passes d’armes entre les deux hommes sont légion. Au printemps 2014, Alain Juppé avait invité Henri Guaino à quitter l’UMP après qu’il eut annoncé qu’il ne comptait pas voter pour le pro-européen Alain Lamassoure, tête de liste UMP aux européennes en Ile-de-France. « Ce sont des mots qui sont empreints d’arrogance, d’un mépris qui sont peut-être franchement déplacés », avait rétorqué Henri Guaino avant de s’en prendre vigoureusement à Alain Juppé trois mois plus tard sur l’antenne d’Europe 1 : « je croyais que les épreuves de la vie avaient enfin débarrassé Alain Juppé de cette épouvantable arrogance, de cet épouvantable mépris dont il accable depuis toujours tous ceux qui sont en désaccord avec lui (…) J’avoue que je commence à être un peu fatigué des leçons de monsieur Juppé. »
L’inimité entre les deux hommes ne date pas d’hier : derrière la fraîcheur des relations entre Henri Guaino et Alain Juppé transparaît en réalité les fractures du RPR des années 90, et la très forte rivalité entre le « meilleur d’entre nous » libéral pro-européen et le souverainiste Philippe Séguin, les deux frères ennemis de la chiraquie. “Je me souviens comment Juppé a dirigé le RPR quand il en était le secrétaire général dans les années 1980 et 1990. Je n’oublierai jamais la façon dont on a traité à l’époque des gens comme Philippe Séguin, Charles Pasqua, tous ceux qui de temps en temps se levaient pour dire non”, avait ainsi récemment déclaré Henri Guaino.
L’ancien conseiller spécial du président Sarkozy est un grand spécialiste des coups de colère et des coups de sang sur les plateaux télé. En 2014, lors du débat sur le mariage pour tous, il s’emporte contre Jean-Luc Romero et quitte furieux en cours d’émission le plateau de l’émission C A Vous sur France 5. L’échange entre les deux hommes avait dérapé lorsque Jean-Luc Romero, lançant à Henri Guaino « vous ne me respectez pas car vous ne souhaitez pas que je puisse me marier », avait provoqué la colère du conseiller spécial.
En 2012, le ton était montré Henri Guaino et l’ancien président du conseil général de l’Essonne Jerome Guedj sur le plateau de La Voix est Libre (https://www.youtube.com/watch?v=0cQ1-Hyfns0), sur France 3, et le premier, irrité d’être coupé en permanence, avait piqué une colère noire en lâchant un « Mais c’est insupportable à la fin ! (…) Et si je vous traite de sale con ça va vous plaire ? ponctué d’un très finkelkrautien “Taisez-vous”.
Mais la saillie la plus mémorable d’Henri Guaino sur un plateau télé reste son altercation avec Joseph Macé-Scaron, en 2013, au sujet du débat sur l’identité nationale. L’actuel député des Yvelines avait piqué une colère noire lorsque le rédacteur en chef de Marianne lui reprocha d’avoir mené un débat qualifié « d’indigne ».
Ce gaulliste social, ancien chargé de mission auprès de Philippe Séguin au Palais-Bourbon, avait déjà inspiré le thème de la campagne de 1995 de Jacques Chirac, la fameuse « fracture sociale ».
Après une longue traversée du désert, il devient la principale plume du candidat Nicolas Sarkozy pendant l’élection présidentielle de 2007 et c’est lui qui va faire du militant communiste Guy Môquet une des références historiques majeures de la campagne électorale. C’est au printemps 2006 qu’Henri Guaino fait lire à Nicolas Sarkozy la fameuse lettre de Guy Moquet : le futur président de la République se dit alors « profondément bouleversé », et n’hésitera pas à la citer allègrement, depuis son discours d’investiture de janvier 2007 jusqu’au lendemain du 2nd tour.
Les nombreuses références aux figures tutélaires de la gauche Jean Jaurès et Léon Blum que fera Nicolas Sarkozy au cours de la campagne de 2007 ont également été inspirées par Henri Guaino. En 2012, pour le grand discours du Trocadéro, Guaino retente le coup : « comme lors de la campagne de 2007, nous voulions désaffilier les discours », explique-t-il.
La figure jaurèsienne des républicains des deux rives, Guaino aime la prendre comme référence. « Ce n’est pas gênant pour un républicain de parler de la prière. Ce n’est pas gênant pour un républicain de parler de la foi. Jaurès disait « le mot ‘Dieu’ ne me fait pas peur ». Voilà : le mot prière ne me fait pas peur », affirme-t-il en soutien à une prise de position de Nicolas Sarkozy au sujet de la prière.
Une citation de Jaurès qu’il maîtrise bien puisque dans le discours de Dijon d’avril 2007 qu’il avait écrit pour Nicolas Sarkozy, il l’avait déjà évoquée : « La France est une synthèse des 2000 ans de chrétienté et la morale laïque. Je suis prêt à dire, pardon Monsieur Hollande, comme Jaurès : « le mot Dieu ne me fait pas peur. » Monsieur Hollande, laissez donc Jaurès tranquille, il est trop grand pour vous ! »
Et tout récemment, en août 2014, dans un entretien pour Réforme, un hebdomadaire protestant, Guaino avait chaudement salué les qualités de l’ancien leader de la SFIO : « Jaurès était selon moi un personnage d’un immense talent, d’une immense culture, qui a fait de la politique avec son talent et sa culture. Il n’a jamais fait de concessions – qu’elles soient intellectuelles ou morale – à la facilité. Il a parlé aux ouvriers de la même façon qu’aux députés, aux intellectuels ou aux lycéens. Sa conception de l’engagement politique l’a toujours porté à viser haut. »
Héritier fidèle de Philippe Séguin, eurosceptique patenté, profond admirateur du général de Gaulle, défenseur acharné du scrutin majoritaire, Henri Guaino voue une fidélité absolue aux grands principes de la Vème République. Et il aime rappeler lors de ses nombreuses interventions médiatiques à quel point François Hollande trahit selon lui le modèle de la présidence gaullienne.
En 2011, dans une réunion publique, il déclare au sujet de François Hollande : « ce n’est pas la gauche molle, c’est la gauche mollet ». Quelques semaines plus tard, il précise sa pensée en expliquant que « la conception de la politique de François Hollande, c’est l’art du compromis, de la synthèse, du marchandage. Bref, c’est l’esprit de la IVe République opposé à celui de la Ve. Cela me rappelle la vieille SFIO de Guy Mollet. Quand Mollet était président du Conseil en 1956, confronté à des problèmes économiques et à la guerre d’Algérie, il a cherché partout des compromis sans jamais trancher, et cela a conduit la IVe République au désastre. »
Dès le 16 mai 2012, dix jours après l’élection de François Hollande, il remet le couvert en estimant que « Hollande est plus proche de la IVe République que de la Vème ». Rebelote en 2014 au cours d’une interview sur RTL où il déclare que « Hollande est un homme de la IVe République. C’est un homme qui déteste la Ve République et qui veut absolument la démolir pan par pan. Un homme pour qui la modernisation de nos institutions, c’est la fin de la Ve République. »
]]>Si vous n’avez toujours pas pris votre place pour faire partie du jury d’Henri Guaino jeudi soir, n’hésitez plus !
► Internes : http://www.sciencespo.fr/evenements/picasso/ inscription/ inscription.php?id=4357
► Externes : http://www.sciencespo.fr/evenements/picasso/ inscription/ inscription.php?code=TF0h8B &id=4357
Omar Ben Abderahmen (UMP)

Etais-tu engagé avant d’entrer à Sciences Po?
J’ai été engagé à l’UMP un an avant d’entrer à Sciences Po, je militais dans mon département, dans ma ville du Puy en Velay en Haute Loire.
Quels ont été les temps forts de ton année ?
Déja l’entrée à Sciences Po : moi je viens d’un lycée en milieu rural, j’étais complètement surpris par le melting pot extraordinaire qu’il y a ici.
Au niveau politique, j’ai eu de nombreux moments forts : le grand moment politique de mon année, c’est quand j’ai été reçu, avec l’association Touche pas à ma bourse, je la mérite, dont je suis un des principaux responsables, par Nicolas Sarkozy. C’était vraiment un grand honneur d’être reçu par l’ancien président de la République, que je soutiens en plus dans la période actuelle : c’était un vrai moment fort.
Quelques mots sur les syndicales?
Un syndicat permet de souder les liens. C’est ça que j’aime en politique, que ce soit à l’UMP Sciences Po ou à l’UNI Sciences Po, c’est que l’on est vraiment une vrai famille. Quand quelqu’un a un problème il peut compter sur les autres et vice versa. La politique c’est aussi ça.
Qu’est ce que ça fait d’être de droite dans une école de gauche?
Et bien au début ça fait un peu bizarre. Surtout qu’ici c’est la vrai gauche quand même, je dis pas tous, mais beaucoup sont de la vraie gauche. Après ça te motive, ça te pousse sans cesse à chercher de nouveaux arguments, à convaincre toujours, et d’un point de vue intellectuel c’est très intéressant. Et puis au moins, on ne s’ennuie pas. Il y a tout le temps des choses à faire quand on est de droite à Sciences Po.
D’autant que Sciences Po n’est pas non plus sectaire : l’UMP Sciences Po est la première association politique de l’école, la première association reconnue, et l’UMP Sciences Po a fait vraiment un très bon travail, un travail de fond. Donc je pense qu’être à droite Sciences Po ce n’est pas la même chose en 1968 qu’en 2015.
Quels sont tes projets au sein de la section UMP pour l’année prochaine?
Développer le pôle formation à l’UMP Sciences Po, qui n’est peut être pas assez travaillé et pourquoi pas une visite de l’Assemblée nationale, d’autres associations le font, je pense que c’est une bonne chose pour faire venir les étudiants de 1A.

Quelles sont les qualités importantes selon toi pour faire de la politique?
Avoir des capacités intellectuelles, être capable de réfléchir, ne pas être sectaire, aller à la rencontre des gens. Et la deuxième chose c’est la passion, la foi d’être sur le terrain, de tracter. Le tractage c’est la base, je ne conçois pas la politique sans être un peu sur le terrain. C’est bien de faire Sciences Po, l’ENA et d’être parachuté, mais moi c’est à l’opposé de ma conception de la politique. La politique c’est d’abord les tripes, il y a la raison, les capacités, mais c’est d’abord les tripes. Si on a envie, on peut tout faire.
Quels sont les trois mots que tu choisirais pour décrire tes valeurs?
Le terrain, le mérite et l’honnêteté.
Tu comptes rejoindre le bureau l’année prochaine ?
Ce n’est pas moi qui décide. Et moi je ne fais pas de la politique forcément pour les places. Mais je pense que le système de renouvellement du bureau de l’UMP est très bien, c’est un système qui récompense les 1A selon une seule chose : le mérite. Si le bureau me juge apte à être vice-président, bien évidemment j’accepterai cela, avec plaisir, pour agir. Mais s’il ne me propose pas je ne serai pas forcement déçu, je continuerai à militer dans tous les cas. Je ne pense pas à ça matin midi et soir.
Tu ne penses pas à ça en te rasant?
(rires) Certainement pas ! Si on s’engage en politique, c’est aussi pour ne pas ressembler aux anciens !
Lucile Bourre (MJS)

Parle-moi de ton parcours, étais-tu engagée avant de rentrer à Sciences Po par exemple?
Oui j’étais engagée avant d’entrer à Sciences Po, je suis entrée au MJS en juin 2012, lorsque j’étais en seconde, donc assez tôt. (…) J’ai d’abord milité pour la campagne des législatives avant d’aller à l’université d’été. Puis j’ai coordonné mon équipe dans le 7ème et et le 15ème arrondissement, j’ai été coordinatrice d’équipe pendant trois mois et maintenant je suis au collectif fédéral à Paris.
Pourquoi avoir choisi le MJS?
Si je suis au MJS et pas au PS ou dans un autre parti , c’est que précisément pour moi, le mouvement, comme il n’a pas de visées électorales, a pour but de réfléchir et de proposer un projet de société et des idées alternatives. C’est plus ce format là qui me plaît justement, le fait de ne pas être une machine à gagner des élections que tu réactives quand tu es en campagne. Je préfère la perspective qui consiste à travailler son argumentation politique, à porter un projet sur le long terme.
Qu’est-ce que tu penses de la vie politique sciencepiste ?
Le problème de cette école, c’est qu’il faut la repolitiser. J’ai l’impression que lorsque je m’adresse à des sciences pistes, je tombe souvent sur des gens qui n’ont pas pris le temps de la réflexion politique.
Quelles sont selon toi les qualités à avoir pour militer et pour “faire de la politique”?
Je sais pas si c’est une qualité, mais je pense qu’il faut être un minimum idéaliste, surtout quand tu es jeune. Les vieux viendront toujours te dire “ce que tu veux faire c’est pas réaliste, ça n’arrivera jamais” et je pense que nous en tant que militants, en particulier en tant que jeunes, c’est une qualité pour nous de pouvoir penser en dehors du modèle des adultes, des politiques, de pouvoir leur proposer des choses alternatives auxquelles ils n’auraient pas forcement pensé par eux-mêmes.
Quels sont les trois mots que tu choisirais pour représenter ce en quoi tu crois?
Egalité, justice, avenir.
Pourquoi militer, pourquoi faire de la politique, surtout aussi tôt, et penses-tu continuer après Sciences Po?
J’ai commencé tôt parce que j’ai besoin d’exprimer mes convictions, j’ai besoin d’en parler, j’ai besoin de convaincre les gens. Quand j’ai commencé je ne pouvais pas aller voter, donc je suis dit que j’allais envoyer les autres voter à ma place.
Maintenant je continue parce que je pense que j’ai affiné mon raisonnement politique et je pense que la politique, une fois que tu y es entré, c’est très compliqué d’en sortir. Même si je ne veux pas forcément en faire ton métier, je pense que j’aurais énormément de mal à m’arrêter de militer simplement parce que c’est un peu comme tout : au début tu le fais en dehors de tes cours, en dehors de tes hobbys, quand t’as le temps. Ensuite ça devient ton hobby. Et après ça devient tes cours.
Christine Samandel (UDI)

Est-ce que tu étais déjà politiquement engagée avant d’entrer à Sciences Po ?
Le problème c’est qu’en Corse, l’UDI est inexistante, donc je me suis encartée en juin dernier seulement, même si auparavant je suivais ça avec beaucoup d’attention, j’allais aux meetings quand je venais à Paris. Mais c’était compliqué car pour moi l’engagement politique ne peut pas se baser que sur l’envoi de messages par internet, il faut vraiment avoir une expérience de militantisme. (…) Quoiqu’il en soit je savais qu’en venant à Paris l’année suivante, je m’investirai pour l’UDI.
Tu milites pour l’UDI mais aussi pour le MET, pourquoi avoir fait ce choix?
Déjà, je rappelle je rappelle que l’UNI-MET à Sciences Po était historiquement centriste puisque c’est Pierre Bornand qui a dirigé le syndicat il y a quelques années. Et puis je connaissais Léo Castellote, responsable de l’Uni Met Sciences Po, avec qui on ne se rejoint pas sur toutes nos idées politiques, loin de là, c’est pour ça qu’il est à l’UMP et moi à l’UDI. On est vraiment assez opposés sur de nombreuses questions. Mais je rejoins sa conception de la méritocratie et j’apprécie cette forme de militantisme syndical qu’on ne retrouve pas dans les partis, mais plus dans les organisations comme l’UNI-MET ou l’UNEF.
Bien entendu, je ne rejoins pas du tout le programme national de l’UNI, mais sur des questions étudiantes spécifiques à Sciences Po je pense que l’on peut additionner nos différences. La méritocratie et le programme que l’on a défendu sont des points qui me correspondent totalement.

Quel est ton rôle au sein de la section et quels sont tes projets?
Cette année j’ai géré le pôle conférence : lorsque les membres du COMEX avaient un invité, c’est moi qui m’occupait du choix des thèmes, de la logistique, des descriptifs, mais je travaillais aussi avec le pôle communication. Et puis au fur et à mesure de l’année la présidente Marine Denis m’a fait de plus en plus confiance, et m’a permis de travailler sur d’autres projets, (…) notamment un micro trottoir en novembre avec Antoine Gastinel, le trésorier de l’Udi Sciences Po. Je pense que c’est important de toucher un petit peu à tout.
Pour l’année prochaine, je suis candidate à la présidence de la section. Présider une section politique en deuxième année, c’est un challenge. Mais je ne manque pas d’expérience. Je ne serai pas présidente pour un poste, pour un titre, pour être déconnectée de la base militante. Si je suis présidente, je dirigerai la section de manière collégiale, en contact permanent avec les militants, en ayant en permanence à l’esprit la volonté de créer une dynamique de groupe et une synergie collective. Je veux que l’UDI Sciences Po devienne une vraie association de sciences-pistes mobilisés, soudés, avec un véritable esprit de groupe, avec une dynamique interne où chacun se sente libre de porter ses projets !
Quelles sont selon toi les qualités à avoir pour faire de la politique?
L’engagement à toute épreuve, le respect des autres et l’honnêteté . Ce n’est pas forcement ce que l’on observe en politique, mais l’honnêteté est fondamentale pour moi. Ensuite on voit qui est méritant, disons que pour une section par exemple, ce n’est pas ceux qui font des coups bas qui gagnent toujours. Il y a un bilan qui permet d’avoir une légitimité. Mais avant tout, pour s’engager il faut être passionné : que l’on soit en politique ou dans le milieu associatif, le plus important, c’est d’être passionné, de pouvoir aller au fond des choses. Si on a ça, on peut créer une dynamique et générer chez les autres le même élan.
Séraphin Elie (PS)

Etais-tu engagé avant d’entrer à Sciences Po?
Non je n’étais pas vraiment engagé avant d’entrer à Sciences Po : j’avais un peu milité lors des municipales pour une liste de rassemblement de la gauche PS-EELV-PCF sur laquelle mon père était présent. Mais je suis bien le premier de la famille à avoir franchi l’étape de l’adhésion à un parti lors de mon entrée à Sciences Po !
Quel est ton rôle au sein de la section Jean Zay ?
Au premier semestre, j’ai fait beaucoup de tenue de table en Péniche, puis un membre de la section a quitté le bureau pour aller militer dans une section d’arrondissement donc j’ai eu l’occasion de rentrer au bureau où je suis aujourd’hui responsable de la mobilisation.
J’ai notamment coordonné la campagne des départementales durant laquelle nous sommes allés militer dans le 93 pour soutenir une ancienne élève de Sciences Po, conseillère régionale et candidate au conseil départemental de Villetaneuse. Elle a été élue et est aujourd’hui vice-présidente du conseil départemental.
Quels sont tes projets pour l’année à venir ? Est-ce que tu souhaites ramener plus de monde aux évènements ?
Oui! Nous avons vraiment des difficultés à faire venir du monde, c’est une situation que l’on retrouve dans beaucoup de partis. L’UMP y arrive encore car ils arrivent à avoir des noms sur leurs évènements. Nous on a essayé de privilégier les débats de fond, sans forcément inviter des personnalités, afin de ne pas annihiler le débat avec les invités. Notre débat sur la formation professionnelle n’a pas forcément eu un grand succès mais il était passionnant.
C’est paradoxal d’avoir du mal à mobiliser alors que Sciences Po est une école de gauche !
Je pense que nous avons beaucoup de sympathisants et les scores de l’UNEF montrent que l’école est plutôt à gauche. Mais on a un peu de mal à déplacer les gens pour nos évènements. Sans doute parce qu’il y a beaucoup d’associations de gauche, ce qui complique les choses pour mobiliser.
Nos adhérents sont aussi très impliqués dans d’autres associations comme Terra Nova,l’Unef, Plug’n Play ou Open Diplomacy. Et puis le fait que nous soyons un parti gouvernemental jouent aussi en notre défaveur, mais cela tourne: j’imagine qu’il y a trois ans l’UMP avait davantage de mal à mobiliser qu’aujourd’hui !
Quelles sont les qualités importantes selon toi pour s’impliquer en politique ?
Pour être militant, il faut savoir travailler en équipe, remplir son rôle et savoir déléguer, on ne peut jamais tout faire. Il faut aussi être toujours sympathique et croire en ce que l’on fait. Il ne faut pas agir par pur opportunisme.
Quel candidat pour 2017 pour le PS ?
Pour le PS je pense que Martine Aubry serait une bonne candidate, elle parviendrait à rassembler le parti, c’est une figure nationale. Mais elle n’a pas su s’imposer en vue du Congrès donc cela me semble compliqué.
Pourquoi t’être engagé au PS ?
Même si j’ai des déceptions, je crois sincèrement aux valeurs du PS et à l’équilibre entre capitalisme libéral et régulation excessive. Mais je ne suis pas fermé aux autres partis : l’union de la gauche est indispensable. La journée des gauches était à ce titre tout à fait intéressante : on était pas d’accord sur tout, mais on peut se ressembler sur des convictions.
Quels sont les trois mots que tu choisirais pour décrire tes valeurs?
La politique, l’Europe, l’avenir.
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