J’espère de tout cœur que ces derniers mois tempétueux ne vous ont pas trop affectés, ainsi que vos proches. Pour l’ultime épisode du Covid-19, comme parmi tous les autres qui ont rythmé cette année sciencepiste mouvementée et riche comme attendue, la Péniche aura été près de vous, chers lecteurs, voguant sur la houle de cet océan d’actualité que nous évoquions en début d’année. Et quelle année !
Décryptage de l’amorce d’un virage écologique dans notre établissement, disparition de notre pauvre Marcel dont le destin a été révélé par nos rédacteurs, élections syndicales décortiquées avant d’être annulées de façon inédites, nos rédacteurs ont abattu un fier travail, et ont permis à l’information de vivre et de circuler au sein de Sciences Po. De nombreuses tribunes parues dans nos colonnes ont su faire vivre le débat entre étudiants, et ont permis à chacun de faire entendre sa voix. Reportages, témoignages, enquêtes, conseils, la Péniche a cette année encore assuré une production variée et riche au service de la communauté sciencepiste.
Cette année aura également été marquée d’événements qui nous laisseront un souvenir impérissable, comme les Grands Oraux de Cédric Villani et d’Agnès Buzyn, réalisés juste avant qu’ils ne plongent dans la tourmente, ou encore la conférence inoubliable du photographe Giles Duley, rencontre inspirante et émouvante. Des rencontres, cette année en fut riche, donnant lieu à des interviews d’auteurs, de chercheurs, ou même de notre cher directeur Frédéric Mion. Et puis il y eut le coronavirus, et au plus profond du confinement, de grandes bouffées d’air frais avec les lauréats de notre concours d’écriture sur le thème du voyage et de l’évasion.
La 14e année de la Péniche fut donc plus que bien remplie. 96 articles publiés, auxquels répondent 147 000 vues uniques sur le site de la Péniche, vous avez été nombreux à suivre le travail de nos rédacteurs, et nous vous remercions de votre fidélité.
Tout cela n’aurait pas été possible sans notre cher bureau, et notamment notre président Gautier, dont la présence a encore une fois été capitale. Par sa détermination, son engagement constant et sa rigueur, il a largement contribué à faire tendre la Péniche vers ce « renouveau du journalisme étudiant » qu’il annonçait dans une tribune à la rentrée en janvier. Merci également à tous les autres membres du bureau, qui ont toujours répondu présent aux moments clés de la vie de l’association. Sans eux, la festive et amoureuse séquence des Roses, riche en péripéties, aurait été bien compliquée. Merci enfin à tous nos rédacteurs, qui se sont engagés tout au long de l’année et nous ont enthousiasmé par leur talent, leur dynamisme, leur inventivité. La variété des articles qu’ils nous ont proposé, tous écrits avec un style, une voix, des convictions qui leurs sont propres, est à la hauteur de la richesse de leurs personnalités. C’est l’incroyable diversité de ses matelots, uniques, brillants et aux belles histoires à raconter, qui fait que le périple de notre Péniche continue d’année en année.
La Péniche, c’est un vaisseau lancé dans une importante mission, celle du journalisme étudiant, idéal vers lequel elle n’a de cesse de progresser. C’est un joyeux bateau où l’on s’amuse beaucoup et où l’on apprend énormément. C’est enfin une expérience dont on garde le souvenir pour toujours. Ce fut un grand honneur pour moi de naviguer à son bord, et je souhaite à chacun d’y embarquer, un jour ou l’autre.
Voilà donc la Péniche de retour au port, elle vous attendra ici jusqu’à la prochaine rentrée. Passez une très belle fin d’été, pleine de bonne humeur et de bonne santé, et bon courage à tous à travers toutes les turpitudes de cette période troublée.
A très bientôt pour le prochain départ de la Péniche, et d’ici là, bon vent !
Adam Galametz
Rédacteur en chef pour l’année 2019-2020
C’est en tout cas ce que sous-entend l’UNEF, pour l’heure toujours premier syndicat étudiant de Sciences Po, qui dans un communiqué cinglant dénonce la motion passée hier lors d’une réunion extraordinaire du Conseil de l’Institut et du Conseil de la Vie étudiante et de la Formation (CVEF) pour attribuer au directeur des pouvoirs exceptionnels, qualifiée par le syndicat “d’article 16 qui ne s’assume pas”. Le syndicat Solidaires étudiant.e.s parle quand à lui d’un “déni total de démocratie”
En vertu de ces nouveaux pouvoirs qui lui seraient conférés, Frédéric Mion pourrait ainsi modifier à son gré les modalités de validation (via la modification du règlement de scolarité), les conditions d’admission des élèves ainsi que celles de recrutement des enseignants. Cette décision resterait en vigueur tout au long de l’Etat d’urgence sanitaire décrété par le Président de la République. Voilà un motif d’inquiétude pour les syndicats, qui ont dénoncé le fait que la motion ne soit pas datée : que se passera-t-il si cet état d’urgence se maintient pendant deux ans, comme cela s’est sous la présidence précédente? Le parallèle est immédiatement fait par un militant de Solidaires “Comme un vent de 2015…. Quand les processus démocratiques ne sont que des fusibles qui sautent au nom de l’urgence et de l’efficacité”.
(NDLR : des garanties ont par la suite été obtenues par les élus étudiants pour limiter le renouvellement de ces pouvoirs au 30 juin 2020, mais la motion présentée au départ était reconductible indéfiniment).
Certains élus ont également dénoncé le caractère non urgent de certaines nouvelles attributions confiées au directeur, qui seraient trop importantes pour “laisser un chèque en blanc” à l’administration.
La justification d’une telle décision est pourtant claire : en ces temps de crises, des bouleversements importants du règlement de la scolarité sont nécessaires pour adapter l’établissement à ce mode de fonctionnement à distance inédit. Or, par les voies traditionnelles, de tels changements demandent à être entérinés par des conseils, des votes et des délibérations successives, rendus à la fois difficiles à l’heure de zoom, et potentiellement néfastes alors que le temps presse et le semestre avance. C’est dans cette rhétorique que s’inscrit NOVA, fustigeant les autres organisations syndicales d’avoir refusé de voter les modifications au règlement de la scolarité décidées hier, en oubliant toutefois dans son communiqué d’indiquer les nouvelles prérogatives accordées au directeur.
Mais les processus de décisions sont-il si longs qu’on ne puisse se permettre de les suivre? Et surtout les différentes instances de représentations étudiantes sont elles si inutiles qu’on puisse se permettre de passer outre? Alors que les élus étudiants sont plus que jamais nécessaires pour faire porter les angoisses et les préoccupations des étudiants isolés et confinés, les exclure des décisions est-il vraiment la bonne solution ? Les élus étudiants, qui dénonçaient déjà dans une tribune parue dans la Péniche le 10 mars 2020 le “simulacre de démocratie” des Conseils, qui n’étaient que des “chambre d’enregistrement” où les élus n’étaient pas écoutés et où leurs motions systématiquements mises en échecs, perdent ici le droit même à ses conseils.
(NDLR : les élus ont par la suite obtenu le maintien des réunions des conseils, à titre strictement consultatifs. Un communiqué intersyndical dénonce toujours « l’exclusion définitive des représentant.e.s »)
Bien sûr, il y a l’urgence, l’inédit, l’imprévisible, auquel il faut nécessairement s’adapter. Mais n’y a-t-il réellement qu’une seule méthode pour cela ? Les grandes crises sont l’occasion des grands ménages, et servent de révélateur aux failles. Les pleins pouvoirs à Frédéric Mion et la neutralisation des élus étudiants lorsque frappe l’urgence scellent-ils le des instances représentatives des étudiants dans la gouvernance de Sciences Po ? Pour signifier le contraire il faudrait pouvoir se mobiliser. Reste à voir si, dans ce contexte confiné, les syndicats parviennent à susciter un engouement à la hauteur.
Image : © Sipa Press
Frédéric Mion : Nous souhaitons donner à cette pelouse la chance d’exister un jour à nouveau, désolés d’observer la dégradation de ce malheureux espace devenant boueux dès qu’il y avait de la pluie ou poussiéreux en cas de sécheresse. Les jardiniers ont recommandé 5 à 6 mois de pousse et de repos pour cette belle herbe, donc elle rouvrira sans doute dans le courant du second semestre.
Il y a deux dimensions principales. La première, c’est la création d’un comité chargé de passer en revue l’intégralité de nos programmes de formation et de mesurer la place de la question de la transition écologique. Ce comité est au travail depuis la fin du mois de mars, sous la présidence de Bruno Latour, et il fera ses premières préconisations dans le courant de ce semestre. Le deuxième volet est de penser de façon plus globale notre fonctionnement en tant qu’institution à l’aune des exigences en matière de transition écologique. Une référente a été désignée dans les équipes de Sciences Po pour s’occuper de cette question à temps plein, Juliette Seban, qui est en train de bâtir un plan d’action qui va couvrir des questions très larges du quotidien, qui vont de la manière dont nous traitons les déchets à la manière dont nous éclairons nos bâtiments, consommons, nous nous déplaçons, etc. Certaines mesures entrent en vigueur dès à présent, par exemple s’agissant de la suppression des bouteilles ou gobelets en plastique dans les salles de classe.
« Certaines mesures entrent en vigueur dès à présent, par exemple s’agissant de la suppression des bouteilles ou gobelets en plastique dans les salles de classe. »
Pour aller plus loin dans la conception de notre mode de fonctionnement global, nous nous appuyons sur le chantier de l’Artillerie, dont l’ensemble des bâtiments seront pensés à l’aune des nouvelles exigences environnementales. Enfin, nous souhaitons accélérer la prise de conscience mais aussi la compréhension des enjeux. Vous avez noté qu’il y a eu non pas une mais de nombreuses conférences sur ces problématiques depuis le printemps dernier, en particulier lors de cette rentrée universitaire. Les prochaines annonces viendront donc dans le courant de l’automne, au fil de l’eau.
Ce sont des préoccupations que nous entendons. L’idée n’est pas du tout d’en balayer la pertinence ou la légitimité. Je pense simplement qu’il y a deux choses à garder à l’esprit : la première c’est qu’on peut s’émouvoir de l’activité de groupes comme Total, de leur impact environnemental, mais je pense que ça n’est pas inutile pour autant de dialoguer avec eux pour comprendre comment ils envisagent les questions liées à la transition climatique et écologique. Au-delà de la nature même des activités de Total, je ne souscris pas du tout à la vision selon laquelle nous serions « sous influence » de Total.
« Je ne souscris pas du tout à la vision selon laquelle nous serions « sous influence » de Total. »
C’est précisément pour objectiver cette question-là que le comité Latour est important, car il permet de nous assurer qu’il n’y a aucun biais quelconque qui soit rattachable à ce partenariat. La deuxième chose c’est que les ressources de Total financent des bourses, sans lesquelles des étudiants ne pourraient sans doute pas étudier à Sciences Po. Total ne choisit évidemment pas les étudiants, qui sont recrutés selon les modalités habituelles. Enfin la troisième chose c’est que nous avons mis en place un comité des dons qui précisément nous aide à envisager la notion du mécénat sous l’angle de toutes les questions éthiques.
Le comité Latour est justement là pour ça, avec un diagnostic et un verdict indépendant, qui nous permettra de nous en assurer.
Nous ne partageons pas ce constat. Nous avons un document objectif, le bilan de la vie étudiante, qui indique que le nombre d’associations est stable et même en croissance, au même titre que le nombre d’événements et d’étudiants mobilisés dans la vie associative à Sciences Po. Il n’y a pas d’éléments qui permettent d’étayer l’idée d’une diminution de l’engagement associatif. Pour ce qui est du campus de Paris au Collège universitaire, il y a un effet de nombre, il y a toujours plus d’associations pour un nombre plus faible d’étudiants, donc cela conduit nécessairement à un éparpillement.
Je pense que le Parcours civique est volontairement pensé comme un élément de la formation qui se déroule à l’extérieur de l’institution. C’est une occasion de sortir un peu de cet entre-soi que l’on a tôt fait de dénoncer quand on parle de Sciences Po. En créant une obligation de scolarité et donc cette sorte de fil rouge dans la formation des étudiants, on peut même contribuer à un effet plus général, qui est la nécessité de rationaliser leurs engagements associatifs et s’écarter de toute forme de « boulimie d’activités ».
« J’observe par ailleurs qu’il y a peut-être générationnellement une plus grande difficulté à penser l’engagement selon des termes classiques. »
Je pense que la diminution de l’affluence aux évènements est le fruit d’un phénomène plus général : on s’inscrit à un événement et on n’y va pas, il y une sorte d’inconstance, qui par ailleurs peut-être motif à inquiétude. J’observe par ailleurs qu’il y a peut-être générationnellement une plus grande difficulté à penser l’engagement selon des termes classiques. L’engagement, vous le voyez autour de vous chaque jour, étant plus lié à des causes et à des objets, qu’à des structures partisanes et militantes.
Interview réalisée par Adam Galametz et Pierre-Alexandre Bigel.
]]>La Péniche : L’an dernier, une autre réforme importante a été mise en place : la suppression de l’ENA, et bien qu’elle n’ait pas été décidée directement par Sciences Po, elle affecte quand même directement l’établissement car c’était une des principales ambitions de l’école de former à la haute administration. Par ailleurs, de plus en plus d’étudiants s’orientent vers le privé, tandis qu’une des principales missions de l’école c’était de former à la décision publique : comment est-ce que vous vivez cette transformation ? est-ce que ça redéfinit ce qu’est Sciences Po ?
Frédéric Mion : Je confirme que les annonces présidentielles sur la réforme de l’ENA et des autres écoles de la haute fonction publique n’ont pas été écrites à Sciences Po (Frédéric Mion sourit). D’ailleurs les décisions ne sont pas encore connues encore puisqu’une mission de réflexion est en cours. Sur Sciences Po et ce qu’est le rôle de Sciences Po, il y a un peu méprise dans la question, je ne reconnais pas tout à fait l’institution qui a été créé il y a 150 ans dans votre question. Sciences Po a été pensé comme une institution destinée à former des étudiantes et des étudiants à l’exercice des responsabilités dans le monde. Les sciences politiques, telles qu’on les appelle à la fin du XIXe, ce ne sont pas les sciences de la décision publique, ce sont les sciences de la décision tout court. Dès l’origine, Sciences Po s’est pensée comme le lieu où allaient se former des gens qui exerceraient des responsabilités dans la sphère publique, d’autres dans la sphère privée, et assez rapidement la formation à Sciences Po s’est structurée en sections dont les noms ont varié au fil du temps, mais la section dite Economie privée existait dès la création de notre institution. À mon époque, déjà lointaine, la majorité des étudiants de Sciences Po se dirigeaient vers les métiers du privé. Ce trait distinctif est de plus en plus affirmé dans la manière dont nous formons nos étudiants, et il est notamment très présent par exemple dans le projet de l’École du management et de l’innovation, qui souhaite penser l’entreprise comme un acteur du bien commun. Ces questions de proportion sont aussi liées au fait que la sphère publique s’est continuellement rétrécie depuis 30 ou 40 ans, que les débouchés publics sont de moins en moins nombreux. Cela entraîne des transformations sans pour autant que la visée de l’institution s’en trouve dénaturée.
Les travaux sont bien engagés, ils ont commencé au début du mois de mars avec la destruction du bâtiment qui devait disparaitre, avec le creusement des cours pour les sous-sols, soit des travaux déjà substantiels. Les choses avancent et avancent même très vite, notamment pendant le mois d’août pendant lequel les riverains étaient moins présents. Nous avons procédé symboliquement à la cérémonie de la pose de la première pierre le 8 juillet dernier, et je suis confiant dans le fait que l’on pourra découvrir la vie du nouveau campus à partir de 2021, donc encore deux ans. Tous ceux qui sont intéressés peuvent suivre l’avancement du chantier sur le blog Campus 2022 qui est tenu avec l’avancement et des photographies du chantier.
Il s’agit d’un malentendu : il n’a jamais été question de procéder à un déplacement complet de nos effectifs du collège universitaire de Paris vers Reims. Ce qui a été prévu et annoncé de longue date, c’est une décroissance des effectifs du collège universitaire sur le campus de Paris et une croissance des effectifs à Reims et dans nos autres campus, et ce mouvement est quasiment en train de s’achever car le campus de Reims a atteint sa pleine capacité.
« Il n’a jamais été question de procéder à un déplacement complet de nos effectifs du collège universitaire de Paris vers Reims »
Cette année vous avez indiqué que vous aviez observé une décroissance, c’est vrai, mais nous en sommes presque au bout et elle n’altèrera pas fondamentalement la situation actuelle du campus.
Cela implique une réflexion sur la nature du programme général aujourd’hui, sur la nature des programmes proposés sur les campus de Reims compte tenu des effectifs qu’il accueille. Ce sont des réflexions menées en ce moment même par la doyenne du Collège universitaire et ses équipes.
Frédéric Mion : L’ambition de cette réforme est assez simple : repérer plus efficacement les talents dont nous avons besoin et dont le monde aura besoin également. La procédure sera la même pour tous, et elle comportera quatre piliers, qui sont : le dossier scolaire du candidat, les notes du baccalauréat, le profil et la motivation et une épreuve orale. La note d’oral sera agrégée aux trois notes précédentes et c’est la moyenne de l’ensemble qui déterminera l’admission du candidat.
La finalité est de déterminer des modalités qui assurent une meilleure visibilité, plus d’équité entre les candidats, plus d’efficacité in fine. Nous avons pris l’engagement d’avoir 30% de boursiers dans chaque promotion entrante, dont la moitié au moins seront issus des lycées conventionnés avec Sciences Po. Nous souhaitons doubler leur nombre pour passer à 200 lycées, en touchant davantage des territoires ruraux ou ultramarins. C’est un élément qui va, nous l’espérons, concourir à l’ouverture et à l’équité de l’ensemble de la réforme.
La réponse est non. Ce qui est très vraisemblable, c’est qu’en supprimant ces épreuves écrites – que, soyons clairs, ne passent que moins de la moitié de nos candidats (pas de candidats internationaux, CEP, dispensés parmi les candidats nationaux), ce qui va se produire est plutôt un afflux de candidatures, et donc une forme de sélectivité accrue. Le deuxième point, c’est que ce qu’on supprime, c’est l’incitation supplémentaire à travailler des épreuves spécifiques. Mais on ne supprime pas, loin s’en faut, l’exigence tenant aux qualités d’expression écrite de nos candidats. Elles seront même appréciées à travers trois éléments de notre sélection : les notes du lycée, les notes du bac, le dossier écrit, qui est réputé être écrit de la plume du candidat. L’appréciation des compétences écrites reste un élément absolument central de notre dispositif de sélection, mais nous avons fait le choix de confier au système scolaire national le soin de nous renseigner sur les compétences écrites de nos candidats lorsqu’ils sont soumis à des épreuves surveillées, en temps limité, dans un cadre national. Est-ce que c’est abaisser nos exigences que de faire ça ? Très honnêtement je ne le pense pas.
« Nous avons fait le choix de confier au système scolaire national le soin de nous renseigner sur les compétences écrites de nos candidats »
L’exigence, va, d’une certaine manière, se renforcer compte tenu du nombre des candidats, mais elle se déplace, en termes de responsabilisation de nos candidats, sur leur vrai mission en tant que lycéens, qui est d’exceller au lycée et dans l’épreuve qui conclut leur vie d’élève du second degré, qui est celle du baccalauréat, et qui est en principe en France le premier diplôme universitaire.
C’est un pari qui ne me semble pas totalement déraisonnable, dans un moment où le bac est repensé, où j’observe surtout que les institutions les plus sélectives au monde ne connaissent pas les épreuves écrites spécifiques, mais en revanche apprécient les dossiers scolaires des candidats. C’est donc à mon avis le gage que le niveau de nos étudiants en première année sera supérieur ou égal à ce qu’il est aujourd’hui.
La première chose, c’est que la réforme n’a pas pour principale ambition de les rendre caduques même si, nous nous sommes interrogés sur les biais actuels de sélection en faveur de ceux qui ont davantage de ressources économiques, sociales et culturelles. Il est clair que l’existence de nos écrits était une incitation naturelle pour les familles qui en avaient les moyens à fournir à leur enfant ce petit surcroit de préparation, donc mettre un terme à ces épreuves écrites est sans doute une manière d’égaliser à nouveau le terrain.
« La réforme n’a pas pour principale ambition de les rendre caduques »
Cependant, je ne réfute absolument pas qu’ayant fait cela nous allons supprimer le modèle économique des prépas, qui se caractérisent par leur grande capacité d’invention. Nous souhaitons mieux guider l’épreuve orale, avec, peut-être, des exercices techniques permettant à chacun de se sentir un peu mieux encadré dans ce qu’il s’agit de faire. La deuxième chose, c’est que cette épreuve orale a vocation à nous permettre de rencontrer une personne, de déceler une personnalité. C’est un peu le moment de vérité. Nous ne cherchons pas à provoquer de magnifiques envolées rhétoriques, le déploiement de « trucs » qui feront la différence, ce n’est pas de donner la prime à ceux, qui ont le goût et le sens de la répartie. Nous sommes inégaux face à l’oral, et c’est pourquoi nous ne voulons pas que cette épreuve puisse présenter un caractère éliminatoire.
Cette réforme de notre processus d’admission n’est absolument pas réfléchie comme une mise aux standards de Sciences Po par rapport à d’autres universités dans le monde. Il s’agit d’un point de référence mais pas du tout un modèle qui nous inspirerait de façon inexorable, mais l’une des raisons pour lesquelles il importait de prendre en compte ces modalités de sélection, c’est le risque qu’en ayant des modalités de sélection trop sui generis, nous produisions un effet d’éviction. L’existence de la procédure internationale aujourd’hui a été dictée par cette considération-là, alors que beaucoup de systèmes de sélection ne valorisent pas les épreuves écrites.
L’objectif général d’ouverture internationale et sociale n’est pas changé par rapport à ce qu’il était il y a 20 ans, et nous avons une riche expérience en la matière. Nous aspirons à une diversité qui ne soit pas que géographique et culturelle mais qui soit aussi sociale et qui soit le reflet de la diversité de la population de notre pays, d’où notre décision concernant le pourcentage de boursiers et le renouveau du dispositif des conventions d’éducation prioritaire. La nouvelle procédure d’admission doit être capable de concilier l’ensemble de ces objectifs, c’est à dire de nous conduire à cette sorte de mixité qui permet à cette institution de se positionner, en France comme à l’étranger, comme une institution d’excellence.
Interview réalisée par Adam Galametz et Pierre-Alexandre Bigel
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