Mario Pasa fait partie de la promotion 1988. A l’époque, Sciences Po durait trois ans, trois ans qu’il passa pour sa part au sein de la filiale Économique Politique et Sociale. La filiale EPS était réservée à ceux qui se tourneraient plus tard vers le journalisme, la recherche, ou les sciences humaines, et n’avait alors pas une excellente réputation. «Un peu le truc fourre-tout» pour reprendre les mots de notre intéressé. C’est sa sœur qui l’a poussé à intégrer l’école, alors que Mario Pasa comptait entamer une carrière diplomatique. « Voyager, c’est comme un rêve d’ado. Je voulais directement être ambassadeur à Londres ou à Washington. » Mais les rêves de voyage ne tardèrent pas à se dissiper : le cursus Affaires publiques qui débouchait sur ce type de carrière ne lui correspondait à l’évidence pas. « Il fallait avoir les reins très solides. J’ai vu que je n’y arriverai pas. Je ne suis pas sorti de Sciences Po avec les mêmes ambitions que lorsque j’y suis entré.« . Après avoir reçu son diplôme, Mario Pasa poursuit finalement des études d’histoire moderne à la Sorbonne après avoir longuement hésité à prolonger des études d’histoire contemporaine. « Après Sciences Po je n’avais plus du tout envie de faire des études, j’étais tellement stressé… J’avais décidé de travailler dans l’édition, l’histoire était donc un bon complément pour moi. » Mais le jeune étudiant qu’il était n’eut pas le temps de terminer son année à la Sorbonne qu’il s’engouffrait déjà dans la vie active : ayant réalisé plusieurs stages dans tous les domaines de l’édition, Mario Pasa est embauché chez Fayard. Ses connaissances en histoire apparaissent alors comme une véritable plus-value, une compétence évidemment valorisée dans les maisons d’édition spécialisée dans ce domaine. Il entre quelques temps plus tard aux éditions Payot, « l’éditeur de Freud dans les années 1940 », en tant que directeur de collection, poste qu’il a occupé pendant vingt ans. Il a quitté la maison il y a deux ans, et travaille désormais en free-lance, toujours avec Payot, mais dans un contexte qu’il qualifie lui-même de « congé sabbatique prolongé ».
Parallèlement, Mario Pasa a un peu écrit, bien que de façon marginale. « J’ai aussi pas mal retravaillé les livres des autres, mais ca m’a un peu coupé l’inspiration, et c’est aussi pour cela que j’ai changé de cap ». Aujourd’hui, il écrit encore des préfaces et des éditions critiques. « J’ai les deux casquettes, éditeur et écrivain. Mais j’essaie surtout de récupérer la deuxième ! ».
Tout parcours professionnel est parsemé d’obstacles. Pourtant, celui de Mario Pasa semble assez paisible. « Je n’ai pas tellement rencontré d’obstacle. C’était une situation assez confortable. Fluide. Ce n’est plus la même chose aujourd’hui ». Car ce n’est pas une surprise, le domaine de l’édition est à présent beaucoup plus fermé. « Ce n’est pas que c’était facile avant. Mais il y avait plus de postes ». Le marché de l’édition est aujourd’hui un marché restreint, les chiffres d’affaire diminuent, les éditeurs font des économies. Selon Mario Pasa, les éditeurs sont « un peu pommés ». « Et puis on ne sait pas trop ce que va donner le numérique. Il existe une sorte de fantasme chez les éditeurs, celui d’une communication qui doit passer par internet, énorme nébuleuse. » Mario Pasa l’admet : « Moi comme éditeur, je me sens totalement largué, je ne sais plus quel public viser ». Selon lui, l’une des directions à prendre serait celle d’un retour à un travail artisanal sur le livre en tant qu’objet.
Les difficultés sont présentes, certes, mais n’existeraient-ils pas des moyens de les contrer pour un jeune étudiant à Sciences Po qui souhaiterait se frayer un chemin dans le monde de l’édition ? « Je suis bien embarrassé pour vous répondre. Il n’y a pas tant de circulation que ça ». Les diplômes spécialisants ne font pas la différence, et ils ne l’ont d’ailleurs jamais fait. Outre l’habituel conseil des stages, notre éditeur reste dubitatif. « Finalement, le diplôme de Sciences Po n’est pas si mal pour travailler dans l’édition. On réclame de plus en plus de culture générale et de souplesse. » Selon lui, les maisons d’édition sont en quête de littéraires dans l’âme armés d’un esprit concis et logique susceptible de leur être procuré par Sciences Po. Cet atout procuré par l’école est d’ailleurs spontanément mentionné par Mario Pasa : Sciences Po lui aurait apporté une vision pluri-disciplinaire, mais également un certain esprit de synthèse, esprit que Mario Pasa considère comme un outils indispensable à la mallette du bon éditeur, qui doit savoir tirer l’essentiel d’un ouvrage. « Je l’ai, mais je ne sais pas si c’est grâce à Sciences Po ! Autour de moi, il y a beaucoup de littéraires qui ne savent pas faire ça. » Sciences Po aurait également contribué à lui insuffler ce goût pour l’ouverture et l’audace. « L’état d’esprit de Sciences Po m’a servi : j’aime bien choisir des gens différents, des livres qui croisent plusieurs disciplines, plusieurs registres ».
En tant qu’étudiant sciences piste, Mario Pasa était un élève stressé. Et ce n’est rien de l’écrire. Les exigences étaient élevées, et les programmes conséquents sachant que le concours de sortie portait sur les deux dernières années. « J’avais le sentiment de travailler beaucoup. Les programmes étaient tellement larges… » S’il a gardé peu de contacts aujourd’hui, l’amitié a tout de même marqué ces années d’étude. « Dans ce climat de tensions, c’était important. Il y avait une bonne ambiance, vraiment. »
Des souvenirs, Mario Pasa en a des bons, mais aussi des mauvais. En tête de ces fausses notes, le Grand Oral. « C’est ce qui terrifiait le plus mes camarades. Moi j’ai eu un problème : les appariteurs ne m’ont pas appelé. Ça a déclenché un scandale avec la direction de Sciences Po. » Alors qu’il devait bénéficier d’une heure de préparation, il est passé devant le jury sans avoir pu préparer son sujet. « Ils m’ont proposé de leur repasser, mais j’ai dit non ».
Mario Pasa ne retient pas que des traumatismes de ses trois années à Sciences Po. Notre éditeur aimait déjà beaucoup les livres, qui constituaient son premier poste de dépense. Pas étonnant alors que la librairie figure parmi ses meilleurs souvenirs. « J’allais acheter des tonnes de bouquin. Je crois que le goût de l’édition m’est un peu venu dans cette librairie ». A part acheter des livres, Mario Pasa aimait aussi ne rien faire du tout. « Dans les cafés. Dans le jardin quand il faisait beau. Dans la bibliothèque aussi (sic) ». Alors qu’il fouille dans sa mémoire, Mario Pasa nous parle aussi du sport, à l’époque obligatoire. « Il fallait faire du sport. » A ce propos, ne vous êtes-vous jamais demandé pourquoi la cafétéria portait ce nom énigmatique de « gymnase » ? Eh bien parce que cette salle était auparavant effectivement un gymnase, où les étudiants s’adonnaient à leurs activités sportives. Mario Pasa hésite avant de nous faire part d’un dernier souvenir. « J’ai un autre souvenir, mais ca paraît tellement ringard : les cours d’initiation à l’informatique. » Les étudiants devaient valider des connaissances informatiques à travers de petits exercices à réaliser sur des ordinateurs et consistant en des déplacements de souris ou autre extinction d’appareil « C‘est un bon souvenir parce que c’est drôle. Ça donne l’impression d’être un dinosaure. » Plusieurs fois par semaine, pendant un mois, les élèves se livraient à cette occupation pour le moins passionnante. Si les compétences n’étaient pas validées, il fallait assister à une conférence de une heure et demi toute l’année. « Je ne sais pas ce qu’on pouvait se raconter, parce qu’il n’y avait aucun ordinateur. Je ne saurais même pas vous dire ce qu’on y faisait. »
Mario Pasa ne le cache pas, lorsqu’il se remémore Sciences Po, ce n’est pas toujours avec plaisir. Il en retient un sentiment de pression et de frustration qui demeure aujourd’hui encore. « Je ne travaillais pas autant que je l’aurais voulu parce que j’étais perfectionniste et qu’on ne peut pas être perfectionniste dans une école comme Sciences Po. Le domaine est tellement large qu’on ne peut pas exceller en tout. » Mario Pasa l’admet, Sciences Po fut bien différent de ce qu’il s’était imaginé. « Au bout du compte, qu’est ce qu’on en garde ? Je pense que j’étais un étudiant qui n’est pas sorti avec l’ambition avec laquelle il était rentré. Mais finalement, Sciences Po n’était pas un si mauvais choix. » Aujourd’hui, il fait ce qu’il aime, vit entouré de livres, et peut se permettre de quitter son job pour se consacrer à ce qui lui plaît vraiment, écrire. Après cet échange de presque une heure, Mario Pasa me confesse d’un air amusé : « Sciences Po semble avoir beaucoup changé. J’aurais dû avoir 25 ans de moins ! ».
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Nous nous étions donné rendez-vous dans un café sur le Boulevard Saint-Germain. Bien que ni l’un n’y l’autre ne portions de signes distinctifs, nous nous sommes reconnus immédiatement. Lui avec son regard serein et malicieux, moi étudiante crispée dans le froid.
La première phrase qu’il prononce pour ouvrir l’interview donne le ton : « Le problème pour moi maintenant c’est que tout cela est très vieux ». Que cela soit vieux, un problème ? Au contraire, cela nous donne une bonne excuse pour plonger dans l’univers du Sciences Po des années 1960. Didier Decaudaveine est de la promotion 1969. Il a suivi la filière Politique et Sociale, avec pour objectif d’intégrer l’ENA. Son aversion pour le droit administratif ne le prédestinait pas au concours de l’une des écoles les plus prestigieuses de France, qu’il tenta pourtant en 1969. Il échoua sans grande surprise, l’économie n’étant pas son point fort et le droit définitivement pas sa tasse de thé. « J’étais sûr de me planter à la troisième épreuve qui était du droit administratif. J’ai toujours détesté le droit administratif. Je ne regrette pas d’avoir été nul dans cette matière ». Un obstacle prévu donc, qui marqua ce qu’il appelle lui-même « sa chute ». « Je l’ai passé pour faire plaisir à ma mère, mais je savais que ça allait bloquer ».
A la sortie de Sciences Po, Didier Decaudaveine enchaîne avec son service militaire. Soutenu par Sciences Po qui offrait alors cette possibilité, il entre au sein du corps des interprètes de la marine pour dix-huit mois. « On naviguait un peu. On portait essentiellement des plis au commandant, mais on ne vous apprenait pas à tenir la barre, il ne faut pas exagérer ». Cependant, il en garde un très bon souvenir, fréquentant « des gens d’une certaine qualité »: « Je sais que c’est très impopulaire de dire ça, mais c’était un milieu ultra-favorisé. »
Dix-huit mois plus tard, il se lance dans l’assurance maritime, chargé de traduire les premières directives européennes dans le domaine. « Je pensais que c’était relativement maritime mais c’était plutôt de l’assurance. » L’ennui ne tarda pas à se faire sentir. « Je ne me voyais pas travailler toute ma vie dans l’assurance. Ce n’était pas une vocation »
S’il était déjà cinéphile, Didier Decaudaveine n’aurait jamais pensé travailler dans l’audiovisuel. Pourtant, lorsqu’un ami du Conseil d’État l’appela pour lui proposer de devenir son adjoint au Centre National du cinéma en tant que chef de service des relations internationales, il accepta immédiatement. Appuyé par UniFrance Film, sa mission consistait à mener la politique de co-production étrangère et le soutien à l’exportation. Il resta vingt ans à ce poste. « Je n’ai pas tellement vu d’évolution, si ce n’est dans la mesure où, à la fin de ma carrière, nous nous sommes intéressés à l’Europe de l’Est. Je ne suis pas toujours sûr qu’ils m’aient compris d’ailleurs… ». Alors que les frontières s’ouvraient à la culture étrangère, Roumanie, Bulgarie, comme Lituanie représentaient des marchés potentiels importants. « Ce qu’ils faisaient était invendable. Mais ils avaient des équipements techniques et nous avions les moyens de distribuer ».
Didier Decaudaveine a beaucoup voyagé, du Japon à l’Amérique latine. « Nous sommes allés au Vénézuela, mais ça n’a pas duré longtemps. Monsieur Chavez a débarqué et ils ont eu d’autres chats à fouetter ». Si le Brésil fut un succès, le Mexique le fut un peu moins : « Ils nous ont pas mal baladé. Les Mexicains n’aiment pas beaucoup les Français… Les trucs qui auraient dû marcher ne marchaient pas. » Didier Decaudaveine garde l’image d’une « belle époque » où l’industrie cinématographique française était encore la deuxième au monde. « On avait des choses à dire, on avait des choses à faire, et on s’est pas mal débrouillé. »
Sa carrière ne s’arrête pas là. Après ces vingt ans passés au Centre national du Cinéma, Didier Decaudaveine devient diplomate, attaché audiovisuel de la région Australie-Pacifique. Il vécut alors quatre ans en Australie. « Ce n’était pas forcément une excellente idée, dans la mesure où l’Australie était à l’époque gouvernée par la droite dure qui n’avait aucun intérêt en matière de culture ». La tâche fut donc rude, et il préféra rapidement passer son temps avec les intellectuels travaillistes de l’opposition. Cette expérience lui permit de devenir parfaitement bilingue. Car bilingue, il l’était déjà. Et ce sans l’aide de Sciences Po : à l’époque, l’école n’enseignait pas l’anglais. « La plupart des élèves venaient de milieux favorisés où leur famille leur avait déjà appris l’anglais. On était tous un peu des enfants d’archevêques ».
Depuis, Didier Decaudaveine fait un peu de gestion dans une société de communication. « Je pourrais refaire ma carrière, comme Hessel. Mais lui a eu plus de « chance » : il a vécu une guerre, il a plein de choses à raconter. »
Cet échange avec Didier Decaudaveine donne un aperçu de l’école d’il y a bientôt un demi siècle. Car Sciences Po a bien changé depuis les années 1960. « J’ai vécu le Sciences Po où on était trois cents. Trois cents à la fin de l’appel, et j’en sais quelque chose, j’étais plutôt dans les derniers ». L‘ouverture sociale était presque nulle, et les élèves issus des classes moyennes étaient aux abonnés absents. «Je n’avais quasiment aucun camarade du peuple. Aucun effort n’était fait dans ce sens là ».
Il existe néanmoins des éléments indissociables de Sciences Po, années 60 ou pas, à commencer par le Basile, la Péniche ou encore la bibliothèque. Didier Decaudaveine la mentionne d’ailleurs parmi ses meilleurs souvenirs. Tout ce qui intéressait les étudiants était accessible. « A mon époque, elle n’a jamais été censurée. On y trouvait Mein Kampf sans problèmes … en tout cas Céline. C’était infiniment mieux que n’importe quelle bibliothèque universitaire. »
Et Sciences Po en mai 68 alors ? « Je me souviens surtout des élèves qui chantaient l’Internationale en péniche ». Les cours s’étaient arrêtés, un vent de changement soufflait sur l’école. Mais milieu social oblige, les élèves de Sciences Po n’étaient pas les plus investis. « Le Basile n’était pas fermé évidemment, il fallait que les élèves puissent continuer à s’abreuver ! » Et lui chantait-il l’Internationale ? « Comme j’étais en vacances de façon anticipée, je suis allée en Italie en juin, et j’ai raconté mai 68 à des troupes d’Italiens fascinés qui voulaient faire la même chose ».
Quels atouts enfin procurés par Sciences Po ? Notre interlocuteur réfléchit quelques instants : « Sciences Po offrait un cursus ouvert, un large choix. On pouvait tout apprendre ». Des professeurs admirables l’ont marqué, parmi lesquels l’historien Pierre Milza, ou Jérôme Jaffré, le statisticien politique. « Maintenant je comprends que quand on prend un échantillon de 500 personnes, ça ne veut pas dire grand chose. Et ça, c’est Jérôme Jaffré qui me l’a appris » ! Autre souvenir marquant de ses études, la présence de personnalités politiques, à commencer par Jacques Chirac, maître de conférence en Sciences politiques. « Je ne l’ai pas eu longtemps, il a été nommé ministre entre temps. Il nous a donc envoyé son directeur de cabinet. Nous n’avons pas trouvé ça très élégant, nous étions de jeunes gens gâtés. Penser qu’un sous-ministre se faisait remplacer par son directeur de cabinet, ça nous ne a pas plu : on a déserté la conférence Chirac ». Résultat de cette acte « boarder line », son seul souvenir marquant du personnage est celui d’un homme « très mal habillé… » : « Il portait du tergal… (ndlr: des habits en polyester). Heureusement, après Bernadette a trouvé des tailleurs ! »
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Depuis la fin de ses études secondaires, Pascal Thibaut le savait : plus tard il serait journaliste. Après une année de licence en droit à Dijon, il entre à Sciences Po avec l’idée de ne faire qu’y passer. Sa véritable ambition ? Poursuivre ses études dans une École de journalisme. Il intègre ainsi le prestigieux CFJ (Centre de formation des journalistes) en 1988 après deux années passées à étudier la « Politique économique et sociale » à Sciences Po. A cette époque, pas question de master de journalisme, les masters eux-mêmes n’existaient pas. Sciences Po durait alors trois ans, deux dans le cas où une année à l’université avait été suivie auparavant.
En 1990, son diplôme en poche, Pascal Thibaut s’installe à Berlin un an à peine après la chute du mur, alors que l’Allemagne est en pleine réunification. Pourquoi ce choix « Il y avait une part de hasard. Et peut-être quelque chose d’un peu plus prévisible ». Explications. Durant l’été 1990, Pascal Thibaut travaille pour la Croix au service étranger. Guidé par un ami, il remporte peu après le prix de journalisme Jacques Julliard, réussite qui s’accompagne d’une bourse confortable pour partir en Allemagne. Baigné dans un environnement franco-allemand pendant son enfance, Pascal Thibaut avait déjà noué des liens étroits avec l’Allemagne lors de multiples échanges et n’hésite pas longtemps. Parfaitement germanophone, avide d’assister de plus près au rapprochement Est-Ouest à l’œuvre en Allemagne, il porte son choix sur Berlin, véritable « laboratoire de la réunification ». Il s’envole donc pour la capitale allemande avec l’idée d’y passer un an. Vingt-deux ans plus tard, il y vit toujours.
Malgré tout, la métropole culturelle allemande semble ne jamais l’avoir lassé. En arrivant à Berlin en 1990, Pascal Thibaut est un journaliste indépendant, déterminé à se démarquer de la foule des pigistes parisiens qu’il vient de laisser derrière lui. A Paris, les multiples démarches engagées n’avaient abouti qu’à peu de résultats. A Berlin, Pascal Thibaut ne tarde pas à se faire sa place en tant que correspondant pour La Croix, le correspondant germanophone du journal étant situé à Bonn. Depuis la nouvelle capitale allemande, il suit et commente l’évolution de l’ex-RDA pour la presse française. De rencontres en rencontres, il se fait alors des contacts, se construit des repères, au point qu’au terme de son année de bourse, dans la capitale allemande, il décide d’y rester. Quelque temps plus tard, en 1997, il décroche un contrat chez RFI en tant que correspondant à Berlin, contrat régulièrement renouvelé. Après avoir travaillé au sein de la rédaction allemande pendant plus de sept ans, il remplace un collègue parti à la retraite en 2004, au sein de la rédaction française cette fois. Sa mission ? Suivre l’actualité allemande à la loupe et coordonner les pigistes. Si RFI lui fournit l’essentiel de son activité professionnelle, Pascal Thibaut a également écrit pour Le Monde Diplomatique, ou plus récemment pour la Croix en tant que correspondant allemand. Cependant, ces missions auprès d’autres maisons de presse demeurent rares. Parfois, il intervient pour la télévision allemande, endossant le rôle du « Français qui donne son avis sur la vie allemande » ou sur l’actualité brûlante française.
Sciences Po, eu égard aux deux années dans la prestigieuse école de journalisme du CFJ et de toutes ces années passées à l’étranger, pourrait presque apparaître comme un détail. Mais à la question de l’influence qu’a eu Science Po sur son parcours professionnel, Pascal Thibaut évoque d’emblée l’importance des connaissances acquises durant ces deux années. Sciences Po a eu un rôle. D’abord parce que la section «Politique économique et sociale », consacrée aux sciences sociales, m’a permis de recevoir une formation large et diversifiée, particulièrement utile pour travailler en tant que journaliste ». L’école, à travers l’organisation de séminaires sur l’Allemagne, a également contribué à consolider ses connaissances sur un pays qui l’intéressait. Par-dessus tout, Sciences Po, c’est l’acquisition d’une capacité à travailler vite, à s’organiser, à assimiler tout un ensemble de connaissances qu’il faut ensuite assembler, synthétiser, restituer, de façon à en tirer selon son expression la « substantifique moelle », une compétence évidemment indispensable à un journaliste.
Son meilleur souvenir au sein de l’école ? Il lui faut quelques efforts pour le faire remonter à la surface : « Ce n’est certainement pas très original, mais il y avait le jeudi soir une sorte de conférence sur l’actualité faite par Alfred Grosser (ndlr: politologue, sociologue et historien français d’origine allemande), qui donnait son grain de sel sur l’actualité ». Le souvenir de cet homme charismatique, professeur émérite, reste ancré dans la mémoire de Pascal Thibaut, déjà friand d’actualité et passionné par l’Allemagne.
Dans tous les esprits, journalisme rime avec aventures, prise de risques, rencontres et péripéties. Qu’en est-il de Pascal Thibaut ? Notre journaliste se remémore des rencontres marquantes. Au début, c’était certainement plus spectaculaire, plus … turbulent, même si ce n’est pas le mot exact ». Un exemple ? Une rencontre « quasiment conspirative » avec un responsable de l’ex-droite néo-nazie allemande qui avait coupé les ponts avec le parti, désormais pourchassé par ses anciens collègues qui « voulaient sa peau ». Ou encore un reportage pour Canal +, en caméra cachée, dans un repère néo-nazi: « Autant dire que nous n’étions pas vraiment à notre aise… Mais il ne fallait pas le montrer! ». Enfin, le souvenir d’un trajet en voiture le soir, avec un ami « pour ne pas être seul », afin de se rendre dans un centre de demandeurs d’asile, entouré par des habitants carrément xénophobes. __ Quant aux qualités essentielles pour devenir journaliste, Pascal Thibaut évoque tout d’abord la patience et l’importance d’être flexible. Mais il le reconnaît, les plus belles qualités ne suffisent pas toujours. « Il faut accepter les années de vache maigre. On pense souvent aux grands noms du journalisme aux comptes bien garnis. Mais les premières années sont des années de galère ». L’éternel refrain d’un univers journalistique saturé ne manque pas de faire son retour: « Autrefois, il y avait plus de perspectives professionnelles ». Certes. Cependant, Pascal Thibaut ne s’en tient pas là. Bondir sur les opportunités, faire preuve d’ouverture d’esprit, tels sont ses mots d’ordre. Si une occasion inédite se présente, si un intérêt particulier pour un pays se manifeste, il ne faut pas laisser passer sa chance. Aujourd’hui, l’internationalisation de Sciences Po ouvre des perspectives uniques pour partir travailler à l’étranger. Pascal Thibaut est formel, une carrière professionnelle à l’étranger apporte une plus-value non négligeable, qui intéresse fortement les rédactions et les médias audio-visuels qui s’adressent à un public par-delà les frontières__. La connaissance pratique du terrain et la maîtrise d’une langue étrangère constituent un avantage évident par rapport à la foule de pigistes « sur la place de Paris »: « Partir à l’étranger est une façon de se démarquer par rapport aux milliers d’autres ».
Et Pascal Thibaut, étudiant à Sciences Po, ça donnait quoi ? « Sans avoir le mot juste, et l’expression est encore trop flatteuse, j’étais sûrement un étudiant… un peu trop dans ses bouquins. ». Un « rat de bibliothèque » ? Un « étudiant studieux », si vous préférez.
Bon ben … On y retourne ?
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