Marion A. – La Péniche https://www.lapeniche.net Le Journal Étudiant de Sciences Po Wed, 15 Apr 2015 12:11:14 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=6.9.9 https://www.lapeniche.net/wp-content/uploads/2022/08/cropped-Bitmap-32x32.png Marion A. – La Péniche https://www.lapeniche.net 32 32 Interview : Richard Descoings, IEP SP 80, directeur de Sciences Po https://www.lapeniche.net/interview-richard-descoings-iep-sp-80-directeur-de-sciences-po/ https://www.lapeniche.net/interview-richard-descoings-iep-sp-80-directeur-de-sciences-po/#comments Sat, 06 Jan 2007 01:08:41 +0000 http://lapeniche.net/?p=79 LaPeniche.net est allée à la rencontre de l'incontournable directeur de Sciences Po, Richard Descoings. Très médiatique, l'homme n'en est pas - c'est le moins que l'on puisse dire - à sa première interview. Dans ces conditions, il semblait difficile, pour ne pas dire impossible, de recueillir à son sujet une information inédite... Et pourtant, c'est avec une franchise étonnante et une spontanéité rafraichissante que Richard Descoings nous a fait quelques confidences.

Incontestablement, l'interview événement de ce début d'année 2007.

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LaPeniche.net est allée à la rencontre de l’incontournable directeur de Sciences Po, Richard Descoings. Très médiatique, l’homme n’en est pas – c’est le moins que l’on puisse dire – à sa première interview. Dans ces conditions, il semblait difficile, pour ne pas dire impossible, de recueillir à son sujet une information inédite… Et pourtant, c’est avec une franchise étonnante et une spontanéité rafraichissante que Richard Descoings nous a fait quelques confidences.

Incontestablement, l’interview événement de ce début d’année 2007.

  • LaPeniche.net : Bonjour M. Descoings, merci de nous recevoir. Pour commencer une petite question : il y a cette semaine (NdlR : l’interview a été réalisée début décembre 2006) deux soirées organisées à Sciences Po, les étudiants ont du mal à se décider. Alors soirée BDE ou soirée AS ?

Richard Descoings : Vous savez, j’ai déjà beaucoup de mal à être écouté des étudiants pour les choix éducatifs, alors pour ce qui concerne la vie privée je ne vais pas m’en mêler. Vous comprendrez que je ne répondrai pas à la question.

  • Plus sérieusement, nous allons d’abord parler de « Richard Descoings, l’étudiant ». Pouvez-vous me rappeler votre parcours scolaire et universitaire ?

A une époque, il existait un journal L’Indépendant de la Rue Saint-Guillaume (NdlR : l’ancêtre de LaPeniche.net), qui en 1991, quand j’étais directeur adjoint, avait qualifié mon parcours d’ « incohérent ». J’ai grimpé la montagne Ste-Geneviève, du lycée Montaigne à Louis-Le-Grand puis Henri IV. Je suis ensuite redescendu dans la plaine, avec Sciences Po puis l’ENA.

  • Comment était Sciences Po à votre époque ?

J’ai beaucoup aimé l’année préparatoire qu’on passait tranquillement rue de la Chaise.

(NdlR : Traditionnellement, le cursus de Sciences Po durait trois ans. Il se composait d’une année préparatoire, très sélective, et puis d’un cycle du diplôme qui s’étalait sur les deux ans. Depuis 2000, ce cursus a été abandonné pour une scolarité en cinq ans, comprenant deux cycles : un premier de trois ans qui s’achève sur une année à l’étranger obligatoire et un second, dit du master, de deux ans qui mène au diplôme.)

Il y avait un café, concurrent du Basile, à l’angle de la rue de la Chaise et de la rue Grenelle (où il y a désormais une boutique de vêtements). Les gens chics allaient au Basile, nous on tapait le carton à longueur de journée dans les bas-fonds de cet autre café. Je me souviens de nombreuses parties de tarot et de belote. Par contre, j’ai assez détesté les 2ème et 3ème années. On n’allait pas en cours, on avait des polycopiés. On avait une vie heureuse et tranquille, en travaillant convenablement on allait jusqu’au diplôme.

  • Avez-vous des souvenirs marquants ?

Pas tellement. Je me souviens qu’en conférence de méthode d’économie il y avait un étudiant entré directement en 2ème année (ce qui correspondrait à l’entrée en 4ème année aujourd’hui). Il m’impressionnait. Il avait un DEA d’économie, il était très fort. C’était Pierre Moscovici. J’ai aussi eu Bernard Stirn comme maître de conférence en AP, que j’ai retrouvé au Conseil d’Etat quelques années plus tard.

  • Imaginons que vous soyez étudiants aujourd’hui à Sciences Po, où aimeriez-vous passer votre 3ème année ?

En Inde ou en Afrique du Sud. Plutôt en Inde je pense. C’est un choix à la fois rationnel et pour la culture incroyable de ce pays. Découvrir l’Afrique du Sud serait également passionnant.

  • Maintenant, passons à « Richard Descoings, le directeur de Sciences Po ». Depuis votre arrivée à ce poste en 1996, Sciences Po a beaucoup évolué. Même si elles sont largement connues pouvez-vous nous rappeler les principales réformes entreprises depuis 10 ans ?

Le diplôme confère aujourd’hui le grade de Master, ce qui est très important pour sa reconnaissance internationale. L’année à l’étranger évidemment. Les 1er cycles en région qui sont un élément central aujourd’hui. Ce qui a changé aussi c’est qu’aujourd’hui les élèves vont en cours. Il y a eu également la Semaine des Arts, enfin ça ce n’est pas moi mais mon prédécesseur, Alain Lancelot. Le nombre d’élèves a considérablement augmenté, leur qualité aussi. C’était beaucoup moins difficile d’intégrer Sciences Po dans les années 70. Nous sommes nombreux à penser que si nous voulions entrer à Sciences Po aujourd’hui on aurait du mal. Par ailleurs, maintenant, il y a les étudiants étrangers qu’on côtoie en conférence. A mon époque je n’ai jamais croisé un seul étranger. Il y en avait bien quelques uns mais ils suivaient des programmes spécifiques.

  • Il y a évidemment les conventions éducations prioritaires (CEP) dont on parle beaucoup. Pouvez-vous juste nous dire comment est née cette idée ?

Cette idée s’inscrit dans l’évolution et les principes de Sciences Po. Il y a deux grandes dates à retenir dans l’histoire de Sciences Po : 1871 sa fondation et 1945 sa  » refondation « . Chacune de ces dates a été portée par une réflexion sur la faillite des élites, à un moment marqué par un effondrement des régimes. Les élites politiques et administratives ont été emportées alors qu’on pensait que la France du Second Empire, puis celle de la IIIème République était forte. Ce furent des défaites rapides et sans panache. Il est important de poursuivre ce questionnement : qui recruter ? Par rapport à quel projet éducatif ? Quel sens donner à l’élitisme professionnel par rapport à l’élitisme social ? Nous sommes partis du constat de la violence dans les villes et dans les banlieues, que ce soit en banlieue Est de Lyon ou en Ile de France. Il y avait une absence de diversité à Sciences Po, pas seulement diversité au sens où on l’entend par rapport aux fils et petit-fils d’immigrés, mais tout simplement au niveau social. Il y avait une monoculture française à Sciences Po, une culture sociale très homogène des étudiants. Après de nombreuses réflexions, l’idée a été lancée en 1999. Cela appartient à tout responsable d’établissement de se demander s’il fait son métier correctement quant au recrutement des étudiants. En aval, les diplômés de Sciences Po sont amenés à avoir des responsabilités en entreprise, dans des associations ou au niveau politique. En amont, la question du recrutement est donc incontournable. L’idée des CEP est donc issue d’un processus de réflexion plus global sur le sens des élites. Mais aussi d’une part d’intuition. Bref, ce n’est pas une idée lancée en l’air.

  • Quelle est votre journée-type, si journée-type il y a ?

J’arrive à Sciences Po entre 7h45 et 8h15, en concurrence avec Laurent Bigorgne (Directeur des Etudes et de la Scolarité), qui a souvent un quart d’heure d’avance. Ensuite, j’ai un petit déjeuner professionnel à 8h30, un déjeuner professionnel le midi. Et environ deux à trois fois par semaine, un dîner professionnel… Entre ces moments, je reçois mes collaborateurs et des visiteurs extérieurs. J’ai une journée chargée avec un rendez-vous toutes les 45 minutes environ et il m’arrive aussi de partir à l’étranger ou en région.

Il y a quelque chose de constant dans mon travail : on me demande en permanence de m’exprimer. Toute personne que je rencontre, comme vous maintenant mais pas seulement pour les interviews, me demande d’avoir un avis. Il y a une mise sous tension que j’aime beaucoup. Alors le week-end ou quand je suis en vacances j’aime bien ne pas parler. Je suis impressionné par ceux qui ont une vie professionnelle très active et qui ont le temps d’aller à l’opéra, de dîner avec des amis. Quand je ne travaille pas, j’ai besoin de détente, pas forcément de solitude mais de me retrouver dans un cercle très personnel.

  • A l’origine vous êtes conseiller d’Etat, y allez-vous toujours ?

Non, jamais.

  • Question d’un diplômé, pourquoi les fêtes de promo n’ont-elles plus lieu dans des capitales européennes et est-ce définitif ?

J’espère que ce n’est pas définitif. Mais vous savez, ce sont des événements financés par le mécénat d’entreprises or les politiques de mécénat sont de plus en plus ciblées. Les entreprises veulent que leur financement ait une utilité sociale forte : elles préfèrent aider un projet de lycée pilote en Seine-Saint-Denis que financer une joyeuse troupe de diplômés de Sciences Po. Donc le retour des fêtes de promo en Europe dépendra des capacités de financement des entreprises. Mais comprenez bien que je ne peux pas prendre sur le financement public ou les frais de scolarité pour cela.

  • Vous évoquez le projet de lycée pilote. Vous nous en avez parlé par mail en juin. Où en est-on aujourd’hui ?

Quatre lycées candidats se sont lancés dans cette expérimentation à Clichy-sous-Bois, Bondy, Epinay/Seine et Saint-Ouen. Cela concerne aujourd’hui 500 élèves et 20 classes de BEP et seconde. Un consortium de 8 universités et grandes écoles : Paris IV (Sorbonne), VI (Pierre et Marie Curie) et XIII (Paris Nord), Télécom Paris, l’Institut national du patrimoine (INP), Sciences Po bien sûr, l’Ecole Estienne, l’Ecole supérieure de physique et de chimie industrielle de Paris (ESPCI), ainsi qu’un club de 20 entreprises se sont associés au projet. Certains collaborateurs de ces entreprises sont devenus des tuteurs pour les lycéens. De l’avis des enseignants et responsables pédagogiques, le tutorat est le principal apport de ce projet. Il est prévu que les lycéens fassent des stages longs l’été. L’objectif est de leur permettre d’avoir accès à la mobilité intellectuelle et géographique. Par exemple, Clichy-sous-Bois est une ville enclavée, il est inhabituel pour ces jeunes d’en sortir, pour aller à Paris ou ailleurs. A partir du premier semestre de 2007 des voyages d’étude vont être organisés. 4-5 classes vont partir en Chine, 2 en Guyane, d’autres au Bénin. L’idée c’est de permettre à ces lycéens de découvrir des pays variés via les études. Ce ne sont pas des vacances. Sur place, ils visiteront des entreprises, des institutions ou des chantiers. A leur retour, ils partageront les fruits de leur travail avec les autres lycéens et les collégiens, ou encore raconteront leur voyage à l’Hôtel de Ville de leur commune.

  • Vous parlez de stage long, il y avait un projet de stage ouvrier, aujourd’hui qu’en est-il ?

Stage  » ouvrier  » pour reprendre le terme des écoles d’ingénieurs. Ce sera un stage social au sens où nous craignons qu’une partie des étudiants ait une connaissance concrète très partielle de la société française. Il y a des étudiants qui savent ce qu’est le temps de transport, le stress de rater son train. Puis il y a tout ceux qui ne savent pas ce que c’est. La réforme des droits de scolarité a permis aux familles de se replacer dans l’échelle nationale des revenus. Nombreux sont ceux qui pensaient faire partie de la classe moyenne et se sont en fait rendus compte qu’ils appartenaient au 20% des familles ayant les plus hauts revenus. On souhaite montrer aux élèves ce que sont la vie et le quotidien de la plus grande partie de la population. On est en train de mettre en place des accords avec des chaînes d’hypermarchés pour proposer des postes de caissier / caissière. Les élèves pourront également être vendeur à la RATP ou à la SNCF, travailler à la CAF. Il est important qu’ils découvrent la relation au public qui peut aussi révéler l’agressivité rencontrée dans certains métiers. Il faut qu’ils puissent voir ce que les gens vivent au quotidien, ceux qui ne gagnent que le SMIC ou deux fois le SMIC. Pour résumer, ce seront des emplois non qualifiés en contact avec le public et loin du domicile. C’est mon côté maoïste. Mais attention, je ne suis pas pour le socialisme généralisé non plus ! Il faut percevoir ce qu’est la vie. Si mes grands-parents n’avaient pas été issus d’un milieu modeste je n’aurais pas su ce que pouvait être la vie en dehors de certains cercles privilégiés.

Je tiens quand même à dire qu’il ne s’agit pas de culpabiliser les étudiants. On veut juste leur dire de ne pas jouer les gosses de riches et de prendre un mois pour voir la dureté de la vie.

Les élèves de deuxième année auront la possibilité de suivre ce stage dès la rentrée prochaine. Sciences Po a déjà des accords qui vont du Samu social aux Conseils Généraux. Comme cela avait été fait avec l’année à l’étranger, ce stage sera dans un premier temps facultatif avant d’être généralisé. L’attribution des stages se fera au cas par cas : si elle correspond aux critères définis, une expérience de travail d’été pourra s’y substituer mais en aucun cas il ne s’agira d’un stage photocopies ou d’un job d’été.

  • Vous aviez évoqué au Gala 2006 de manière furtive l’idée d’un campus en région parisienne. Pouvez-vous nous en dire plus ?

Il y avait 4 000 étudiants au début des années 90, nous sommes aujourd’hui à 7 000. Il est difficile de durcir le taux de sélection. Imaginez, cette année, 1 000 bacheliers ayant obtenu une mention Très bien ont demandé à entrer à Sciences Po, 300 ont été pris, ce qui nous fait un taux de sélection de 30% (ndlr : le jury d’admission est composé par l’inspection générale de l’Education nationale. Il prend en compte le dossier scolaire donc les 9 précédents trimestres de travail: ce n’est donc vraiment pas une sélection à la légère !). On a assisté à une multiplication par 3 voire 4 du nombre de candidats. Si les candidatures continuent à augmenter et qu’on maintient le même taux de sélection, en 2010 il y aura 9 000 étudiants à Sciences Po. On ne peut pas acheter un nouveau bâtiment dans le VIIe arrondissement tous les ans. Si on veut conserver notre façon différenciée de traiter les élèves il ne faut pas dépasser le seuil critique, difficile à déterminer, mais qui se situerait entre 8 000 et 10 000 étudiants. Je ne suis pas pour le malthusianisme et passer d’un taux sélection au concours de 8-9% à 5% n’aurait pas de sens. Il faut donc trouver une autre solution plus radicale, inventer autre chose, d’où, peut-être, l’intérêt d’un deuxième IEP en Ile de France, mais c’est juste une piste, une idée comme ça. Il faudra bien choisir à un moment entre durcir les taux de sélection, ce qui est dommage quand on pense à tout le potentiel des étudiants qui resteront aux portes de Sciences Po. Mais il y a aussi des gens qui pensent qu’augmenter le nombre d’étudiants entraîne une baisse de la valeur du diplôme.

  • L’enseignement, l’amélioration de sa qualité en France est une préoccupation essentielle pour vous, avez-vous déjà enseigné ?

Oui, à Sciences Po de 1986 à 2001.

  • A quand une devise pour Sciences Po ?

Je ne sais pas, mais le logo actuel est assez peu esthétique. On ne distingue pas très bien ces animaux, et je n’aime pas l’idée qu’ils soient en cage. Il vaudrait mieux ne pas du tout avoir de logo. J’en profite donc pour lancer un appel à la contribution de vos lecteurs pour réfléchir sur le logo de Sciences Po et nous faire des propositions. (NdlR : Chers lecteurs, vous savez ce qu’il vous reste à faire !)

  • Que pensez-vous de la Richie-mania et des critiques parfois faites à propos du phénomène médiatique  » Sciences Po  » ?

Ce qui est intéressant c’est que les médias nous jugent au résultat. Les grandes réformes ont eu lieu entre 1996 et 2001, la presse s’est intéressée à nous à la fin des années 90. L’électrochoc ça a été les CEP, je m’en suis pris plein la figure. Aujourd’hui on en parle plus seulement en termes de diversité des étudiants, mais aussi pour tout ce que nous avons fait au niveau de l’enseignement et de la recherche. Nous sommes fiers pour nos élèves. Nous avons mis en place les moyens concrets pour la démocratisation de l’accès à l’enseignement supérieur mais également des moyens effectifs pour l’internationalisation.

  • Pensez-vous qu’on rebaptisera un jour l’amphi Boutmy, amphi Ritchie ?

Je ne sais pas, je n’ai pas envie de mourir trop vite et puis Boutmy est le fondateur alors peut être pas!

  • Pour finir, auriez-vous quelque chose à dire à vos étudiants ?

Travaillez dur et ne vous prenez pas au sérieux !

Merci à Richard Descoings, Gaëlle Coutant et Sébastien Linden pour leur disponibilité.

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https://www.lapeniche.net/interview-richard-descoings-iep-sp-80-directeur-de-sciences-po/feed/ 19
Quand les étudiants de Sciences Po s’ouvrent sur le reste du monde… https://www.lapeniche.net/quand-les-etudiants-de-sciences-po-souvrent-sur-le-reste-du-monde/ https://www.lapeniche.net/quand-les-etudiants-de-sciences-po-souvrent-sur-le-reste-du-monde/#comments Fri, 10 Nov 2006 10:25:14 +0000 http://lapeniche.net/?p=39 La Direction de Sciences Po (i.e. Richard Descoings) attache une grande importance à l´ouverture sur les autres pays, l´Europe en premier lieu, mais également le reste du monde. La Péniche au plafond de laquelle flottent de nombreux drapeaux en est la plus belle illustration.

Comment cet intérêt se traduit-il concrètement ? Tout d´abord, de façon générale, par l´étude de langues étrangères. Et comme vous le savez tous la politique du département des langues, incarné par le célébrissime Richard (encore un) Collins, demeure un grand mystère pour nous autres mortels (les articles de Valentine et Laure sont là pour en témoigner). Puis, de la réforme des années 2000, il faut retenir deux projets d´envergure internationale : la création en 1er cycle de campus délocalisés, spécialisés sur certaines régions du monde, et l´instauration d´une année obligatoire à l´étranger, dans une université ou en stage. Enfin, Sciences Po se targue de compter dans ses amphis environ un tiers d´étudiants internationaux.

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La Direction de Sciences Po (i.e. Richard Descoings) attache une grande importance à l´ouverture sur les autres pays, l´Europe en premier lieu, mais également le reste du monde. La Péniche au plafond de laquelle flottent de nombreux drapeaux en est la plus belle illustration.

Comment cet intérêt se traduit-il concrètement ? Tout d´abord, de façon générale, par l´étude de langues étrangères. Et comme vous le savez tous la politique du département des langues, incarné par le célébrissime Richard (encore un) Collins, demeure un grand mystère pour nous autres mortels (les articles de Valentine et Laure sont là pour en témoigner). Puis, de la réforme des années 2000, il faut retenir deux projets d´envergure internationale : la création en 1er cycle de campus délocalisés, spécialisés sur certaines régions du monde, et l´instauration d´une année obligatoire à l´étranger, dans une université ou en stage. Enfin, Sciences Po se targue de compter dans ses amphis environ un tiers d´étudiants internationaux.

A Sciences Po, depuis la rentrée dernière déjà, l´accent est mis sur l´anglais, « you must speak english, only english » pour reprendre le slogan de l´UNEF. Mais pour ceux qui ont la chance de maîtriser la langue de Shakespeare, il est possible d´étudier les classiques allemand ou espagnol et les plus à la mode, chinois, russe ou encore arabe. Un étudiant normal (comprendre qui n´est pas en bi-classe) étudie deux langues. Il peut en débuter une troisième en master, s´il possède un niveau cinq dans sa première langue et au moins un niveau quatre pour la seconde. La politique de Sciences Po pour les langues déplaît à de nombreux élèves, mais elle s´explique par la mise au diapason des recruteurs. « Ils se moquent que vous connaissiez le japonais ou l´italien si vous êtes incapable de parler anglais, c´est comme ça, et pas autrement ! »

Les campus délocalisés maintenant. Il en existe quatre, et un cinquième est en préparation. Le premier cycle franco-allemand de Nancy a ouvert en 2000. En 2005-2006, on y comptait 200 étudiants (dont 70 en troisième année) de 28 nationalités différentes ! L´année suivante ce sont les campus de Poitiers (Espagne, Portugal et Amérique Latine) et de Dijon (Europe centrale et de l´Est) qui ouvrent leurs portes (sont-elles aussi lourdes que celle de Paris ?). Ils accueillaient respectivement l´an dernier (en 1A et 2A) 100 étudiants originaires de 30 pays différents et 82 de 27 pays. Fort du succès des trois campus délocalisé, Sciences Po, en 2005, en ouvre un quatrième spécialisé sur une région du monde qu´on ne peut plus ignorer, le Moyen Orient et le bassin méditerranéen. Les effectifs de Menton, plutôt faibles l´an dernier avec 30 étudiants sont passés à près de 80 cette rentrée, et le nombre de nationalités de 14 à 21. Bel engouement donc pour ce nouveau campus, même si la réalité ne semble pas toujours très ensoleillée (comme nous le montre l’article de Sarah). Après le succès (si l’on en juge par la newsletter de Sciences Po du 6 novembre 2006 : 113 étudiants sur les 2 années dont plus de la moitié en chinois) du programme Asie mis en place en mars sur le campus de Paris (auquel j’ai déjà consacré un billet), un cinquième campus devrait ouvrir dans quelques temps. Lors de la rentrée solennelle 2005 un étudiant avait interpellé Ritchie sur l´absence de campus anglophone, se demandant si Paris se gardait la primeur de cette aire comprenant l´Amérique du Nord, l´Australie et bien évidemment le Royaume Uni. Notre directeur avait su alors contourner, avec le talent qu´on lui connaît, la question. La réponse se fait toujours attendre…

Quelque soit le campus, la 3A à l´étranger constitue un événement clé pour l´étudiant du premier cycle et une expérience très enrichissante sur le plan humain. Les enjeux de cette année de césure diffèrent selon le choix de l´étudiant. Le stage, de plus en plus sollicité mais encore minoritaire, peut être une vraie chance pour un étudiant de découvrir l´univers professionnel qui l´intéresse et de confirmer (ou d´infirmer) ainsi sa vocation. De plus, effectuer ce stage hors de la France constitue un atout supplémentaire sur le CV. Cependant, des témoignages de certains étudiants, il ressort que cette année, si elle est évidemment bénéfique professionnellement, peut ne pas remplir ses objectifs en terme de progression linguistique et de contacts humains (comme l’indique le compte-rendu de la réunion 3A-stage). Le séjour d´étude demeure garde actuellement la préférence des étudiants et ce pour plusieurs raisons. Cette année permet de découvrir un autre pays (tout comme le stage), un autre mode de vie et de rencontrer tout un tas de personnes très intéressantes, en cours ou lors d´événements estudiantins. Par ailleurs, l´université choisie propose généralement des sujets non abordés à Sciences Po (du moins en 1er cycle) ce qui permet de découvrir de nouveaux sujets ou de choisir des cours en vue du choix proche d´une mention du Master. Selon la destination, cette année peut aussi nous amener à découvrir un système universitaire différent de celui en vigueur chez nous. Enfin, dans leur ensemble, les étudiants profitent de cette année à l´étranger pour voyager à travers leur pays d´accueil et dans l´ensemble de la région. Bref, difficile de dresser de manière exhaustive tous les bénéfices de la troisième année tant il semble y en avoir. Quelle que soit la destination et à de rares exceptions près, les étudiants qui en reviennent considèrent celle-ci comme, sinon la meilleure année de leur existence, au moins la meilleure de leurs cinq années à Sciences Po. Notons que Sciences Po a établi des partenariats avec près de 280 universités dans 53 pays répartis sur les cinq continents… Difficile de ne pas trouver chaussure à son pied !

Mais Sciences Po et l´international c´est aussi et surtout l´accueil d´étudiants venant de tous les coins du monde. Environ 30% des 6 700 étudiants de Sciences Po, tous campus confondus, sont ne sont pas français. Il existe plusieurs cas de figure. Les étudiants qui effectuent l’ensemble de leur parcours universitaire à Sciences Po (via la procédure internationale). Ceux qui viennent en échange pour un ou deux semestres dans le cadre de programmes spécifiques : international program, MBA, programme Copernic, doubles diplômes. La présence de ces étudiants crée indiscutablement une ambiance particulière au sein de notre chère institution. Une des premières choses qui m´ait marquée quand je suis arrivée à Sciences Po (il y a un an déjà !), c´est la cacophonie de la cafet´ entre ceux qui parlent chinois, espagnol, russe ou plus communément anglais. C´est un réel plaisir de pouvoir discuter avec des étudiants venant d´ailleurs, d´être amenée à travailler avec eux en groupe ou au sein d´une association, d´avoir leur point de vue sur l´actualité française ou celle de leur pays, ou encore d´organiser des soirées « nationales » avec la possibilité de déguster les spécialités de chez eux. Ce n´est pas quelque chose de vraiment perceptible en cours, mais ces étudiants sont réellement un élément à part entière de l´esprit Sciences Po que tendent à promouvoir la Direction et surtout, les étudiants.

Enfin, comme évoqué furtivement plus haut, Sciences Po a conclu un certain nombre d´accords de doubles diplômes (sans parler de ceux avec les universités françaises). Le principe est simple, sur les deux années du Master l´étudiant passe un an dans l´université partenaire et l´autre année à Paris. Il existe actuellement des doubles diplômes à l´international avec sept universités : la Freie Universität de Berlin, la célèbre LES (London School of Economics), la Columbia School of International and Public Affairs (SIPA) à New-York, l´université de Saint Gall en Suisse, la MGIMO University de Moscou, la Bocconi à Milan et enfin la Warsaw School of Economics en Pologne. Au final, l´étudiant possède donc deux diplômes distincts pour seulement cinq années d´études (sans compter les étudiants ayant obtenu une licence ou une maîtrise à la fac).

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https://www.lapeniche.net/quand-les-etudiants-de-sciences-po-souvrent-sur-le-reste-du-monde/feed/ 4
Le Programme Asie : embarquement immédiat pour les mystères de l’Orient https://www.lapeniche.net/le-programme-asie-embarquement-immediat-pour-les-mysteres-de-lorient/ Mon, 09 Oct 2006 01:16:00 +0000 http://lapeniche.net/?p=9 Lancé au second semestre de l´année 2005/2006 pour les 1A du campus de Paris, le programme Asie a été un véritable succès.

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Lancé au second semestre de l´année 2005/2006 pour les 1A du campus de Paris, le programme Asie a été un véritable succès.


Il a en effet attiré 74 étudiants, dont plus de la moitié a choisi la Chine. Ce programme combine un enseignement linguistique de 4h (chinois mandarin, hindi, coréen ou japonais) et un cours sur la civilisation (les civilisations japonaise et coréenne étant associées). Il devrait déboucher d´ici l´an prochain sur un cinquième campus délocalisé, situé au Havre selon les bruits de couloir.

En effet, en tant que grande école à vocation internationale, Sciences Po ne pouvait plus longtemps ignorer le rôle croissant des pays d´Asie du Sud-est sur la scène internationale. Ainsi, le Japon demeure, depuis la chute de l´URSS, le seul rival des Etats-Unis, du moins sur le plan économique. De plus, on ne cesse d´évoquer la montée en puissance de la Chine qui, déjà forte d´un siège de membre permanent du Conseil de sécurité de l´ONU, affiche depuis quelques années une croissance économique exemplaire. L´Inde, plus démocratique, fait partie des pays émergents qui comptent. Surtout, ces deux pays voisins concentrent plus d´un tiers de la population mondiale. Enfin, malgré sa taille, la Corée occupe une place stratégique en tant qu’elle est située entre ces grands pays. La connaissance de cette aire, tant linguistiquement que pour ses aspects civilisationnels, apparaît donc comme un atout certain dans le monde du travail à l´avenir, particulièrement dans les relations internationales et commerciales.

Je me suis personnellement inscrite à ce programme en choisissant de suivre des cours de chinois et de civilisation chinoise. Ce fut une expérience très intéressante. Sur le plan linguistique, de nombreux débats ont émaillé les cours sur les différences entre le français et le chinois. Au-delà de celles qui sont flagrantes (l´écriture, la prononciation), la grammaire et le raisonnement sur la syntaxe ne sont pas du tout les mêmes que ceux de la langue de Molière. Nous avons donc eu souvent l´occasion de nous disputer avec notre professeur afin de déterminer, en vain, quelle langue était la plus logique. De plus, le dîner de conf´ a été l´occasion de se régaler autour de plats très épicés mais surtout délicieux. Quant à la civilisation, il me semble important, même si cela est parfois déroutant, de connaître et d´essayer de comprendre un mode de pensée si éloigné du nôtre. La philosophie chinoise (Confucius ou encore Lao Tseu) s´intéresse à de nombreux thèmes qui ne nous préoccupent pas ou peu en Occident. De même, la dialectique manichéenne est très peu présente dans l´esprit asiatique. S´ouvrir à d´autres horizons permet de remettre en cause nos idées qui ne sont pas si universelles qu´on aimerait le croire et de ne plus raisonner de manière occidentalo-centrée. Enfin, ce cours nous a permis de parler de sujets très divers tels que la bureaucratie, le thé, la calligraphie ou encore le christianisme et l´islam en Chine.

N´hésitez donc pas si ce continent vous intrigue, voire vous fascine, à rejoindre le programme Asie. Pour info, les enseignements actuels sont identiques à ceux de l´an dernier pour les 1A. Quant aux 2A, ils suivront un cours magistral sur l´Inde coloniale au 1er semestre, puis sur l´Asie orientale au second, avec un enseignement d´ouverture axé sur la région, et enfin ils continueront l´apprentissage de la langue à raison de deux ou quatre heures par semaine selon leur niveau.

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