Il est légitime de se demander si les prises de décision concernant l’environnement ne sont pas frappées d’un mal symptomatique aboutissant systématiquement à un flou artistique assez dommageable. Pourquoi cet engluement ? Car grâce aux points de vue d’intervenants de qualité, dont deux activement impliqués dans le Grenelle de l’Environnement, un amphithéâtre entier d’étudiants, de professeurs, d’experts ou de simples individus avertis avait l’occasion d’enrichir ses connaissances sur un sujet qui emplit de plus en plus l’espace public. Au bout d’un peu plus d’une heure et demie de conférence, cette mise à jour est décevante. Et quand c’est moyen, il faut aussi le dire.]]>
Il est légitime de se demander si les prises de décision concernant l’environnement ne sont pas frappées d’un mal symptomatique aboutissant systématiquement à un flou artistique assez dommageable. Pourquoi cet engluement ? Car grâce aux points de vue d’intervenants de qualité, dont deux activement impliqués dans le Grenelle de l’Environnement, un amphithéâtre entier d’étudiants, de professeurs, d’experts ou de simples individus avertis avait l’occasion d’enrichir ses connaissances sur un sujet qui emplit de plus en plus l’espace public. Au bout d’un peu plus d’une heure et demie de conférence, cette mise à jour est décevante. Et quand c’est moyen, il faut aussi le dire.
A l’occasion de la parution de l’ouvrage Regards sur la Terre 2008 (le 11 octobre en librairies) se tenait à Sciences Po mercredi une conférence consacrée à la biodiversité. Si le volume précédent se focalisait sur les enjeux des changements climatiques, c’est cette année les thématiques de la biodiversité, de la sauvegarde des écosystèmes et du développement qui sont explorées. Etaient présents :
Les enjeux du sujet débatu ainsi que la présence d’intervenants passionnés et en prise avec l’actualité auraient dû aboutir à une conférence intéressante. En effet, en plus de la trame prévue par les conférenciers, une attente de la part de la salle fut palpable tout au long de la soirée quant aux avancées du Grenelle de l’environnement. Mais le traitement de ces deux axes ont relevé de grands constats recouvrant beaucoup de sujets dans le meilleur des cas, voire d’une littérale esquive.
Laurence Tubiana indique d’entrée, sans toutefois la définir, que « la biodiversité est un concept difficile à saisir ». Il existe une véritable complexité au sujet de cette thématique : d’une part il existe un foisonnement d’écosystèmes aux caractéristiques fort différentes. De plus l’étude de la biodiversité est rendue d’autant plus ardue que l’expertise en la matière est extrêmement éclatée. Des acteurs de tous bords aux outils et objectifs propres s’en sont emparés. Ce constat semble illustré par la suite de l’exposé : les enjeux développés par Mme Tubiana sont assez vagues et ne comprennent malheureusement aucune solution concrète. Aussi apprend –t-on qu’il existe une bataille sur la propriété des ressources, en particulier en terme de patrimoine génétique. Comment gérer la question des brevets sur le vivant dans les pays en développement qui contiennent les écosystèmes les plus riches ? Il existe un clivage Nord/Sud marqué dans ce domaine. Le dépassement de celui-ci permettra d’avancer beaucoup plus rapidement pour la préservation de la biodiversité. Un des problèmes principaux est celui des externalités : la sauvegarde de la forêt primaire est indispensable à l’ensemble de la planète. Dès lors il faudrait penser à une rémunération des paysans qui renoncent à défricher les zones forestières dans les pays en développement. Cette approche est à généraliser dans tous les domaines liés à la biodiversité. Des essais dans des pays riches ont prouvé que cela marchait. Mais les dires de Laurence Tubiana, sans manquer de véracité, auraient gagné à être plus précis et concrets.
Le début de l’intervention de Jean-Louis Legrand laissait présager qu’après une première partie introductive et générale, le débat allait s’engager dans l’exposé de problèmes ciblés et, optimiste hypothèse, de leurs solutions. Car soulever des questions environnementales, c’est souvent la fâcheuse et récurrente capacité de dénoncer un problème majeur sinon mortel pour l’Homme et la planète mais sans aucune solution à celui-ci. Bingo. Les propos du sénateur concernant le Grenelle de l’Environnement nous avaient mis l’eau à la bouche puisqu’il évoquait la « volonté partagée des groupes de travail d’aboutir à quelque chose de construit ». Il soulignait à quel point la parole avait été confisquée au sujet des OGM par les entreprises et ceux qu’il nomme affectueusement les « saltimbanques » (référence aux saltimbanques du Moyen-Âge qui attiraient l’attention) au détriment de la connaissance.
Malheureusement, la suite de la discussion est brusquement retombée dans les travers de la rhétorique environnementale usuelle : ainsi, vous sursauterez en sachant que 60% des services vitaux rendus à l’Homme le sont par la biodiversité. Que 40% de l’économie mondiale dépend de la bonne santé des écosystèmes. Qu’Einstein a prédit la disparition de toute vie dans un délai de 5 ans si venaient à mourir les abeilles. Enfin, qu’Hubert Reeves entrevoit la mort des mammifères de plus de 3 kilogrammes d’ici 150 ans si nous continuons à détériorer notre environnement comme nous le faisons actuellement. En revanche, il se peut que vous vous mettiez à pleurer en vous confrontant aux réponses exposées. L’eau est un support fondamental de la biodiversité. Dans le cadre du Grenelle, le projet « trame bleue » prévoit ainsi le bon état écologique des eaux en 2015. Il est amusant de noter que M. Legrand juge bon de nous confier avant même la fin du Grenelle de l’environnement qu’un tel objectif sera difficilement atteignable. Pour ce qui est de la biodiversité marine au niveau national, une loi cadre devrait être votée. Son efficacité dépendra bien sur de l’audace de ses rédacteurs et de la date à laquelle elle sera présentée. Enfin une proposition remarquable est avancée pour gérer la biodiversité marine à un niveau international : partant du constat qu’il est une absolue nécessité de respecter les océans, il suffirait de faire remarquer et accepter cette idée par tout le monde. La signature de ce qui sera une chartre sans principe juridique contraignant aura à peu de choses la même efficacité que celle du Pacte Briand-Kellog en 1928 qui avait déclaré la guerre hors-la-loi, avec le succès que l’on sait.
L’apport de Pierre Jacquet, économiste de renom fut plus intéressante. Sans nous proposer réellement de solutions il tenta néanmoins d’expliquer pourquoi les actes avaient du mal à suivre les recommandations formulées par la sphère des experts. La thématique est certes de plus en plus abordée, mais il persiste une objective ignorance au sujet de la biodiversité et des enjeux environnementaux en général. Si on n’agit pas davantage, c’est aussi pour des raisons économiques. Le problème fondamental est encore celui des externalités : les écosystèmes nous rendent d’immenses services qui ne rentrent pas dans un mécanisme de marché. Il faut trouver un moyen de prendre en compte ces externalité soit par la réglementation, soit en attribuant un prix à quelque chose qui n’en avait pas jusqu’alors. Et attention à ceux qui pensent que libéralisme et éthique sont deux termes opposés : la morale est tout simplement endogène au développement.
Pour terminer, Pierre Jacquet revient sur les pays en développement. Quand on observe ce qui est à la disposition des pays pauvres pour augmenter leur richesse et leur niveau de développement, on est forcés de considérer l’importance du capital naturel. Dit autrement, la destruction du capital naturel, des écosystèmes, des sols, est une véritable trappe à pauvreté.
Au bout d’une heure et demie de discussion, il était légitime de se sentir un peu déçu. On ne peut cependant pas tenir les intervenants responsables. La durée de la conférence, tout d’abord, ne permettait en aucun cas de balayer l’ensemble du suje. Il fallait soit accepter de se focaliser sur un aspect de la biodiversité pour le restituer en détail et en éludant le reste, soit se situer à un niveau de généralité élevé, ce qui a été choisi par les conférenciers. De surcroît, il y a eu un choix à faire dans le degré de vulgarisation du propos. Si certains ont pu considérer cette conférence comme la redite générale de problèmes déjà connus, une précision scientifique plus grande aurait à l’inverse exclu une partie de la salle de fait. Ce sont donc des choix qui ont eu tendance à rendre cette conférence très généraliste, mais qui étaient peut-être étudiés : ceux qui ont été mis en appétit par ces interventions ont pu à l’entrée de Boutmy ou peuvent désormais en librairie se procurer l’ouvrage Regards sur la terre 2008.
__On peut cependant remarquer une tendance de fond : l’environnement et les décisions, ça fait 13. Cette conférence illustre sans doute malgré elle la lenteur caractéristique avec laquelle les décisions relatives à l’environnement se prennent et sont par la suite appliquées. Les thématiques abordées le sont de façon intelligentes et réfléchies, mais le flou qui enveloppe la possibilité d’une action ultérieure désarçonne. Coïncidence amusante, le jour même était annoncé le report des résultats du Grenelle à la seconde partie du mois de décembre.
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Les fenêtres ouvertes de la salle Eugène Eichtal ce jeudi soir laissent sortir les éclats de voix des militants, occupés à décorer la pièce aux couleurs du PS. Les pares soleil de Sciences Po, d’un rouge vif, s’accordent avec les nombreuses affiches, pancartes et autres drapeaux apportés par les organisateurs. A 19h15, heure à laquelle doit débuter cette « AG de mobilisation », tel que l’annonçaient les tracts distribués pendant la semaine, seule une quarantaine de personnes occupe la salle de façon clairsemée, et près de la moitié sont des militants socialistes, verts, représentants syndicaux de Fac Verte, SUD et de l’UNEF. Cinq minutes plus tard, les locaux sont pleins. L’ambiance est détendue, on peut penser que ce n’est pas la perspective d’un second tour anxiogène qui a poussé les présents à se déplacer, mais un mouvement de sympathie autour de Ségolène Royal . Un drapeau vert est rapidement accroché à coté de l’affiche « La France présidente ». En attendant le premier discours, une constructive partie de volley « antisarko »est entamée avec les ballons aux couleurs du parti socialiste. Tant que la baudruche n’atteint pas le sol, c’est Ségolène qui gagne. Le président du PS Sciences-Po prend la parole, il était temps.
Les mots de Bastien Taloc sont choisis, il ne manque pas de rappeler les qualités de la candidate, ses réussites et les succès à venir. Le discours est sérieux, construit, et on y retrouve les mêmes formulations que celles utilisées par la tête du parti socialiste, telles que la nécessité d’un « ordre juste ». Plus étonnant, on remarque que l’intonation de l’orateur tend à ressembler à celle de Ségolène Royal. Le mimétisme se renforce au cours du discours, et le sérieux de Bastien, même quand il se fera couper, n’est pas sans rappeler l’attitude de la candidate. L’occasion s’y prête certes, le rassemblement de ce jeudi soir n’a pas vocation de kermesse, néanmoins, une présentation un peu plus dynamique aurait peut-être été bénéfique. Ne ce sont écoulées dix minutes qu’une voix furibarde jaillit du fond de la salle : « Mais on s’en fout de Royal ! On le sait qu’on est unis, non ? A quoi cela sert de faire des discours d’un quart d’heure, on perd notre temps là ! ». Trois personnes, visiblement très impatientes, trépignent et multiplient les gestes de dépit. « Mais arrêtez de causer ! Vous comprenez pas que dans dix jours on se prend Sarko dans la gueule ? Il faut de l’action maintenant ! ». Peut-être que Sciences Po formate, et que ses étudiants ressentent l’irrépressible besoin de rester dans le domaine de l’exercice de rhétorique, de synthétiser, d’exposer, parfois à outrance. Sans soute aussi qu’une démonstration de force, aux yeux des antisarkozystes, est nécessaire. Les discours des différents représentants furent néanmoins précieux dans la définition des buts à atteindre et des moyens qu’il convenait d’employer. De surcroît, toute bonne AG comporte obligatoirement son lot de discours, qui permettent de rappeler les lignes directrices d’un mouvement.
A cette introduction mouvementée faite par le PS succèdent les différents représentants des partis politiques et syndicats. Et force est de constater que les prises de paroles successives permettent de dégager un point de vue commun, les expositions décousues des programmes syndicaux laissant place à un dialogue dynamique. Certes le programme de Ségolène Royal, relativement bien fourni en mesures environnementales par rapport à son adversaire recueille-t-il une timide approbation des Jeunes Verts. Mais comme pour les représentants de SUD, plutôt que de soutenir franchement la candidate, il s’agit plutôt de faire front contre Nicolas Sarkozy. La clé de la réunion réside sans doute dans la prise de parole spontanée d’un jeune gaulliste, membre de l’association « Votez Banlieues ». Suite à un vif échange d’invectives entre le fond de la salle, fort dissipé, et les syndicats et partis, un jeune homme se met debout sur sa chaise et interpelle une des personnes ulcérées par la longueur des discours. « Nicolas, je t’en prie, tais toi ! Tais-toi ! tu me connais, je ne suis pas socialiste. Je fais parti des Jeune Gaullistes, et je vais voter Royal au second tour. Avec « Votez Banlieues », j’ai vu ce que Sarko est capable de faire. Je peux vous jurer que s’il passe, la banlieue va péter de façon bien pire qu’en novembre 2005. ». C’est cette intervention, applaudie par la salle, qui permet au bout d’une heure aux participants de prévoir des opérations de tractage, d’appeler à des manifestations ou à d’autres actions de défiance envers Nicolas Sarkozy. Un quart de la salle a à ce moment quitté les lieux, par agacement, sans avoir entendu les mesures concrètes recommandées durant cet entre-deux tours.
En définitive, on retire de ce rassemblement une cohérence certaine parmi les différents groupes représentés, une dynamique définie, plusieurs fois justifiée. Mais quel impact pouvaient donc viser les organisateurs de cette assemblée générale de soutient à Ségolène Royal ? Des initiatives ont certes été prises, mais elles restent assez modestes et surtout elles ne nécessitaient pas nécessairement la tenue d’une telle réunion pour être menées à bien. Les militants socialistes et leurs nouveaux amis peuvent néanmoins une substantielle mobilisation pour leur opérations de tractage, l’impact sur la mobilisation du premier mai, au regard des 80 personnes présentes dans la salle restant marginale. Enfin, interrogé par Lapeniche.net, Bastien Taloc confiait que des contacts réguliers existaient entre socialistes et centristes à Sciences Po. Lui-même avouait cependant qu’il régnait une grande hésitation au sein de la formation UDF dans l’établissement, un regain de centristes se présentant aux tables tenues par l’UMP et le PS et repartaient avec le « pacte présidentiel » dans une main et le programme de Nicolas Sarkozy dans l’autre.
Ce jeudi soir, à la « grande AG mobilisation », pas un sympathisant UDF ne s’est manifesté.
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L'évènement n'a pas pu passer inaperçu: il faut dire que la publicité faite autour de la délégation affrétée par la SNCF, le venue de France Culture et la présence d'intervenants de renom n'était pas des plus discrètes au 27. Néanmoins, certains ont peut-être loupé le rendez-vous. Voici le résumé d'une table ronde qui se veut fidèle aux idées exprimées mais aussi support de réflexion sur le thème du ferroviaire.]]>
L’évènement n’a pas pu passer inaperçu: il faut dire que la publicité faite autour de la délégation affrétée par la SNCF, le venue de France Culture et la présence d’intervenants de renom n’était pas des plus discrètes au 27. Néanmoins, certains ont peut-être loupé le rendez-vous. Voici le résumé d’une table ronde qui se veut fidèle aux idées exprimées mais aussi support de réflexion sur le thème du ferroviaire.
Dans le cadre du colloque « Prospective de la grande vitesse » qui s´est tenu les 24 et 25 novembre dans l´enceinte de Sciences-Po, une table ronde était spécifiquement dédiée au thème « grande vitesse et territoires ». Elle réunissait Yves Crozet, professeur d´économie à l´université de Lyon II, Michel Leboeuf, directeur du département « Voyageurs France-Europe » à la SNCF, Jean Ollivro, professeur de géographie à Rennes, spécialiste des transports et de l´aménagement des territoires ainsi que Bernard Soulage, vice-président de la région Rhône-Alpes.
Les intervenants partent du fait communément admis que la grande vitesse, en 25 ans d´existence, a modifié le territoire et le rapport de la population à celui-ci. La trame de la réflexion est posée dès le début de la discussion : il existe des inégalités dans la capacité des individus à se saisir du territoire, à se l´approprier à l´échelle régionale, nationale et désormais européenne.
Il est tout d´abord fait le constat que le TGV a induit une nouvelle perception, clivée, du territoire, par le fait qu´il s´est imposé chez tous comme le moyen de transport permettant de faire l´aller-retour partout en France dans la journée. Il a introduit une norme qui a été acceptée et intériorisée, celle d´une mobilité décuplée. Mais par là même, la grande vitesse a aussi créé de la distance : la ville qui se trouve dépourvue d´une gare TGV est désormais enclavée et envie sa voisine de 30 kilomètres qui est incluse dans le réseau LGV. (M. Leboeuf). De plus, la grande vitesse pose un problème nouveau : une mobilité maximale, qui permettrait de relier Brest à Marseille en quelques minutes entraîne un univers de choix considérable pour l´individu, qui peut se rendre n´importe où en quelques instants. La mobilité offerte par la grande vitesse, si elle n´est pas maximale, est cependant très élevée. Des dizaines de possibilités de destinations s´offrent à nous et ne savons plus comment envisager le territoire. C´est alors peut-être au domaine du politique d´ouvrir et de définir l´univers de choix. (Y. Crozet)
Il est aussi soulevé le question de la centralité du réseau grande vitesse et de sa structuration selon le schéma de « l´étoile Legrand ». Bernard Soulage, en tant que vice-président de la région Rhône-Alpes, exprime clairement sa volonté de développer le réseau entre les régions sans que le passage par Paris ou sa banlieue soit nécessaire. Il y a un arbitrage qui est fait entre une conception radiale du trafic, qui correspond à un trafic en provenance et vers la capitale et une conception transversale de celui-ci. B. Soulage souligne le fait que le territoire est un sinon l´enjeu central du débat politique. Chaque région exige sa ligne à grande vitesse et se bat pour l´obtenir. Le vice-président de la région Rhône-Alpes confie par ailleurs la suivante, qui prête à sourire : il s´installe désormais un marché entre l´Etat et les régions, qui acceptent de renoncer à des sommes considérables habituellement versées par l´Etat contre la promesse d´une ligne à grande vitesse. Voir son budget amputé pour un tronçon de ligne à grande vitesse, voici un fait dont les conseils généraux se flattent habituellement peu. La grande vitesse s´érige donc comme un outil fondamental dans la fabrication du territoire.
On peut dans un second temps considérer les interventions des différents participants comme les éléments d´une argumentation qui tendrait à démontrer que la grande vitesse a renforcé sinon véritablement créé des inégalités territoriales. J. Ollivro se base sur une étude effectuée dans le TGV Paris-Rennes pour mettre à jour une division nationale du travail par la grande vitesse : ainsi, la majorité des voyageurs en provenance de Paris sont des cadres ayant des fonctions décisionnelles, alors que la clientèle dans le sens inverse se compose essentiellement d´individus assurant une fonction productive.Y. Crozet rebondit sur la mobilité des individus en concevant le territoire comme l´espace qu´une personne peut atteindre et s´approprie. Il fait le constat qu´une hiérarchisation sociale en fonction du rapport au temps se façonne, entre les populations mobiles et celles qui restent plus fixes. Il est soulevé par ailleurs, suite à une série de question du public, la séparation de plus en plus marquée entre le réseau à grande vitesse et le réseau classique. Il est un fait que le réseau grande vitesse, rentable, reçoit financièrement plus que le réseau classique qui assure en partie une mission de service public. B. Soulage plaide pour une Europe du ferroviaire et non pas pour une monoculture du TGV. Le réseau grande vitesse est déterminant, mais il doit être complété par le réseau classique. Ce défi du ferroviaire s´incarne dans la question des flux : c´est grâce à un réseau aboutit, alliant grande vitesse et liaisons locales que peuvent s´affirmer des zones territoriales puissantes. C´est tout l´enjeu de la concurrence que se livrent l´Europe occidentale et la « Mittel Europa », qui voit son influence s´accroître depuis une quinzaine d´années. Michel Leboeuf termine sur cette question de la distinction entre réseau classique et réseau grande vitesse en rappelant que le TGV ne saurait être instauré partout, par exemple dans des régions pourtant enclavées comme l´Auvergne. Il ne peut en effet s´implanter si son exploitation n´est pas rentable. Il refuse toutefois de revendiquer un réseau à deux vitesses et considère comme nécessaire une certaine solidarité entre les deux réseaux.
Ce résumé qui se veut fidèle aux thèses qui ont été débattues n´empêche pas de se questionner sur un point essentiel de l´enjeu du ferroviaire de demain et qui n´a été traité qu´en quelques instants suite à une question du public. Michel Leboeuf avait fait un constat lors de l´introduction de la table ronde : la grande vitesse a crée jusqu´à aujourd´hui de l´enclavement. Il donne en conclusion un clair aperçu de la nouvelle conception du territoire qu´implique le développement de la grande vitesse : les inégalités territoriales sont amenées à se creuser entre les zones considérées comme rentables, qui sont les principales villes françaises et les zones souvent déjà enclavées comme le Massif Central par exemple (cf. SNCF, une erreur d´aiguillage d´Atisso Médessou, film diffusé en 2005 sur France 5) ). Il est d´ailleurs donné un bon exemple de la contradiction frappante entre les signaux qui sont communiqués par la SNCF et une bonne partie de la classe politique et la réalité : lorsque M. Leboeuf affirme qu´une solidarité doit exister entre les deux réseaux et que l´on se réfère aux documents officiels, on peut être saisi d´une léger doute sur les objectifs recherchés. En effet, plusieurs rapports réalisés par des experts ont clairement démontré que si les moyens alloués à l´entretien du réseau restaient inchangés, 60% des lignes ferroviaires françaises seraient inutilisables à l´horizon 2020. Le rapport financier 2005 de RFF, entreprise publique à qui la SNCF délègue une importante part de l´entretien du réseau n´est pas rassurant, les investissements dans l´ infrastructure du réseau classique ayant diminués de 27% entre 2004 et 2005 alors que le budget destiné aux lignes TGV et Téoz croît fortement. On peut donc penser qu´une page est désormais tournée à la SNCF, que le territoire n´est plus à considérer de façon égalitaire, comme une entité qu´il s´agit de couvrir le plus complètement possible mais en fonction de sa rentabilité. Et Bernard Soulage peut défendre dans les paroles sa vision complémentaire du ferroviaire, c´est-à-dire un réseau aboutit alliant la grande vitesse à un réseau local et régional, cela ne l´engage pas moralement. Dans la réalité, il n´y a pas besoin de décortiquer les rapports financiers de la SNCF et ses sous-traitants pour saisir que le budget destiné au ferroviaire n´est malheureusement pas extensible, et que l´argent qui est alloué au développement de la grande vitesse ne l´est pas pour la mission de service public remplie par le rail.
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