Arthur Savoye – La Péniche https://www.lapeniche.net Le Journal Étudiant de Sciences Po Mon, 30 Mar 2026 17:39:05 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=6.9.9 https://www.lapeniche.net/wp-content/uploads/2022/08/cropped-Bitmap-32x32.png Arthur Savoye – La Péniche https://www.lapeniche.net 32 32 Arundhati Roy à Sciences Po : un refuge dans l’orage https://www.lapeniche.net/arundhati-roy-a-sciences-po-un-refuge-dans-lorage/ Sun, 15 Mar 2026 22:23:13 +0000 https://www.lapeniche.net/?p=57225 Ce mardi 10 février, la Maison des arts et de la création de Sciences Po, qui vise à rapprocher humanités et sciences sociales, a reçu dans l’amphithéâtre Emile Boutmy la romancière indienne Arundhati Roy, à l’occasion de sa venue en France. L’occasion d’entendre le témoignage d’une autrice engagée qui dépeint les diverses facettes de la société indienne, et signe un récit plus intime venant de paraître en français, Mon refuge et mon orage (Gallimard).

Photo : Arundhati Roy à Sciences Po, le 10 février 2026 (Arthur Savoye).


Après un mot d’introduction des étudiants membres de la Maison des arts et de la création, et de Frédérique Leichter-Flack, professeure d’humanités politiques au Collège universitaire, Arundhati Roy nous a livré sa réflexion sur les thématiques de son dernier roman, Mon refuge et mon orage (Mother Mary comes to me en version anglaise, langue dans laquelle elle écrit, tout juste traduit chez Gallimard), ainsi que sur sa place comme écrivaine engagée en faveur des opprimés et de la justice sociale dans l’Inde contemporaine. La romancière indienne, âgée de soixante-quatre ans, est couronnée de succès littéraires depuis son roman phare Le dieu des petits riens (1997, Folio). Ce roman, qui a remporté le Booker Prize, relate la vie d’une famille d’un village d’Inde du Sud dont le destin bascule par une tragédie vue par le regard de deux jumeaux. Par ailleurs, la construction de ses récits se veut singulière. Et pour cause, l’auteure estime que ses études d’architecture ont influencé la structure de ses romans. Elle pense que ces derniers doivent sortir des voies toutes tracées, à l’instar de la trame du Ministère du bonheur suprême (2017, Gallimard), qui se déroule en partie dans différents cimetières…

Interrogée sur son souhait que Mon refuge et mon orage soit « lu comme un roman car il n’a pas d’autre ambition », Arundhati Roy le qualifie comme les « mémoires d’une romancière ». Elle qualifie en outre la frontière entre fiction et réalité de « poreuse », ce qui a amené des membres de sa famille à se questionner pour savoir s’ils avaient servi de modèles à ses personnages. La relation avec sa mère, possessive et parfois violente, mais également capable de tendresse, a structuré une partie de sa vie. Arundhati Roy est en effet partie à dix-sept ans du foyer familial pour suivre des études d’architecture à New Delhi, et n’a pas revu sa mère pendant huit ans. Elle a cependant fini par la revoir quand cette dernière s’est engagée pour la réforme de la législation en matière d’héritage, inégalitaire envers les femmes. La violence que faisait subir sa mère à son frère, « comme s’il portait tous les péchés du monde », et cet engagement ultérieur, expliquent « l’ambivalence » que ressent Arundhati Roy vis-à-vis du féminisme. 

L’accent mis sur la complexité de ces relations personnelles entremêlées avec les engagements tranche avec le diagnostic que pose Mme Roy quant aux défis que rencontre la liberté intellectuelle et artistique en Inde sous le gouvernement nationaliste hindou de Narendra Modi, fréquemment épinglé pour de multiples violations des droits humains. S’ajoute une spécificité propre au sud de l’Inde : le Kerala, région dont Mme Roy est originaire, possède un taux élevé de scolarisation des filles et les chiffres d’extrême pauvreté les moins élevés du pays, de par l’influence conjuguée de décennies de gouvernance communiste et d’une importante minorité chrétienne qui a construit de nombreuses écoles. Cette situation est une exception indienne dans un pays à 80 % hindou et dirigé par les nationalistes hindous du BJP. Arundhati Roy explique avoir été plusieurs fois convoquée au tribunal pour ses livres, jugés inconvenants par certains, et avoir fait l’objet de vives critiques pour son opposition à la répression des dissidents politiques au Cachemire, aux projets de barrages hydroélectriques ou encore aux discriminations que subissent les populations aborigènes indiennes. Certains de ses amis ont été emprisonnés, mais elle refuse de cesser d’écrire. « La première prison est quand vous vous arrêtez d’écrire, la seconde est celle que l’État construit » clame-t-elle dans une formule marquante. 

Bien qu’elle doive manifester une nécessaire prudence face à cette situation politique complexe, elle n’en demeure pas moins percutante dans sa dénonciation du sexisme dont elle a fait les frais jusque dans sa fréquentation du milieu cinématographique et du système de castes. Ce dernier, fondé sur la hiérarchisation traditionnelle hindoue, régit encore nombre de rapports sociaux malgré son abolition officielle.

Enfin, interrogée sur le fait de savoir si l’écriture constitue un risque, a fortiori dans une société indienne pouvant y être rétive dans ses segments les plus traditionnels, elle répond qu’ « Écrire constitue un risque, mais un risque à prendre ». Nous sommes portés à lui donner raison. 

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À Sciences Po, Hubert Bonneau, un directeur général de la gendarmerie nationale face à de multiples défis https://www.lapeniche.net/a-sciences-po-hubert-bonneau-un-directeur-general-de-la-gendarmerie-nationale-face-a-de-multiples-defis/ Tue, 30 Sep 2025 07:20:14 +0000 https://www.lapeniche.net/?p=57021 Ce 15 septembre 2025, Sciences Po Défense et Stratégie a accueilli le directeur général de la gendarmerie nationale, Hubert Bonneau. Ce dernier, fort de son expérience comme commandant territorial de brigades et à la tête du groupe d’intervention de la gendarmerie nationale, a esquissé un panorama des défis auxquels la gendarmerie nationale est confrontée et des réponses qu’elle peut apporter.

Crédit photo : ministère de l’Intérieur.


L’amphithéâtre Eugène d’Eichthal est bien rempli, on y croise beaucoup d’étudiants de Sciences Po mais aussi de la Sorbonne et de l’Ecole militaire de Saint-Cyr, très bien habillés.

Hubert Bonneau, directeur général de la gendarmerie nationale depuis octobre 2024 et général d’armée, prend place. Pour son propos introductif, il a souligné plusieurs “marqueurs stratégiques” auxquels la France fait face. En premier lieu, l’aggravation des tensions internationales qui se caractérisent par une guerre hybride. Celle-ci, menée notamment par la Russie, est marquée par des actions de déstabilisation allant des cyberattaques aux tentatives de semer la discorde comme les têtes de cochon déposées devant des mosquées franciliennes. Face à cette situation, M. Bonneau recommande un renforcement du continuum sécurité défense.

En deuxième lieu, l’insécurité ressentie qui a selon lui “dépassé le stade du sentiment” avec une extension de la criminalité organisée, en particulier du narcotrafic. Le directeur de la gendarmerie a insisté sur un continuum croissant entre délinquance du quotidien et criminalité organisée, en prenant l’exemple de réseaux mafieux d’Europe de l’Est très structurés à l’origine de cambriolages en série. Une meilleure coordination entre gendarmerie et police est selon lui indispensable, “il faut que les maires et les gendarmes se parlent” nous dit-il. M. Bonneau préconise également un investissement plus important dans les maillons faibles de la gendarmerie comme les ports secondaires de la côte Atlantique vers lesquels se redéploie le narcotrafic, les grands ports étant davantage surveillés. 

Par ailleurs, il note un durcissement des contestations sur le territoire national, marqué par la part croissante des mineurs dans les phénomènes de radicalisation islamiste, une “montée en miroir” de l’ultragauche et de l’ultradroite, et des violences en marge des manifestations. Le cyber représente également un enjeu majeur pour la gendarmerie, puisque davantage d’escroqueries sont aujourd’hui commises en ligne que dans le monde physique, et que les rançons lors d’enlèvements sont demandées en cryptomonnaies, moins aisément traçables par les forces de l’ordre.

Le général a en outre évoqué le besoin de reconnaissance des gendarmes, qui se traduit par une demande de compréhension des défis en matière de procédure auxquels ils sont confrontés dans leur travail de police judiciaire et sur l’état général dégradé des casernes.

Pour conclure, M. Bonneau a rappelé l’importance de l’engagement. Il se félicite de l’augmentation du nombre de réservistes, qui atteint 38 000 membres avec une forte majorité de jeunes issus d’horizons divers, qui ne comptent pas forcément de gendarmes dans leur entourage.

L’occasion pour lui de souligner l’importance de la cohésion nationale : face aux menaces sécuritaires, “il faut se battre” dit-il, tout en rappelant que l’action de la gendarmerie s’inscrit dans un cadre juridique strict et protecteur des libertés (y compris pour l’interception de données numériques). Un message porteur de sens qui résonne avec la devise de la gendarmerie nationale, “Pour la patrie, l’honneur et le droit”. 

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La Politique Belge entre Consensus et Turbulences https://www.lapeniche.net/la-politique-belge-entre-consensus-et-turbulences/ Sat, 30 Nov 2024 17:11:47 +0000 https://www.lapeniche.net/?p=56646 Le 13 octobre dernier, des élections municipales ont eu lieu en Belgique. Le plat pays est toujours à la recherche d’un gouvernement fédéral. Éclairage sur l’actualité politique de ce pays où règne l’art du consensus mais qui n’échappe aux turbulences contemporaines, avec l’analyse de Bart Maddens, professeur de science politique au Voting and Democracy Research Group de la KU Leuven à Louvain, en Belgique.


Pour contexte, la Belgique est un État fédéral composé de trois régions : la Flandre néerlandophone, la Wallonie francophone et Bruxelles – Capitale. Les régions disposent de compétences étendues et exclusives. Au niveau fédéral, le parlement belge, bicaméral, est composé de députés appartenant aux groupes linguistiques francophones et néerlandophones. Depuis la fin des années 1960, la quasi-totalité des partis belges possèdent leur équivalent de part et d’autre de la frontière linguistique. Le système électoral est proportionnel, ce qui permet de prendre en compte les intérêts de chaque communauté, lesquelles disposent également d’un veto mutuel sur des lois leurs étant préjudiciables. La Belgique est ainsi considérée depuis les travaux fondateurs d’Arend Lijphart comme un modèle de démocratie de consensus.

Cependant, les négociations pour former des coalitions tant au niveau régional qu’au niveau fédéral peuvent être très longues : entre 2010 et 2011 la Belgique a passé 541 jours sans gouvernement fédéral, ou plus exactement avec un gouvernement exécutant les affaires courantes. C’est d’ailleurs à cette période que le professeur Bart Maddens a proposé une doctrine de gestion des négociations entre Flamands et Wallons, en s’appuyant sur le levier financier entre les deux régions, la Flandre étant notoirement plus riche, une telle proposition a fait couler de l’encre outre-Quiévrain où la conclusion d’accords gouvernementaux relève d’une alchimie bien huilée.

Selon Bart Maddens, les élections municipales du 13 octobre 2024 n’ont pas eu de conséquences négatives sur les négociations fédérales engagées après les législatives de juin dernier. « Les partis engagés dans les négociations ont bien réussi, et sont sortis renforcés des élections » nous indique-t-il. Cinq partis sont engagés dans les négociations pour la coalition Arizona (du nom des couleurs du drapeau de cet Etat américain) : les socialistes flamands (Vooruit), les chrétiens-démocrates flamands (CD&V), les centristes francophones (Les Engagés), les libéraux francophones (Mouvement Réformateur) et les nationalistes flamands (N-VA). Un point de blocage persiste au niveau fédéral « Vooruit est le seul parti de gauche dans la probable coalition, ils sont vulnérables aux critiques des syndicats et des socialistes francophones et poussent pour une taxe sur les plus-values dont le MR et la N-VA ne veulent pas entendre parler ».

Si les négociations fédérales semblent en bonne voie pour aboutir, la Belgique n’est pas épargnée par les convulsions politiques qui traversent l’Europe. L’extrême droite flamande du Vlaams Belang a obtenu en octobre sa première majorité dans un conseil municipal, dans la commune de Ninove. Un séisme à relativiser, selon M. Maddens « Il y a eu un soulagement en juin, le Vlaams Belang était donné premier parti de Flandre, et finalement ce n’est pas arrivé, l’essor du Vlaams Belang a été contenu et leur résultat provincial en octobre est resté en deçà de celui de juin [l’équivalent belge du département] ».

Malgré ce résultat, le cordon sanitaire dressé par les autres partis belges contre l’extrême droite a été maintenu. Une spécificité existe du côté francophone : le cordon médiatique. Les partis d’extrême droite, qui demeurent faibles en Wallonie, ne sont pas invités dans les médias depuis que le Vlaams Belang a fait une percée électorale en 1991. Selon Bart Maddens, un tel cordon ne peut fonctionner tant que l’extrême droite ne possède pas de sièges en Wallonie ou au niveau fédéral. « Que se passerait-il si les partis radicaux progressaient ? On peut se demander si ce cordon serait toujours légitime d’autant que certains demandent son application à la gauche radicale» indique Bart Maddens.

Interrogé sur la manière dont les Belges, habitués aux compromis et aux longues vacances du pouvoir, ont vécu la séquence politique française de dissolution de l’Assemblée nationale et de nomination de Michel Barnier, M. Maddens indique que les Belges sentent qu’ils ne « sont plus une île en Europe » en la matière. « L’instabilité politique touche maintenant la France, l’Allemagne, les Pays-Bas. Ce n’est pas une bonne nouvelle dans le contexte international actuel avec l’élection de Donald Trump et la guerre en Ukraine ». 

Les recettes institutionnelles belges pour surmonter les turbulences gouvernementales semblent non transposables en France du fait de l’absence de fédéralisme et d’une culture politique différente. Cependant, observer les dynamiques à l’œuvre au plat pays peut nous apprendre à forger des consensus fédérateurs et offrir un autre regard sur les soubresauts que connaît le paysage politique européen.

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Exposition “Sacrilège” : l’Etat et le sacré aux Archives nationales https://www.lapeniche.net/exposition-sacrilege-letat-et-le-sacre-aux-archives-nationales/ Tue, 30 Apr 2024 11:00:00 +0000 https://www.lapeniche.net/?p=56298 Les Archives nationales accueillent l’exposition Sacrilège ! L’Etat, les religions et le sacré. Cette exposition propose de revenir sur l’histoire des relations tumultueuses entre l’Etat et le sacré. Au cœur de cette histoire : la notion de sacrilège. Etymologiquement, le sacrilège est un acte offensant le caractère sacré d’un lieu, d’une pratique ou d’une personne. Le sacré, pour reprendre la définition qu’en donne Mircea Eliade, est un espace séparé du profane qui constitue le cadre habituel des relations sociales, pénétrer dans cet espace implique un respect particulier qui prend la forme de l’observation de rites spécifiques. Si le sacré renvoie inévitablement au religieux, l’exposition parvient à en souligner la grande diversité.

En premier lieu, le judaïsme et le christianisme élaborent dans leurs doctrines religieuses la condamnation du blasphème, c’est-à-dire l’insulte faite à Dieu, ce dernier est particulièrement développé par le catholicisme qui dans les premiers siècles est en lutte contre ce qu’il nomme les hérésies. Le pouvoir royal médiéval se légitime en affirmant sa source divine, que traduit la symbolique du sacre des rois de France à Reims, dans laquelle le monarque est réputé guérir des malades par l’imposition des mains selon la formule “le roi te touche, Dieu te guérit”. L’Etat récupère la notion de sacré pour étendre son pouvoir en réprimant la contestation par le crime de “lèse-majesté”. Cet usage politique de la notion de sacré se poursuit tout au long du Moyen-âge et de la Renaissance, et prend une tournure particulière lorsque sont commis les premiers régicides : le meurtre d’Henri III puis d’Henri IV au cours des guerres de Religion. 

Le développement de la Réforme protestante s’accompagne de l’essor d’un humanisme favorable à la tolérance religieuse et aux débuts de l’expression d’une pluralité politique remettant en cause la sacralité du pouvoir. Les Lumières se trouvent confrontés à ce qui est de plus en plus perçu comme un archaïsme, à l’image de l’exécution du chevalier De La Barre en 1766, coupable de ne pas avoir enlevé son chapeau au passage de Louis XV. Cet événement choque notamment Montesquieu. La Révolution française met fin à ce sacré royal, en supprimant les crimes de blasphème et lèse-majesté, et en imposant la constitution civile du clergé aux prêtres catholiques. A l’issue des fortes tensions révolutionnaires, Napoléon Bonaparte, alors premier consul, promulgue le Concordat en 1801, dans lequel l’Etat salarie les représentants des cultes en reconnaissant formellement leur existence. Ce système perdure au cours du XIXème siècle et s’applique y compris dans les colonies, comme le montrent les fiches de paie d’imams algériens dans les années 1860. 

La IIIème République constitue un tournant décisif pour les rapports entre l’Etat et le sacré par la loi de 1905 relative à la séparation des Eglises et de l’Etat, qui marque la naissance juridique et symbolique de la laïcité à la française. Se déploie en outre un sacré républicain. En constituent par exemple la fête nationale, les hommages nationaux et d’autres dimensions méconnues – comme l’existence d’un délit d’offense au chef de l’Etat créé par la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse, qui punit celle-ci de 45 000 euros d’amende, et qui fut abrogé en 2013. Cette sacralité républicaine reste cependant controversée, comme l’indique l’exposition. Elle fait l’objet de remises en cause symboliques comme siffler la Marseillaise lors d’un match de football voire plus violentes comme les dégradations commises sur l’Arc de Triomphe abritant la tombe du Soldat inconnu en marge d’une manifestation des gilets jaunes en décembre 2018. 

Mais c’est du côté de la laïcité que surgissent depuis les années 1980 de nouvelles tensions – ainsi des catholiques intégristes souhaitant empêcher la diffusion de films, des débats sur le port du voile dans les établissements scolaires à partir de l’“affaire de Creil” de 1989, et plus tragiquement les attentats islamistes liés aux caricatures du prophète Mahomet contre Charlie Hebdo en 2015 et l’assassinat du professeur Samuel Paty en 2020. Ces événements posent la question du rapport entre le respect des libertés de conscience, d’expression et les ressentis personnels des individus. Ces situations font l’objet de débats très vifs et passionnels. Si l’exposition ne tranche pas ces questions éminemment politiques, elle n’en donne pas moins des clés de lecture historiques pour comprendre l’évolution du rapport entre Etat et sacrilège. Des relations souvent faites de compromis évolutifs, pour articuler sinon spirituel et temporel, du moins différentes conceptions de ce qu’une société tente, dans un contexte spécifique – de sanctuariser.

Informations pratiques : exposition jusqu’au 1er juillet 2024. 60 rue des Francs-Bourgeois, Paris 4ème. Entrée gratuite. 

Crédits Photo : La mort de Socrate (condamné à s’empoisonner pour avoir porté atteinte aux dieux), par Jacques-Philippe-Joseph de Saint-Quentin, 1762. École nationale supérieure des Beaux-Arts. Beaux-arts de Paris / RMN- / Agence photo de la RMN-GP. Lepoint.fr 

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Vincent Strubel à Sciences Po : comment faire face aux menaces cyber ? https://www.lapeniche.net/vincent-strubel-a-sciences-po-comment-faire-face-aux-menaces-cyber/ Sat, 30 Mar 2024 19:39:39 +0000 https://www.lapeniche.net/?p=56249 Ce mercredi 6 mars 2024, Sciences Po Défense et Stratégie a reçu un invité de marque pour sa masterclass sur la cybersécurité : Vincent Strubel, directeur général de l’Agence nationale de sécurisation des systèmes d’information (ANSSI). Cette agence publique, fondée en 2009, vise à coordonner les politiques de cybersécurité des infrastructures publiques ou d’importance stratégique vitale.

M. Strubel a tout d’abord évoqué les menaces cyber pesant sur la France. Il en identifie deux principales : les États et le crime organisé. Certains États lancent en effet des cyberattaques de grande ampleur visant à déstabiliser une organisation ou un autre État (en rendant des pages web inaccessibles ou en procédant au chiffrage et vol de données par des rançongiciels), mais n’hésitent désormais plus à recourir au sabotage d’infrastructures Internet, une crainte amplifiée par la stratégie de confrontation russe dans le cyberespace depuis l’invasion de l’Ukraine. 

Deux événements sont ainsi particulièrement scrutés : les élections européennes du 9 juin prochain et les Jeux Olympiques de Paris. Quant au crime organisé, il consiste le plus souvent en des attaques par rançongiciel fréquentes et non ciblées visant à soutirer de l’argent aux entités attaquées, qu’il s’agisse d’entreprises privées ou d’hôpitaux publics. Strubel note une interpénétration croissante des méthodes de ces deux acteurs, qui implique selon lui une vigilance constante de la part des acteurs de la cybersécurité. 

Ensuite, le directeur de l’ANSSI a présenté les actions de son agence face à ces défis. En premier lieu, l’agence comporte des “cyber pompiers” envoyés après une cyberattaque pour analyser le déroulé du piratage pour parvenir si possible à remonter jusqu’à ses auteurs, processus prenant généralement plusieurs mois, et définir la réponse à apporter. L’ANSSI certifie également des opérateurs de cybersécurité afin de diffuser de bonnes pratiques, et mène des actions de formation auprès d’entreprises, mais aussi de plus en plus souvent dans l’enseignement secondaire et supérieur. L’ANSSI collabore également avec ses partenaires européens et américains dans le partage d’informations et la détection des menaces, un travail qui peut porter ses fruits comme l’a montré le récent démantèlement du site principal du groupe cybercriminel Lockbit. 

Interrogé sur les défis à relever, Vincent Strubel indique qu’il n y a pas de “solutions binaires aux dépendances”. 

“L’enjeu n’est pas forcément d’avoir un Google français” dit-il, soulignant la nécessité de renforcer plutôt la souveraineté dans les entreprises de cryptographie, qui jouent un rôle essentiel dans la compréhension et la réponse aux cyberattaques. Avec 650 agents, “l’ANSSI ne peut pas tout faire tout seul”. L’agence publique a cependant selon lui pour avantage de centraliser la coordination de l’action publique en matière de cybersécurité à l’inverse d’autres pays où ses missions sont éparpillées. 

L’essor de l’intelligence artificielle ne va pour lui pas changer radicalement la nature des menaces cyber, mais pose la question de la sécurité de l’IA et par l’IA : à la fois protéger les intelligences artificielles utilisées dans des secteurs critiques et saisir les innovations permettant d’améliorer la cybersécurité. En définitive, le directeur de l’ANSSI appelle à la lucidité face aux menaces cyber, tout en insistant sur la coopération entre Etats, entreprises et citoyens. 

Gouverner, c’est prévoir, y compris dans le cyberespace.

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