UNEF : coopte moi si tu peux

UNEF : coopte moi si tu peux

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L’UNEF, c’est l’ENA buissonière” affirmait Jean Baptiste Prévost, ancien président de l’UNEF, repris dans un article du Monde. Que ce soit au gouvernement, à l’Assemblée Nationale ou dans les cabinets ministériels, l’UNEF offre en effet à ses anciens leaders des perspectives de carrière politique tout à fait considérables.

A un point tel que lors du remaniement ministériel de mars 2014, le contingent des anciens énarques était moins important que celui des anciens de l’UNEF, représentés par Manuel Valls, Arnaud Montebourg, Jean-Yves Le Drian et Benoît Hamon.

La puissance des réseaux de l’organisation étudiante, et leur enchevêtrement avec ceux du PS pose question quant à l’indépendance du syndicat au niveau national. Car l’UNEF apparaît à bien des égards comme un tremplin vers le pouvoir pour la gauche socialiste, et ce y compris à SciencesPo.

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La “pouponnière” des futurs cadres socialistes

Ainsi, depuis que la gauche a entamé sa re-conquête du pouvoir au niveau local et national entre 2004 et 2012, les anciens de l’UNEF sont présents à tous les niveaux de l’Etat : le président de la République, le premier ministre, bon nombre de députés PS, trois présidents de région, cinq ministres. Le premier syndicat étudiant de France est une véritable “pouponnière politique” pour le PS selon les mots de Benoit Floc’h, journaliste au Monde.

Car l’UNEF –initialement apolitique– a progressivement développé une réelle consanguinité avec le Parti Socialiste. C’est à la fin des années 80 que la l’UNEF-ID (NDLR : l’un des produits de l’éclatement de l’UNEF de 1971, qui rassemblait toute la gauche non communiste, des trotskistes aux mitterrandiens) bascule et que les socialistes deviennent majoritaires au sein de la direction du syndicat. Ils sont alors emmenés par Jean-Christophe Cambadélis, l’ancien président du syndicat alors encore très influent et transfuge trotskiste qui décide de rejoindre les rangs du PS.

C’est ainsi que l’immense majorité des anciens responsables de l’UNEF-ID a fini par trouver un point de chute dans les sphère socialistes. Christophe Borgel, président de l’UNEF-ID entre 1988 et 1991 a ainsi fini secrétaire national du PS chargé de la vie des fédérations et des élections : il est aujourd’hui député. Son successeur Philippe Darriulat est conseiller municipal délégué du 18e arrondissement de Paris. Quant à Jean­ Baptiste Prévost, président de l’UNEF entre 2007 et 2011, il est aujourd’hui membre du cabinet de la ministre de l’enseignement supérieur, Geneviève Fioraso.

« Si, à l’UNEF comme au PS, tout le monde évoque «l’autonomie syndicale», tout le monde convient aussi que l’étanchéité entre le syndicat et le parti n’existe pas »

Paul Quinio, journaliste au Nouvel Observateur

Et les anciens de l’UNEF devenus apparatchiks socialistes ne résistent pas au plaisir de suivre de près leur ancienne pouponnière. La prise de pouvoir de William Martinet, l’actuel président de l’UNEF, n’aurait par exemple pas été possible sans les manoeuvres du député frondeur Pouria Amirshahi, ancien président de l’UNEF-ID, et soucieux de maintenir l’influence du courant Un Monde d’Avance (NDLR : aile gauche du PS, ayant signé la motion d’Hamon au Congrès de Reims de 2008) à l’UNEF.” William est chargé de faire en sorte que les organisations jeunesse restent dans le sillon du PS “ expliquait ainsi un cadre de l’UNEF aux Inrockuptibles.

Du coup,  pour Paul Quinio, journaliste au Nouvel Observateur “si, à l’UNEF comme au PS, tout le monde évoque «l’autonomie syndicale», tout le monde convient aussi que l’étanchéité entre le syndicat et le parti n’existe pas”. Ce n’est donc pas un hasard si en 2013, l’UNEF a perçu 90.000€ de la réserve parlementaire de trois députés PS, Pascal Cherki, Pouria Amirshahi et Mathieu Hanotin.

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Jean-Christophe Cambadélis a présidé l’Union nationale des étudiants de France – Indépendante et démocratique (UNEF-ID) de 1980 à 1984.

 

UNEF, PS, LMDE : des passerelles récurrentes

Ces exemples de passerelles entre l’UNEF et le PS  dépassent la simple similitude entre les perspectives de carrière de chacun : ils témoignent d’un système de cooptation plus large qui inclut en plus du PS et de l’UNEF, La Mutuelle des étudiants, la LMDE. Car aux élections de l’Assemblée Générale de la LMDE, l’UNEF est le seul syndicat qui présente des listes. Du coup, le syndicat s’arroge tous les postes d’administrateurs délégués de la mutuelle. En 2011, 13 administrateurs (tous issus de l’UNEF) se sont partagés 250 000 euros. Pis, la LMDE a signé des conventions réglementées avec des associations pour des motifs plus ou moins motivés : près de 200 000€ sont alloués à ces partenariats chaque année, la majorité de cette somme étant perçue par l’UNEF.

Si les largesses dont les militants de l’UNEF bénéficient ne sont pas contestées dans les faits à l’UNEF, Paul Bernardet, membre du bureau national, et ancien président de l’AGE SciencesPo note toutefois que “la LMDE est une mutuelle qui gère la moitié des étudiants affiliés à la sécurité sociale,  ce n’est donc pas rien. Or, les admnistrateurs sont payés au SMIC : j’aimerais qu’on me cite des entreprises  aussi importantes avec des dirigeants payés au SMIC”.  

Mais forcément, les passerelles entre l’UNEF, la LMDE et le PS sont légion : Carine Seiler, présidente de l’UNEF-ID de 1998 à 2001 est devenue présidente de la LMDE en 2001. Le secrétaire général administratif du PS Frédéric Bonnot a dirigé la LMDE de 2009 à 2012 et son son prédécesseur, Jérôme Saddier est devenu chef de cabinet de Benoît Hamon.  Quant à Alexandre Tortel, conseiller du groupe socialiste à l’Assemblée chargé du projet de loi sur le financement de la sécurité sociale, il était vice-président de la LMDE jusqu’en 2011…

« Les cadres de la LMDE sont souvent choisis sur des critères politiques (…) : c’est un point de chute pour de nombreux syndicalistes de l’UNEF »

Un ancien dirigeant d’une antenne régionale de la LMDE

« Les cadres de la LMDE sont souvent choisis sur des critères politiques. Tout le monde sait que la LMDE sert de point de chute pour de nombreux syndicalistes de l’UNEF. Ce ne sont pas des emplois fictifs. Ces gens viennent au bureau. Ils apportent un relationnel politique, mais techniquement et commercialement, ils ne sont pas à la hauteur » expliquait ainsi un ancien dirigeant d’une antenne régionale de la LMDE.

Sauf que son constat n’est qu’à moitié vrai : car parfois, les emplois attribués aux cadres de l’UNEF sont bel et biens fictifs, à l’image du cas de Laurence Rossignol, l’actuelle Secrétaire d’État chargée de la Famille et des Personnes âgées. Pendant 18 ans, elle a été salariée de la Mutuelle des étudiants (LMDE) et de son ancêtre la Mnef en tant que chargée d’études à la direction Santé et Prévention.

Or, l’UFC Que Choisir note que “la seule trace de son activité trouvée sur Internet est un rapport datant de 2006. Il s’agit d’un guide humoristique de 24 pages sur la sexualité des jeunes, où elle est mentionnée comme rédactrice en chef”. Des postes fictifs attribués aux cadres de l’UNEF et du PS qui ne sont pas sans rappeler le scandale de la Mnef à la fin des années 90 dans lequel Jean-Christophe Cambadélis  avait écopé de six mois de prison avec sursis et 20 000 euros d’amende. 

 Laurence Rossignol, l’actuelle Secrétaire d'État chargée de la Famille et des Personnes âgées. Pendant 18 ans, elle a été salariée de la Mutuelle des étudiants (LMDE) et de son ancêtre la Mnef en tant que chargée d’études à la direction Santé et Prévention.
Laurence Rossignol, l’actuelle Secrétaire d’État chargée de la Famille et des Personnes âgées. Pendant 18 ans, elle a été salariée de la Mutuelle des étudiants (LMDE) et de son ancêtre la Mnef en tant que chargée d’études à la direction Santé et Prévention.

L’UNEF SciencesPo, pourvoyeur de cadres PS

Et ce qui est vrai au niveau national, l’est aussi, parfois, pour l’UNEF SciencesPo; d’autant que la section sciencepiste est une AGE qui compte au niveau national. “Beaucoup de militants de l’AGE sont passés au bureau national. A l’Unef, il y a une très forte interpénétration entre le local et le national. Un président d’Unef SciencesPo, tous les samedis matins à 9h, il est au siège pour le SRP, le séminaire région parisienne donc il y a vraiment des liens forts avec le niveau national” explique ainsi Eve Robert, ancienne présidente de l’AGE SciencesPo.

Ainsi, Jean-Baptiste Prévost, président de l’UNEF entre 2007 et 2011 était l’ancien président de l’AGE SciencesPo, élu en 2005 au conseil de direction de SciencesPo. Récemment, les science pistes Paul Bernardet, Maria Cotora ou Damien Ramage ont également réussi à entrer au bureau national.

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Jean-Baptiste Prévost, président de l’UNEF entre 2007 et 2011 était l’ancien président de l’AGE SciencesPo, élu en 2005 au conseil de direction de SciencesPo

L’UNEF SciencesPo n’échappe donc pas à la règle : beaucoup d’anciens présidents de l’AGE ont entamé une carrière professionnelle dans des cercles proches du PS. C’est le cas d’Antoine Détourné, ancien président de l’AGE SciencesPo devenu ni plus ni moins que président du MJS national. Gwénolé Buck est aujourd’hui chef du bureau du budget du logement auprès de Sylvia Pinel au ministère du logement.

« Je trouve ça très bien que les gens fassent de la politique après l’UNEF, on ne va pas arrêter de s’engager quand on a son Master 2 ! »

Paul Bernardet, ancien président de l’AGE SciencesPo, membre du bureau national de l’UNEF

Quant à Maria Cotora, qui est restée trois ans au BN de l’UNEF, elle a été salariée du PS rue de Solférino. Raphaëlle Rémy-Leleu, ancienne présidente étudiante UNEF de la Commission paritaire a travaillé trois mois pour le député socialiste Christian Paul. Et Paul Bernardet, président de l’AGE l’an passé, a aussi effectué un stage dans le cabinet de Benoît Hamon, alors ministre délégué à l’Economie Sociale et Solidaire.

Paul Bernardet, l'ancien président de l'AGE Sciences Po, lors du forum des municipales Sciences Po TV. Photographie : Barnabé Tardieux.
Paul Bernardet, l’ancien président de l’AGE Sciences Po, lors du forum des municipales Sciences Po TV. Photographie : Barnabé Tardieux.

De là à voir des arrière-pensées utilitaristes chez les responsables de l’UNEF SciencesPo, il y a un pas que Paul Bernardet refuse de franchir. “Si tu veux vraiment faire carrière au PS, tu y vas direct, tu vas au MJS. L’UNEF, c’est épuisant comme organisation, c’est tellement sacrificiel comme engagement qu’il y a une sincérité qu’on ne peut pas contester. Et puis, quand tu n’es plus etudiant et que tu veux continuer de changer la vie des gens, c’est logique que tu aies une forte de chance de te retrouver au PS : c’est le plus grand parti de gauche en France. C’est un effet de structure. Je trouve ça très bien que les gens fassent de la politique après l’UNEF, on ne va pas arrêter de s’engager quand on a son Master 2 !

Logique, certes. Mais les trajectoires personnelles des anciens responsables de l’UNEF SciencesPo peuvent témoigner d’une réalité que “le syndicat indépendant de tous les étudiants” aime parfois occulter dans ses campagnes de communication pour les élections syndicales sciencepistes : l’UNEF est par ses affinités, ses valeurs et son histoire, un syndicat intrinsèquement de gauche, et pas moins à Sciences Po qu’ailleurs.

Dans la même catégorie : « Comprendre enfin les élections syndicales en 4 points » Ce jour dans l’année qu’évoque Victor Hugo est, à Sciences Po Paris, celui des élections syndicales. Mieux, il ne s’agit pas seulement d’un jour, mais de deux jours – les mardi 10 et mercredi 11 février – durant lesquels le peuple estudiantin de Sciences Po, dans tous les campus, par-delà les mers et les continents, se déplacera tout entier vers l’isoloir pour désigner ses représentants. . Lire la suite.

19 réflexions au sujet de “UNEF : coopte moi si tu peux”

  1. Prenons un exemple concret, simple, et efficace (kikoo novlangue creuse) pour « étudier » uniquement les anciens présidents de l’AGE depuis septembre 2007 (arbitrairement, je ne connais pas coeur le parcours des précédents)

    -Eve Robert septembre à décembre 2007 : passage dans le privé (maitrise d’oeuvre) puis ENA.
    -Gwendoline Lafarge janvier à juillet 2008: Natixis (vachement bolchévique comme occupation professionnelle)
    -Maria Cotora juillet à décembre 2008: engagement politique professionnelle
    -Manon Aubry décembre 2009 à juillet 2009 : divers ONG bizarroïdes puis depuis peu Oxfam (encore vachement une officine de la rue de Solfé…)
    -Arnaud Bontemps juillet 2009 à juillet 2010 : ENA
    -Louisa Acciari juillet 2010 à janvier 2011 : IFOP puis commission européenne puis doctorante à la LSE en sciences politique
    -Moi même : janvier 2011 septembre 2011: j’ai eu 9 mois de boulot dans des cabs de collectivité. je suis depuis peu dans un cabinet d’expertise comptable
    A partir de Paul (et sauf erreur de ma part) tous sont encore étudiants.

    Durant ma scolarité à Sciences Po, j’ai côtoyé 7 autres présidents d’AGE.
    Sur 7 qui ne sont plus étudiants à Sciences Po, seule Maria a fait de la politique un engagement professionnel.
    On est bien loin du sensationnalisme de l’auteur de l’article.

    • Les 2 précédents étant, si je n’abuse, Gwenolé Buck, ENA, et Virginie Battu, qui travaille au sur un poste technique au conseil de l’Europe sur les questions d’égalité femmes/hommes si j’en crois une rapide recherche internet.
      Par ailleurs notons que contrairement à ce que prétend l’inventaire à la Prévert d’anciens de l’UNEF Sciences Po dressé plus haut, Jean-Baptiste Prévost n’a jamais été président de l’AGE de Sciences Po. Si la personne qui a commis cette article connaissait effectivement l’histoire de l’UNEF elle le saurait. Une nouvelle erreur à son actif.

      (Au passage, sur les parcours des anciens de l’UNEF vue de façon un peu systémique, ce qui est la prétention de l’article, Robi Morder et le GERME en général c’est un « choya » plus scientifiquement étayé que Quino)

  2. C’est dommage cet article, à mon sens il y a matière à traiter un sujet intéressant, mais il passe complètement à travers, à cause d’approximations factuelles et d’un problème d’angle.
    Des questions de forme, d’abord. Des erreurs pointées par Gwenolé Buck, mais aussi des phrases qui interrogent le sens journalistique de l’auteur, des citations anonymes non sourcées et non vérifiées… mention spéciale à la méthodologie de l’UFC Que Choisir « je t’ai googlé tu n’existes pas ». Je viens de taper le nom de mon collègue de bureau, 25 ans de boîte au compteur, sur le site de mon entreprise : 0 référence. J’en conclus donc que je bosse avec un emploi fictif.
    Mais passons.

    La question de fond, c’est celle de l’UNEF comme creuset de l’engagement. Oui, l’UNEF est une école de l’engagement, oui, elle ouvre des portes. Mais ce n’est pas une société secrète qui se coopte dans tous les sens, et encore moins au bénéfice exclusif du PS.
    Durant mon passage à l’UNEF Sciences Po, j’ai constaté que :
    – la majorité des militants actifs (je ne parle même pas des adhérents) n’étaient pas adhérents à un parti politique
    – sur la minorité engagée, il y avait des gens au PRG, au PS, au PCF, au PG, à Ensemble!, à EELV, au NPA, et même un à LO. Et j’imagine qu’il y en a aujourd’hui qui sont à Nouvelle Donne.

    Et parmi les militants de l’UNEF, nombreux sont ceux qui cherchent à prolonger leur engagement au service du modèle de société qu’ils y ont défendus, de multiples manières, à Sciences Po puis en dehors :
    – en politique, donc, partout à gauche (et même ailleurs, le regretté Philippe Seguin était un ancien, par exemple)
    – dans le syndicalisme (CGT, CFDT, FO, Solidaires, UNSA)
    – dans des associations multiples : Genepi, RESF, LDH, ATTAC, associations de quartiers, AMAPs, associations féministes (GARçES, OLF), associations LGBT (mention spéciale à Nicolas Gougain, ex porte parole de l’Inter LGBT passé par le BN de l’UNEF)… A mon époque, on avait même (même !) un journaliste de laPéniche.net parmi nos militants.
    – en bossant dans l’ESS, de M. Sadier qui a été DG de la MNT, grosse mutuelle de fonctionnaires, avant de rejoindre le cabinet Hamon, à de multiples anciens en scop, fondations, mutuelles, associations…
    – ou en passant des concours pour « servir l’Etat ».

    Du coup, il faut relativiser l’ampleur du phénomène. Oui, l’UNEF mène parfois, minoritairement, à la politique. Depuis l’époque Antoine Detourné, il y a du avoir à vu de nez 300 militants actifs passés à l’UNEF Sciences Po. Si une poignée fait de la politique, ce n’est pas le cas de la majorité.
    Et surtout, Sciences Po mène aussi à la politique : il y a beaucoup plus d’élus ou de collaborateurs de cabinet issus de Sciences Po qui n’ont jamais mis les pieds à l’UNEF que d’anciens syndicalistes reconvertis. Rien que sur ma promo, je compte 3 ou 4 personnes en cabinet de ministre, dont 0 militant UNEF.
    Donc il faut éclairer le modèle : c’est normal pour des gens qui s’engagent pour un modèle de société de vouloir continuer à le faire en politique. C’est même plutôt sain. On rencontre des syndicalistes engagés en politique à gauche depuis plus de 100 ans, de Jaurès à Edouard Martin, comme on rencontre des entrepreneurs ou des exploitants agricoles qui s’engagent en politique à droite (Charles Begbeder d’une part, Christian Jacob de l’autre). Parce que l’engagement politique est le débouché de luttes et d’engagements sociaux, en France comme ailleurs (voir par exemple l’excellent film Pride, sorti récemment). C’est notamment pour ça que les partis politiques de gauche inscrivent l’obligation (théorique) d’adhésion à un syndicat dans leurs statuts (ce n’est à ma connaissance pas le cas à droite).

    Du coup, la minorité d’anciens de l’UNEF qui s’engage en politique est elle légitime ? Si elle est compétente, oui. Or, pour être un bon collaborateur politique, que faut-il ? Une connaissance des dossiers, et du sens politique. Le sens politique, tout bon syndicaliste l’a. La connaissance des dossiers, un ancien de l’UNEF l’a quand on parle éducation, enseignement, jeunesse. Un ancien étudiant l’a sur ses domaines d’études. Un ancien de Sciences Po l’a sur tout, parait-il. (A l’attention de la brigade du 1er degré : c’est une blagounette). D’ailleurs le nombre d’anciens de l’UNEF Sciences Po réussissant des concours administratifs pointus en est la preuve.
    Donc un syndicaliste étudiant cumule légitimité de terrain (« Il faut avoir de la terre sous ses chaussures », disait Mitterrand aux jeunes du PS avides de mandats) et légitimité « technique », surtout quand il sort de Sciences Po. C’est à mon sens beaucoup plus rassurant que la « Jeune garde » du président qui sent la naphtaline et les lambris dorés en couverture de l’Obs.

    Au final, dernier point : l’indépendance de la structure. Déjà, quand on retrouve dans la même organisation des gens issus de toute la gauche politique, cela assure des garde-fous. Ensuite, il me semble que l’UNEF a su depuis 2 ans et demi défendre les intérêts des étudiants quitte à s’opposer au gouvernement, sur le budget des facs, les aides sociales, l’affaire Léonarda, les APL, ou encore (spoiler, ça arrive bientôt) la réforme du CESEDA. Ce n’est pas, je pense, parce que ponctuellement, qques anciens de l’UNEF ont donné une petite partie de leur réserve parlementaire pour aider une organisation en situation financière précaire depuis le CPE (ça a couté beaucoup d’argent de sauver le droit du travail) que l’indépendance est remise en cause. Quand les corpos étudiantes sont financées par leurs députés locaux, idem. Quand la LDH touche des subventions de la ville de Paris, personne ne les taxe de courroie de transmission hidalgiste.

    Voilà ce que j’aurais aimé lire dans cet article, plutôt qu’une compilation de pointages du doigt et d’attaques ad hominem. Dommage.

    • Sur l’UFC Que Choisir, votre réponse est une accusation trop malhonnête pour que je me passe de commentaires : de quel droit les accusez vous de baser leurs propos sur une simple recherche Google ? Vous me reprochez de brasser de l’air mais j’aurais préféré que vous commenciez votre argumentaire par de l’air plutôt que par un mensonge.

      Ensuite, vous prétendez démonter les arguments de l’article parce que vous vous êtes aperçus que “la majorité des militants actifs (je ne parle même pas des adhérents) n’étaient pas adhérents à un parti politique”. Ok, très bien and so what ? Est-ce que ça remet en cause le fait que l’immense majorité des présidents de l’AGE ont fini dans des sphères proches de la gauche ? Non …

      Ensuite, vous faites un énorme raccourci : vous dites que l’UNEF n’accueille pas que des gens de gauche, à l’image de Philippe Seguin. C’est vrai, Philippe Séguin était à l’UNEF. Jean-Marie Le Pen aussi était à l’UNEF. Mais c’était avant les années 60, à une époque où l’UNEF est divisé entre deux grandes tendances : corporatisme et syndicalisme. Les AGE corporatistes ne sont pas politisées et se disent apolitiques. C’était le cas de la corpo de droit de Le Pen. Et de Séguin également.

      Enfin, nouvelle étape dans votre argumentaire en carton, vous dites qu’il “y a beaucoup plus d’élus ou de collaborateurs de cabinet issus de Sciences Po qui n’ont jamais mis les pieds à l’UNEF que d’anciens syndicalistes reconvertis. Rien que sur ma promo, je compte 3 ou 4 personnes en cabinet de ministre, dont 0 militant UNEF.”. Dois-je vous rappeler qu’il y a environ 20 militants UNEF par promo et 780 qui ne le sont pas ?

      Vous finissez en affirmant : “Voilà ce que j’aurais aimé lire dans cet article, plutôt qu’une compilation de pointages du doigt et d’attaques ad hominem. Dommage”. Ce que vous auriez aimé lire donc, ce sont des arguments fallacieux qui ignorent le principe de la proportion (#backinCE2), des remarques d’une ignorance assez consternante sur l’histoire de l’UNEF et des accusations tirées du chapeau sur la méthodologie de l’UFC Que Choisir. Trouvez vous un autre journal étudiant pour publier ce genre de choses.

      • Alors, point par point, avec moins de morgue et de dédain mal placé que celui dont vous faites preuve :
        – l’UFC Que Choisir s’appuie sur « une recherche sur le site internet de la mutuelle » pour montrer que Mme Rossignol serait un emploi fictif. J’amalgame en faisant référence à google, mais le fond est là. Une simple recherche sur le site ne suffit pas à savoir si les gens travaillent en entreprise ou pas. Comme je le disais, et je fondais mon argument sur du concret, merci de me lire, je l’ai fait pour plusieurs collègues comptant plus de 10 ans d’ancienneté de mon entreprise : RAS quasiment à chaque fois.
        – je vous reproche par ailleurs des choses sur la forme des accusations reprises à gauche/à droite dans votre article.
        – vous dites que l »immense majorité des présidents d’AGE se sont retrouvés dans des sphères proches de la gauche ». Vous en citez 4, dont 1 sur lequel vous faites erreur (M. Buck). Depuis M. Detourné, il y en a eu 12 ou 13 (j’en pers un peu le compte). Donc, « immense majorité », je ne crois pas.
        – Encore une fois, sur le fond de cet argument, je développe quelques éléments d’analyse sur le ressort d’engagement des gens après leur passage à l’UNEF qui, me semble-t-il, mérite un peu plus d’intérêt que le dédain.
        – Merci pour le cour d’histoire de l’UNEF, je maîtrise. Vous devriez relire la Charte de Grenoble pour situer un petit peu la démarche d’engagement que propose l’UNEF. Mais vous travestissez mon propos à votre profit. Je citais P. Seguin parce que c’est un nom connu. Il ne vous aura pas échappé si vous avez lu mon propos que je faisais référence à l’engagement des militants que j’ai connu, entre 2007 et 2012, donc à une période où les syndicalistes ont battu les corporatistes depuis fort longtemps. Et sur les gens que j’ai connu, les gens étaient majoritairement non engagé en politique, et pour la minorité engagée, se retrouvait de LO au Modem. Là encore, j’ai la prétention de fonder mon constat sur mon engagement à l’UNEF, et ma connaissance de mes camarades.
        – Concernant les rapports de proportion que vous évoquez, merci de me rappeler que les militants UNEF sont minoritaires dans une promo, je n’avais jamais remarqué… Je dis simplement que c’est fréquent, « tous engagements égaux par ailleurs », de retrouver des Sciences Pistes en cabinet politique, qu’ils soient issus de l’UNEF ou pas. A ce titre, l’engagement syndical préalable ou pas ne me parait pas statistiquement comme politiquement primordial pour expliquer ce phénomène. Et là encore, je fonde ce constat sur l’observation fine de ce qu’est devenu ma promo.

        Bref, vous éludez le fond de mon propos sur les ressorts d’engagement que l’UNEF façonne, pendant et après un parcours militant, et que je fonde, non pas sur du vent, mais sur des années d’engagement militant. Que vous considériez ça comme un point de vue non valable en dit long sur les a priori qui sont les vôtres. Par ailleurs, vous faites preuve d’une arrogance et d’un mépris pour vos commentateurs qui sont fort peu agréables, ce qui est fort dommage quand on essaie, à la différence de certains commentaires précédents, d’être constructif. Mais c’est votre choix de posture « journalistique », dont acte.
        Dommage que vous soyez loin de l’exemplarité journalistique, en reproduisant des citations anonymes, en ne sourçant pas les accusations que vous portez, et en ne reportant pas les éléments de réponse que les personnes mises en cause par les sources que vous utilisez comme par celles que vous nommez et demeurant en commentant certaines erreur factuelles ridicules.

  3. C’est quoi le plan de l’article ? « Partons d’un préjugé, trouvons tous les articles un peu sensationnalistes pour le confirmer (quitte à citer des articles complètement faux comme celui des Inrocks), et c’est parti pour le lancer de boules puantes ! »

    Ce travail est très en deçà de la rigueur intellectuelle et journalistique qu’on peut attendre d’un étudiant de Sciences Po. C’est un article de caniveau, basé quasi-uniquement sur de la paraphrase d’articles eux-mêmes sensationnalistes et parfois baclés, tirant des conclusions parfois erronées de leurs sources. Faire du ressassé de miasmes ne peut produire un résultat de qualité.

    C’est dommage, en partant de la question soulevée, on est en droit d’attendre un article d’un autre niveau, plus nuancé, plus précis, plus exact, d’autant que la littérature scientifique sur l’UNEF ne manque pas. Il suffit de quelques requêtes sur Cairn, Persée et Google pour trouver des travaux de recherche autrement plus solides et intéressants, dont certains portent sur des faits récents.

    • Un commentaire d’une vacuité assez désespérante : aucun reproche concret, que du vent. C’est assez malhonnête car il m’est du coup impossible de répondre quoi que ce soit vu le vide d’un tel argumentaire (qui n’en a que le nom).

  4. Par delà les erreurs factuelles que Gwenolé a rappelé plus haut (et ouais, certains font les 2 ENA, buissonnières et formelles), ce serait bien de remettre un peu la question en perspective :
    – combien de sciences pistes pas passés par l’UNEF en cabinets politiques divers et variés à gauche ? Réponse : beaucoup plus que les anciens syndicalistes.
    – combien d’anciens de l’UNEF sont devenus des responsables politiques par la suite ? Réponse : une minorité. Il y a aussi des militants syndicaux (CGT, CFDT, FO…), associatifs, des entrepreneurs, des fonctionnaires, bref, de tout.

    C’est rigolo comme article. Des jeunes s’engagent pour des valeurs syndicales, et trouvent un prolongement dans un parti politique (ou ailleurs, il y a des anciens de l’UNEF partout à gauche, coucou les camarades communistes, PGistes, écologistes, NPAistes, « nulle-part-istes »), et c’est mal ? D’un côté on veut que les syndicalistes étudiants arrêtent leur engagement à la fin de leurs études, de l’autre on se plaint que les entourages des politiques soient « hors sol » car n’ayant jamais milité… Do the maths.
    C’est pas du tout incohérent de se battre pour un projet de société dans un syndicat, et dans un parti si on veut, et dans une association si on veut. Moi, je milite syndicalement, dans des associations et je participe à des évènements organisés par des partis politiques quand ça m’intéresse. Ce qui compte, c’est de faire la différence entre les cadres pour en respecter l’autonomie. Mais quand les projets de société convergent, c’est normal de se retrouver sur des combats et des engagements communs (alerte argument d’autorité : coucou Jean Jaurès, syndicaliste de Carmaux passé en politique). D’ailleurs, les statuts du PS imposent à ses adhérents d’adhérer à un syndicat, parce qu’il est nécessaire pour le mouvement social que ses organisations soient fortes (en principe, hein, il y a malheureusement longtemps que ce n’est plus suivi comme obligation).

    (et petit post scriptum pour le « fagien de passage » : l’ancien président de la FAGE est devenu directement collaborateur parlementaire d’une élue PS et les 3/4 du BN de la génération précédente est au PG. Donc les leçons de morale, c’est « fais ton autocritique d’abord camarade. »).

  5. Qu’il est fameux de voir le ban et l’arrière ban des syndicalistes qui viennent poutrer l’article… Je découvre ce site et je me rends compte que le contenu de l’article est vrai et on le sait tous. L’UNEF est une pouponnière, l’intérêt supérieur de l’étudiant, tout le monde s’en branle à l’UNEF, l’important c’est de faire du chiffre. Il suffit de voir les syndicalistes sur les réseaux sociaux avant et après les élections nationales (CNOUS et CNESER) pour voir comment ces gens puent le mépris vis a vis des autres.

    Et ça ose se dire « apartisan et progressiste » au lieu d’admettre simplement que les UNEFiens sont gauchistes (parfois radicaux) et carriéristes. Tout simplement parce qu’être polarisé politiquement, ça fait perdre des voix aux élections.

    Commencez à assumer, a défaut d’être crédible, vous gagnerez au moins un peu en dignité.

  6. Bonjour,

    il m’a été signalé par mes réseaux obscurs que j’étais cité dans cet article sur les anciens dirigeants de l’UNEF.

    J’aimerais préciser que, si j’ai bien été jusqu’en août 2014, chef du bureau du budget du logement et de l’aménagement au Ministère du logement, je n’ai pas accédé à cette responsabilité par de quelconques réseaux souterrains, mais en passant le concours de l’Ecole Nationale d’Administration (version non-buissionière), et en en sortant moyennement classé.

    Il s’agit d’un poste de fonctionnaire, au sein d’une administration, à au moins quatre échelons hiérarchiques de la ministre (Ministre – cabinet – DG – Directeur – Sous-directeur – chef de bureau). Je n’ai d’ailleurs croisé Madame Duflot (EELV) qu’une seule fois, parmi 250 autres agents, lors de la galette des rois du ministère, et Madame Pinel (PRG) jamais.

    Cet article remettant en cause ma neutralité en tant que fonctionnaire, je souhaite qu’un correctif soit publié.

    Concernant le reste de l’article, je laisserai les personnes ciblées se manifester elles-mêmes, mais le travail journalistique me semble du même niveau.

    Gwenolé Buck

    PS : si vous avez des questions à me poser sur mon engagement syndical, faites-le directement. Vous avez mon adresse mail.

    • L’article n’affirme absolument pas que vous avez accédé à cette responsabilité par de quelconques réseaux souterrains. Dès lors, quel correctif voulez-vous exactement apporter ? Il me paraît délicat de corriger une phrase qui n’existe pas.

      Vous m’invitez par ailleurs à vous poser des questions sur votre engagement syndical directement par mail : mais je vous ai envoyé des messages laissés sans réponse, je regrette que vous n’ayez pas pris le temps d’y répondre.

      • Déjà, je vous ai expliqué que votre information était fausse, puisque j’ai quitté ce poste le 4 août 2014.

        Ensuite, je suid cité parmi ceux « ayant entamé une carrière professionnelle dans des cercles proches du PS », ce qui est rigoureusement faux.

        Déjà, ni Cécile Duflot (EELV), ni Sylvia Pinel (PRG) ne sont au PS.

        Ensuite, je suis fonctionnaire. Je travaille pour le Gouvernement. Dans mes stages ENA, j’ai successivement appliqué la politique européenne de David Cameron, puis la politique territoriale de Nicolas Sarkozy. On peut difficilement m’accuser de choisir par affinités politiques.

        Alors oui, un correctif, parce qu’en ce qui me concerne (notamment), cet article est mensonger, d’une part par ce qu’il dit, d’autre part par ce qu’il sous-entend.

        Je concluerai en soulignant que, normalement, quand on se plante comme ça, on s’excuse, au lieu de la ramener.

  7. Article intéressant mais qui pousse trop loin certaines associations. M. Buck, Mme Robert, et de nombreux autres anciens responsables de l’UNEF sont devenus fonctionnaires…en passant l’ENA.

    On peut associer certaines facilités à des affinités politiques (et c’est NORMAL) dans un cabinet. De la à suspecter ces énarques de ponts d’or, n’exagérons rien.

  8. Du coup, vous faites aussi un article sur tous nos ancien-ne-s responsables qui sont partis bosser dans le privé (dans des secteurs dits de « gauche », ou pas), sur celles et ceux qui ont continué un engagement associatif très fort, ou encore font de la politique ailleurs qu’au PS ?
    Ça fait un peu article facile, reprenant le marronnier de l’examen de parcours que font les journaux sur les cadres politiques. J’attends donc avec impatience l’article de la Péniche qui s’occupera du parcours des administrateurs de la FNSP. Je suis sûre que c’est bien plus croustillant.

    BTW : j’ai aussi fait un stage de 3 mois chez les Alumni Sciences Po et dans une collectivité dirigée par un communiste. Histoire de compléter mon profil linkedin.

    • On ne s’est pas amusé à faire une thèse ou un panorama du parcours de tous les anciens UNEF : un article a un angle, ce n’est pas un exposé de collégien avec un tableau à double entrée, non. Bien sur, sur 20 anciens présidents d’AGE, il n’y a pas 20 cadres à Solférino. Si c’est ce que votre commentaire voulait souligner, merci pour cette info renversante qui apporte un élément décisif pour l’article, je vais m’empresser de le rajouter.

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