Vie du campus

Un WEI sale, scandaleux, mais épique

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« Qu’attends-tu du Ouèye ? » demandais-je avant le départ en autobus à une sémillante jeune fille. « Sex, drugs & alcohol » beugla-t-elle sans grande surprise. Chaque école supérieure a ses grands rassemblements, ses instants de communion qui savent souder dans l’alcool et la bonne humeur ceux qui y vont, et marginaliser ceux qui n’y vont pas. A Assas, on s’intègre en buvant du litron estampillé Action Française, la cuvée du père Maurras. A l’IEP de Toulouse, peut-être se dessoude-t-on l’œsophage dans de la raclure de fond de tonneau frelatée. S’intégrer. S’intégrer dans une bande de demi-potes en compagnie desquels on s’intègre 5 grammes d’alcool par litre de sang contaminé par l’intégration malencontreuse dans l’organisme d’une maladie vénérienne.

« Le Week End d’Intégration, c’est LE grand évènement du début de l’année pour les premiers cycles ». J’étais décidé à me lever aux matines pour me procurer une place, quitte à devenir une mule à procurations. Car il a bien fallu s’extirper du lit aux aurores, s’engouffrer dans le Gymnase les yeux encore tout ensommeillés, et attendre. Attendre. Attendre. Deux longues heures d’une longue file d’attente. Passée la première heure, on se prend à rêver d’un chocosuisse, d’un câlin, d’un Prozac. La place réservée, il ne reste plus qu’à languir une dizaine de jours. Au programme de ce WEI, départ en bus le vendredi, arrivée dans la soirée en Charente-Maritime, installation dans les bungalows puis soirée déguisée sur le thème « Ce(ux) que vous ne serez jamais ». Samedi, Grandes Olympiades, puis biture du siècle pour l’élection de miss camping. Dimanche enfin, retour pépère vers la Ville Lumière.

Le jour tant attendu du départ vînt enfin. Le voyage fût long et arrosé, et la distribution des missels révéla qu’au-delà de la stature policée de l’étudiant de Sciences Po demeure un amical et chaleureux beauf moyen prompt à chanter « la Digue du Cul ». Le vacarme des turbines se mêla aux brames envinassés de dizaines de Parisiens quant le chauffeur annonça l’arrivée imminente au camping. Au terme de neuf heures de route, nous trouvâmes les locaux de l’IEP de Montendre-les-pins désertés par leurs occupants, trop lâches pour mener tels John Wayne à Fort Alamo un ultime mais vain baroud d’honneur. Nous prîmes place. Même les mineurs.

Le trajet avait semblé interminable, mais il eut au moins le mérite de faire débuter la soirée vers deux heures de l’après-midi, heure plus communément consacrée à la ronchonnade en conférence de microéconomie qu’à la pochetronade germanopratine. L’arrivée au camping se fit donc dans l’ambiance planante d’une soirée qui avait décollé huit heures auparavant, et c’est sous les auspices d’un DJ sponsorisé par Dizzee Rascal et dans un environnement bucolique que la faune du 27, travestie de pied en cap, déclara le WEI ouvert.

Le réveil contraint et forcé par les Fils de ce que vous voudrez à 6h30 du matin fût hardcore sur le beat et endolorit un peu plus encore un lendemain de fête déjà laborieux. Les Grandes Olympiades se déroulèrent néanmoins dans une atmosphère de bizutage ludique et bon enfant, à laquelle le CHU de Montendre-les-Pins contribua autant que les 2A. Les Marie Souillon du vendredi soir se firent Marie Trintignant du samedi après-midi à la faveur d’épreuves sportives qui brisèrent indistinctement doigts, poignets, bras, intégrité physique et morale.

« J’ai toujours voulu être danseuse, j’ai toujours voulu être chanteuse ou actrice, mais ce qui est sûr, c’est qu’avant tout je voulais être vue. » Ces paroles sont de Lady Gaga, et non d’une candidate Miss WEI, dont j’ai oublié le nom mais pas l’opulente poitrine. Les élections de miss et mister WEI constituèrent l’apothéose érotico éthylique du week-end. Un gros Bronx charentais. Sans vergogne, les lubriques aspirants miss/mister WEI se laissèrent aller à toutes les audaces au milieu du fracas des acclamations et des tentatives d’attouchement, l’assistance, à l’évidence conquise par la campagne, s’étant piquée d’aller taper sur le cul des vaches.

Usés par l’alcool, malmenés par le manque de sommeil, brutalisés par des 2A sous la houlette perverse d’un Ultra fétichiste, cassés par les Olympiades, nous n’étions plus, le dimanche matin, que le compost de notre fougue passée. Peu de choses cependant suffirent pour que, dans les bus du retour, ressuscita l’ambiance électrique du WEI. « Pécher c’est repartir » me confia au cours de la soirée déguisée un soulard en bure. Habemus Papam !

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