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Retour sur la conférence CNJE « Développement durable : marketing écolo ? »

Stand KPMG Le 5 novembre dernier, le Club Junior-Entreprises de la CNJE (Confédération Nationale des Juniors-Entreprises) avait décidé d’organiser une conférence sur le développement durable à Sciences Po. Le petit hall, regroupant les stands des partenaires CNJE (KPMG, Altran) et l’amphi Boutmy se sont vite remplis de jeunes business casual venant de grandes écoles de commerce, de communication et d’ingénieurs. Retour sur l’événement.

Après quelques mots de Charles Bret, Président de la CNJE et étudiant de l’ESC Toulouse sur la volonté de la CNJE de « promouvoir l’adoption de comportements responsables pour former les futurs managers », trois des partenaires en ont profité pour présenter leurs actions en matière de développement durable.
Sponsors CNJE Altran a prôné le développement durable « citoyen », par l’innovation et ses projets d’éco-conception ; KPMG a revendiqué une exemplarité en matière de développement durable au sein de son cabinet ainsi que des prestations d’audit et de conseil dans le domaine ; BNP Paribas, enfin, a insisté sur les aspects sociaux et sociétaux, par l’aide au micro crédit et les projets banlieue.

Le thème de la conférence, « Le développement durable : marketing écolo ? », semblait d’autant plus important que la crise financière préoccupe fortement les esprits aujourd’hui. Bien que le débat n’ait pas répondu à cette question initiale, il a été un moyen de sensibiliser une myriade d’étudiants de grandes écoles, pour la plupart de futurs managers et entrepreneurs, aux enjeux du développement durable, tout en rappelant que la crise est à la fois économique, sociale, écologique et énergétique.
Etaient présents pour débattre, Michèle Pappalardo, Commissaire générale au développement durable, Yves Cochet, député Vert et ancien Ministre de l’Ecologie et de l’Aménagement du Territoire et de l’Environnement et Claude Jeandron, Directeur adjoint du développement durable du groupe EDF.

Une nouvelle donne mondiale ?

Le débat s’est ouvert sur un concept qu’Yves Cochet affectionne particulièrement : la décroissance. Allant plus loin que le terme fourre-tout de développement durable, ce concept doit, selon le député, être accepté pour gérer un monde en récession et « promouvoir une nouvelle vision du monde ». Quelques bruissements dans la salle mais pas de vives réactions. M. Cochet a poursuivi en évoquant avec humour l’idée d’une « décroissance positive », en opposition à celle de « croissance négative » chère à Mme Lagarde. Quelques rires ont quand même fusé.

« La décroissance est un destin ! » lance alors M. Cochet, tentant de convaincre son auditoire qu’il va falloir évoluer avec cette idée.

Mme Pappalardo, sceptique par rapport à la notion de décroissance, a réagi sur un autre terrain, celui d’une meilleure consommation de nos ressources, en utilisant 40 à 50% d’énergie de moins tout en conservant le même mode de vie. Pour elle, une solution serait de découpler croissance et consommation de matières premières notamment.

Une gouvernance mondiale ?

Débat Tous les intervenants n’ont pu que s’accorder sur le fait qu’il faille une action internationale au delà du simple consensus actuel. M. Cochet a reconnu l’impact positif que peut avoir la récente élection de Barack Obama à la tête des Etats-Unis, notamment dans la préparation du sommet de Poznan qui doit élaborer une suite au Protocole de Kyoto dont l’échéance est fixée à 2012. Mme Pappalardo a par ailleurs insisté sur l’importance d’avoir des politiques équitables, notamment vis-à-vis des pays en développement, afin d’obtenir une action globale.

Les défis énergétiques futurs

C’est à ce moment-là du débat qu’est enfin intervenu M. Jeandron sur les défis auxquels EDF est confronté : la diminution des ressources, devenant de plus en plus chères, l’accès à l’énergie pour les populations qui en sont encore privées aujourd’hui, et le maintien de l’énergie à un prix raisonnable. Pour EDF, les réponses sont à trouver dans d’autres moyens de production d’énergie, non carbonés: les énergies renouvelables, certes, mais aussi le nucléaire, qui pourtant continue de faire débat. L’entreprise souhaite mettre l’accent sur la maîtrise des consommations d’énergie dans les logements et les bureaux, en rénovant 350 000 logements sur trois ans dont plus de 120 000 logements sociaux.

EDF a-t-elle alors vocation à devenir un « fournisseur d’économie d’énergie » dans dix ans ? Pour M. Jeandron, la réponse est claire : EDF ne devra pas seulement continuer à vendre de l’électricité mais de « l’éco-efficacité énergétique » à moyen terme, en privilégiant l’action sur le bâti, les maisons, l’urbanisation et les transports. Ce changement de vision n’est pas simple mais se veut en prise avec les changements actuels.

« Il va falloir changer de façon drastique nos consommations », reconnaît M. Jeandron.

La réaction d’Yves Cochet ne s’est pas faite attendre : les choix budgétaires à venir doivent être faits en fonction de la sobriété et de l’efficacité énergétique lance-t-il à son interlocuteur. Selon lui, EDF, par ses beaux discours, s’adonne à du « marketing sur le chauffage » alors qu’il ferait mieux d’investir dans l’isolation des maisons et les énergies renouvelables. Pris à parti, M. Jeandron n’a pas trouvé mieux que de se dédouaner en comparant la consommation énergétique par m2 par an de la France à celle de l’Allemagne, beaucoup plus élevée.

Grâce à un changement de sujet opéré par les modérateurs du débat, il en est venu à dresser un panorama des énergies les plus prometteuses en matière de développement durable : l’hydraulique, dont le potentiel de développement est cependant limité, l’éolien, dont le coût de production est compétitif mais le développement pas toujours bien accepté, le solaire qui coûte encore très cher aujourd’hui et l’énergie marine et la biomasse, aujourd’hui la plus consommée en France, notamment sous forme de bois de chauffage.

Sur le nucléaire, les avis divergent. EDF, dont la stratégie actuelle repose davantage sur le nucléaire que sur les énergies renouvelable, reconnaît que le risque d’accidents est fort en la matière, d’où la nécessité de renforcer les dispositifs de contrôle interne et externe. Sur la question des déchets nucléaires, le tri est aujourd’hui fait selon M. Jeandron, pour qui il n’y a donc « pas de problème de sûreté immédiat ». M. Cochet, que l’on attendait là encore au tournant, a répliqué que le nucléaire n’était pas la solution et qu’aucun investisseur n’allait parier sur le nucléaire dans le contexte actuel. Ce à quoi Mme Pappalardo a rétorqué qu’au contraire certains pays allaient tabler sur le nucléaire et qu’il fallait avant tout agir sur les émissions de gaz à effet de serre, qui ne risquent pas de diminuer au vu de l’engouement actuel de certains pays en développement pour le retour au charbon.

Le débat s’est achevé sur la possibilité de mettre en commun les avantages concurrentiels des entreprises en matière d’efficacité énergétique. Pour EDF, cela existe déjà pour la capture et la séquestration de carbone. Pour Mme Pappalardo, cela devra s’intensifier dans le bâtiment, avec l’aide des pouvoirs publics. Pour Yves Cochet, c’est avant tout la recherche qui doit être mise en commun, afin d’éviter des stratégies qu’il qualifie avec humour de « monopole à l’intérieur, monopoly à l’extérieur ». Inutile de préciser qui était de nouveau visé par cette formule finale.

Pour des vidéos et des photos, rendez-vous sur le site de Junior Consulting et celui du Club Junior-Entreprises.

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