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Opinion – Le temps est venu de se dire les choses.

Le temps est venu de se dire les choses. Il y eut la peine puis la colère. L’horreur musela le dicible. La mort de Samuel Paty nous oblige.

Une certaine gauche est coupable d’avoir abandonné son combat pour l’émancipation des individus. Elle a succombé à l’âge identitaire en valorisant les identités communautaires pour combler l’anomie ambiante. Elle mélange la lutte contre les discriminations et la lutte contre une idéologie politique. Elle infantilise nos concitoyens musulmans dans un statut victimaire. Cette gauche a cédé face à une menace majeure de notre temps.

L’islamisme politique a quatre composantes : le tablighisme, le salafisme, le djihâdisme et le frérisme. Chacun de ces courants se singularise mais ils se rejoignent sur deux points : la volonté de purifier l’islam par la mythification des temps du prophète et la volonté de créer une contre-société homogène composée de musulmans identiques. L’assassin présumé de Samuel Paty, Abdoullkhah Anzorov, se revendiquait du salafisme (de l’arabe السلف  : les ancêtres), courant religieux qui plaide pour un retour à l’islam des origines à travers l’allégeance à Dieu (Al-walaالولاء) et le rejet de tout ce qui n’est pas musulman (Al-bara البراء). Cette binarité découpe le réel en deux pôles distincts et structure l’existence du « bon » musulman. Notons toutefois qu’au vu des premiers éléments, Abdoullkhah Anzorov n’était en lien avec aucune organisation terroriste (Al Qaeda, État islamique…) : l’activisme d’un parent d’élève contre cet enseignant, relayé par des structures islamistes sur les réseaux sociaux, l’aurait convaincu de « passer à l’acte » pour laver l’image du prophète. Le professeur Bernard Rougier parle en ce sens d’un « terrorisme communautaire » pour souligner la nouveauté de cet attentat né d’une mobilisation militante.

Dans ces temps troublés, faisons preuve de clarté. Sur l’islamisme politique d’abord. L’islamisme est une idéologie politique totalitaire qui fantasme un musulman défenseur du « bien » dans un combat contre le « mal ». En langue arabe, il n’existe pas de terme pour désigner l’islamisme. En langue française, les chercheurs Jean-François Clément et Gilles Kepel popularisent ce terme dans les années 1980 : le premier dans son étude de la société marocaine et le second dans sa thèse sur les islamistes égyptiens. « Mal nommer un objet, c’est ajouter au malheur de ce monde » écrivait Camus. Faire la distinction entre la religion de millions de nos concitoyens et ce projet politique a une double vertu : elle protège nos concitoyens musulmans dans leur foi et permet de désigner l’ennemi. En ce sens, il est bon de rappeler que les républicains seront toujours aux côtés de leurs concitoyens musulmans victimes de discriminations, mais qu’ils refuseront toujours de parler d’islamophobie, terme ambivalent qui mélange la critique d’une religion (permise en France) avec la haine de ceux qui la pratiquent (telle qu’entretenue par l’extrême-droite). L’islamisme est notre ennemi et nous devrons lui mener une guerre sans relâche.

Pour ce faire, nous devrons mobiliser un tryptique sécuritaire, culturel et social. Sécuritaire d’abord, car les textes de lois existent dans la lutte contre les propos haineux dans l’espace public : garantissons-en l’application. Une réflexion sur les réseaux sociaux, eldorado des hurleurs anonymes, doit être engagée. La mobilisation des services de renseignements, le renforcement de la police de proximité, la fermeture des mosquées radicales, la surveillance et la dissolution de certaines structures islamistes : voilà la feuille de route. Mais s’attaquer aux écosystèmes islamistes ne suffira pas : une mobilisation culturelle et citoyenne est tout aussi importante.

Renforcement des heures d’éducation morale et civique (EMC), réaffirmation des piliers de notre liberté d’expression, amélioration des conditions de l’enseignement, formation adéquate des professeurs pour aborder les sujets qui « fâchent » et réforme de l’Observatoire de la laïcité pour en faire une vigie efficace. C’est une pensée authentiquement de gauche qui crée l’école gratuite, laïque et obligatoire en 1881-1882 pour lutter contre le conservatisme d’antan et faire naître des citoyens : « Le premier devoir d’une république est de faire des républicains, et l’on ne fait pas un républicain comme on fait un catholique. Pour faire un catholique, il suffit de lui imposer la vérité toute faite : la voilà, il n’a plus qu’à l’avaler. » Les mots de Ferdinand Buisson lors du congrès du Parti radical de 1903 nous rappellent qu’hier la pensée républicaine luttait contre la bigoterie catholique : il est à présent le temps de s’engager contre l’islamisme. Dans le même souci d’élever les individus vers la citoyenneté et d’en faire les maîtres de leurs esprits et de leurs corps.

La réponse sera enfin sociale car l’islamisme prospère sur un terreau fertile : la relégation. Désenclavement des banlieues, à l’image de la Seine-Saint-Denis premier désert médical de France, réflexion sur la mixité sociale, soutien au tissu associatif et extension des zones franches. C’est une réflexion sur les moyens et les possibilités offertes à nos concitoyens vivant dans certains territoires qu’il nous faut engager. C’est en ramenant la République dans tous nos quartiers que ses promesses pourront être tenues.

L’émoi suscité par l’assassinat de Samuel Paty doit céder la place à la mobilisation face à l’islamisme. Notre réponse devra s’appuyer sur l’État de droit et notre appartenance commune à la République dans le souci de refuser le dessein islamiste : la fracture de notre société.

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