De grands noms qui provoquent immanquablement une attente particulière. Et on ne pourra nier que le film est beau. Tony Kaye exploite bien sûr une bonne partie des possibilités offertes par sa caméra, jouant notamment de l’aspect documentaire que peut donner cette façon de faire parler Brody et de vrais professeurs seuls, face au public, ou bien de la rapidité de certaines scènes et des plans rapprochés sur les visages des protagonistes. Le personnage de Henry quant à lui est attachant – forcément -. Parachuté « là où il y a du travail », il parvient à se faire respecter sans trop de mal. On le suit plus loin, dans sa vie personnelle, où il lutte, toujours, comme un funambule qui tenterait d’équilibre ses sentiments pour les personnes qu’il côtoie et sa volonté de rester seul et secret. Il incarne en fait une espèce d’éthique de la chevalerie, de la noblesse dans son sens premier, allant jusqu’à recueillir une jeune prostituée pour tenter de la remettre sur les rails.

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Bien sûr, l’analyse se veut fine, s’attachant aussi bien au foutoir émotionnel des adolescents qui ne trouvent que l’insolence et la violence comme parade à leur peur du futur, qu’à l’incapacité patente des enseignants de fournir une réponse et un soutien à peu près valables à ces jeunes. Mais finalement, la caricature est trop grosse pour satisfaire le spectateur. Les parents, grands absents du film, se voient attribuer toute la responsabilité de cette perte de repère de la jeunesse américaine, tandis que Henry est l’incarnation des quelques héros qui se battent encore pour sauver la jeunesse. Mais c’est bien là que le scénario pêche. A trop jouer sur les contrastes entre les bons et les méchants, entre les réussites et ceux qui se plantent sans espoir de retour, le film s’embourbe, étouffe le spectateur et risque de le lasser.

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On ressort marqué, certes, choqué par le message communiqué une heure quarante de long. Mais aucun instant pour souffler n’est accordé. Et l’accumulation permanente finit par manquer son but : on quitte la salle avec un sentiment de trop, trop de violence, trop de larmes, trop d’incapacité, trop de désespoir et aucun moyen d’en sortir vraiment. Dommage, il y avait pourtant une tentative d’insuffler un peu d’espoir dans les dernières tirades de Brody.