Sans mentir, donc, sans pratiquement rien dire, en fait, Brandon flotte dans un océan d’indifférence, celle qu’il porte aux autres et celle qu’on semble lui porter. Son appartement, apologie du vide, trace le paradoxe de cette fausse pudeur. S’y promènent des corps nus – le sien pour commencer – et des prostituées, et puis soudain, une fille, Cissy, sa sœur en fait, mais même cela, il paraît hésiter à nous en informer. Le voilà qui se cache pour mater un porno. La honte, « shame », se dessine peu à peu, un poids sur sa conscience peut-être, au fur et à mesure que Cissy empiète sur son espace vital et s’approprie les lieux.
Leur lien fraternel ambigu mène à une fuite sans fin, Brandon a honte de sa sœur, honte de lui-même, honte d’avoir honte. Alors, il court et il baise.
Le sexe, au-delà de la seule motivation de Brandon, est la matière-même du film. La peau, partout, les gestes évocateurs, les gros plans. De la honte grandit une peur de l’addiction : mais la prégnance du seul sexe pour le sexe le bloque jusque dans ses tentatives d’aller « voir plus loin », dans le brouillard des sentiments. Unique rayon de soleil dans ce sombre tableau, le flirt avec une collègue ne fait que renforcer la honte. Honte d’un corps qui n’est pas d’accord.
Ce corps, splendide mais finalement éteint, c’est celui de Michael ‘cérébral mais pas que’ Fassbender. De son regard, tour à tour blasé ou illuminé par une nouvelle opportunité sexuelle, balaye le film de part en part en le fendant de gravité. Qu’il brûle de désir ou qu’il ne lâche qu’une larme, Fassbender habite la honte – sa performance, récompensée lors de la Mostra de Venise, est de loin la meilleure raison de voir Shame. A côté de lui, même la moue boudeuse et les extravagances de Carey Mulligan semblent de trop.
Dans l’écrin new-yorkais d’une photo épurée mais classe, soulignée par des airs de musique classique et des crescendos assourdissants, la honte de Brandon prend aux tripes. Steve McQueen renverse la situation en faisant du spectateur le voyeur de scènes crues et dures, où le silence prend toute sa place pour mieux faire résonner le vide. Des scènes où l’on se sent de trop, étranger à ces corps perdus, mal à l’aise face au vide et à la lenteur dans laquelle se complaît le réalisateur. Honteux de voir Brandon se débattre seul dans ses désirs inavouables et sa solitude sans rien dire, comme la foule anonyme qui ferme les yeux autour de lui.

Derniers commentaires
L'album de Lana Del Rey ne m'a pas déçu. Ce qui me déçoit c'est toute la promotion qui est faite autour d'elle. On la vend comme un vulgaire produit. Lana n'est pas à l'aise sur scène, malgré cela son…
~ Buzz l'éclair
Je ne suis pas d'accord. C'est un film qui tombe peu dans les nombreux stéréotypes qu'aurait pu créer un tel scénario. Une histoire d'amour avortée, des profs ni complètement dépassés ni tous…
~ fô
Vous critiquez sont analyse mais ce qu'il dit n'est pas complètement faux , il a dit quand même les points fort de l'album et les points faible malgré que je suis pas d'accord sur ce qu'il dit sur…
~ brice
Belle mais musicalement mauvaise...A te lire, elle aurait au moins la forme, si ce n'est le fond. On ne peut pas en dire autant de ton article, dépourvu de l'un et de l'autre.
~ "Naitre pour mourir, le titre est éminemment prémonitoire"
Excellente critique
~ Marc Aurèle