Amis de la poésie bonsoir ! Vous vous morfondez avec quelques amis un vendredi ou samedi soir ? Vous avez l’impression de perdre votre temps devant un drôle d’objet nommé Facebook ? Vous vous demandez si la vie vaut la peine d’être vécue ? Vous vous interrogez sur le sens de la vie et l‘importance du sur-moi dans le rapport de l’homme à la religion? Ne cherchez plus, le reporter de LaPéniche.net a ce qu’il vous faut ! Le RHPS est le remède à tous vos soucis. Je vois d’ici votre regard morne signifier son étonnement (on ne va tout même pas lever un sourcil, c’est bien trop fatiguant), quelques éclaircissements sont donc certainement les bienvenus.

Le Rocky Horror Picture Show est, comme son nom ne l’indique pas, une comédie musicale kitchissime, chef-d’œuvre du mauvais goût et de l’absurde, qui voit se trémousser sous vos yeux toute une palette de personnages pour le moins « exotiques », d’un Frankenstein bodybuildé gay à un chercheur ex-nazi en fauteuil roulant, d’un travesti transylvanien à un duo qui semble sorti tout droit de Star Trek. Alors que tout ce beau monde est en train de se déhancher sur des chansons aux paroles absurdes (car le film fait aussi karaoké) dans un manoir paumé en pleine forêt, un couple (interprété par Susan Sarandon et Barry Botswick), tombé comme par hasard en panne, débarque, trempé (et vous aussi !), au milieu de ce joyeux bordel. Ces jeunes fiancés, tout à fait droits dans leurs bottes, se verront au cours de la soirée initiés, entre autres, à l’adultère, au sujet plutôt « tendre Â» de la dégustation de chair humaine, apprendront à nager dans une piscine peinte par Michel-Ange (qui, comme tout le monde le sait, est une tortue ninja et non un obscur peintre florentin), démontreront leur talents de danseurs dans des costumes tout droit sorti du Moulin Rouge…

Bizarrement je sens que je ne vous convaincs pas là ! Rassurez-vous une projection du RHPS est tout sauf une séance de cinéma banale. Le film, sorti en 1975, a connu un bide monumental, ce qui est assez compréhensible, et l’histoire aurait pu s’arrêter là, le laissant rejoindre un nombre incalculable de navets dans l’oubli. Simplement le destin (ou la nature, pour les éventuels lecteurs hégéliens de cet article) en a voulu autrement : un cinéma de New York a commencé à le projeter en séance de minuit et de fil en aiguille le Rocky est devenu un film culte, objet d’un véritable engouement à travers le monde entier. Engouement ? Le mot est faible, « adoration Â» serait certainement plus juste : des congrès mondiaux de fans du RHPS Show se tiennent aux quatre coins du monde.

En France le film est projeté invariablement aux mêmes séances (les vendredi et samedi soir à 22h10) depuis près de trente ans au studio Galande à Saint Michel. Les séances sont animées par deux troupes différentes : les Irrational Masters le vendredi soir et The Sweet Tranvestites le samedi soir ; autant dire bonnet blanc et blanc bonnet mais s’il fallait vraiment choisir allez plutôt voir les premiers qui ont l’avantage de faire plus participer le public, avec eux ne vous étonnez pas de vous retrouver à faire la chenille dans le cinéma et autres danses des canards. La séance, animée par ces clubs de fans qui connaissent le film sur le bout des doigts et le détournent allégrement de façon plus ou moins raffinée, est l’occasion d’un immense chahut agrémenté de volées de poignées de riz (pour les mariages) et de gerbes d’eau (révélation : la pluie ça mouille). Ce qui ce passe à l’écran se passe donc aussi dans la salle, même le Futuroscope n’est pas encore arrivé à ce stade de la technologie !

Quelques conseils sont bons à prendre pour les puceaux (comprendre les « non-initiés ») :

• Venir armé : 1 gros paquet de riz et une bouteille d’un litre ne seront pas de trop pour rendre le film encore plus « vivant Â» pour les voisins

• Se doter d’un solide sens de l’humour : prendre le film au sérieux risque d’entraîner un départ prématuré avant même le début de la séance

• Ne pas y aller pour un premier rencard sauf si l’on souhaite vraiment gâcher instantanément toutes ses chances de conclure (ou d’avoir une ouverture, selon les goûts)

• Prendre des vêtements qui ne craignent rien (les minets devront, dans un moment digne des plus grandes tragédies, laisser le polo Ralph Lauren, normalement porté nonchalamment sur les épaules, au placard)

• Ne pas mettre de sous-vêtements ridicules car ils ont près de 63,07% de chances d’être aperçus des autres spectateurs de la salle (source : INSEE)

• Savoir chanter faux

Accumuler des dossiers sur vos voisins ; saisir le sens de la vie, à savoir faire la fête ; chanter des chansons sans queue ni tête ; comprendre que les blondes sont effectivement des cas désespérés ; découvrir de nouveaux horizons…Le Rocky est tout cela à la fois, vous n’oublierez pas de sitôt ce moment de rigolade. Un événement à faire au moins une fois dans sa vie étudiante !

PS : le rédacteur n’est pas vénal, son enthousiasme n’est donc pas simulé