Vie du campus

Lighting a Billion Lives : une idée lumineuse

Entre les théories économiques, le droit administratif et l’histoire, quelles sont les véritables compétences professionnelles des étudiants de Sciences Po, appelés à devenir les personnalités de demain ? L’entrée en Master les rapproche dangereusement de la sortie, du monde réel, de la vie active : aussi le « projet collectif », dénomination obscure pour une tâche bien concrète, est-il là pour leur offrir une expérience inédite de gestion en collaboration avec une institution publique « commanditaire », mettant ainsi à l’épreuve des connaissances que l’on juge souvent obsolètes ou inadaptées, accumulées pendant trois intenses années d’études. Dans le cadre d’un cours, les élèves par groupe de quatre à six vont, pendant un an, renforcer un esprit d’équipe et une créativité chère au monde de l’entreprise, s’engageant dans un projet fructueux, défendant une cause qui leur est chère.

article_LBL_.png

Lighting a Billion Lives constitue l’un de ces exemples d’engagement auquel participe Edwin ainsi que trois autres élèves de 4A. On l’aura compris, LaBL a pour objectif d’illuminer des vies ; mais il ne s’agit pas de nos vies d’étudiants, s’instruisant le soir, à la lueur d’une bougie, dans des manuels poussiéreux. Aussi, en quoi consiste ce projet? D’où vient-il ? Comment fonctionne-t-il ? Quels sont, à terme, ses objectifs ?

Qu’est ce que LaBL ?

Revenons en au commencement, où il n’y avait rien, puis à TERI, qui fut quelque chose : The Energy and Resources Institute, groupe indien reconnu internationalement, est la mère de LaBL. Ayant été chargée par l’ONU d’effectuer des recommandations en matière de politique environnementale, l’ONG a créé en 2007 Lighting a Million Lives, rapidement devenu Lighting a Billion Lives, car il faut toujours de l’ambition, et pour cause : touchant en 2008 quelques deux cents foyers indiens, le projet illumine désormais près de deux cents villages soit un total de dix mille foyers. A l’origine national, le projet prend vite une tournure internationale : la branche qui concerne Edwin est centrée sur le Niger.

D’où vient le projet ?

A l’origine de la participation d’Edwin, il y a sa camarade, Astria, partie l’année dernière pour effectuer un stage où elle a pu connaître le projet LaBL : son talent oratoire, ou plutôt ses qualités de persuasion, ne sont pas à récuser puisqu’elle a su convaincre assez rapidement ses camarades dont la motivation scolaire évidente était cependant amoindrie par l’absence de crédits pour ce projet : quotas remplis oblige, le bénévolat était de mise.

Quels en sont les objectifs?

Les enjeux de LaBL se déclinent en trois points : il s’agit d’approvisionner de petits villages en électricité, en diminuant tout d’abord les coûts d’importation, en évitant ensuite les problèmes environnementaux et enfin, en assurant une meilleure santé aux villageois, plus habitués à s’éclairer avec du kérosène néfaste. Dans les villages, une entrepreneuse se charge de la gestion et de la distribution de l’électricité, produite localement. LaBL l’aide en lui fournissant une annexe dans laquelle les lampes peuvent se recharger grâce à un système de panneaux solaires : dès lors, les villageois peuvent louer les lampes et payer les recharges, et l’entrepreneuse constitue la garante du bon fonctionnement du système en tenant les comptes : l’argent dégagé par LaBL reste ainsi dans le village et n’est pas récupéré.

Des contraintes multiples

Un projet idéal donc, mais dont la réussite ne constitue pas encore un acquis : des conditions financières, matérielles et de personnels doivent être remplies. C’est pourquoi le voyage au Niger, à Noël, d’Edwin et de ses camarades cristallise leurs aspirations de voir l’évolution du projet en marche, après le voyage déterminant d’Astria l’été dernier qui a permis de sélectionner des villages.

En ce qui concerne le financement, l’expérience d’Astria, qui a déjà effectué des levées de fonds, se révèle précieuse : l’éclairage de cinquante villages nécessite en effet près de trois cent mille euros. Car si les quatre élèves de sciences po travaillent bénévolement, rémunérés de satisfaction personnelle et d’heures de travail enrichissantes, d’autres employés locaux sont payés par la fondation.

De plus, le risque de corruption existe. La nécessité de l’engagement d’Edwin et de ses camarades réside dans la présentation du projet qui facilite un accord tacite de respect entre les habitants. Grace à un questionnaire proposé aux villageois, dans lequel on leur propose deux modèles de lampes, les intervenants renforcent leur implication. Mais il s’agit aussi de motiver les différents niveaux de pouvoirs de telle sorte que les « chefs », qui pourraient légitimement s’accorder des privilèges, ne le souhaitent pas. Pour autant, le projet n’a pas l’ambition de s’élever au niveau politique : à l’origine, il fallait, bien sûr, un accord des autorités. Mais l’objectif du projet n’est pas de remplacer l’Etat en l’attaquant, en le remettant en cause, mais plutôt de pallier ses défauts dans un but purement humanitaire.

Lighting a Billion Lives constitue donc un bel exemple de projet collectif motivant et enrichissant qui permet aux élèves de sciences Po de découvrir la réalité du monde. Enivré d’un désir « d’aller au fond des choses », Edwin, comme ses camarades, attend avec impatience le voyage de Noël, l’occasion pour lui « d’être sur place, de voir comment cela avance ». S’il n’a pas pour aspiration de travailler dans le développement toute sa vie, ce projet se révèle intéressant dans la mesure où il rend compte des faiblesses du politique et de la nécessité de l’existence de groupes tels que Labl.

Mais plus encore, son application pratique nous fait rêver à des réussites décisives, des évolutions sociales conséquentes et à une durable modification des conditions de vies des habitants. Un espoir est né, dans ces villages désormais illuminés, où, rimant au milieu des ombres fantastiques, ils attendent tranquillement la venue du jour…

6 Comments

Répondre à toutoune Annuler la réponse

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.