Vie du campus

Junior Consulting – ou comment Sciences Po fait des infidélités à l’ENA

« Junior Consulting : au service de vos ambitions », jeune homme en costume gris sur la photo avec le sigle de Sciences Po en flou – avouez que cela fait envie. Junior Consulting est la Junior-entreprise de Sciences Po, créée en 1980. Les Junior-entreprises ont le vent en poupe depuis quelques années, crise oblige notamment. Créées et dirigées par les étudiants dans de nombreuses écoles – et même certaines universités – elles permettent à ces étudiants de découvrir in vivo le monde entrepreneurial, de se servir de ce qu’ils ont appris, de gagner de l’argent en réalisant les missions, et d’ajouter une ligne en plus à leur CV. Du côté des écoles, le dynamisme de leurs Junior-entreprises témoigne de l’esprit d’entreprise de leurs étudiants, de la qualité de leur formation, et permet de promouvoir leur marque plus largement encore. Un système win-win donc.

Une Junior entreprise à Sciences Po ?

Qu’en est-il du cas Sciences Po ? Les Junior-entreprises ont longtemps été la chasse gardée des écoles d’ingénieur et des écoles de commerce, directement concernées par les relations avec les entreprises. Sciences Po, succursale de l’ENA peut-il succomber aux attraits de l’entrepreunariat ?
A cet égard, la création de la Junior-entreprise de Sciences Po dans les années 1980 est symptomatique du changement d’orientation de l’IEP : diversification des cursus, ouverture du master Finance et Stratégie, du master Communication, et détachement progressif de la seule préparation aux concours administratifs. Junior entreprise qui bénéficiera donc du soutien de l’administration, et de Richard Descoings en particulier. Ainsi, Junior Consulting est situé dans des locaux prêtés par l’administration au 84 rue de Grenelle. De même, l’association est une association permanente, ce qui lui assure une certaine pérennité.

Junior Consulting : qui, quoi ?

La Junior-entreprise de Sciences Po est scindée en deux. D’une part, l’équipe permanente chargée de gérer l’association, 23 membres qui se relaient notamment pour prendre les appels des clients entre 10h et 19h. Ces membres, pour la plupart en master, sont bénévoles – même si faire partie de cette association est un bon point pour la future trajectoire professionnelle. Quelques étudiants de 1ère et de 2nde année s’occupent également de la prospection locale dans chacun des campus délocalisés. D’autre part, des étudiants « réalisateurs » sont recrutés au gré des missions : la plupart sont en master, spécialisation et professionnalisation oblige, et sont chargés de réaliser les missions attribuées par le bureau. Ces étudiants sont sélectionnés via un CV à fournir et un entretien à passer avec le responsable de mission de Junior Consulting. Leur rémunération varie ensuite grandement : sur son site, Junior Consulting annonce entre 80 et 200€ par jour de mission, le temps de travail nécessaire étant évalué par le responsable de mission. Sur un an, ce sont environ 150 étudiants qui réalisent la soixantaine de missions de Junior Consulting.

Quelles missions ?

Les missions décrochées par Junior-Consulting sont reparties au sein de l’un des 5 pôles, « Finance, stratégie & entrepreunariat », « Ressources humaines », « Développement durable », « Action & Politiques publiques » et « Marketing & Communication ». C’est ce dernier pôle qui est le plus actif – et les masters Communication et de Finance et Stratégie sont particulièrement sollicités. Mais ces domaines ne sont pas exclusifs. Ainsi, l’antenne de Reims est par exemple chargée de réaliser une étude de marché sur les bouchons pour une maison de champagne de la région.

GRAPHIQUE

Quels résultats ?

Le chiffre d’affaires a fini en légère baisse en 2011 (-2,8%), à 243.000€.

GRAPHIQUE

Néanmoins, par rapport aux autres Junior-entreprises, celle de Sciences Po est plutôt bien placée : elle a été désignée parmi les 30 meilleures Junior-entreprises membres de la Confédération des Junior-entreprises françaises en 2012, mais sans obtenir le prix d’excellence. Ce classement reflète bien la position de Junior Consulting : dans le peloton de tête, mais encore dépassée par certaines Junior-entreprises d’écoles de commerce en terme de prestige et de satisfaction client.
Par ailleurs, Junior Consulting s’est doté d’un fond, d’un montant égal à 5% de son chiffre d’affaire pour que des associations «portant des projets d’intérêt général» puissent faire appel à l’association – une démarche «pro bono», c’est-à-dire pour l’intérêt général, démarche unique dans le monde des Junior-entreprises à ce jour.

GRAPHIQUE

Sciences Po, une business school ? Junior Consulting connaît une montée en puissance depuis 2008, aidé peut être par la crise économique – les coûts pour une entreprise sont 2 à 3 fois moins élevés que si elle avait recours à une autre entreprise non «junior». L’association va d’ailleurs lancer une grande campagne de recrutement pour 2013-2014, pour toucher encore plus de membres. Les étudiants sollicités sont relativement nombreux, ce qui leur permet d’apercevoir le monde de l’entreprise tout en les aidant à payer leurs couteux masters/loyers/soirées au choix. Incitation au pantouflage dites vous ? Junior Consulting recrutant majoritairement parmi les élèves des masters Communication ou Finance et Stratégie, on pourra pour le moment faire taire les mauvaises langues.

3 Comments

  • Mouss

    hop, encore un petit article où on se fait mousser. Il faut savoir que Sciences Po est très (trop?) généraliste, et que sans 3ème cycle, ça ne vaut pas grand chose.

    J’en veux pour preuve le rapport du directeur de jury de l’ENA en 2010 qui se plaignait de recevoir beaucoup candidats stéréotypés, sans personnalités, et sans aucune compétence technique ni opérationnelles, et qui n’hésitait pas à corréler ça au fait qu’une majeure partie d’entre eux étaient issus de Sciences Po.

    Par ailleurs, ce ne sont pas les terminales péteux qui s’appuient sur les statistiques de l’école pour justifier de leurs prétendues compétences intellectuelles, qui forment les bataillons de Sciences Po qui intégrent l’ENA. En effet, ceux qui réussissent et qui viennent de Sciences Po sont majoritairement issus du master Affaires Publiques, souvent trusté par les étudiants d’écoles vraiment sélectives et formatrices, que ce soit en commerce (Hec, ESSEC) ou en ingé (X, Mines, Centrale).

    Finalement, le jeune terminale qui entre à Sciences Po dès le début, et qui en sort sans troisième cycle professionnalisant (une majeure partie d’entre eux), se retrouve bien souvent à piger des articles dont le niveau d’analyse rejoint celui du Figaro que ministre.

    Pour finir, j’inviterais beaucoup des rédacteurs de ce blog à méditer cette belle maxime de La Bruyère : « A quelques uns, l’arrogance tient lieu de grandeur; l’inhumanité de fermeté, et la fourberie, d’esprit ». Concentrez vous sur la première partie de la phrase si vous ne vous sentez pas de tout appréhender d’un coup.

    Amicalement,

    Un ancien de chez vous

  • Pepeto

    « Des infidélités à l’ENA »..
    « Sciences Po, succursale de l’ENA peut-il succomber aux attraits de l’entrepreunariat ? »
    Nan mais allo quoi .. Tu crois être en 1960 ?

    Ouvre les yeux mecs, Sciences Po aujourd’hui c’est 20 Masters, 1800 diplômés par promo, et 10 étudiants par an qui rentrent à l’ENA, 20-25 à tout casser en comptant les prep’ENA ..

  • Paul-Emile Victor

    Outre la piètre qualité d’ensemble, je suis interloqué par le manque de pertinence de la réflexion menée et la méconnaissance manifeste du sujet.
    A revoir.

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