La Péniche http://www.lapeniche.net Le Journal Étudiant de Sciences Po Fri, 07 Aug 2026 14:50:15 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=6.9.9 http://www.lapeniche.net/wp-content/uploads/2022/08/cropped-Bitmap-32x32.png La Péniche http://www.lapeniche.net 32 32 Pourquoi L’Odyssée de Christopher Nolan est le meilleur film de l’année (pour l’instant) ? (critique) http://www.lapeniche.net/pourquoi-lodyssee-de-christopher-nolan-est-le-meilleur-film-de-lannee-pour-linstant-critique/ Fri, 07 Aug 2026 14:49:35 +0000 https://www.lapeniche.net/?p=57476 Après trois ans d’attente, il est enfin là. Le maître du blockbuster d’auteur, Sir Christopher Nolan, s’attaque à l’une des œuvres fondatrices de l’humanité, L’Odyssée d’Homère. Un retour aussi attendu que redouté. Aujourd’hui, les avis semblent unanimes. Pourtant, rien n’était gagné d’avance. Le projet paraissait presque impossible à réussir et, aussi admiratif de Nolan que je puisse être, j’avais moi-même de sérieux doutes sur sa capacité à relever un tel défi. Il nous a finalement tous donné tort.

Image : L’Odyssée.


Contrairement à mes précédentes critiques, j’ai envie de commencer par expliquer d’où je parle. Pourquoi Christopher Nolan est un cinéaste aussi important pour moi ? Pourquoi chacun de ses films est presque un rendez-vous sacré ? Pourquoi j’ai acheté (oui, des gens font encore ça) la quasi-totalité de sa filmographie en Blu-ray ? Et surtout, pourquoi L’Odyssée était probablement le film de sa carrière qui m’inquiétait le plus ? Cette critique sera donc plus personnelle que d’habitude. Elle ne prétend pas être objective, bien qu’aucune critique ne le soit vraiment. Elle est avant tout le récit des attentes, des craintes et des émotions d’un cinéphile passionné par cet auteur et par ses projets. Il me semblait donc indispensable de parler d’abord de la relation que j’entretiens avec ce réalisateur.

Le premier film de Christopher Nolan que j’ai découvert était Le Prestige (2006), un film réalisé entre les deux premiers volets de sa trilogie du Dark Knight (2005-2012). Un choix assez inattendu, tant il ne s’agit pas de son œuvre la plus populaire, et c’est bien dommage. Encore aujourd’hui, je considère Le Prestige comme l’un de ses plus grands films. C’est le premier long métrage qui m’a véritablement retourné le cerveau, celui qui m’a fait comprendre qu’un film pouvait continuer à vivre dans notre tête longtemps après le générique. J’ai ensuite enchaîné avec la trilogie The Dark Knight (2005-2012), Inception (2010), Memento (2000), puis toute sa filmographie. Mais ce qui est intéressant, c’est que Nolan ne m’a pas seulement donné envie de voir des films de Nolan. En découvrant ses influences, comme Stanley Kubrick, Michael Mann ou encore Ridley Scott, j’ai eu envie de remonter le fil. Puis de découvrir les cinéastes qui avaient inspiré ces réalisateurs, et ainsi de suite.

Avec le recul, je pense que c’est pour cette raison que Christopher Nolan occupe une place si particulière dans mon parcours d’amateur de cinéma. Plus encore que ses films, c’est la curiosité qu’ils ont éveillée chez moi qui est précieuse. Il m’a donné envie de comprendre le cinéma, de voir davantage de films, de sortir des sentiers battus et, finalement, de devenir, au grand désespoir de mes amis, ce cinéphile insupportable qui ne peut pas s’empêcher de parler de mise en scène à la sortie d’une séance d’un film Marvel.

Et accessoirement, il réalise d’excellents films. Tant mieux.

Pourquoi je craignais L’Odyssée?

En tant que grand admirateur du cinéma Nolanien, je trouve qu’il y a selon moi, un avant et un après Interstellar (2014). Non pas parce que je trouve qu’il s’agit de son dernier grand chef d’œuvre, je le trouve très bon, mais très surcoté, et je trouve notamment que sa fin est assez bâclée en comparaison avec le reste du long métrage qui se veut ultra-réaliste, mais soit on est pas à ça près et je ne vais pas relancer des débats stériles. Mais il s’agit du dernier film qu’il a écrit en collaboration avec son frère, Jonathan Nolan qui est un excellent scénariste. La plupart des phrases iconiques du Dark Knight par exemple ont été écrites par lui, et la collaboration entre les deux frères marchait à merveille. Depuis qu’ils ne travaillent plus ensemble, ça se ressent. Dunkerque (2017) n’avait pas pour ambition d’être un film très complexe à écrire, mais Tenet (2020) avait vraiment payé les frais d’un scénario absolument indigeste et complexifié pour pas grand chose, et je n’ai pas à titre personnel été chamboulé par celui d’Oppenheimer (2023), bien au contraire, ses aller-retours incessants me provoquant de profondes migraines.

Pourtant, c’est bien pour Oppenheimer que Christopher Nolan a finalement été consacré par Hollywood. En 2024, il remporte enfin l’Oscar de la meilleure réalisation ainsi que celui du meilleur film. Une reconnaissance amplement méritée, même si, à titre personnel, j’aurais aimé qu’elle arrive pour d’autres œuvres de sa filmographie. Peu importe : après plus de vingt ans à repousser les limites du blockbuster, Nolan était devenu l’un des rares réalisateurs capables de faire financer quasiment n’importe quel projet, et de le vendre aux majors hollywoodiennes simplement sur son nom.  Et c’est précisément ce qui m’inquiétait. L’histoire du cinéma est remplie de réalisateurs qui, une fois arrivés au sommet, ont voulu voir toujours plus grand. Plus de budget, plus d’ambition, plus de liberté. Parfois, cela donne des chefs-d’œuvre. D’autres fois, cela produit des films écrasés par leur propre démesure, où l’ambition finit par prendre le pas sur le récit. Un parfait exemple serait Michael Cimino (1939-2016), qui après avoir été sacré pour l’excellent Voyage au bout de l’enfer (1978, aussi connu sous le nom de The Deer Hunter), a enchaîné sur le western crépusculaire La Porte du paradis (1980) qui était un énorme échec critique et commercial.

Adapter L’Odyssée, c’est exactement ce genre de projet. Ce n’est pas seulement adapter un classique : c’est s’attaquer à l’un des textes fondateurs de la littérature occidentale, un récit vieux de près de trois mille ans qui continue d’influencer notre manière de raconter des histoires. C’est un monument culturel que des générations de lecteurs, d’universitaires et de cinéastes ont tenté d’interpréter sans jamais en épuiser toute sa richesse. Et, connaissant Christopher Nolan, je ne pouvais m’empêcher d’avoir peur qu’il tombe, tel Ulysse, à cause de sa propre hubris. J’avais aussi peur qu’il transforme Homère en un immense casse-tête pseudo-intellectuel, probablement brillant sur le papier mais incapable de retrouver la simplicité et l’humanité qui font la force de L’Odyssée.

C’est pour cette raison que j’abordais ce film avec autant d’appréhension. Non pas parce que je doutais du talent de Nolan, mais parce que je pensais que son ambition risquait, pour la première fois, d’être plus grande que le récit lui-même. Et je suis ressorti de la salle en ayant eu le plaisir, assez rare, de m’être complètement trompé.

Pourquoi L’Odyssée est le meilleur film de l’année (pour l’instant) ?

Ce qui fait la force de L’Odyssée, c’est la capacité de Christopher Nolan à accomplir ce qui semblait presque impossible : surprendre collectivement avec un récit vieux de près de trois mille ans. Tout le monde connaît l’histoire d’Ulysse. Tout le monde pense savoir où elle mène. Et pourtant, le film parvient constamment à déplacer le regard, non pas en trahissant Homère, mais en proposant une lecture suffisamment personnelle pour redonner à chaque étape du voyage un véritable sentiment de découverte.

Sur le plan formel, Christopher Nolan et son équipe atteignent un niveau de maîtrise devenu presque habituel. Chaque collaborateur semble au sommet de son art. Le montage de Jennifer Lame, que j’ai peu apprécié sur Oppenheimer, trouve ici un équilibre remarquable. Les allers-retours narratifs ne cherchent jamais à impressionner gratuitement, mais épousent la logique même du récit homérique, celle d’une histoire transmise de bouche à oreille, racontée, embellie, reconstruite par fragments. Pour la première fois depuis peut-être Inception (2010), la virtuosité du montage ne détourne jamais l’attention du récit puisqu’elle en devient le prolongement naturel.

La photographie de Hoyte van Hoytema est tout simplement exceptionnelle. Chaque plan évoque à la fois une fresque antique, tout en gardant un aspect très moderne.  Si Christopher Nolan a souvent été moqué pour son insistance à défendre la pellicule IMAX, L’Odyssée constitue sans doute son meilleur argument. Les plans caméra à l’épaule, réalisés avec ces imposantes caméras, produisent un paradoxe fascinant : ils donnent une sensation d’intimité presque documentaire tout en conservant cette échelle monumentale qu’impose le récit. La séquence de la descente aux Enfers en est probablement le plus bel exemple. L’immensité des plages de sable noir ne vient jamais écraser les personnages, au contraire, elle souligne leur fragilité, leur solitude et le poids de leur errance. C’est précisément dans cette tension entre gigantisme et proximité que la mise en scène atteint ses plus beaux moments.

La direction artistique, pourtant largement critiquée depuis la diffusion de la première bande-annonce il y a six mois, se révèle finalement d’une grande cohérence avec la vision du film. L’Odyssée se déroule au crépuscule d’un monde, à un moment où une civilisation semble lentement se déliter. Les palais en ruines, les temples fissurés et les vestiges d’un âge héroïque ne constituent pas un simple décor mais racontent autant l’histoire que les dialogues eux-mêmes. Ils donnent au voyage d’Ulysse (interprété par Matt Damon) une dimension profondément mélancolique. Ce choix esthétique prend tout son sens lorsqu’apparaît la véritable ambition du scénario. Plutôt que de proposer une adaptation littérale d’Homère, Christopher Nolan utilise le poème comme point de départ d’une réflexion nouvelle sur L’Odyssée. Son Ulysse n’est plus seulement le héros défini par son hubris due au fait qu’il se prend pour un demi-dieu après avoir créé la plus malicieuse des ruses. Il devient ici un homme hanté par la culpabilité, convaincu que la ruse du cheval de Troie, qui lui a apporté la victoire, a aussi précipité la disparition du monde qu’il cherchait à défendre. En détruisant Troie, Ulysse n’a peut-être pas seulement remporté une guerre, il a contribué à faire disparaître un ordre ancien, des coutumes, des valeurs et des liens qui permettaient encore à cette civilisation de tenir debout. Cette idée irrigue tout le film et donne une cohérence nouvelle à son univers visuel. Les ruines, les paysages désertés, les palais vidés de leur splendeur deviennent les témoins silencieux d’un monde qui disparaît.

Dès lors, le retour à Ithaque cesse d’être uniquement un voyage géographique. Il devient une quête de rédemption. Ulysse ne cherche plus seulement à retrouver son royaume, sa femme ou son fils, il tente de retrouver sa place dans un monde dont il se sent, au moins en partie, responsable de la disparition. Chaque étape de son périple acquiert ainsi une signification différente. Les monstres, les dieux et les épreuves ne sont plus seulement des obstacles à surmonter, mais les manifestations d’un homme qui cherche désespérément à se pardonner. Et d’une certaine manière, ceux-ci s’inscrivent très bien dans le style ultra-réaliste de Nolan, puisqu’ils représentent une allégorie de la culpabilité du héros. En parlant de monstres, on ne peut que saluer le travail de l’équipe du film sur ceux-ci, notamment les scènes du Cyclope et surtout de Circé, qui amènent les images les plus horrifiques de la carrière du réalisateur.

Un autre aspect qui me semble important à souligner est la musique de Ludwig Göransson, qui après avoir enchanté le monde, y compris moi, avec sa bande-originale majestueuse d’Oppenheimer, a réussi à se renouveler de manière très inattendue avec un mélange de sons très anciens et de musique plus moderne qui nous porte et nous fait rentrer dans ce voyage.

Côté jeu, au vu du casting cinq étoiles, on ne pouvait s’attendre qu’à du bon, et c’est bien le cas, mais il faut souligner tout de même la performance d’Anne Hathaway, qui avec peu de temps d’écran réussit à amener une humanité et une sensibilité assez incroyable. Elle réussit à nous faire découvrir une autre face de Pénélope à laquelle je ne m’attendais pas, une reine fatiguée d’attendre, fatiguée de voir l’héritage de son mari disparu s’effacer peu à peu. Je n’ai jamais, à titre personnel, vraiment compris les réserves que certains peuvent avoir à son égard tant elle me semble être l’une des actrices les plus sous-estimées de sa génération. 

Il est difficile de trouver des défauts à ce long métrage tant il m’a redonné foi dans le cinéma (qui va bientôt disparaître avec Spider-Man: Brand New Day). Le seul petit défaut du long métrage serait peut-être la partie du retour d’Ulysse qui se tire un peu en longueur et qui a pour climax une scène d’action peu inspirée, bien que satisfaisante au vu du contexte. On sent qu’il s’agit de la dernière scène tournée par l’équipe du film, épuisée après 91 jours intensifs de tournage autour de la Méditerranée.

Et maintenant on fait quoi ?

L’Odyssée s’impose déjà comme l’un des très grands films de cette année et, à mes yeux, enterre largement la concurrence dans le domaine du blockbuster. Mais en sortant de la salle, une autre question s’impose : où Christopher Nolan peut-il encore aller après ça ? Comment faire plus grand ? Plus spectaculaire ? La vérité, c’est que cette question revient à chacun de ses films, et, presque à chaque fois, il parvient à trouver une nouvelle direction plutôt qu’à simplement repousser les limites du précédent. C’est peut-être ce qui définit le mieux son cinéma. Alors, le Christopher Nolan que j’admirais tant est-il enfin de retour ? J’ai envie de le croire. Une chose est sûre, L’Odyssée est un film qu’il serait vraiment dommage de manquer. C’est un bijou de mise en scène, divertissant, prenant et profondément humain. Faites-vous ce cadeau.

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Édouard Geffray (de retour) à Sciences Po : L’École avec et face au numérique http://www.lapeniche.net/edouard-geffray-de-retour-a-sciences-po-lecole-avec-et-face-au-numerique/ Wed, 08 Jul 2026 16:42:53 +0000 https://www.lapeniche.net/?p=57426 Lundi 26 mars, l’association Caré a accueilli Édouard Geffray, ministre de l’Éducation nationale, pour une conférence de deux heures. Centrée sur « L’École face au défi numérique », la discussion a porté sur l’enjeu des nouvelles technologies, leur nécessaire encadrement, et les implications de leur essor sur l’enseignement plus largement.

Image : Édouard Geffrey avec l’équipe de l’association Caré, Gabriel Caputo.


Nous voilà devant l’entrée de l’amphithéâtre Jacques Chapsal. Du côté de l’équipe de Caré, le Collectif d’Analyse et de Réflexion sur l’Éducation, on trépigne d’impatience. L’événement est important pour cette jeune association qui organise pour la première fois une conférence de cette envergure. Les portes s’ouvrent, les élèves s’installent, les membres du collectif s’affairent autour de la chaire. Puis c’est au tour du ministre d’arriver. Originaire du Val de Marne et familier de la Rue Saint-Guillaume, il a été étudiant à Sciences Po, puis enseignant jusqu’à l’année dernière au sein de l’École d’Affaires publiques. 

Une École entre prudence et nécessaire évolution

Adoptant un ton léger et didactique, le ministre a dressé le portrait d’une « école face au numérique » marquée par des « enjeux de régulation, d’innovation et de citoyenneté ». Ceux-ci s’ajoutent à des tensions préexistantes : « tension démographique », par le déclin du nombre d’élèves, la génération 2025 comportant un effectif de 25% inférieur à la génération 2008, tension liée à un « climat scolaire » qui perd de son pouvoir rassembleur et, enfin, tension d’un enseignement, « cœur du réacteur », « percuté par l’intelligence artificielle (IA) plus que par le numérique », affirme l’ancien secrétaire général de la CNIL. L’IA apparaît comme un défi d’autant plus important qu’elle questionne les élèves, leurs pratiques d’apprentissage, mais aussi l’institution scolaire qui se doit d’intégrer une nouvelle technologie qu’elle peine elle-même à appréhender. Les diapositives diffusées à ce moment de la conférence l’ont rappelé : seuls 14% des enseignants français utilisent cette technologie, le plus faible pourcentage de l’OCDE.  Le Collectif se questionne alors : « on a l’ambition d’une formule 1 mais on forme nos enseignants sur des bicyclettes. Le virage de l’IA est-il raté ? » Le Ministre choisit en tout cas d’emprunter un chemin de traverse, s’imaginant au volant d’une « 2 CV », en enjoignant les étudiants à faire preuve de prudence face à un potentiel « mirage de l’IA ». La Suède avait en effet, en précurseur, promu le numérique à l’école, avant de retrouver la voie des manuels physiques, avec des conséquences positives sur ses résultats PISA. 

Du reste, le développement de l’IA est bien une réalité qui comprend quatre enjeux pour le Ministre. Le premier est pédagogique : « l’autorité du professeur, et en réalité de l’institution, vient de deux choses : l’autorité institutionnelle et l’intériorité du savoir. Car le professeur sait ce que je ne sais pas encore. » Or, cette intériorité est aujourd’hui remise en cause, l’information étant directement accessible à des élèves qui ne sont pas toujours capables de faire la distinction entre vraie et fausse information. D’un point de vue plus global, il s’agit de la « redéfinition de ce que l’on doit apprendre, de la manière de le faire », l’occasion pour Édouard Geffray de mentionner l’organisation de travaux au sein du ministère visant à éclaircir cet horizon. 

Le deuxième enjeu est celui de la santé publique, alors que les troubles mentaux s’accroissent avec l’exposition aux écrans. C’est pourquoi « on ne veut pas être le vecteur de l’entrée ou de la propagation des écrans à la maison », et notamment chez les jeunes élèves de maternelle et de primaire. Au-delà de la diffusion des appareils, ce sont également des contenus diffusés sur les réseaux sociaux dont il faut se préoccuper. « Votre serviteur, a-t-il déclaré, a fait un article 40 sur Tiktok » afin d’alerter le procureur de la République sur la facilité avec laquelle les jeunes utilisateurs peuvent se voir exposés à des contenus dépressifs ou incitant au suicide entre autres. 

La question civique constitue le troisième enjeu pour l’ex-directeur général de l’enseignement scolaire. Il faudrait « éveiller la conscience de la chose avant d’y être exposé ».  En d’autres termes, il incomberait à l’institution scolaire de rendre les jeunes élèves capables d’appréhender les phénomènes sur lesquels ils sont susceptibles de tomber. Or, ce principe est aujourd’hui inversé à une époque où les enfants acquièrent leur premier téléphone à 8 ans et 9 mois en moyenne. 

Quatrième et dernier enjeu, et pas des moindres, celui de la souveraineté pour « des outils souverains et une atténuation des biais, voire l’acceptation de biais objectivement choisi » permettant d’acquérir une forme de contrôle sur les filtres appliqués par les plateformes.

En finir avec « l’autoflagellation franco-française sur l’Éducation nationale et l’École »

Après la diffusion d’une vidéo dans laquelle les étudiants n’ont pas pris la défense du bien aimé cours de technologie au collège, ce fut le temps des questions posées par Caré, puis par les étudiants eux-mêmes. 

L’association est notamment revenue sur l’EMI (Éducation aux médias et à l’information), qui doit être dispensée à 100% des collégiens d’ici 2027. Selon elle, et le constat semble implacable, il s’agit d’un enseignement « dilué dans l’EMC qui est lui-même dilué dans le cours de géographie ». « C’est sympa cette soirée ! », répond alors Édouard Geffray pour qui cet enseignement a d’abord vocation à être « très incarné », c’est-à-dire dispensé de manière plus concrète, ancrée dans le quotidien des élèves. Pour assurer le bon déroulement de ce type d’enseignement souvent relégué au second plan, Édouard Geffray souhaite un volume horaire dédié aux enseignements transversaux. Il est également revenu sur la nécessité de poursuivre le développement de communs numériques afin de fournir aux enseignants les ressources nécessaires à leur activité. En outre, il considère que la régulation de l’utilisation des écrans pour les plus jeunes ne sera pas applicable tant que des alternatives sociales ne seront pas effectivement accessibles à tous, à l’image de l’accès aux médiathèques pour les plus jeunes. Des perspectives de réforme existent donc pour un système scolaire qui continue de former les élèves même si tout n’est pas parfait, précise-t-il en appelant à en finir avec « l’autoflagellation franco-française sur l’Éducation nationale et l’École ».

Le ministre a également tenu à rappeler la place fondamentale qu’occuperait l’École au sein d’une société qui ne la considérerait pas toujours à sa juste valeur, comme en témoignerait l’utilisation du diminutif « prof » qu’il critique. Il souligne aussi l’importance de l’implication des parents, « tous capables de questionner leurs enfants sur leur journée », d’après ses mots. Pas sûr que les familles monoparentales, dont le temps alloué à ce type d’interaction est parfois plus contraint, acquiescent. L’enjeu est d’après lui de faire prendre conscience aux parents qu’ils ont un rôle à jouer dans la stimulation intellectuelle des enfants, indépendamment de l’origine sociale du foyer, afin de limiter les inégalités entre les élèves.

« Servir la société dont je suis issu est un grand honneur », choisit-il de conclure, encourageant les étudiantes et étudiants à s’investir, eux-aussi, en faveur de l’intérêt général, mais également à défendre une école républicaine trop souvent dévalorisée.

En somme, une conférence réussie. Carée, pourrait-on dire.      

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Projet Dernière Chance : pour le salut d’Amazon (critique) http://www.lapeniche.net/projet-derniere-chance-pour-le-salut-damazon-critique/ Thu, 25 Jun 2026 08:57:24 +0000 https://www.lapeniche.net/?p=57395 Qui aurait pensé qu’un film dans lequel Ryan Gosling devient ami avec un caillou extraterrestre aurait pu un jour devenir une réalité? Qui aurait cru que les réalisateurs limogés d’un film Star Wars pendant sa production pourraient un jour proposer leur vision de la SF? Qui aurait cru qu’Amazon puisse financer ce projet? Qui aurait pensé que ce film allait atteindre les 650 millions de dollars au box-office international en trois semaines d’exploitations? Et pourtant, Projet Dernière Chance a déjoué tous les pronostics, pour le meilleur, et que le meilleur.


La SF par un duo de génie

Andy Weir est un auteur américain de romans de science-fiction particulièrement important pour l’industrie cinématographique hollywoodienne. Malgré seulement trois ouvrages à son actif, deux ont déjà été adaptés sur grand écran (Seul sur Mars, 2015, réalisé par Ridley Scott, et Projet Dernière Chance), et son troisième (Artémis, 2017) le sera prochainement. Sortant d’un gigantesque succès tel qu’un film de Ridley Scott, le studio Metro-Goldwyn-Mayer (MGM) acquiert les droits de son prochain ouvrage avant même sa publication, en 2020. Ryan Gosling, qui venait de sortir de First Man (2018) réalisé par Damien Chazelle, signe immédiatement pour jouer le rôle principal et devient également producteur, très intéressé par l’idée de pouvoir participer à un projet optimiste et familial. 

C’est alors que le studio va avoir une idée géniale, mais risquée : confier la réalisation de ce blockbuster à Phil Lord et Christopher Miller. Duo fabuleux, ces deux artistes ont profondément marqué le cinéma hollywoodien ces vingt dernières années, avec un style particulier de films familiaux mêlant humour et émotion. On leur doit notamment les films d’animation Tempête de boulettes géantes (2009) et La Grande Aventure Lego (2014), ainsi que les films en prise de vue réelle 21 Jump Street et 22 Jump Street (2012-2014). Ils sont également des producteurs et scénaristes affûtés, ayant notamment exercé une grande partie du contrôle créatif sur la trilogie Spider-Verse chez Sony, véritables bijoux d’animation qui leur vaudront d’ailleurs un premier Oscar. Mais au moment où le studio leur confie ce projet, la situation des deux réalisateurs est loin d’être idéale. Deux ans plus tôt, Disney et Lucasfilm les avaient brutalement évincés de Solo: A Star Wars Story (2018) à la toute fin d’un tournage réputé chaotique, suppliant le vétéran Ron Howard de reprendre le film en catastrophe. D’autre part, l’écriture de Spider-Man: Across the Spider-Verse (2023) prenait une ampleur telle que l’histoire dut finalement être scindée en deux parties. Et comme si cela ne suffisait pas, la pandémie de Covid-19 venait encore compliquer davantage une période déjà particulièrement éprouvante pour le duo. Le Projet Dernière Chance semblait donc être leur ultime pari, celui qui pouvait aussi bien consacrer leur retour au premier plan que confirmer une période d’incertitude, dans une industrie où rien n’est jamais vraiment acquis.

Quand Amazon s’en mêle…

Le 21 mai 2021, l’annonce fait l’effet d’un choc : Amazon entre en négociations pour racheter MGM. Cette opération s’inscrit dans une vague de consolidation d’Hollywood, marquée notamment par le rachat de la 20th Century Fox par Disney et par les recompositions autour de groupes comme Paramount-Skydance ou Warner Bros. Discovery, qui devrait d’ailleurs devenir une seule entité très prochainement.

Dans ce contexte, un film de science-fiction centré sur la relation entre un humain et un extraterrestre pour sauver la galaxie n’a rien de prioritaire pour Amazon. Le studio privilégie ses franchises majeures, à commencer par James Bond. Pourtant, contre toute attente et pour des raisons difficiles à expliquer, le projet reçoit finalement le feu vert.

Pouce vers le bas (dans le bon sens du terme)

À bord du vaisseau spatial Dernière Chance, le Dr Ryland Grace (Ryan Gosling) se réveille d’un coma sans aucun souvenir de sa mission ni même de la raison de sa présence. Pourtant, il est désormais le seul espoir de l’humanité… épaulé par un allié aussi inattendu qu’inimaginable : un extraterrestre à l’apparence rocheuse, qu’il nommera Rocky.

Phil Lord et Christopher Miller réussissent là où beaucoup échouent : livrer un blockbuster familial à la fois sincère et pleinement assumé, respectueux de son public, d’une grande maîtrise formelle, et capable de viser juste jusqu’à arracher une petite larme au moment du générique de fin. Le film se déploie comme une épopée optimiste, portée par une mise en scène ample et lumineuse, sublimée par la photographie de Greig Fraser, qui redonne une richesse de couleurs à un univers spatial souvent froid (notamment dans Gravity, 2014, d’Alfonso Cuarón, et Ad Astra, 2019, de James Gray, qui utilisaient une photographie très désaturée pour montrer le danger de l’espace). Les décors, peu nombreux mais minutieusement travaillés, permettent un usage précis de la lumière et des effets pratiques, notamment la marionnette de Rocky, animée par James Ortiz, qui donne une véritable existence physique au personnage. La mise en scène de Lord et Miller installe également une tension constante, parfois suffocante, maintenant le spectateur en haleine face à des épreuves dont l’issue reste incertaine. D’un point de vue technique, l’ensemble est irréprochable.

Mais le cœur du film réside ailleurs : dans la relation entre Rocky et Grace, deux êtres d’une immense humanité. Leur lien, construit avec finesse, s’impose comme l’une des plus belles « bromances » du cinéma récent. Leurs échanges, simples et sincères, parfois un peu bêtes comme la séquence où Grace se rend compte que Rocky ne peut pas physiquement faire le signe du pouce vers le haut, créent un attachement profond, porté par un courage partagé face à une mission qui les dépasse. Chacun peut être grand, chacun peut faire preuve de courage, chacun peut, à sa manière, contribuer à sauver le monde. Et c’est précisément là que réside la beauté de l’œuvre, dans cette idée simple mais bouleversante. Une émotion sincère, profondément humaine, qui rend le film unique, et qui donne envie d’y revenir encore et encore, sans jamais vraiment s’en lasser. Et quel plaisir de revoir la merveilleuse Sandra Hüller dans un rôle extrêmement touchant et marquant, après ses performances mondialement reconnues dans Anatomie d’une chute de Justine Triet (2023) et La Zone d’Intérêt de Jonathan Glazer (2024). Elle apporte au récit une intensité supplémentaire, notamment dans une scène devenue virale et vouée à devenir culte, dans laquelle elle y interprète Sign of the Times de Harry Styles, moment suspendu qui agit comme un véritable climax émotionnel du film, renforçant encore la portée dramatique de l’œuvre. 

Le seul léger défaut que l’on pourrait reprocher au film concerne son dernier acte, un peu trop étiré, qui aurait sans doute gagné en impact et en fluidité s’il avait été davantage resserré, renforçant ainsi l’efficacité globale du récit.

Une œuvre qui va marquer

Projet Dernière Chance s’impose comme une très grande réussite : touchant, drôle et résolument optimiste, le film explore une facette plus lumineuse de la science-fiction, loin des approches plus sombres que pourraient proposer des projets comme Dog Stars de Ridley Scott ou Dune: Troisième Partie de Denis Villeneuve, qui sortiront dans les prochains mois. Le succès du film laisse entrevoir l’espoir que le studio Amazon commence à soutenir plus de propositions originales, en parallèle de ses grandes franchises. Surtout, il confirme une chose : la science-fiction peut encore surprendre lorsqu’elle ose sortir des sentiers battus. On n’a alors qu’une envie en sortant de la séance : revoir Phil Lord et Christopher Miller explorer à nouveau le genre.

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Marty Supreme ou Comment Timothée Chalamet a perdu son Oscar (critique) http://www.lapeniche.net/marty-supreme-ou-comment-timothee-chalamet-a-perdu-son-oscar-critique/ Tue, 23 Jun 2026 16:34:59 +0000 https://www.lapeniche.net/?p=57388 La surprise de ce début d’année 2026 s’appelle Marty Supreme. Ce faux biopic sportif consacré à un prodige du tennis de table, inspiré de Marty Reitman et incarné  à l’écran par Timothée Chalamet, a largement dépassé la barre symbolique du million d’entrées en France. Longtemps promis à un destin royal, le film est pourtant reparti bredouille de la cérémonie des Oscars, au grand désarroi de son acteur principal.


Entre film indépendant et blockbuster d’auteur

Derrière le projet se trouve un cinéaste pour le moins singulier : Josh Safdie. Réalisateur, producteur, scénariste et monteur de ce blockbuster dépassant les 80 millions de dollars de budget, un tel cumul de fonctions reste rare à Hollywood. Comment un auteur venu du cinéma indépendant new-yorkais a-t-il réussi à obtenir une telle liberté créative, alors que certains réalisateurs confirmés doivent encore se battre pour conserver le montage final de leurs films ? La réponse : le studio A24. Ce dernier est devenu un véritable culte auprès de la nouvelle génération de cinéphiles, grâce à ses goodies. Le studio a réussi à s’imposer à travers son marketing, qui rend les propositions d’auteurs comme The Lobster (2015) de Yorgos Lanthimos ou Lady Bird (2017) de Greta Gerwig attractives pour le grand public et ambitionne de se transformer en véritable major hollywoodienne, donnant désormais priorité à des gros budgets.

Josh Safdie apparaît justement comme un cinéaste incarnant cette nouvelle direction. Mais impossible de l’évoquer sans parler de son ancien alter ego : son frère Benny Safdie. Pendant plus d’une décennie, les deux réalisateurs ont formé l’un des duos les plus singuliers du cinéma américain contemporain. Ensemble, ils ont signé cinq longs métrages, dont les très remarqués Good Time (2017) et Uncut Gems (2019), devenus emblématiques. Un cinéma fiévreux et nerveux, traversé par un sentiment d’urgence permanent : leurs personnages, souvent peu sympathiques, se retrouvent constamment contraints de se sortir des situations les plus désespérées, ce qui les rend, paradoxalement, attachants. La mise en scène déploie une énergie presque contagieuse, donnant au spectateur l’envie de se lever de son siège pour encourager le personnage dans sa quête.

Mais après le succès critique et public de ces films, les deux frères ont décidé de se séparer d’un commun accord afin de développer leurs projets respectifs. Six ans plus tard, chacun s’est lancé… dans un biopic sportif. Benny Safdie a ainsi réalisé The Smashing Machine (2025). Bien engagé dans la course aux Oscars, il a finalement été largement ignoré. Si Marty Supreme partait plutôt dans la position de l’outsider – à l’image de son personnage principal –, c’est lui qui semble avoir remporté le duel fraternel.

Marty est-il vraiment suprême ?

Marty Mauser (Timothée Chalamet) est à la fois vendeur de chaussures et pongiste professionnel, doté d’un ego surdimensionné. Il dispose d’une seule semaine pour réunir l’argent nécessaire pour s’offrir un billet vers le Japon et participer aux championnats du monde. Dans sa quête frénétique, il croise une galerie de personnages tous plus méprisables les uns que les autres.

Le pitch du film s’inscrit directement dans l’univers « safdien » et prolonge la continuité de l’œuvre des frères – contrairement à The Smashing Machine, qui semblait s’en éloigner. Mais l’histoire n’est pas vraiment le cœur du projet : le centre, c’est Marty. Timothée Chalamet occupe chaque plan, écrasant, à l’image de son personnage, tout ce qui l’entoure. Absolument détestable, Marty provoque une irritation constante chez le spectateur. Mais c’est exactement pour cela que certains vont tomber sous son charme.

Le film est démesuré, à l’image de son ambition. Tout est « too much » : frénétique, incessant, exaltant. Le montage, signé Josh Safdie et Ronald Bronstein, les deux scénaristes du film, est d’une fluidité rare et impose un rythme soutenu – surtout dans les scènes de dialogues. Safdie assume pleinement son style, allant très loin dans ses audaces, du générique à la scène de la baignoire. Cette énergie est sublimée par la photographie de Darius Khondji, qui cadre constamment ses personnages en gros plans, révélant chaque détail des visages qui vont dépérir au fur et à mesure de l’histoire, et gérant la lumière avec une précision impeccable. Côté acteurs, Chalamet est solide. La surprise vient plutôt de Kevin O’Leary, homme d’affaires et présentateur télé canadien, incarnant Milton Rockwell, magnat du stylo et potentiel sponsor pour Marty. Un rôle initialement écrit comme un vampire dans les premières versions du script, et dont l’acteur conserve une aura délicieusement prédatrice. Pour sa première apparition sur grand écran, il réussit un mélange parfait de charme et de menace. L’excellente bande-son s’appuie sur de grands tubes des années 1980 (Everybody Wants to Rule the World des Tears for Fears et Forever Young d’Alphaville notamment), démontrant ainsi que Marty incarne une Amérique sans complexe, celle qui n’arrivera que trente ans après les évènements du film. D’une certaine façon, il était beaucoup trop en avance sur son temps, ce qui va nuire à son ambition.

Cependant, le long métrage n’est pas exempt de défauts. Le plus notable réside dans l’accumulation de sous-intrigues alourdissant le récit. Certaines digressions, à l’image de Marty à la recherche d’un chien, se révèlent beaucoup moins captivantes. Par ailleurs, même si l’on prend plaisir à détester Marty, cette fascination a ses limites : le voir manipuler constamment son entourage et rejeter ceux qui l’aiment finit par le rendre insupportable.

Comment Timothée Chalamet a-t-il perdu son Oscar en une semaine ?

La troisième sera-t-elle la bonne ? Après les échecs de Call Me by Your Name (2018) et d’Un Parfait Inconnu (2025), Marty Supreme semblait enfin pouvoir lui offrir le Saint Graal hollywoodien. Pourtant, ce dimanche, c’est Michael B. Jordan qui est reparti avec l’Oscar du meilleur acteur pour Sinners. Alors, que s’est-il passé ?

En réalité, le duel fraternel face au film de Benny Safdie n’était qu’une première étape. Restait à battre deux autres poids lourds : Leonardo DiCaprio, extraordinaire dans Une bataille après l’autre, et Wagner Moura, dont la performance dans L’Agent Secret avait enchanté le Festival de Cannes. Sur le papier, Chalamet semblait pourtant avoir une carte à jouer : DiCaprio n’a pas mené de campagne active, et Moura, malgré son Golden Globe du meilleur acteur dramatique, restait pénalisé par la faible visibilité de son film sur le territoire américain. Mais c’est précisément là que la campagne de Chalamet a commencé à se fragiliser.

Son image, d’abord : un ton parfois perçu comme trop sûr de lui, voire prétentieux, à force de revendiquer l’enchaînement de grandes performances. Son omniprésence médiatique ensuite, amplifiée par une promotion particulièrement agressive pour Marty Supreme, a fini par lasser une partie des votants.

À cela se sont ajoutés des éléments extérieurs plus délicats, notamment une polémique survenue en pleine saison des récompenses visant Josh Safdie, liée à un incident supposé remontant au tournage de Good Time.

Le coup de grâce : le regain de popularité de Sinners ces dernières semaines, et notamment la victoire de Michael B. Jordan aux récompenses du syndicat des acteurs américains.

Quant à la polémique autour de ses déclarations sur le ballet et l’opéra, elle a sans doute été largement surestimée : les votes étant déjà clos, son impact réel reste limité. Elle illustre néanmoins une réalité implacable à Hollywood : une campagne aux Oscars se joue autant hors grand écran que sur celui-ci.

Excellent malgré les polémiques

Marty Supreme demeure un excellent film, aussi impressionnant sur la forme que stimulant sur le fond. Son exubérance, pleinement assumée, se révèle aussi jouissive que son personnage principal est détestable. Véritable décharge électrique, il nous place sous de bons auspices pour le reste de l’année 2026.

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Expo : « Frontière » : retrouver l’humanité là où elle est niée http://www.lapeniche.net/expo-frontiere-retrouver-lhumanite-la-ou-elle-est-niee/ Wed, 10 Jun 2026 15:35:59 +0000 https://www.lapeniche.net/?p=57355 Depuis le 14 avril 2026 et jusqu’au 2 janvier 2028, la Cité des sciences et de l’industrie propose une exposition singulière : « Frontière ». A une époque où elles se voient tantôt réaffirmées, tantôt violées, l’exposition nous invite à nous placer du côté de celles et ceux qui tentent de les dépasser, non sans difficultés.

Crédit photo : Daniel et Lucas Mollet, deux photographes colombiens. Photographie utilisée par la Cité des sciences et de l’industrie pour illustrer leur exposition. L’ONG On The Ground International, identifiée sur un sac à dos, vient en aide aux réfugiés en Colombie et au Venezuela. @Universcience

C’est tout à fait librement que nous passons d’une zone frontalière à une autre, afin d’en comprendre la portée matérielle et humaine. Mur entre le Mexique et les États-Unis, dunes de sables érigées entre l’Algérie et le Niger, zone démilitarisée isolant la Corée du Nord, ou encore marqueurs symboliques des frontières au sein de l’Union Européenne… la matérialisation des lignes de démarcation en dit long sur les rapports que nous entretenons avec nos voisins, entre méfiance et coopération.

Il s’agit donc d’une forme de voyage, que l’exposition « Frontière », de la Cité des sciences et de l’industrie, invite le visiteur à entreprendre, afin de l’éveiller à la place des humains face à ces lignes. Car ce sont eux qui, par leurs actions de surveillance ou, au contraire, de résistance, convertissent les frontières en des espaces de circulation plus ou moins hostiles. La poursuite de leur construction, par exemple dans le cas du projet de mur entre les États-Unis et le Mexique, initié par Donald Trump lors de son premier mandat et poursuivi par Joe Biden, révèle une ambition d’entraver la circulation d’immigrés, quand il n’outrepasse pas la souveraineté de leur pays d’origine. Les témoignages de ceux qui se résolvent à devenir des étrangers, transmis à mesure que l’on progresse dans l’exposition, soulignent d’ailleurs toute leur ambivalence : José, ouvrier, explique avoir traversé la frontière du Mexique vers les États-Unis clandestinement en 1986, pour y construire… les logements des plus hostiles à cette immigration, y compris des membres de la border patrol. 

Le continent latino-américain, entre le Venezuela et la Colombie, illustre un autre phénomène. En l’absence de moyens réguliers de circuler entre les pays, des acteurs informels, en quête de domination territoriale et d’argent, prennent la place laissée vacante. Cette prise de position se fait au détriment des populations civiles vulnérables et victimes de violences. Le témoignage d’Emilie Martinez, alors âgée de 17 ans, marque par les non-dits imposés par le climat d’insécurité issu de la présence de ces groupes. Le silence se révèle indispensable à la protection de sa famille, laquelle voit son chemin entravé au niveau du pont Simon Bolivar, qui lie le Venezuela à la Colombie. Celui-ci se situe au sein d’une zone contrôlée par le Tren de Aragua, mafia la plus puissante de la région, et qui contrôle une centaine de trochas, c’est-à-dire des points de passage illégaux. Les caminantes, eux, sont des marcheurs en quête d’une vie meilleure. L’issue de leur voyage ne repose que sur la confiance qu’ils placent malgré eux en ceux qui connaissent ces issues, sans chercher à les emprunter, les trocheros. 

Tout au long de l’exposition, nous découvrons ainsi des récits de frontières : Algérie/Niger, Cameroun/République Centrafricaine, Russie/Géorgie – dans ce dernier cas, la démarcation est synonyme de sûreté et de crainte, tant la Russie accroît sa mainmise sur sa voisine – et le cas particulier de l’Union européenne. Celle-ci souligne, à elle seule, tout le paradoxe d’une ouverture régionale fondée sur une fermeture particulièrement impitoyable à l’extérieur. En effet, la libre circulation des personnes, marchandises et capitaux entre pays membres, avec pour ambition l’instauration d’une paix durable sur le continent, se double d’un contrôle accru de l’entrée au sein des frontières de l’Union européenne, un contrôle de plus en plus externalisé vers la Lybie ou la Turquie. Car le parti pris de l’exposition est bien de souligner les ruptures et les limites de ces constructions politiques. Elle choisit par exemple de rompre avec l’invisibilisation des migrants décédés au cours de leur traversée vers l’Europe dans la Méditerranée, « frontière la plus mortelle du monde », comme on nous le rappelle, en diffusant leur nom.

L’exposition s’attache enfin à développer les enjeux liés aux frontières maritimes et au cyberespace. Là encore, l’ambivalence règne : les premières, issues de la Convention des Nations Unies sur le droit de la Mer (Montego Bay) de 1982, ont vocation à pacifier les relations au sein de ce qui constitue un bien commun. Pourtant, le découpage attise les tensions et violations du droit international. Le cyberespace, lui, est constitué en grande partie de câbles qui outrepassent les frontières. Or, ces derniers n’en deviennent que des leviers de pressions plus importants pour les puissances plus hostiles, qui s’excluent d’elles-mêmes de cette mondialisation numérique.

Située à proximité d’une exposition sur le réchauffement climatique, d’une serre, mais également de maquettes de satellites, la présence d’une telle exposition peut sembler incongrue. En réalité, elle se situe bien au carrefour de tous les sujets traités : le réchauffement climatique ne s’arrêtera pas aux frontières, lui. Et les migrations climatiques sont vouées à se multiplier.

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La Cité des Sciences et de l’Industrie a fêté ses 40 ans le 30 et 31 mai, l’occasion de profiter des nombreuses expositions proposées et de retracer l’histoire de ce lieu mythique.

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Pour l’utiliser, il suffit de se rendre sur le site de la Cité des sciences et de l’industrie, d’acheter son billet « Expositions » en haut à droite, et de renseigner le code ETU2526 avant le paiement. Vous aurez alors accès à plus de 15 expositions, et à des espaces interactifs comme le Planétarium ou le sous-marin historique argonaute, pour 6€ au lieu de 15€.  

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