La Péniche : Pouvez-vous s’il vous plaît rappeler les différentes étapes précédant la mise sur pied de ce nouveau diplôme dont les élèves actuellement en 4A ont été les premiers à bénéficier ?

Sylvestre Frézal : "Le projet de formation conduisant à ce diplôme, résultat d’une concertation entre la direction de Sciences Po et un collège de professeurs des universités, a été lancé il y a plus d’un an. Nous avons présenté ce projet l’été dernier aux syndicats qui l'ont accueilli favorablement, notamment via la commission paritaire ; enfin, le conseil de direction l’a approuvé. Quant à savoir quelle promotion en bénéficiera la première, il s’agira de la promotion 2015, donc des élèves faisant leur rentrée en septembre prochain (2010). Si ces derniers se verront appliquer la nouvelle maquette, il n’en est pas moins vrai que l’esprit est déjà là. En témoigne le fait que les étudiants en 3A en 2009 se sont vus remettre ce sésame à l’automne dernier."

 

Que répondez-vous à ceux qui voient dans ce diplôme un danger potentiel pour « l’étiquette Sciences Po Â» ? (crainte d’une perte de valeur du diplôme, certains risquant de se contenter du Bachelor ou de poursuivre des études « autres Â» dans des établissements moins prestigieux) ?

 

S.F : "Permettez-moi de rappeler les objectifs d’une diplomation au Bachelor :

1) s’aligner sur le processus de Bologne, en distinguant clairement deux périodes de formation distinctes, aux objectifs différents : le Collège universitaire, et les masters.

2) améliorer la visibilité du diplôme de Sciences Po de Master sur le marché du travail international, en mettant en évidence, par une ligne intermédiaire sur le CV, le fait qu’il s’agisse d’un diplôme correspondant à un second cycle d’études.

3) il existait jusqu’à présent à Sciences Po deux types d’élèves : ceux entrés a BAC 0 et les autres au niveau Master ; ils obtenaient jusqu’à présent un seul et même diplôme. Instaurer ce diplôme est donc l’occasion de valoriser les trois années de formation des étudiants ayant effectués dès le début leur scolarité à Sciences Po

 

Certes, il y a un risque de voir nos meilleurs éléments effectuer leur Master à l’étranger... Mais si des élèves partent dans d’excellentes universités internationales, ce sera justement la preuve de la qualité de notre formation, reconnue à l’international En outre, en leur offrant une option de sortie au bout de trois ans, nous serons davantage en mesure d’attirer les très bons élèves étrangers."

 

Et qu’arguez-vous à ceux qui voient dans ce Bachelor, ni plus ni moins qu’une manière de renouer avec le modèle d’avant-mastérisation (cycle général en 3/4 ans) ?

S.F : "Ce n’est pas le cas. Nous avons là deux cycles autonomes. En effet, actuellement le cursus scolaire à Sciences Po se divise en deux périodes (3+2) bien distinctes, avec des objectifs différents. La première période conduit au Bachelor. Il s’agit de la construction intellectuelle fondamentale. Cela permet de développer des aptitudes diverses, et repose sur une pluridisciplinarité. Au niveau du Bachelor, nous ne sommes pas du tout dans un objectif de « pré-fléchage ». On ne se ferme pas de portes. Le Master, lui, prépare à l’insertion professionnelle."

 

Par ailleurs, l’appellation, nouvelle depuis cette rentrée, du Collège universitaire (anciennement Premier cycle) s’inscrit-elle dans une optique de meilleure lisibilité internationale donc de concurrence, par rapport aux universités anglo-saxonnes ? Est-ce une manière de chercher à se différencier de l’offre académique française pour se calquer sur le modèle de ces mêmes universités anglo-saxonnes ?

S.F : "Pour répondre à votre deuxième question, Sciences Po garde et gardera sa singularité, son âme. Il ne s’agit donc pas de se calquer sur qui que ce soit. Concernant votre première question, ce changement de nom s’explique par le fait que le Premier Cycle parle assez peu. Donc oui, nous espérons au travers de cette nouvelle appellation jouir d’une plus grande lisibilité."

 

Le Bachelor est-il un premier seuil de sélection, permettant de restreindre l’accès à certains masters ? En outre, sa mise en place devrait-elle, à moyen/long terme bouleverser le cursus académique à Sciences Po ?

S.F : "Bachelor ou pas, il est nécessaire de valider le 1er cycle pour s’inscrire en Master. Dès lors, il n’y a pas de sélection qui soit apparue, pas de changement entre la situation antérieure et maintenant.

Pour ce qui est du cursus scolaire, oui, les maquettes évoluent. La formation sera structurée autour de quatre blocs d’enseignements. Le premier, déployé intensément en 1A, est composé d’enseignements en droit, histoire, éco, sociologie et science politique. Les autres blocs sont respectivement celui des enseignements transdisciplinaires, un troisième bloc « sciences et humanités Â» et enfin un dernier bloc ateliers créatifs. Chacun de ces blocs ne représentent, par ailleurs, pas la même charge de travail."

 

Pour clore notre entretien, nous aimerions savoir si le Bachelor a une vraie valeur ou, au contraire, s'il n’est qu’un simple « diplôme sur le papier Â» en vue de faciliter les stages ? A fortiori, quelles compétences un élève diplômé du Bachelor pourra-t-il faire valoir ?

S.F : "Le Bachelor a une vraie valeur ! Le fait même que des universités prestigieuses recrutent en master certains de nos étudiants en fin de troisième année n’en constitue-t-il pas une belle preuve ? A l’issue de ces trois années, chaque étudiant aura acquis des compétences autant en termes de capacité de réflexion, de compréhension, que d’aptitudes à s’exprimer par exemple ; mais également des postures intellectuelles, telles que l’ouverture au monde et à autrui."

 

La Péniche : Sylvestre Frézal, merci et à bientôt…

 

Décrié par certains, présenté comme une bonne chose par d’autres, le Bachelor ne mérite ni les excès d’adoration dont il est parfois l’objet, ni le mépris arrogant qui le relègue au rang d’un simple procédé visant à désengorger les masters en faisant de la place pour des candidats extérieurs. Il est trop tôt, ou pas assez tard, pour déjà tirer des conclusions. Wait and see…