-Présentez-vous en quelques mots :

J’ai intégré le Master Droit Economique de Science Po en 2003, après un Master 2 en droit. La même année, je réussissais le concours d’entrée à l’Ecole du Barreau. Je me suis donc inscrit dans les deux formations et ai mené de front mes études à SciencesPo et à l’école du barreau. Aujourd’hui, je travaille pour le cabinet d’affaire américain Weil, Gotshal & Manges LLP.

-Pourquoi avoir décidé d’intégrer Sciences Po alors que vous étiez déjà reçu à l’école du Barreau ?

Avant tout par intérêt intellectuel, mais c’était également une question de sécurité. En faisant Sciences Po, je disposais d’un éventail de choix plus large après mes études.

-Que vous a apporté votre formation à Sciences Po par rapport à votre formation antérieure en droit?

Sciences Po m’a surtout apporté de la « méthode ». Soyons clair, j’ai adoré mes études à Sciences Po et mon diplôme m’a ouvert de très nombreuses portes, mais je ne peux pas dire que j’y ai acquis les connaissances indispensables à mon métier. Cet aspect-là, je l’ai acquis à l’université et en stage. Au-delà du label que constitue le diplôme, Sciences Po m’a permis d’avoir plus confiance en moi, notamment, en ce qui concerne la prise de parole en public. Dans le Master Droit Eco, on devait faire beaucoup d’exposés sur des sujets sur lesquels on n’était pas forcément à l’aise. Ce type d’exercice est assez formateur.

Sciences Po, c’est également un plus en termes de réseau. Mis à part ma première collaboration qui m’a été offerte par l’un de mes professeurs à Sciences Po, je n’ai pas encore eu l’occasion de le solliciter, mais on ne sait jamais. Je pense quand même qu’être diplômé de Sciences Po peut être utile pour le contact avec certains clients ou certains recruteurs.

-Quels sont les éventuels manques de cette formation en ce qui concerne le métier d’avocat d’affaires?

Je vais être un peu rude. Je pense qu’en section Droit économique, du moins à mon époque, on a une approche très globale des matières juridiques, ce qui ne prépare vraiment ni pour le concours du Barreau, ni pour le métier d’avocat. Je comprends que la possibilité pour les étudiants de Sciences Po de se présenter directement au concours du Barreau soit très contestée.…

Je tiens cependant à préciser que je ne m’exprime ici qu’en mon nom et que mes opinions ne représentent aucunement la position du cabinet.


-Est-ce que vous avez des collègues qui viennent de SciencesPo ? Si oui, est-ce que vous voyez les faiblesses de leur formation ?

Un bon nombre de mes collègues au cabinet sont des anciens de Sciences Po. J’ai eu l’occasion de travailler avec des stagiaires qui avaient suivi uniquement le parcours juridique proposé par l’école, et je dois reconnaître que certains d’entre eux, bien qu’ayant par ailleurs de nombreuses qualités, n’avaient pas toujours les bases juridiques suffisantes.

-Dans ce cas, pourquoi les avez-vous recrutés ? Ils devaient bien pouvoir apporter quelque chose au cabinet ?


Bien sûr. Ici nous travaillons sur des opérations de fusions-acquisitions. Le closing d'une opération est un processus très lourd, qui demande beaucoup d'organisation, de rigueur et de compréhension du monde des affaires. Les bases juridiques ne sont pas les seules qualités que l'on attend d'un stagiaire. Il ne faut pas oublier que les stagiaires apprennent et progressent beaucoup pendant leur stage.

-Quels sont les éléments de la formation qui pourraient être améliorés afin de mieux correspondre aux attentes des recruteurs sur le marché actuel?

Il faudrait faire des TD comme en fac de droit, c’est-à-dire diminuer l’importance du système des exposés ou des dissertations, pour se concentrer sur l’analyse de cas pratiques, des commentaires d’arrêts....bref, il faudrait que les méthodes d’enseignement soient davantage orientées vers l’aspect juridique, et non la simple culture générale, notamment dans des matières comme le droit des obligations, ou le droit des sûretés qui comportent un aspect technique très important.

-Jugez-vous qu’une formation complémentaire soit nécessaire après ou en parallèle de Sciences Po pour être avocat d’affaire?

Oui, je pense effectivement qu’il est préférable de faire un M2 en complément. Pour maximiser ses chances d’être un bon avocat, il faut être un bon juriste, ce qui implique notamment un passage par la fac de droit, où l’on acquiert toute la méthodologie. Mais je sais aussi que la majeure Droit Economique est en amélioration constante. Peut-être qu’un jour l’enseignement qui y est dispensé rejoindra-t-il celui de l’université.



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Illustration: BFMRadio