Élections BDE (3/3): We Are Familiste, candides mais motivés

We Are Familiste

«Le chien c’est vraiment l’animal de compagnie». La voilà l’explication, pour ceux qui se demanderaient quel est le rapport entre le nom de la «We are Familiste» et la choucroute. Une combinaison de l’imaginaire du cocon familial et de l’épagneul breton. Le décor est donc posé: la WAF entend vous offrir un BDE à vos ordres… et à vos pieds.

Une bande de 7 ou 8 gaillards de première année, plus accrocs à Sciences Po que Serge Gainsbourg à la Marie-Jeanne, totalement amoureux de ce fameux «esprit Sciences Po» dont personne n’a pourtant toujours réussi à comprendre la nature, ne sachant comment occuper les monceaux de temps libre que leur laissait leur scolarité, ont eu l’idée saugrenue de former une liste BDE. Répandant la bonne nouvelle, ils agrégèrent autour d’eux quelques autres compagnons et commencèrent à réfléchir à un projet. 15 première année, quelques 2A, et un président en 3A originaire du campus de Menton pour la caution ouverture, partaient bientôt en campagne…

Du coté des «grandes lignes» du programme, un projet porté sur l’originalité et la différenciation par rapport aux 1234 autres listes s’étant déjà porté candidat au poste: renforcer la convivialité, l’esprit de communauté à Sciences Po, être plus proche des élèves… Bref, ca n’est pas du coté des déclarations d’intention qu’il s’agit de s’attarder, car on aurait rapidement l’impression d’assister à un projet de campagne électorale de Patrick Sabatier. En tous cas, rassurez-vous: tout comme les autres listes, la WAF est la plus pragmatique des 3 puisqu’elle était formée avant et a tout négocié avec l’administration, et la plus motivée. Pas de propositions infondées ou autres négligences dans le genre: ces gens sont intouchables. Même leur sourire et leur décontraction leur donne un air angélique. Malheureusement pour eux, à l’école de la laïcité, on se méfie des anges.

A propos d’anges, ne cherchez pas dans la WAF de farouches putschistes décidés à tout faire sauter: plus ou moins acoquinés à plusieurs membres du BDE actuel, ils ne critiquent pas violemment l’action de ce dernier, mais remarquent juste certaines failles qu’il s’agirait de combler. «Complètement contre» les soirées de cette année par exemple, la WAF revendique être pleine d’idées dans le domaine et cherche à faire revenir les masters dans ces orgies. Pour ca, une démocratie participative exemplaire, en sollicitant plus souvent qu’aujourd’hui l’avis des élèves qui pourraient voter sur les lieux, musiques, et thèmes des soirées. A vos pieds vous dis je… On leur souhaite bien sûr bonne chance pour la mise en place des délibérations à chaque fois. De même, le BDE est selon eux actuellement trop fermé et pas assez visible. La WAF veut «proposer plein de bons plans» et regorge «d’idées concrètes» pour pouvoir intéresser tous les gens et ne pas être une clique élitiste passant ses journées à manger ses canapés plutôt qu’à travailler au bien commun. «Ça serait vraiment un BDE, pas un petit groupe d’étudiants qui se fait sa petite soirée». Des propos qui sont prononcés avec une telle sincérité qu’on a envie de parler de candeur. Comme si ces gens pensaient vraiment pouvoir échapper à «l’expérience éternelle que tout homme qui a du pouvoir est porté à en abuser». Bien qu’ils brandissent véhémentement leur indéfectible «motivation» face à cet argument, on est quand même tentés d’imaginer qu’une fois élus, sans réélection à atteindre, sans responsabilité à l’égard des élèves, cette fameuse motivation aura nécessairement tendance à s’effriter au profit de la jouissance du statut qu’offre l’appartenance à la communauté dirigeante du local bleu.

Voilà pour les intentions générales et la conception que se font nos candidats d’un Bureau des élèves. Passons maintenant aux projets plus concrets de la liste «qui a du chien». Théoriquement, tout ou presque a été négocié avec les partenaires en question et aucune proposition n’est donc lancée en l’air. A tel point tout de même que la WAF a du substantiellement revoir à la baisse ses ambitions en retirant certains éléments de son programme. Si on saluera l’honnêteté de la manœuvre, on notera le biais pour ceux qui l’ont lu avant cet amendement. Ainsi l’idée de la «Nuit de Sciences Po» a t-elle été abandonnée suite à un refus de l’administration, autant que l’idée d’installer un distributeur de billets au sein de l’école ou des baby-foot dans la cafétéria (des propositions que nous avions repérées avant l’interview pour leur caractère irréalisable). Ce ne sont donc pas les propositions les moins alléchantes qui manquent à l’appel. Dans le même genre, n’allez pas vous enthousiasmer trop pour le projet d’ouverture de la cafèt le samedi ou de mise en place d’un «panier réveil»: vu que la cafet et tout ce qui y touche restent l’apanage du CROUS, tout ce que pourrait faire un BDE serait d’être l’intermédiaire entre les étudiants et le CROUS pour proposer et négocier certaines nouveautés, sans aucune garantie de résultats.

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Néanmoins, hâtons nous de sortir de la peau du journaliste couard explosant d’un trait de plume 6 mois de travail acharné, et reconnaissons qu’on a affaire à un programme travaillé, sincère, assez concret, et supposé réalisable. A défaut d’être foncièrement novateur, on y trouve quelques idées séduisantes comme celle de la mise en place d’une application ENTG pour smartphone qui permettrait aux retardataires agrégés de consulter leur emploi du temps à 8H02 en arrivant à Sciences Po. Une proposition ambitieuse, peut-être trop puisque le sujet n’a pas vraiment encore été abordé avec l’administration et nos interlocuteurs restent flous quant à la concrétisation de l’idée, conscients peut être des échecs successifs de deux BDE sur le même terrain.

Au crédit de la WAF, il faut aussi reconnaître que le taux de présence des mots «renforcer», «améliorer», «approfondir» et autres poncifs vagues des programmes électoraux est plutôt bas dans le leur. En substance l’idée reste pourtant la même: renforcer par exemple l’intégration des français comme des internationaux en améliorant le programme de parrainage, en créant un cocktail d’accueil, et en réinventant partiellement le WEI qui serait aussi affublé d’un «speed dating géant». Idem pour le Buddy Program, jugé trop superficiel, et dont on «multiplierait les activités» (le genre de proposition qui revient à ne rien proposer). Enfin, intégrer d’avantage les campus délocalisés en mettant en place une «communauté d’accueil» pour les étudiants de ces campus venant se balader à Paris. Bref, des idées certes jusqu’ici louables, mais pas de celles qui vous feront rater un amphi d’histoire pour aller bourrer les urnes.

Du coté des «services aux étudiants» aussi, des idées soutenables mais assez réchauffées, style Yearbook (la grande nouveauté de cette année, que l’on retrouve chez toutes les listes), amélioration substantielle de la Gazette du 27, meilleure visibilité des offres de logement, meilleure communication de tous les bons plans, boite à idée (qui existe déjà), covoiturage…. Avec parfois un petit goût aussi d’empiétement sur les autres associations: une Gazette du 27 qui ressemble drôlement à un média concurrent du Pôle Média dont nous faisons partie, des «tables rondes BDA» sous forme de café-culture… Déjà les associations non permanentes grondent face à la tentation récurrente du BDE de récupérer leur travail à son compte. Toutefois pas d’inquiétudes pour la soirée «Clash & Trash» (qui ne s’appellera sans doute pas comme ça), elle n’a a pas vocation à remplacer la traditionnelle fête de l’AS mais à constituer un autre moment de confrontation AS-BDE plus tard dans l’année pour concrétiser la tension latente entre les deux blocs. Enfin, des idées originales pointent quand même le bout de leur nez par endroit, et notamment au pôle culture: l’organisation de fausses primaires et d’une fausse élection présidentielle au sein de Sciences Po ou celle d’un concours de One Man Show peuvent ressembler à des idées amusantes. Autres nouveautés, un Week-End Europe dans une ville du continent, axé sur la culture, et s’adressant à des gens qui vont en Europe de l’Est pour d’autres raisons que le prix des pintes (même si on ne sait pas encore s’il reste un Week-End de libre dans l’année déjà très chargée). Une sacrée caution culture grâce à ce nouveau pôle « Culture et Actualité » donc, qu’on retrouvera (si on cherche vraiment la transition poussée) dans l’organisation d’une « Soirée des Régions » où chacun viendra nous bourrer l’estomac de rillettes fumées, de crêpes au roquefort ou de rousquilles catalanes.

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Pour finir ce programme, un plus pour le projet humanitaire qui de ce qu’on nous en a présenté semble assez concret. Jusqu’ici quasi-inexistant selon la WAF; le pôle devrait se mettre au boulot et la FAO est déjà contactée et intéressée par des partenariats, tandis que «Habitat humanisme» est prêt à proposer une «rentrée solidaire» et des collectes de dons par les élèves.

Tout ce joyeux agenda serait mis en place par une équipe atypique qui pourrait bien combler son manque d’expérience apparent par une motivation sincère et indubitable. Ce problème d’expérience fait quand même un peu tache d’huile, notamment l’idée de mettre aux commandes un Président qui n’a pas la moindre connaissance du Campus de Paris et de sa vie associative. Celui-ci étudiait en effet à Menton pour son Collège Universitaire, où il appartenait cela dit au BDE local. Même si il s’agit là d’une volonté d’ouvrir le BDE et d’apporter un regard nouveau, et si la Vice-présidente est elle bel et bien parisienne, on se demande pourquoi les postes n’ont pas été inversés entre les deux pour éviter cette étrangeté. Pour plus d’informations sur les (auto)biographies captivantes des membres de la WAF, rendez vous sur leur site. Chacun y a écrit 20 lignes sur son existence dans le style mièvre et attendu qui semble caractériser tous les classiques du genre, entre blagues intra-sciences-pistes redondantes, épithètes néo-bisounours et déclarations d’un consensuel et d’un banal à faire rigoler Ali Baddou. SI vous préférez des choses plus ludiques, une reprise artisanale de la «Boite à Question» du grand journal par la WAF vous renseignera aussi sur vos candidats, dans une atmosphère qui, selon votre sensibilité, vous fera rire ou pleurer. De ce qu’on en voit jusqu’ici dans la campagne, cette équipe est en tout cas plutôt dynamique. Assurément gagnante si le nombre de votes en sa faveur est proportionnel a la taille des pots de Nutella qu’elle utilise en Péniche, elle est sans doute celle qui offre le meilleur choix de restauration gratuite (à condition d’aimer prendre du poids).

Les bonshommes bleus ont eu quelques idées marrantes bien que pas forcément concrétisées brillamment: un concours de faux-programmes BDE, un concours de fléchettes, une «Wafterwork» détente après les cours, une soirée Basile avec pinte à un euro pour les furieux ayant tiré leur épingle de l’émeute lors de la vente des tickets (qui ne laisse rien présager de bon tant le chaos parvenait à régner alors que seule une centaine de personnes était présente), accompagnée d’un open-barbe à papa à savourer dans un Basile atteignant une densité de 453 habitants par mètre-carré, un concours de tours de Kaplas, un concours de bras de fer…. Bref, de quoi se faire voir. Sans oublier la soirée en décalé lundi prochain, «Ca décWaf aux 4 vents», avec plein de boissons offertes, pour changer. Bref, de l’événementiel, de la communication, de la corruption à grands coups de beignets, on a là une brave liste BDE qui défend son jeu. Sérieux, assez concrets, plutôt réalistes, clairement motivés, visiblement décidés à ouvrir un peu le BDE à tous, nos compagnons canins ont des atouts à vendre. À relativiser cependant par un certain manque d’originalité et de différenciation des autres listes, ainsi que des propositions irréalisables qui laissent présager un certain manque de réalisme.

À vrai dire, après plusieurs jours de campagne, trois interviews réalisées et trois programmes décortiqués, on ne peut vraiment savoir pour quelle couleur flashy voter si ce n’est par amitié ou par instinct. À trop se copier (pardon, s’inspirer) entre elles les trois listes portent le même message: l’année prochaine, on aura grosso modo le même BDE que cette année, peut être moins bon, peut être un peu meilleur.

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9 réflexions au sujet de “Élections BDE (3/3): We Are Familiste, candides mais motivés”

  1. De mon exil en 3A, je trouve que cette liste a sur le fond (autant que sur les photos…) l’air sympa et motivée.
    Leur programme est cool, concret : bref ce qu’on demande à un BDE.
    Mon vote est acquis

  2. Ils sont mignons avec leur peluche, faut le reconnaitre, et j’aime les beignets gratuits.

    Mais alors parcontre, les gars, si vous voulez ma voix, on abandonne la gazette du 27.
    Pas écologique, personne ne la lit, et on a déjà assez de médias pour ça.

  3. « Sérieux, assez concrets, plutôt réalistes […] propositions irréalisables qui laissent présager un certain manque de réalisme ». No comment

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