A la une,  Actualités,  Vie politique étudiante

Comment les juppéistes préparent la primaire à SciencesPo

Crédits photos : François Mori /AP
Crédits photos : François Mori /AP

Dans les journaux, dans les radios, sur les plateaux, il est partout. Depuis la rentrée, ce que les médias ont baptisé la « Juppémania » envahit les rédactions et les conversations. Phénomène de mode ou réel élan politique, le nom de l’ancien premier ministre est sur toutes les lèvres. Et à SciencesPo aussi …

Les grandes manœuvres commencent au niveau national

A un an et demi des primaires de l’opposition de 2016, le maire de Bordeaux commence déjà à mettre en place des structures capables de soutenir sa candidature.

En vue de la constitution de son programme, il a lancé le site de contribution citoyenne Agispourlafrance.fr il y un peu plus de trois mois. Plusieurs milliers de contributions ont été recueillies  sur la plateforme collaborative depuis fin octobre.  En parallèle, « des groupes de travail ont été mis en place au mois d’octobre à Paris, composés d’experts dans plusieurs domaines » en vue de l’élaboration du programme expliquait Hervé Gaymard sur Atlantico.

Alain Juppé tient particulièrement à mener une campagne à caractère très participatif, il désire que “les Français écrivent leur avenir”. Il cherche ainsi à insuffler une dynamique populaire, à montrer qu’il ne fait pas une campagne qui vient « d’en haut« . D’autre part il accorde une grande importance aux jeunes qu’il place au cœur de sa campagne , notamment en leur confiant des responsabilités dans tous les groupes de réflexion. Ces groupes de jeunes sont ouverts à tous : certains membres sont de l’UMP , d’autres de diverses formations de la droite et du centre mais on trouve aussi de nombreux non-encartés ou « apolitiques ».

La campagne pour les primaires s’appuie également sur le comité “les jeunes avec Juppé”, très actif, notamment à Bordeaux, qui constitue la base militante de la campagne au sein des jeunes. Ce groupe fondé en 2008, réunit les jeunes militants de droite et d’ailleurs qui soutiennent l’action d’Alain Juppé : en tant que maire, ministre des affaires etrangères, et aujourd’hui candidat aux primaires de l’UMP.   

Alain Juppé, le 17 novembre 2010. (LIONEL BONAVENTURE/AFP)
Alain Juppé, le 17 novembre 2010. (LIONEL BONAVENTURE/AFP)

Les juppéistes s’organisent au sein d’une droite sarkozyste à SciencesPo

A l’intérieur de Sciences Po, Matthieu Ellerbach, étudiant en master, a réuni un groupe de travail pour la campagne d’Alain Juppé. A ses yeux,  « Alain Juppé est le candidat le plus à même de rassembler, celui qui correspond aux attentes des Français, et comprend le mieux la société dans laquelle nous vivons ». Le groupe est composé d’une trentaine de membres, dans sa grande majorité des étudiants de Sciences Po, auxquels se sont ajoutés quelques amis d’autres écoles (ESCP, HEC etc.). 

Ses membres ont notamment eu l’occasion de le rencontrer directement à son siège de campagne rue de l’Université, pour échanger sur ce que va être la place de ce collectif jeune dans la campagne. Ce groupe de travail est par ailleurs ouvert à tous les jeunes qui souhaitent participer à la campagne d’Alain Juppé et à l’élaboration de son programme, par la rédaction de notes etc.

« Alain Juppé est le candidat le plus à même de rassembler, celui qui correspond aux attentes des Français, et comprend le mieux la société dans laquelle nous vivons »

Matthieu Ellerbach

Certains membres sont adhérents à l’UMP Sciences Po, d’autres le sont à l’UDI Sciences Po, et nombreux sont les non-encartés. Grace à cette diversité et à ce dynamisme le groupe est en tête de proue du mouvement des jeunes avec Juppé qui s’organise aussi en région et qui est actuellement très présent sur les réseaux sociaux.

Ce groupe de travail évolue principalement au sein de la section UMP Sciences Po. Toutefois les juppéistes n’y sont pas majoritaires. Charles-Henri Alloncle, président de l’UMP Sciences Po l’admet franchement : il soutient Nicolas Sarkozy, et non Alain Juppé. Il préfère le dynamisme et le charisme de l’ancien président, à un Juppé qui « ne le fait pas rêver ». « Juppé pour moi c’est Chirac et mes premiers moments télé. Et si je me suis engagé en politique après 2007 c’est aussi parce que je voulais une rupture avec cette droite chiraquienne des années 2000, trop protocolaire » ajoute-t-il.  Selon lui, Nicolas Sarkozy incarne la droite que les militants attendent quand Alain Juppé préfère parler « d’identité heureuse dans un contexte de tensions sociales et culturelles grimpantes, de crise de notre modèle d’intégration« .

Toutefois, au-delà de ses opinions personnelles, en tant que président de l’UMP Sciences Po, Charles-Henri Alloncle rappelle qu’une stricte neutralité est respectée au sein de la section. Que ce soit pour les primaires ou les présidentielles de l’UMP, toutes les tendances sont entendues et des événements sont organisés pour chaque candidats. C’est d’ailleurs lui qui est à l’initiative de la création des groupes de travail de l’UMP Sciences Po qui travaillent pour des élus de tendances très diverses (Mariton, Pécresse, Wauquiez…), et c’est donc naturellement qu’il a soutenu dès le début la mise en place d’un groupe de travail pour la campagne des primaires d’Alain Juppé.

4589657

Un groupe de travail largement ouvert au centre

Mais c’est aussi au centre que le groupe de travail recrute. Car entre le Modem de François Bayrou qui semble clairement engagé au côté du maire de Bordeaux, et l’UMP une nouvelle fois dirigée par l’ancien président de la République, les partisans d’Alain Juppé débordent logiquement à la gauche de l’UMP. 

« Au MoDem Sciences Po, on préfère largement l’hypothèse d’une candidature Juppé à celle d’une candidature Sarkozy, qui suscite un réel rejet chez nous. Alain Juppé est beaucoup plus en phase avec le Centre tant sur le plan des idées que sur celui des valeurs qu’il incarne. » assure ainsi Romain Cherrier, le président du MoDem SciencesPo. « A titre plus personnel, je trouve qu’Alain Juppé est l’un des rares à avoir une certaine hauteur vis à vis des étiquettes et des clivages. Il ne raisonne pas de façon artificielle et purement politicienne en fonction des partis. C’est un rassembleur et des rassembleurs, nous en avons grandement besoin en ce moment ! » poursuit-il.

Cette ouverture au centre n’est pas illogique non plus selon Marine Denis, présidente de l’UDI Sciences Po et membre du bureau de l’UDI Jeunes : Alain Juppé est centro-compatible. Il peut représenter au fond la droite orléaniste, celle du « juste milieu », soucieuse des libertés individuelles, empreinte d’un certain progressisme, d’où une proximité évidente avec l’UDI. 

« Je trouve qu’Alain Juppé est l’un des rares à avoir une certaine hauteur vis à vis des étiquettes et des clivages. Il ne raisonne pas de façon artificielle et purement politicienne en fonction des partis. »

Romain Cherrier, président du MoDem SciencesPo

Alain Juppé défend d’ailleurs des positions assez similaires à celles de l’UDI, notamment sur les questions européennes, et affirme haut et fort une volonté de recentrer la droite. C’est pourquoi Marine Denis comprend tout à fait que des militants ou des sympathisants UDI soient séduits par le maire de Bordeaux, et trouve « intéressant et légitime » qu’ils aient leur place au sein d’un groupe de travail pour sa campagne : « c’est un enjeu qui dépasse l’étiquette pure, on doit rassembler, et il est bon que des idées du centre viennent enrichir le débat ».

Concernant le positionnement des centristes de l’UDI, il est trop tôt pour se prononcer et même si aujourd’hui, le parti de Jean-Christophe Lagarde n’a officiellement pas vocation à participer aux primaires de l’UMP, il n’est pas sur qu’il en soit de même en 2016…  

Dans la même catégorie : « Pour Juppé, le premier round a été réussi » Anciens collaborateurs parlementaires, férus de marketing, de numérique et de nouvelles technologies, Cyril Courson et Julien Peres ont co-fondé l’Agence Wecare à la rentrée 2014. Ils accompagnent aujourd’hui élus, collectivités, institutions publiques et entreprises dans la définition et mise en oeuvre de leur stratégie de communication digitale. Lire la suite.

3 Comments

  • Arnaud Bernet

    Très chers anonymes bonjour,
    Je tiens tout d’abord à vous remercier pour vos chaleureux commentaires, j’aurais été déçu de ne pas en avoir.
    Concernant les guillemets tout d’abord, vous remarquerez, après une lecture attentive, que l’on en trouve beaucoup. Ils ressemblent plus ou moins à cela  »  » et indiquent que des propos sont cités textuellement. Je les emploie à chaque fois que je restitue les mots employés par mon interlocuteur, ce qui est le cas dans cet article.
    Concernant les « propos » de notre deuxième anonyme; je vous invite à relire le passage de l’article dont vous parlez, et vous serez forcé d’admettre qu’il n’y est nulle part fait référence à ce que vous mentionnez. Je parle d’une droite à dominante sarkozyste, ce qui est incontestable quand le président l’est. Cela ne remet absolument pas en cause la diversité des tendances. Quant à ma source, elle est unique, c’est la personne qui est citée dans l’article, si vous souhaitez remettre en cause sa légitimité pour parler de l’organisation interne de l’UMP-Sciences Po, c’est votre problème. Enfin à propos de vos galimatias concernant le journalisme, les « corporations de voyous » et autres « partis médiatiques et bourgeois »: ça a l’air très grave tout cela, je vous invite à faire un article dessus, je suis sur que ça intéressera des gens.

  • Anonyme

    Comme j’aime la nuance, je reconnais la belle analyse politique sur la stratégie d’Alain Juppé qui se déporte sur la gauche et le centre et tente de jouer sur la société civile et les jeunes . L’utilisation des forums et la structuration militante est un élément clé de la campagne. Pour ce qui est de l’analyse de l’UMP-Sciences, je regrette que l’auteur soit le digne héritier de cette sale corporation de voyous, parti médiatique et bourgeois pratiquant à l’envie la soumission idéologique et politique au système. Quand on se prétend journaliste,on vérifie ses sources. Au sein de l’UMP-Sciences Po, on trouve une équipe de Lemairistes, des jeunes Wauquiezistes, des libéraux-conservateurs classiques , des gaullistes et des soutiens de Juppé et de Sarkozy. Ce n’est pas du tout les irréductibles Juppéistes écrasés par la masse des Sarkozystes !

Répondre à Anonyme Annuler la réponse

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.