On peut déjà être sûr d’assister au cours de l’année à venir à une course effrénée à celui ou celle qui aura le plus fait baver ses camarades par le nombre d’endroits visités ou par la qualité pixellique des paysages rencontrés. Nos compétiteurs sont d’impitoyables 2A, au sommet de leurs capacités hormonales, appareils photos et carnets moleskine en mains, prêts à se jeter dans le tourbillon frénétique du facebooking de leur troisième année.

En effet, et ce n’est pas nouveau, Facebook constitue l’arène où se déroule cette compétition sans merci. C’est sur Facebook que s’étaleront toute l’année durant les photos, commentaires, notes et wall posts sur les moindres détails, du moins les plus glorieux, de notre année à l’étranger. Les soirées arrosées, les road trip, les parties de beer pong, les photos de paysages lunaires, les voyages dans les régions reculées du pays, les rencontres avec les locaux… Bref, tout y passe.

Si cette année permet à certains d’assouvir leur soif d’authenticité culturelle ou de renouveau mystico-psychologico-philosophique, elle permet également à d’autres de suivre une college life tranquille tout en continuant à boire en soirée et à sortir en boîte. Quoiqu’il en soit, des centaines d’élèves sont déjà dans les starting-blocks et prêts à lâcher les chiens de la vanité, comme si le besoin de reconnaissance par l’intermédiaire Facebook était le seul moyen de s’assurer de la viabilité de sa troisième année.

Les statuts Facebook seront les témoins de cette troisième année suivie en prime time par les autres élèves de Sciences Po. Du "Je suis pris à NYU !" au "Départ pour Buenos Aires dans 5 jours !" en passant par le "Road trip de folie demain !" et pour finir par un "Triste retour en France :(", on peut déjà prévoir un mal de tête assuré causé par un trop plein d’informations relatif à cette 3A.

Happiness is only real when shared, la fameuse conclusion du film Into The Wild, qui en a inspiré plus d’un, semble être l’argument justifiant un tel épanchement de nos expériences 3Aesques. Certes, l’argument est valable : partageons ce que nous avons vécu pour en profiter pleinement, et faisons fi des réfractaires qui gardent tout pour eux (et surtout, surtout (!) il ne faut pas dire que nous avons été déçus par notre troisième année à l’étranger).

Mais gardons à l’esprit que trop de troisième année tue la troisième année, et que faire une pause dans la frénésie virtuelle de Facebook, qui semble avoir été caractéristique de notre premier cycle à Sciences Po, finalement ce serait peut-être ça la véritable césure.

Ceci dit : à vos marques, prêts, partez !