BDE Tabula Rasa

Si on devait imaginer qu’il existe également cette année une liste hors système, on soupçonnerait sans doute immédiatement la liste Tabula Rasa. Des étudiants peu habitués des soirées BDE, et pratiquant une campagne «noir sur blanc» , et conséquemment une image «trop sérieux et trop froids pour gérer un BDE», voire snob. C’est peut-être également dû à leur différence de ce qu’on a connu jusque là, ou du fait qu’on ne les connaît pas tant que ça. Pour autant, est-ce un projet auquel on peut croire ? Gabriel Attal est inconnu des 1A, mais s’est fait un nom -pas forcément au sens positif du terme- parmi les autres promotions pour son poste de coordinateur national au sein du comité de soutien à Ingrid Betancourt. Il est aujourd’hui candidat à la présidence du BDE, et relève le défi de défendre sa liste controversée face aux étudiants et à LaPéniche.

L’histoire de Tabula Rasa commencerait lors d’une soirée BDE. Grace Libissa Matouki (candidate à la vice-présidence) et Gabriel Attal se rencontrent à l’extérieur, tous deux en train d’enchaîner des cigarettes pour ne pas retourner dans une salle bondée avec musique harassante. Par la suite, la liste revendique fièrement le fait de s’être constituée comme un réseau, pour en venir à un total de 23 personnes, beaucoup d’étudiants de 3e mais aussi de 1re année et une 2e année (Lina Belkora). Une équipe dont aucun membre n’a encore eu d’expérience au BDE, mais certains au BDA, et qui se seraient donc retrouvés autour d’un programme. Mais au juste, quel programme ? La «vidéo de campagne», correspond davantage à une campagne politique que BDE. Elle souligne quelques grandes lignes, innovantes ou non, acceptables ou non, mais révèle surtout un programme assez flou . «En fait ils n’ont pas de programme.» peut-on entendre parmi les étudiants. On peut trouver de nombreux défauts à Tabula Rasa, mais sans doute pas celui là , en témoigne le programme détaillé distribué sous forme de tract et mis en ligne sur facebook et le site de campagne de la liste.

Une communication peu réussie : la liste, qui se veut sérieuse avec une campagne se contentant du strict minimum, n’est pas là pour vendre du rêve. Or, la majorité des étudiants de 1re année, ayant à l'esprit la campagne haute en couleur de R.È.G.L.E.S. l'année dernière, seraient davantage séduits par une véritable fête en plein jour en Péniche. Directement, la sérieuse Tabula Rasa et son opposition frontale aux anciens BDE et aux campagnes telles qu’on les a connues jusque là, se fait une mauvaise réputation.

Pourtant, ils ont beaucoup pour plaire les Tabula Rasa. Leur table est souvent vide, leurs activités minimalistes malgré une montée en puissance soudaine le mercredi, mais ils cherchent à aller parler aux étudiants, pour les éclairer davantage sur leur programme, leur point fort. Blasés par le comportement du BDE actuel c’est probablement si cette liste, qui plus que les autres déteste l’attitude des BDE qui se sont succédés depuis 3 ans, vient à être élue que l’on peut s’attendre à un véritable changement.

Les Tabula Rasa mettent la priorité sur le changement des relations BDE-étudiants, et critiquent la quasi-absence de dialogue des sciences pistes avec une «petite pseudo-élite qui règne en dynastie». Le changement du bureau sur le plan physique et moral, un local véritablement ouvert aux étudiants, est l’une des premières étapes pour réussir à créer un dialogue permanent avec les étudiants. Sur la vidéo de campagne, cela est mentionné avec l’installation d’un «baby-foot» : l'aménagement du local semble décidément être au coeur de la campagne 2010.

Aux yeux des étudiants cependant, Tabula Rasa se démarque par son projet de collaboration avec le BDA, qui donne lieu à des opinions et débats très divergents, peut-être en raison des nombreuses informations émises par différents corps sur ce point-ci. En effet, si les membres actuels du BDA ont dénoncé tout accord avec une liste à ce jour, il se murmure que les membres «dirigeants» du BDA l’année prochaine (et il faut l’admettre, dans le cas du BDA, la succession est suffisamment claire) auraient accepté. Pour Tabula Rasa, cette collaboration s’exprime via le projet de culture-pass qui peut être vu comme un approfondissement et une matérialisation des propositions de réduction qu’offre le BDA actuel (sur la liste : l’entrée au cinéma, dans les théâtres et musées gratuite pour les boursiers pendant un an, avec un crédit d’une centaine d’euros pour acheter des livres dans une grande chaine de librairies), mais surtout, un lien entre certains événements BDE et BDA. Par exemple, les thèmes de certaines soirées pourraient reprendre les thèmes des cycles de cinéma hebdomadaires.

L’événementiel, un point important, est en même temps inquiétant. On retrouve dans toutes les listes des personnes aspirant à apporter la nouveauté sur ce point, en profitant de leurs goûts musicaux diversifiés (ex : le jazz), mais pour au bout du compte se retrouver dans les mêmes boîtes, ou Tabula Rasa n’a point l’intention de faire des lectures de poèmes. Leurs choix se portant davantage pour des endroits nouveaux du Nord de Paris, des thèmes et musiques alternatives (ne vous inquiétez pas, il y aura de l’electro, mais du rock des années soixante), de même pour le WER et un gala, qu’ils planifient d’organiser dans les jardins du musée Rodin, mais «plus tard, moins cher, et un vendredi», précise Gabriel Attal qui ne semble pas pleinement conscient du caractère utopique de sa promesse.

Enfin, la liste repose sur de nombreux contacts et accords pour des améliorations concernant le financement des activités du Bureau et de l’aide aux étudiants : de nombreuses entreprises auraient déjà donné le feu vert, et la liste aurait l’intention d’en profiter pour offrir une aide supplémentaire aux boursiers (l’administration de Sciences Po est-elle d’accord ?). Pour les détracteurs de la tête de liste, cette aide des grandes entreprises n’est que le reflet des contacts qu’il a établi lorsqu’il était sur les bancs de l’Ecole Alsacienne, et côtoyait le «gratin» des «fils et filles de». Les Tabula Rasa se voient-ils des Robin des bois des temps modernes ? Cela prêterait presque à sourire...

Le «problème logement» est aussi longuement évoqué, et donnera lieu si la liste est élue à des évènements précis, sorte de «speed dating» du logement, spécial colocations et «transfert d’appart entre ceux qui partent en 3A à ceux qui arrivent.

La concurrence, Gabriel Attal la résume avec l’équation suivante : «Playliste = tout ce que l’on déteste dans le BDE actuel, SGSH = idem + installation d’une nouvelle dynastie, - le savoir faire. Pour Open Barres, dont il dit avoir découvert l’existence le jour du début de campagne, il ne trouve pas grand chose à redire, hormis le fait que leur incapacité à gagner (limitation aux 1A) divise les voix du «vrai changement».Il se félicite malgré tout du nombre de listes concurrentes, qu’il voit comme «symptomatique du profond mécontentement des étudiants quant à leur BDE, traduisant la nécessité d’une nouvelle voie». Tabula Rasa matérialise-t-elle vraiment cette voie ? Beaucoup n’y croient pas, mais il ne faut pas oublier que la liste serait celle qui a obtenu le plus de parrainages lors de la procédure de reconnaissance -environ 600-, bien loin devant les trois listes concurrentes, même si elle suscite aujourd’hui beaucoup de polémiques.

La plus importante d’entre elles, sans doute, mais aussi la plus amusante : l’instauration déclarée dans leur spot de campagne d’un «conseiller matrimonial étudiant». Tabula Rasa se voit-elle comme compétente pour régler les problèmes de coeur de Sciences po ? «Pas du tout» répond leur chef de file, qui parle d’une «blague» décidée le jour du tournage de leur clip, censée dénoncer la «mièvrerie» des listes habituellement candidates au BDE. Cela expliquerait l’absence totale de cette proposition sur leur site internet et leur programme détaillé. Attal est en tous cas très heureux de ce ramdam, puisque la cristallisation de toutes les attaques sur ce point montrerait selon lui la cohérence de leur vrai programme, et l’incapacité des autres listes à y dire quoi que ce soit.

''La campagne Tabula Rasa aura donc été celle qui a connu le plus de «mutations» : après deux jours de quasi-inexistence en Péniche, ils présentent mercredi un stand recouvert de hot dogs, bonbons et autres petits plaisirs, ainsi qu’un Guitar hero qui semble avoir fait fureur. La liste propose par ailleurs une soirée/concert dans la cafet du 13 rue de l’université lundi 10 à 17h (pas trop tôt), qui devrait mêler rock et folk, avec la venue notamment de Joyce Jonathan, récemment disque d’or. Quoi qu’on en dise : ils ont beau avoir l’air condescendants (voire méprisants ?) et parfois peu sympathiques, ils ont su se révéler capables comme toute autre liste de s’amuser et de rire. Nous pouvons notamment citer le «scandale» Oleg Gustavson, un profil Facebook anonyme diffusant des photomontages sexuellement explicites, visant Gabriel Attal, Hugo Schleicher (tête de liste de SGSH) et son vice-président. Alors que le premier a été amusé, le second se serait immédiatement rendu au commissariat pour porter plainte... Que disait-on, Tabula Rasa une liste qui manque de «fun» ? C’est discutable...