images.jpg Un weekend. Retour à la maison, dîner chez une amie, dont le père est diplômé de Sciences Po, et la soeur pense y aller. Un peu comme un retour en arrière pour le père, il me pose plein de questions «La première année se fait toujours rue de la Chaise ?», «Alors Sim, as-tu fait ton choix ? Basile ou Bizuth ?». Comme quoi les préoccupations des sciences pistes n’ont pas changé depuis plus de 20 ans.

Mais ce qui m’a le plus amusé, c’est une chose mentionnée par mon amie lorsqu’on parlait des attentes de sa soeur si elle étudiait à Sciences Po : «En fait elle rêve de s’asseoir sur l’herbe, dans le jardin...». Je pense qu’elle disait ça sur un ton ironique, mais ça m’a quand même rappelé quelque chose. Peu après le retour du Soleil et du beau temps dans le 7e, une petite barrière en plastique orange a fleuri autour du Jardin, il est devenu interdit de s’asseoir sur l’herbe au moment idéal. En voyant la grimace de l’ex-sciencepiste, j’ai pu en déduire que c’était quelque chose de relativement neuf.

Généralement, cet espèce de toile orange, on l’enroule autour de certains fleurs dans les parcs, des espèces fragiles ou rares. Le gazon, si je ne me trompe, n’est pas vraiment une espèce fragile et certainement pas rare. Il est difficile de donner un sens à cette nouvelle règle, particulièrement frustrante, qui quelque peu nous oblige à rester dans les cafétérias sombres et bruyantes. Des amis de 2e année ont donné une explication : il faut que l’herbe repousse bien pour la cérémonie de remise des diplômes.

En bref, la récompense des cinq années d’étude, pour nous, cela va être de poser sur ses pieds sur l’herbe et de prendre une photo dans le jardin. Je n’ai rien contre les traditions, mais ne pas en profiter au moment idéal pour une photo, si c’est vraiment la raison, je ne comprends pas. D’accord, nous essayons de prendre pour modèle les universités américaines, mais je ne crois pas que cette interdiction existe chez eux.

Cette situation me parait tellement illogique que je cherche des arguments qui pourraient nous permettre de nous asseoir sur la pelouse sans nous sentir coupable.

  1. Mais elle est déjà là, la pelouse. Je ne vois pas du tout de quelle pelouse vous voulez parler.
  2. On peut faire de sorte de ne pas laisser voir un 1cm² de pelouse en plaçant les individus tel une armée romaine en position de défense.
  3. On peut modifier la pelouse sur Photoshop, si c’est ce qui inquiète le plus les organisateurs.
  4. De toute façon, pour la remise des diplômes, il faut mettre ses plus belles chaussures. Ce serait dommage de les abîmer (la pelouse et les chaussures).
  5. Si les nouveaux arrivants voient que dans les faits, nous ne pouvons nous asseoir dans le jardin comme on le voit sur le brochure de Sciences Po, ils vont nous accuser de mentir sur la vie étudiante à Sciences Po (cf. photo)
  6. En cette période de l’année, nous pouvons résoudre le problème du manque de places en bibliothèque, salle de travail, cafétéria, etc. en proposant aux élèves de s’installer sur la pelouse.
  7. On n’a pas toujours le temps ni l’envie de marcher jusqu’aux jardins du Luxembourg.
  8. Les étudiants ont besoin de voir le Soleil pour rester en bonne santé (sinon le Soleil, métaphoriquement parlant, c’est la connaissance, non ?).

Mes arguments ne sont pas sérieux, je n’ai pas du tout l’intention de faire une pétition. On va sans doute être peu différent des gens sur les plages de la côte d’Azur, assis tous face à la mer, et il n’y a pas de places sur cette parcelle de pelouse pour tout le monde. Mais, à la veille des partiels, même si c’est pour un quart d’heure, on devrait tous profiter du jardin pour essayer de trouver entre quatre murs le calme et un moment de véritable détente.

Photo : www.sciences-po.fr