C’est le coup d’éclat de la rentrée : l’Union Nationale Inter-universitaire (UNI), née en réaction aux manifestations étudiantes de Mai 68, abandonne ses activités syndicales au profit du « Mouvement des étudiants » (Mét). Le président du nouveau « syndicat », Rémi Martial, présente l’opération comme une prise d’indépendance à l’égard des partis politiques, en vue de rallier d’autres forces syndicales à ancrage local, comme le syndicat de Sciences Po « Nouvelle Donne ». Objectif : devenir un véritable concurrent de l’UNEF, nationalement majoritaire. Prétexte : les règles électorales découlant de la loi LRU (libertés et responsabilités des universités) conduiraient à une « bipolarisation ». 1

Le Mét n’a que quinze jours pour convaincre. C’est peu, au vu de la controverse soulevée par sa création. Déjà, des voix dissidentes s’élèvent au sein de l’UNI pour dénoncer une manœuvre de l’Elysée.² Selon Benjamin Fontenas, vice-président de l’UNI à Tours, « on nous a dit que l’UMP avait mis le couteau sous la gorge de l’UNI, en parlant de lui couper les subventions ». Drôle de prise d’indépendance.

A Sciences Po, la création du Mét a au moins pour mérite de clarifier la situation. En se ralliant à « La droite universitaire », les membres de Nouvelle Donne vont devoir abandonner leur prétention à l’apolitisme, s’ils ne veulent pas perdre leur crédibilité aux yeux des étudiants. A l’heure du « bilan de mandat » des élus étudiants, d’aucuns souriront à la lecture des tract du « mouvement des étudiants de Sciences Po », qui se décrit en gentil syndicat environnementaliste qui « milite depuis des années » (sic) pour l’installation de toits végétalisés et autres ampoules basse consommation à l’IEP.

En face du Mét restent trois organisations. Si SUD Etudiant ne présente pas de liste cette année, la Confédération Etudiante, Interzaide-Facverte et l’UNEF restent en piste.

Dès lundi, l’UNEF défendait son bilan de mandat en péniche. Le syndicat majoritaire met l’accent sur sa lutte contre la sélection sociale. Il a obtenu des avancées dans la réduction des biais sociaux lors de la réforme du concours, et s’est surtout fermement opposé à la hausse de 54% des frais de scolarité comprise dans la réforme « Objectif 2013 ». L’UNEF est le seul syndicat à avoir voté contre cette augmentation, qui s’applique déjà aux étudiants de première année ; il a en outre obtenu un gel des trois premières tranches de frais ainsi qu’une limitation de leur montant pour les étudiants étrangers.

Si l’UNEF peut mettre en avant son travail de défense des étudiants au quotidien, Interzaide, deuxième force syndicale à Sciences Po, ne s’empresse pas de défendre son bilan. Davantage implanté dans les campus délocalisés, le syndicat « internationaliste » mise une fois de plus sur le label écolo de Facverte – dont il ne reste pourtant aucun militant à l’IEP. Quant à la Cé, elle se pose en « force syndicale alternative » à l’UNEF et apartisane. A son bilan, elle inscrit l’ensemble des réformes entreprises par la direction – si bien que certains soupçonnent Richard Descoings d’avoir sa carte à la Confédération Etudiante…

Après cette semaine de bilan de mandat, les quatre formations attaqueront la campagne à partir de lundi prochain. Leur principal défi sera d’inciter les étudiants à voter : l’an passé, seuls 25% d’entre eux s’étaient déplacé pour les élections syndicales. A vous d’inverser la tendance, les 9 et 10 février !





1 Voir l’entretien paru dans Valeurs actuelles

2 Voir l’article du Monde du 20 janvier