1. Je suis entré à Sciences Po sur concours.

2. Je n'ai pas fréquenté de classe préparatoire et je ne viens même pas d'un lycée français. Un professeur, à six mois du bac, m'a conseillé de tenter ma chance : j'ai bûché la philo (habitué que j'étais à l'approche historiciste et non à celle essentialiste qu'on enseigne dans les écoles françaises), l'Histoire de France que je n'avais plus étudié depuis le collège. Ce qui prouve qu'avec de la volonté, rien n'est impossible.

3. Je ne suis pas "fils de". Ma mère n'est pas avocate d'affaires et il n'y a jamais eu de gouvernante à la maison. J'ai grandi en banlieue avec un père patron d'une boîte de 3 salariés et une mère aide à domicile, puis secrétaire.

Ceci étant posé, je vais essayer d'être clair. L'imposition de quotas de boursiers dans les grandes écoles, imposition que notre cher président appelle de ses voeux malgré ses démentis véhéments (voir l'article du Parisien ici), est une mise à mort pure et simple du système méritocratique républicain.

Pourquoi ? Parce que quoi qu'en pense une certaine catégorie de monomaniaques, le concours reste et demeure le moyen de sélection le moins biaisé socialement. Je ne dis pas que c'est la panacée : évidemment un bachelier sorti de Louis le Grand et de prépa Lakanal aura plus de chances que l'élève moyen de Pont-à-Mousson ou Sotteville-lès-Rouen. N'empêche. Il existe des moyens de corriger ces biais (les syndicats étudiants y travaillent, me paraît-il) tout en conservant un système d'admissions égalitaire.

Les quotas, ensuite - parce que c'est bien de quotas dont il s'agit - sont d'une manière générale une absurdité. Allez, hop ! 1/3 de garçons de boucherie hallal à Polytechnique et 1/4 d'ex-séminaristes à Normale. A la trappe, le mérite ! Exit, l'excellence ! Raus, le bachotage et la même angoisse pour tous devant une copie à Arcueil ! Et bien moi, je dis non. N'oublions pas que le système de sélection républicain a permis à de nombreux fils d'ouvriers méritants, dans les dernières décennies, d'avoir accès à une éducation supérieure de qualité. Ce fut le cas de mon grand-père maternel, ingénieur dans le génie pétrolier et pourtant fils de paysans de la Bretagne profonde.

Permettez-moi ensuite (c'est la partie alarmiste du billet) de me montrer peu optimiste quant à l'état de l'instruction publique en France . En sept ans, notre pays a perdu neuf places (neuf!) dans le classement OCDE des performances scolaires malgré le fait que le budget alloué à l'instruction soit parmi les plus élevés d'Europe. La situation est aujourd'hui la suivante : un primaire et un secondaire médiocres - sauf dans quelques îlots bourgeois ou ruraux - et des différences toujours plus creusées entre les bons et les mauvais, entre les aisés et les prolos.

Si ce gouvernement (et ce n'est pas une attaque ad personam) est vraiment intéressé par la réussite du système éducatif français, il devrait commencer par se soucier sérieusement du niveau lamentable de ses collégiens et lycéens, au lieu de crier haro sur les sempiternelles inégalités sociales. Les classes modestes n'ont pas besoin des passe-droits tant appréciés par M. Sarkozy - passe-droits que je trouve pour ma part offensants. La société toute entière, par contre, a besoin d'une instruction de qualité, et non de l'habituelle démagogie panem et circenses qui, franchement, ne prend plus.

Illustration : tribune de Genève

Pour la réplique, lire l'article de "Moa"