Opération communication réussie pour Richard Descoings et son « staff Â» : délaissant les fauteuils et bouteilles d’eau préparés pour l’occasion, le directeur de l’IEP a choisi un dialogue de proximité avec les étudiants, au demeurant peu nombreux.

Il a commencé par rappeler les deux critiques quant à la date de l’examen d’entrée. D’une part, peu de temps s’écoule entre la publication des résultats et la rentrée ; d’autre part, les « préparations tarifées dans des officines privées Â» introduisent un biais social entre candidats. C’est le premier argument auquel le chef d’établissement a été sensible. Mais plusieurs obstacles doivent être surmontés : comment recruter des correcteurs après la publication des résultats du bac, mais aussi comment éviter que les élèves « qui peuvent se payer le luxe d’avoir deux objectifs Â» supplantent ceux qui doivent concentrer leurs efforts sur le bac ? De la date au contenu, jusqu’au maintien même du concours, Richard Descoings a fait mine de tout mettre sur le tapis, ouvrant rapidement le débat.

Arnaud Bontemps, président de l’UNEF, a proposé que l’examen d’entrée soit le plus proche possible du baccalauréat : « la préparation du bac deviendrait ainsi la meilleure et la plus égalitaire des préparations au concours ». La question de la date ne saurait cependant être séparée de celle du contenu, et le syndicat majoritaire propose plusieurs moyens de lutter contre les biais social, géographique et de genre. Afin de minimiser les frais de logement et de transport, il faudrait concentrer les épreuves sur une journée, et les décentraliser dans les campus délocalisés et les Dom-Tom. Quant au contenu, le syndicat propose un calquage de l’épreuve d’Histoire sur le programme du bac – de 1945 à nos jours – et une repondération de l’épreuve de langues, qui favorise les élèves ayant les moyens de se payer des séjours linguistiques.

Charlotte Joubert, de l’UNI, a défendu un point de vue fort différent. Son mot d’ordre, qu’elle répète à tout-va : ne pas « baccalauréiser Â» le concours. Le syndicat de droite affirme la nécessité de maintenir un temps de révision entre le bac et l’examen d’entrée, dont il n’envisage aucune réforme. Prétextant que les prépas privées perdureront quelque soit le date choisie, il préconise la création d’une prépa publique d’excellence – avec tutoring, e-learning, et autres gadgets – dont le coût serait fonction du revenu des parents. Charlotte a fini par une envolée lyrique sur le « service public Â» qui a laissé perplexe une partie de son auditoire : l’UNI aurait-elle était infiltrée par d’affreux gauchistes ?

Son camarade Clément Rouveyrol ne s’est pas embarrassé de telles précautions : pour Nouvelle Donne, la justice sociale ne doit pas devenir synonyme de nivellement par le bas. L’objectif du concours est bel et bien d’ « opérer une sélection Â» selon le « capital intellectuel et culturel » des candidats.

Enfin, Mathieu Albouy de la Confédération étudiante a proposé que le concours soit avancé au mois de mai, ce qui laisserait aux étudiants le temps de préparer le baccalauréat. Appelant de ses vœux la création d’une commission d’experts sur démocratisation de l’examen d’entrée, il a également suggéré la mise en place d’un oral – l’aisance orale étant mieux répartie socialement.

Richard Descoings s’est félicité qu’ « Ã  Sciences Po, on se prenne la tête Â» sur des questions de justice sociale dont certaines grandes écoles ne se préoccupent guère. Et de fait, le débat n’a pas été sans accrochages entre direction et syndicats. Refusant de « sélectionner parmi les ignares », le directeur de l’IEP a affirmé vouloir recruter des « personnalités aussi diverses que possibles, se démarquant par leur curiosité et leur rigueur intellectuelle ».

Une dernière phrase n’aura pas échappé à l’oreille des étudiants : « si on pouvait supprimer le concours, ce serait quand même vachement bien » a osé le directeur, peu avant de quitter l’amphithéâtre…

Illustration: Waseda.