La volonté d’aligner SciencesPo sur la majorité des universités étrangères et des classes préparatoires est légitime. Une université qui insiste sur son intégration dans le tissu mondial des établissements d’élite a intérêt à limiter ses différences administratives. Reste que le choix de la date du concours n’est pas innocent. Un concours juste avant ou juste après les épreuves du baccalauréat c'est dans quelques années la suppression du concours et une sélection sur dossier. Sans préjuger de la volonté de la direction, on notera que trois des quatre dates proposées sont en juin.

Avec un concours fixé autour du bac, les prépas d’été deviendraient des prépas à l’année auxquelles seuls les parisiens auraient accès. Les terminales SciencesPo pulluleraient dans les lycées privés et des « modules Â» SciencesPo apparaîtraient dans les grands lycées de la capitale. L’iniquité de ce système condamnerait à moyen terme le concours d’entrée.

La seule alternative viable pour le concours, c'est d’avoir lieu fin juillet. Pensons un instant aux candidats des filières scientifiques. Les priver d’un temps entre leurs épreuves du bac et le concours c'est empêcher leur candidatures. Face à des ES et des L, un S a peu de chances sur un concours SciencesPo fin juin. Alors que SciencesPo mathématise son curriculum et ambitionne de développer une renommée internationale en finance et en recherche économique, nous n’avons pas intérêt à réduire la part des scientifiques dans nos effectifs.

Mais pourquoi faut-il sauver le concours d’entrée ? Après tout, n’est-ce pas l’un des archaïsmes de SciencesPo, une bizarrerie gauloise socialement discriminante ? Oui, le concours sanctionne des différences de capital culturel et favorise ainsi les classes les plus favorisées. Nul ne le nie. Et pourtant, certains très privilégiés ne sont pas admis au concours. Je ne peux m’exprimer que pour mon année, mais au concours d’entrée 2006, deux enfants de ministres ont été recalés. Pensez-vous que cela aurait été le cas si la sélection se faisait sur dossier ?

Même s’il oublie les inégalités d’éducation scolaires et extra-scolaires, le concours est encore le mode de sélection républicain par excellence parce qu’il prévient le népotisme et la cooptation à l’entrée des Grandes écoles. Cela ne m’empêche pas d’être partisan d’une sélection partielle de la promotion sur mention très bien ou de soutenir les Conventions d’Etudes Prioritaires. Je vous renvoie à Rawls : « si la liberté est inégale, la liberté de ceux qui ont le moins de liberté doit être mieux protégée. Â»

Illustration: lewebpedagogique