Les néo sciences pistes se rappellent sans doute de leur premier moment en Boutmy : les magnas de l’administration à coup de speech en deux parties deux sous-parties annoncent les réjouissances de l’année à venir. Un des points d’orgue de cette introduction porte sur la mise en place d’un "stage de terrain" -selon l’appellation officielle – obligatoire pour tous les étudiants pendant l’été. Le but pédagogique, voire sociétal, joliment annoncé est de former des "managers de demain" capable d’ "envisager le fonctionnement des organisations du point de vue d’une unité de base". En clair, et pardon pour les clichés, l’administration semble partir du constat que les titis de l’ouest parisien arrivent en fin de cycle sans avoir jamais vraiment mis les pieds dans un véritable lieu de travail. Faire de ces étudiants des agents d’exécution, certes pour une période limitée, permettrait de remplir un double objectif de découverte de l’entreprise et de génération d’une certaine empathie envers les exécutants, ce qui sur le long terme rendrait nos aspirants managers un peu moins tyrans.

Critiques : certains pointent l’intrusion de Sciences Po dans les sacro-saintes vacances d’été en s’appuyant sur les analyses de bacheliers ES zélés non mécontents d’y voir "un signe de plus du flou qui s’installe entre période de formation et non formation". Plus simplement, et sans parler de critique explicite, la réaction de rejet d’une partie des étudiants est assez intéressante : on parle de "stage ouvrier" plutôt que de "stage de terrain" et l’on rejoint volontiers le groupe facebook "J’ai survécu à mon stage de terrain...". Si, bien sur, le registre est celui de l’humour, la ligne jaune, celle de la condescendance est assez vite franchie avec de jolies sorties du style "franchement, nous, on n’a pas que ça à faire", etc. Cette attitude montre un certain défaut de la communauté estudiantine qui vient confirmer le diagnostique des penseurs du stage de terrain : le manque d’humilité. Rien que le processus de recherche du stage permet d’ailleurs de développer un peu l’humilité : on s’aperçoit assez vite que pour avoir un stage d’été mieux vaut avoir une étiquette BAFA qu’une étiquette Sciences Po.

Néanmoins, cette relative difficulté dans la recherche du stage n’a pas qu’un effet positif. Beaucoup d’étudiants ont recours à une convention de stage plutôt qu’à un CDD, parfois par manque d’informations ("Ah bon, on n’est pas obligé de passer par une convention ?"), mais surtout du fait de la difficulté à trouver un CDD. La convention de stage, et c’est un lieu commun, incite les employeurs à ne donner aucune rémunération ou tout au plus 300€ d’indemnités pour un travail équivalent au SMIC. Pour l’enseigne de Sèvre Bab employeuse de stagiaires c’est bel et bien "Bon Marché". L’effet pervers est que ce régime de travail gratuit, paradoxalement, ne touche pas ceux qui sont le plus "à l’abri" financièrement et dont la motivation pour le stage est a priori plus didactique qu’économique. En effet, ceux qui disposent du réseau adéquat pour trouver un CDD sont a priori les plus favorisés tandis que ceux qui restent "bloqués" à 300€ ou moins par la convention de stage sont ceux qui auraient le plus besoin d’argent pour préparer l’année à venir. Enfin, la frustration s’exprime aussi sous un angle "moral" : plutôt que d’être "exploité" par une enseigne du Grand Capital, nombreux sont les étudiants qui préfèreraient décupler leur sentiment d’utilité en offrant leur service à une organisation caritative par exemple.

En résumé, l’objectif de découverte fixé par l’administration est sans doute louable mais le CDD est assez difficile à décrocher pour une si courte durée, en particulier pour ceux qui ne peuvent pas passer par le piston.