Deux points « chauds Â» occupaient le début de l’ordre du jour. En premier lieu, le compte rendu de la Coordination Nationale des Etudiants réunie à Strasbourg le week-end dernier. Arnaud, délégué de l’AG et membre de SUD Etudiant, en vient rapidement aux faits : l’UNEF a boycotté la Coordination. Si la section locale n’est pas en cause, une consigne semble avoir émané du bureau national, comme le suggèrent les propos du président de l’UNEF Jean-Baptiste Prevost dans Libération, selon lesquels les assemblées générales universitaires « n’ont pas autant de légitimité que des syndicats pour négocier ». Proposition est faite – et adoptée – de réaffirmer la seule légitimité de la Coordination Nationale des Etudiants (composée de délégués de toutes les AG) dans le mouvement.

Si les membres de l’UNEF acceptent cette concession, ils ne manquent pas dans la foulée de renvoyer la balle à SUD : alors que le comité de mobilisation avait décidé de prévenir l’administration de l’occupation nocturne de mardi, d’organiser des conférences, ou encore de mettre en place un service d’ordre, le programme aurait été court-circuité par une réunion informelle de quelques personnes. Une motion appelant au « respect des décisions des AG et comités de mobilisation Â» permet une nouvelle fois de calmer le jeu.

Sans occulter pour autant le débat sur l’occupation. Manon, de l’UNEF, n’hésite pas à interpeller l’assemblée : « dites-vous pourquoi le nombre d’étudiants en AG a tellement diminué ! Â» Devant la cinquantaine de présents, elle crie au scandale, se plaignant d’avoir subi des menaces alors qu’elle négociait avec Nadia Marik pour qu’elle n’envoie pas les CRS. Du côté de SUD, on déplore les dégradations, sans dramatiser la situation : « on a eu de la chance que ça se soit passé aussi bien, qu’il n’y ait pas eu de violences et de destructions », argue Ben. Adrien lui emboîte le pas : « Ca s’est très bien passé, ce qui est inacceptable c’est l’attitude de l’administration qui a proféré des menaces d’exclusion ». Si les responsables de ces menaces se sont excusés, les étudiants soupçonnent que la technique ait été bien réfléchie, et déplorent que la direction se soit servie des appariteurs « comme d’un fusible ».

Ces points clarifiés, un compte-rendu est fait sur la mobilisation des doctorants ; l’occasion de s’associer à la lettre ouverte à Richard Descoings, Philippe Weil et Bruno Latour (voir l’article Pourquoi se mobilisent-ils ?).

Le mouvement étudiant, lui, semble à première vue essoufflé. Samuel se désole : « là c’est complètement mort… », s’inquiétant de l’absence de direction claire tant au niveau national que local. Ses camarades sont là pour lui remonter le moral : pour Adrien, « On ne peut pas se dire sur la base de l’AG d’aujourd’hui que le mouvement est mort. On est fatigués dans la tête, fatigués moralement, mais il n’y a pas de baisse du mouvement à Sciences Po autant qu’on peut l’imaginer. C’est tout de même la semaine où on a fait le plus d’actions différentes et touché le plus de monde ! Â» Lucile continue sur cette note d’optimisme, mettant le doigt sur l’impact médiatique de l’occupation de mardi : « même Nice matin en a parlé ! Â»

Plusieurs pistes ont finalement été dégagées pour la semaine à venir. Outre un appel à la mobilisation « de la maternelle à l’université Â» du 2 avril, un retour à de l’information auprès des étudiants est au programme : rédaction d’un nouveau tract « de fond », kermesse, diffusion d’un film…

La mobilisation en est à sa cinquième semaine à Sciences Po.

Photo : Antoine Genel