Contrairement au blocage de mardi dernier, ce sont des étudiants de Sciences Po qui ont organisé, ce mardi 24 mars, une occupation nocturne du 13 rue de l’Université. Décidée en Assemblée générale comme une « forme intelligente de blocage », puisqu’elle n’empêche pas les étudiants d’aller en cours, elle a été entérinée par le comité de mobilisation de vendredi dernier.
Les occupants ont profité d’une conférence de l’Université alternative sur la loi LRU pour investir l’amphi Jean Moulin. Ils ont été rejoints par quelques dizaines d’étudiants d’autres facultés dans la soirée.

A 21h15, heure de fin des cours, les portes du bâtiment de l’ENA sont fermées. Une quarantaine d’étudiants sont attroupés dans l’attente de rejoindre leurs camarades. Alors que cinq cars de CRS prennent place sur le boulevard Saint-Germain, un peloton arrive et fait reculer les manifestants sur la route, pour laisser sortir des étudiants restés bloqués à l’intérieur. La scène se déroule sur un air d’accordéons, on danse et frappe des mains parmi les manifestants.
Nadia Marik et Hervé Crès discutent avec les policiers ; leur lieutenant David Colon épie les étudiants mobilisés. Par téléphone, on apprend que Mme Marik a laissé un délai d’une demi-heure aux occupants. Ils ont jusqu’à 23h15 pour faire connaître leur décision. D’ici là, les trois quarts des manifestants seront partis. Les dix autres rejoindront les occupants, après le départ des CRS.
Selon nos informations, à l’heure actuelle, les occupants débattent encore des modalités d’action en amphi Jean Moulin. Une chose est sûre : ils y passeront la nuit.

Dès lundi, l’administration était tendue. Auprès des syndicats, le bruit courait que l’administration avait été contactée par les RG. D’où la décision d’annuler tous les événements de la semaine.
Une décision qui n’a pas effrayé les étudiants mobilisés. Aujourd’hui à 13h était programmée une pièce de théâtre, « La soutenance de thèse de Valérie Pécresse ». Le petit hall était réservé, avec micros. La troupe apprenant le matin même l’annulation de la pièce, a décidé de la jouer dans la rue, devant les portes du 27 rue Saint-Guillaume. « Puisqu’on n’est plus les bienvenus à l’intérieur, on se déplace », explique un acteur, agacé par le maintien la veille d’un concours d’éloquence sur les riches. Au final, la cinquantaine de spectateurs a bien ri.
Une heure plus tard, la mobilisation continue : en salle A11, une dizaine de chercheurs et professeurs de Sciences Po viennent répondre aux questions des étudiants. Tout comme les doctorants, ils ont été scandalisés par une lettre de Philippe Weil, directeur de l’école doctorale, décrivant les thésards comme un « stock Â» et les pressant dans des termes peu élogieux de terminer leurs recherche avant la fin de l’année (voir la pétition).

La journée aura été pour le moins mouvementée. Il reste à voir si des revendications concrètes sortiront de cette nuit blanche. Déjà, une AG est prévue ce jeudi à 12h30.

Photo : Antoine Genel