L’UNI : "Ce sont des étudiants qui ne connaissent pas Sciences Po"

Maxence Mély, élu UNI en commission paritaire, a suivi les événement du fond de l’amphi. Scandalisé, il soutient que les bloqueurs ne comprennent rien à rien. S’ils savaient ce qu’est vraiment Sciences Po, sûr qu’ils seraient retournés en cours depuis longtemps !

  • Mardi, l’amphithéâtre Boutmy a été occupé par des étudiants des universités parisiennes. Quel est le point de vue de l’UNI sur ce qui s’est passé ?

Ce blocage d’amphi était illégal, organisé par des gens qui ne sont pas de Sciences Po, apparemment de SUD Paris-VIII. Ils sont entrés par une issue de secours, pour ensuite envahir le cours d’Olivier Duhamel. Olivier Duhamel a d’abord proposé de mener à bien son cours puis de faire un débat sur la LRU. Comme ils ont refusé, Duhamel a renoncé en expliquant qu’il était outragé par l’amalgame entre l’IEP et les grandes écoles, qu’il ne pouvait pas accepter ça. Les manifestants ont pris la tribune, ils ont fait un vote sur le blocage ; le vote a été négatif et ils ont quand même continué le blocage…
Nous, notre position, elle est simple : on ne comprend pas comment des étudiants de l’extérieur peuvent proposer un blocage de Sciences Po ; ensuite on ne comprend pas comment des étudiants qui font un vote peuvent aller contre ce vote ; et enfin on trouve scandaleux qu’ils aient réussi à entrer et à empêcher le cours des étudiants de première année. Des étudiants qui étaient de toute manière révoltés et qui se sont rebellés contre ces manifestants : premièrement ils sont partis tout de suite, et deuxièmement, ils ont pris la parole pour dire « partez, laissez-nous notre cours. » Les étudiants ont cru un moment qu’ils pourraient avoir leur cours, et c’est ça qui a créé l’excitation. Ca a décrédibilisé le mouvement d’opposition à la LRU aux yeux des étudiants de première année et ça a décrédibilisé plus largement les positions de ces étudiants, peu enclins à ouvrir un vrai débat.

  • Il y a quand même des étudiants de Sciences Po qui sont restés, une AG s’est constituée qui a voté un appel… Que penses-tu de cette appellation ?

D’abord ce n’était pas une AG, parce que c’était organisé avec les seuls étudiants qui étaient présents au moment où ça s’est passé, sans information préalable. Ensuite une Assemblée générale tenue par des gens qui ne sont pas de Sciences Po, je ne vois pas en quoi elle est légitime, parce que le poids d’une Assemblée générale c’est de réunir les étudiants d’une université pour décider de ce qu’on va mener ensemble. Donc ce que je pense de cette AG, c’est qu’elle n’est pas représentative, elle est organisée à la hâte sur une heure de cours en amphi, avec des dégradation des bancs qui sont classés monuments historiques, avec une dégradation des murs, avec des autocollants collés un peu partout jusque sur l’horloge en face de la tribune… Le vote s’est fait sur un texte issu des étudiants de SUD Paris VIII… C’est pas une AG !

  • Pourquoi à ton avis les étudiants s’en sont-ils pris à l’IEP ? Est-ce qu’il n’y a pas une colère légitime ?

Moi tout ce que j’ai compris c’est que depuis deux semaines l’administration est au courant qu’il y a un risque d’intervention d’étudiants de l’extérieur, c’est pour ça qu’il y a une semaine et demi ils ont mis en place un contrôle des cartes à l’entrée, et ils ont été pris de court par un étudiant qui a ouvert cette porte de l’intérieur… Nous à Sciences Po, je ne vois pas comment on peut comprendre le combat contre la LRU et la LMD, déjà parce que l’autonomie des universités c’est quelque chose qu’à Sciences Po on connaît, et lorsque les étudiants de Paris VIII nous disent que faire entrer des fonds privés à l’université c’est détruire l’université, et que d’un autre côté l’excellence de Sciences Po est scandaleuse, j’ai envie de dire : Sciences Po a pu avoir de l’argent parce qu’il demande de l’argent pas seulement à l’Etat. L’Etat verse quelque chose comme moins de 60% du budget de Sciences Po ; si Sciences Po est élitiste comme ils disent c’est d’abord parce qu’il y a de l’argent d’autre part. Donc aujourd’hui on ne peut pas demander aux universités de s’élever au rang de Sciences Po si on renonce à ouvrir le mode de financement des universités.

  • Est-ce que tu ne penses pas que c’est justement à cause du financement privé de Sciences Po qu’ils s’en sont pris à Sciences Po ?

Non pas du tout. Franchement pour avoir parlé avec eux, et d’ailleurs tout le monde a pu s’en rendre compte, ce sont des étudiants qui n’y connaissent pas grand-chose à Sciences Po. Comment est-ce qu’on peut traiter de bourgeois des boursiers ? Voilà ; c’est proprement scandaleux parce que ça blesse des gens, ça blesse des gens qui ne sont pas de milieux favorisés, qui ont travaillé pour pouvoir arriver à Sciences Po. Alors je ne crois pas que ce soient des étudiants qui savaient qu’à Sciences Po on a élargi les voies de financement. Ils ne peuvent pas faire le lien.

  • Ils ont tout de même cité Richard Descoings comme un des responsables de la loi LRU, évoqué le modèle Sciences Po…

Richard Descoings, il est actuellement responsable de la direction de la réforme des lycées. Aucun rapport avec la LRU. Richard Descoings c’est un homme médiatique, qui travaille actuellement pour le président de la République, pour le gouvernement, et qu’on prend à témoin parce que c’est ainsi le représentant d’une forme d’élite intellectuelle ; et effectivement, Richard Descoings représente quelque chose. Après on ne peut pas dire qu’ils s’en soient pris spécifiquement à Sciences Po, parce que ces menaces dont a eu vent l’administration depuis deux semaines portent aussi sur l’ENA, et ça c’est quelque chose que personne n’a dit. Ce que je dis c’est que ce sont des étudiants qui ne connaissent pas le terrain, qui ne savent pas ce qui se passe à Sciences Po, quels sont les enjeux de Sciences Po, quelles sont les problématiques mêmes que soulèvent les élus étudiants ; pris dans leur combat contre la LRU et contre la LMD ils s’en prennent à ce qui représente une forme de réussite. On est dans un écran de lutte des classes complètement truffé de préjugés. On vient à Sciences Po parce que c’est un symbole bourgeois, or qui est-ce qu’on trouve à Sciences Po, ce sont des boursiers.
Et puis sur le fond, les étudiants de Paris-VIII votent des textes contre la LRU et la LMD, qu’ont aussi voté l’UNEF et SUD en AG à Sciences Po. Franchement, qui ose aujourd’hui clairement et intelligemment à Sciences Po remettre en cause la diplômation en cinq ans ? Personne. Donc on a des étudiants qui remettent en cause une sorte de privatisation des universités et qui remettent en cause la diplômation en cinq ans alors que ce sont les éléments qui font que Sciences Po peut avoir un gros budget avec des salles de classe propres, équipées en nouvelles technologie, et qu’on peut avoir un diplôme qui ait une vraie valeur sur le marché du travail.


La Cé : "Leur objectif, c’était simplement de bloquer Sciences Po"

Mathieu Albouy, de la Confédération étudiante, s’est distingué par son intervention à la tribune lors du blocage. Il semblerait qu’il n’ait pas convaincu les bloqueurs du bien-fondé de la professionnalisation des universités. Défenseur du modèle Sciences Po, il ne voit chez eux que des préjugés.

  • Evénement historique mardi que l’occupation de l’amphi Boutmy. Tu étais présent, quel est ton avis et la position de la Cé sur ce qui s’est passé ?

On a trouvé ce mouvement illégitime. Ces étudiants sont entrés par la force, en plus avec des revendications agressives à l’égard des étudiants de l’IEP. Monsieur Duhamel leur a proposé de leur consacrer un temps de débat pour discuter de ces questions. La salle des étudiants de Sciences Po a plébiscité cette proposition mais les participants de la mobilisation ont refusé. Sur la méthode, je trouve ça dommage, parce que plutôt que de dialoguer, les étudiants ont choisi d’utiliser la force, les insultes. Par exemple lors de mon intervention à la tribune, j’ai été insulté alors même que j’exposais mes vues. Donc simplement je voudrais insister sur le caractère violent de cette action, c’était une action ambiguë qui était à la fois une agression contre Sciences Po et contre les étudiants alors qu’en même temps il nous demandaient notre aide !

  • A ton avis quels étaient les objectifs des bloqueurs ?

Leur objectif c’était simplement de bloquer Sciences Po par la force et visiblement cette action a raté. En plus du point de vue de l’opinion, ils ont simplement réussi à braquer les étudiants contre eux et à faire une large place à la réaction des syndicats de droite, l’UNI. Donc l’action a été complètement contre-productive au vu de leurs revendications et a discrédité le mouvement qui était porté par ailleurs par d’autres organisations.

  • Mais pourquoi penses-tu qu’ils s’en sont pris à Sciences Po ?

Simplement pour une histoire de préjugés ; apparemment ça a été mené par des étudiants de facs comme Paris-I, Paris-VII, Paris-VIII qui étaient simplement victimes de leurs préjugés sur Sciences Po, qui ne connaissent pas le modèle Sciences Po. Il faut savoir que les accusations d’élitisme ne sont pas pertinentes en raison des procédures de recrutement dans les zones d’éducation prioritaire, et par ailleurs il faut rappeler que le concours et l’entrée par mention très bien sont accessibles à tout le monde selon le niveau, donc ce n’est pas comme le modèle des écoles de commerce où ce sont ceux qui ont de l’argent qui peuvent se les payer.

Voir aussi : les réactions de SUD et de l’UNEF.

Photo : Antoine Genel