C'est vers 17 heures que les étudiants infiltrés, dont un certain nombre d'autonomes, ont réussi à s'introduire dans l'établissement, malgré les contrôles de cartes à l'entrée mis en place depuis la semaine dernière. Les manifestants seraient passés par une sortie de secours ouverte de l'intérieur. Les étudiants se sont alors dirigés vers l'amphithéâtre Emile Boutmy où se déroulait le cours d'Institutions Politiques d'Olivier Duhamel. Ce dernier leur a proposé l'organisation d'un débat dans un laps de temps de 20 minutes, ce qu'ont refusé les étudiants. Dans le même temps, certains d'entre eux sont allés installer une banderole sur la façade de l'institut rue Saint-Guillaume. Sur un grand drap orange, on pouvait lire « Gouverner, exploiter, privatiser, c'est ici que ça s'apprend, là où le savoir est au service du pouvoir ».


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Photo: Lisa Behrends

S'est alors organisé un débat spontané entre étudiants des autres facultés et ceux de Sciences Po sur les différentes réformes en cours à l'université. Parmi les étudiants de l'institut, il y avait encore à ce moment des étudiants solidaires de l'action et d'autres qui rejetaient le fond et la forme de cette occupation sauvage, qui se sont opposés au moins une heure. Au fil du temps, les étudiants favorables aux réformes ont quitté les lieux peu à peu. Vers 19 heures, il n'y avait plus que des étudiants mobilisés dans l'amphi Boutmy : pour un tiers de l'institut et deux tiers de l'extérieur.

Pour autant, des dissensions sont apparues au sein des étudiants de Sciences Po. Gwénolé Buck a notamment pris la parole pour l'UNEF dénonçant le caractère illégitime de l'assemblée générale formée dans ces conditions dont n'ont pas été informés tous les étudiants mobilisés. Du côté de Sud Sciences Po, même si on se déclare solidaire de l'action, la section affirme avoir été prise par surprise. On était même franchement loin de l'entente cordiale entre étudiants sudistes de l'extérieur et de l'IEP. Deux membres de Sud Sciences Po et un membre de Sud Paris VIII ont finalement pris place à la tribune. S'en sont suivi des débats confus et peu audibles, débouchant sur la rédaction d'un appel.

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Photo: Lisa Behrends

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Photo: Lisa Behrends

Cordons de gendarmes mobiles devant Sciences Po

A l'extérieur, une foule a vite grossi dans la rue Saint-Guillaume alors qu'il a très vite été impossible de pénétrer dans l'IEP. Une trentaine de gendarmes mobiles, boucliers et matraques au poing, prêtaient main forte aux appariteurs et aux vigiles. De chaque côté de la rue, au moins le même nombre de troupiers s'était mis en faction.

Jusqu'à 19 heures certains ont cru pouvoir rentrer en cours, et la majorité des étudiants a fait part de sa frustration. Quand certains étudiants mobilisés, encagoulés, apparaissent aux fenêtres, des huées montent, des « Dehors dehors » ou « Libérez l'IEP » se font entendre. Un étudiant plus en colère que les autres prend l'initiative de gravir la façade de l'établissement pour aller décrocher la banderole, en étant quitte pour une bonne chute.


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Peu après 19 heures, trois étudiants, dont Marco Poletti, se montrent à une autre fenêtre. Ils brandissent des écriteaux improvisés : « De Gaulle où es tu ? », « Vive le Roy » ou encore « RIP Alain » (allez comprendre pourquoi). Deux d'entre eux finiront par montrer leur cul à la foule. Puis, trois étudiants encagoulés sortent pour remettre en place la banderole, qui sera de nouveau enlevée une heure plus tard.

Finalement, c'est vers 20h15 que les occupants ont évacué les lieux sous une protection policière plutôt réduite. Etudiants de droite et de gauche massés devant l'IEP s'invectivent une dernière fois à cette occasion. C'est au cri de « Grève générale » que les étudiants mobilisés finissent par quitter Sciences Po avant de pouvoir sortir de la rue Saint-Guillaume un quart d'heure plus tard.

Quelques dégradations sont à signaler au sein de l'établissement dont un graffiti « Fafland » sur un mur de l'amphi Boutmy. Globalement l'occupation s'est déroulée plutôt dans le calme à l'intérieur, des membres de la direction (Nadia Marik, Cédric Prunier, David Colon) discutant même avec certains étudiants mobilisés. A l'extérieur, l'ambiance oscillait entre vive tension et grand guignol.

Louis Moulin et Nedal Jounaidi

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