L’AG s’est ouverte sur le témoignage quelque peu dépité des délégués à la coordination nationale d’Angers. Gaétan témoigne toutefois que « les autres universités étaient reconnaissantes que Sciences Po soit présent», alors que l’IEP est perçu comme le laboratoire des réformes actuelles.

L’ordre du jour est essentiellement consacré à la recherche. La salle accueille par des applaudissements Philippe Coulangeon, chargé de recherche CNRS à Sciences Po, qui établit un rapide état des lieux sur le rôle du Centre National de la Recherche Scientifique. A l’IEP, sans le concours de cette dernière institution, la recherche serait sérieusement compromise : elle jouit en effet d’un double financement de la FNSP et du CNRS. Jusqu’à présent, les orientations de ce dernier étaient définies par un comité national composé d’enseignants-chercheurs. Avec la réforme, il deviendra une agence de moyens, remettant la politique scientifique aux mains des universités, et, LRU oblige, de leurs chefs d’établissement. Pour M. Coulangeon, il s’agit d’un risque de reprise en main politique du pilotage de la recherche. Mais plus inquiétant encore est la faiblesse des recrutements face à l’ampleur des départs en retraite : « en quelques années, le CNRS dans le département SHS – Sciences Humaines et Sociales, ndlr – peut être tué en silence ».

Une intervention complétée par plusieurs doctorants présents. Seuls 15% des thèses reçoivent un financement en SHS. Pour Ugo, c’est un frein considérable à la recherche, qui sera encore accentué par l’instauration d’un contrat doctoral unique. Les chercheurs ne disposant que de trois ans pour faire leurs recherches, il sera très difficile pour eux de les mener à bien s’ils doivent travailler à côté pour financer leurs travaux. Séverine, dont la thèse est financée par France Telecom, appuie les dangers de ce contrat unique : alors qu’elle consacre 20% de son activité à l’entreprise et 80% à sa thèse, le nouveau contrat ne fixe aucune limite temporelle, ni sur la nature des activités demandées, qui peuvent être des missions de consulting pour les entreprises.

Les interventions qui ont suivi ont été marquées par la présence d’un étudiant de l’IEP de Lille, appelant à une mobilisation massive, ainsi que, plus proche de nous, un représentant de l’IHEAL (Institut de Hautes Etudes sur l’Amérique Latine). La création d’un comité de mobilisation commun avec cette école a été adoptée.

L’Assemblée a voté plusieurs motions. En matière de recherche, elle s’est prononcée pour l’abrogation du contrat doctoral unique, la hausse du nombre d’allocations de recherche, et un plan de recrutement pluriannuel de chercheurs au CNRS. Le refus du pilotage de la recherche par l’industrie et les intérêts privés a par ailleurs été affirmé.

La salle s’est également prononcée en faveur d’actions à Sciences Po et dans le quartier, ainsi que de la participation à la journée interprofessionnelle du 19 mars, sur fond de « convergence des luttes ».

En marge de l’AG, l’UNI a tenu à faire connaître son analyse à nos lecteurs : « Tandis qu’une centaine de personnes étaient présente la semaine dernière, seuls 80 se sont déplacés aujourd’hui. Cela souligne que le mouvement s’essouffle alors même qu’il venait de s’engager ». Les étudiants et chercheurs mobilisés apprécieront sans doute la critique : dès vendredi, ils étaient rassemblés en comité de mobilisation pour programmer les actions de la semaine à venir. L’UNI n’a vraiment pas de pitié pour ces « apparentés communistes », décrètant: « L’AG ne représente pas les étudiants de Sciences Po ». Heureusement, l’UNI est là pour représenter Sciences Po et défendre la recherche…

Photo : Antoine Genel