L’ordre du jour était chargé. Les membres de la tribune ont procédé à de courts points d’informations, immédiatement suivis d’un débat et d’un vote sur les propositions.

La première revendication, présentée par Ugo, concernait le décret sur le statut des enseignants-chercheurs. Ce décret prévoit une modulation des services des enseignants-chercheurs en fonction de leur « niveau de productivité Â» : les « bons Â» chercheurs verraient leur nombre d’heures d’enseignement baisser alors que les « mauvais Â» chercheurs verraient ces horaires augmenter. « En tant qu’étudiants vous serez ravis d’entendre que l’enseignement c’est une sanction ! Â» s’exclame Ugo. Pour lui, cette mesure, fondée sur une « procédure d’évaluation arbitraire », s’inscrit dans un « programme gouvernemental de démantèlement des services publics qui prétend faire mieux avec moins. Il ne s’agit pas de demander le maintien du statu quo, mais le maintien d’un service public de la recherche de qualité ».

Alexandre a quant à lui présenté la réforme de l’allocation des moyens. Alors que « les universités étaient financées en fonction de leurs besoins », leur dotation globale de fonctionnement sera désormais fondée à 80% sur leurs besoins et à 20% sur leurs performances. Un risque, selon l’élu UNEF, d’augmentation de la sélection sociale, qui pourrait freiner la nécessaire massification de l’enseignement supérieur : « le gouvernement institutionnalise un enseignement à deux vitesses ».

Les revendications se sont cependant étendues au-delà des réformes Pécresse, et notamment en matière de précarité étudiante. Nathanaël a rappelé en quelques mots le nombre important d’étudiants vivant en dessous du seuil de pauvreté, et contraints de se salarier pour financer leurs études…

Ces constats ont abouti sur le vote en deux temps de l’intégralité de la plateforme des revendications de la coordination nationale des universités : abrogation de la LRU, retrait des décrets sur le statut des enseignants-chercheurs et la masteurisation, arrêt des suppressions de postes, refus de la mise en concurrence et de la sélection… Autant de revendications adoptées dans un esprit de solidarité entre étudiants, chercheurs, à l’intérieur et en dehors de Sciences Po.

L’assemblée a également adopté des motions réclamant "un financement des universités identique à celui des grandes écoles et classes préparatoires au travers d’un plan pluriannuel et massif", ou "l’instauration d’une allocation d’autonomie pour la jeunesse".

On notera l’intervention de Nonna Mayer, directrice de recherche CNRS au CEVIPOF, appelant à « cerner les problèmes et prendre le temps d’en parler, plutôt que d’adopter des revendications à la louche ». La chercheuse s’est inquiétée des bouleversements connus par les écoles doctorales de Sciences Po, et a lancé un vibrant « n’oubliez pas la recherche ! Â»

L’assemblée générale s’est clôturée par la houleuse élection de délégués à la coordination nationale d’Angers. Ont été désignés, un non syndiqué de deuxième année, un élu UNEF au conseil de l’école doctorale, et un membre de SUD Etudiant.

Après quelques décisions sur la suite de la mobilisation, dont l’organisation d’une nouvelle AG cette semaine, les étudiants et chercheurs ont porté les couleurs de Sciences Po en manif.

Le comité de mobilisation s’est déjà doté d’un site web : il s’intitule Sciences Po en lutte !

Photo : Antoine Genel