Notre cycle d´interviews de responsables syndicaux à Sciences Po continue !

Nous sommes allés à la rencontre de Gwenolé Buck, 21 ans, en 4e année en Master Affaires Publiques.

Outre un impressionnant rugbyman (2m07), c´est surtout le nouveau président de l'UNEF Sciences Po.

  • LaPeniche.net : Salut Gwenolé ! Fraîchement élu Président de l´UNEF Sciences Po, pourrais-tu nous présenter ton parcours, et surtout, nous expliquer pourquoi avoir choisi un engagement syndical plutôt que politique ?

Gwenolé Buck : Franco-allemand, j´ai passé mon bac au Lycée International de Saint-Germain-en-Laye en 2003, puis j´ai intégré Sciences Po en 1A. Je suis à l´UNEF Sciences Po depuis 2004. L´engagement syndical à Sciences Po plutôt que de l´engagement politique, c´est parce que je trouve que c´est un cadre plus intéressant et plus formateur. D´une part, on est dans une organisation étudiante, qui n´est pas sclérosée par toutes les pesanteurs, parfois assez artificielles, qui existent dans un parti politique. Ensuite, c´est aussi parce que le syndicalisme étudiant apprend plus immédiatement la responsabilité : en s´engageant à l´UNEF, on doit développer soi-même un programme, de l´application duquel on est responsable devant les étudiants. Si l´on fait des promesses mirobolantes, et qu´on disparaît toute l´année pour reparaître aux élections suivantes, la sanction sera immédiate : ça apprend une certaine dose de réalisme et de responsabilité.

Finalement, à titre personnel, c´est aussi parce que j´aime avoir l´impression que mon action a des répercussions concrètes et permet concrètement, immédiatement, d´améliorer les choses. Quand on permet à un étudiant de valider sa troisième année à l´étranger, quand on permet à un étudiant étranger de rester à Paris en obtenant une exonération pour des droits de scolarité qu´il n´aurait pas pu payer, quand on permet à un étudiant salarié d´avoir des aménagements de scolarité pour pouvoir suivre ses cours alors même que sa situation sociale l´oblige à travailler, on sait pourquoi on milite. Cette responsabilité immédiate, aucune organisation politique de jeunesse ne peut l´offrir ;

  • Pour les novices, résume en quelques mots ce qu´est l´UNEF Sciences Po...

Tous les ans, l´UNEF Sciences Po, c´est plusieurs centaines d´étudiants qui veulent un IEP plus juste, plus démocratique, plus intégré dans le service public d´enseignement supérieur, qui délivre une formation de la plus grande qualité possible à un maximum d´étudiants. Ce sont aussi plusieurs dizaines de militants, que l´on peut croiser régulièrement le midi en péniche, un tract ou une pétition à la main. Mais cette partie du travail de l´UNEF n´est que la partie immergée de l´iceberg : l´UNEF Sciences Po, c´est aussi 50% des voix aux élections syndicales, 12 élus sur 22 tous conseils confondus, et une présence sans faille à tous les groupes de travail dans lesquels nous essayons de convaincre tous les acteurs de l´IEP de la pertinence de notre projet, et dans lesquels nous obtenons le plus de victoires.

Enfin, l´UNEF Sciences Po, c´est aussi une partie d´une organisation plus large, l´UNEF, forte de plus de 30 000 adhérents et présente dans toutes les universités de France, et d´un mouvement plus large : le mouvement social. Le caractère national de l´UNEF est une force, car cela nous permet d´obtenir des droits étudiants à tous les niveaux : que ce soit au niveau de la région parisienne (carte Imagine´R, bus de nuit...) ou au niveau national (logements en cité U, augmentation des bourses...). Et notre appartenance au mouvement social, c´est une force car cela permet à l´UNEF de n´être pas une corporation, mais un véritable cadre d´engagement, ouvert sur tous les problèmes de la société et qui ne refuse pas de prendre position et de la défendre.

  • La rentrée a-t-elle été placée sous le signe d'une action spécifique de la part de l'UNEF Sciences Po ?

Chaque année, la rentrée est une période difficile pour de nombreux étudiants. Face à cela, nous avons mené dans les premières semaines une action double : pour résoudre vraiment le problème, nous avons fait signer, avec l´UNEF nationale, une pétition qui a recueilli près de 50 000 signatures en France, dont 750 à Sciences Po, et qui demande l´augmentation des bourses pour qu´elle suive au moins celle des frais obligatoires, l´augmentation des aides au logement, l´inclusion des étudiants internationaux dans le système d´aide sociale et la généralisation du demi-tarif étudiant dans les transports en commun, que nous avons obtenu à Paris avec la carte Imagine´R, à toute la France.

Evidemment, même si nous obtenons satisfaction sur ces revendications, elles n´aideront pas les étudiants qui galèrent cette année. Nous avons donc, à notre modeste niveau, organisé une bourse aux livres, pour qu´au moins les étudiants puissent économiser à la fois sur la revente des manuels de l´année dernière, et sur l´achat de ceux pour cette année. En gros, on a fait du commerce équitable en coupant les intermédiaires... Cette initiative a tellement bien marché que nous la renouvellerons au deuxième semestre, en espérant que plus d´étudiants auront conservé leurs manuels et que nous en aurons encore plus à proposer aux étudiants !

  • Quels grands combats, quelles grandes dates pour cette année ?

A Sciences Po, les grands combats de cette année sont, pour l´instant, la politique des langues, le diplôme d´étape à bac+3, et bien sûr la démocratisation de l´IEP.

  • La politique des langues, c´est le sujet que nous n´attendions pas, puisque la « réforme » a été décidée pendant l´été, sans aucune concertation, et qu´au contraire de ce qu´il s´est passé, l´UNEF Sciences Po a toujours pris position en conseils pour la modification du système des bi-classes (NdR : un article sur le sujet est en cours d´écriture par notre équipe), que nous jugions handicapant pour ceux qui devaient arrêter leur deuxième langue. Or, c´est le contraire qui s´est produit, et les bi-classes ont été généralisées ! Face à cela, nous voulons le droit à une seconde langue pour tous, la facilitation de l´accès à une troisième langue, et la refonte de la pédagogie des langues : ainsi, deux cours d´une heure ne seraient-ils pas plus favorables à la progression qu´un cours de deux heures ? Sur cette question et sur d´autres, nous débattons encore, mais sur la deuxième et la troisième langue, nous avons obtenu près de 800 signatures de notre pétition en une semaine et demie, et la campagne continue, nous avons donc bon espoir que la direction ne puisse continuer de faire la sourde oreille.
  • Sur le diplôme d´étape à bac+3, nous faisons relativement peu de pub, car c´est plutôt l´aboutissement d´un combat qu´un combat en soi. Au printemps 2005, nous faisions signer une pétition pour qu´un diplôme puisse à la fois valoriser le premier cycle en sanctionnant la validation des obligations de scolarité, et permettre à ceux qui en ont marre de Sciences Po de faire plus facilement un master autre part. L´année dernière, nous avons fait un véritable travail de fourmi sur la question afin de convaincre tous les acteurs de l´IEP de la pertinence de notre projet, et ce travail porte aujourd´hui ses fruits, puisque Richard Descoings a approuvé le principe du diplôme d´étape publiquement, en Conseil de Direction, et que la Commission Paritaire a donné un premier avis favorable sur la question.
  • Finalement, la démocratisation. C´est un peu notre dada, à l´UNEF Sciences Po, le cœur de notre engagement à l´IEP : aujourd´hui, selon une étude du CEVIPOF, on a, à niveau égal au bac, 2,3 fois plus de chances de réussir le concours si l´on est parisien, 1,9 fois plus si l´on est un étudiant plutôt qu´une étudiante, et surtout deux fois plus de chances si l´on est issu d´un milieu favorisé. Tout cela, je le répète, à niveau égal au bac ! La sociologie des étudiants de Sciences Po reflète bien ce problème. C´est pourquoi, à l´UNEF, nous nous engageons pour une réforme du concours qui puisse diminuer ces biais sociaux, notamment en l´avançant à Juillet (ce qui coupe l´herbe sous le pied des prépas d´été, coûteuses), en encadrant les épreuves par des programmes précis, etc.
  • L´année politique va être chaude ! Allez-vous vous impliquer dans le débat présidentiel ?

Oui, bien sûr ! L´UNEF est une organisation politique, parce que faire du syndicalisme, c´est déjà faire de la politique, mais c´est aussi surtout une organisation engagée, portant un véritable projet de société. A ce titre, nous ne pouvons pas rester à l´écart d´un enjeu majeur pour tous les étudiants qu´est l´élection présidentielle. L´UNEF ne soutiendra évidemment ni parti, ni candidat, parce qu´elle est indépendante et autonome et qu´elle n´a donc pas vocation à le faire, mais tout au long de l´année, nous mènerons une campagne idéologique sur les sujets qui sont au fondement de notre engagement, c'est-à-dire le statut social de l´étudiant comprenant une allocation d´autonomie, et le service public de l´enseignement supérieur.

L´allocation d´autonomie, en particulier, dont nous parlerons ces prochaines semaines, est un dispositif fondamental qui doit permettre, sur le modèle de ce qu´il se passe dans certains pays du Nord, d´assurer à tous les étudiants, quelle que soit leur origine, de faire des études dans de bonnes conditions matérielles et de pouvoir prendre eux-mêmes leur avenir en main. Aujourd´hui, l´Etat dépense tous les ans 1,3 milliard d´euros pour les aides aux familles les plus pauvres, et 1,7 pour les exonérations fiscales des familles les plus riches ! Cette situation, injuste et illisible, doit cesser : il est temps de considérer l´étudiant comme un adulte autonome, et de l´aider en tant que tel.

Après cette campagne idéologique de fond, nous aurons en Mars, lors de notre Congrès à Lille, un temps spécial d´interpellation des différents candidats à la présidentielle, au cours duquel nous leur demanderons de prendre position par rapport à notre projet et de répondre aux questions que nous aurons à leur poser concernant l´avenir de la jeunesse et de l´enseignement supérieur. L´UNEF compte donc bien prendre toute sa place dans le débat, peut-être pas présidentiel en tant que tel puisque nous ne soutiendrons aucun candidat, mais dans le débat pour un choix de société qui aura lieu en 2007. Cela ne nous empêchera évidemment pas de rester pleinement engagés et combatifs, quel que soit le candidat qui l´emporte en Mai...